Les jardins d'Hélène

L'élégance du hérisson - Muriel Barbery

24 Avril 2008, 13:46pm

Publié par Laure

Je sais combien ce livre est cher à Cuné aussi je sais combien je vais la décevoir en ne l’ayant pas apprécié autant qu’elle. Mais je ne peux jouer l’hypocrisie de crier au chef-d’œuvre juste pour la faire taper des mains (au pire, elle me tapera dessus à coup de bouquins, elle a prévu une razzia en librairie cet après-midi).

 

L’élégance me hérisse. Oui je sais, c’était facile. 

A l’heure où j’écris ces notes [ça c’était hier], je n’ai pas encore fini la lecture de ce roman. J’en suis à la page 280 sur 359 et à vrai dire je m’arrêterais là que ça ne me gênerait pas. Ce qui me pousse à poursuivre, c’est une curiosité envers le « produit fini », afin de tenter de comprendre ce qui a tant plu au public en général et aux libraires en particulier (qui lui ont décerné leur prix en 2007), et non un besoin irrépressible de  connaître la fin ou un emportement incontrôlable des émotions, absentes pour ma part, ou plutôt, négatives.

 Au fond, je ne sais pas ce qu’a voulu faire l’auteur. Plaquer son élégante (et respectable) culture sur des personnages de roman, menant ainsi un artifice stylistique à son sommet, mais pourquoi ? Plus qu’une histoire (certes, elle existe), j’ai l’impression de lire une juxtaposition de savoir(s) liés d’une curieuse façon. La philosophie, Tolstoï, la grammaire, le Japon… Serait-ce un catalogue de ce que semble aimer l’auteur ? Mais dans quel but ? Et que vient faire là le Japon ? Un nouveau propriétaire ardéchois (ou ch’ti si ça vous chante) n’aurait-il pas fait l’affaire ? La culture japonaise serait donc la seule élégante digne de respect dans ce Paris bourgeois ? Une zénitude éthérée meilleure que la vieille Sorbonne ? J’ai l’impression de morceaux collés les uns avec les autres mais l’amalgame ne prend pas.

A force de vouloir critiquer les autres à coups de mots pédants, les personnages principaux que sont Renée la concierge et Paloma l’ado surdouée me semblent bien pires. Méprisants, même. Du coup ils provoquent chez moi une irritation montante.

Vous l’aurez compris, l’écriture maniérée a fini par m’agacer. Prétention et pédanterie ont pris le pas sur le plaisir de découvrir qu’on pouvait encore parler écrire français correctement au XXI ème siècle, alors que sortent au même moment des romans écrits en SMS sponsorisés par des opérateurs téléphoniques.

Un exercice stylistique, voilà d’abord ce que j’en retiens. Un artifice qui détruit toute émotion. Une dissertation comme sans doute les profs aimeraient en lire plus souvent. Une dissertation qui parfois me fait peur : ces êtres ne seraient-ils pas tout bonnement intolérants ?

Renée aime la grammaire et nous le démontre, dommage que l’éditeur ait laissé passer juste après cette belle tirade cette coquille : p. 186 : « Chère Madame, me dit-il, je suis heureux que mon envoi ne vous aie pas indisposée. » [tirage de nov. 2006]. Que mon envoi ne vous ait pas indisposée, non ? (Il faut bien que je soigne ma réputation de relevage des coquilles et erreurs de conjugaison dans les romans si je veux continuer à me faire lyncher). Bien sûr l’erreur est humaine, dommage qu’elle arrive au mauvais moment ici précisément.

Suite de mon commentaire, après lecture de la fin du roman [aujourd’hui, donc].

Il y a quand même un personnage que j’aime dans ce livre, c’est Manuela, la femme de ménage et amie de la concierge. La seule qui me semble normale et sympathique dans cette histoire. Fallait-il en faire des tonnes pour tous les autres ? La fin me déçoit également, car elle ne me semble pas à la hauteur de ce qui a précédé : tant d’exigences impitoyables pour une presque banalité vite expédiée ? Sans doute espérais-je de meilleurs dénouements pour ces êtres hors normes.

Mais il se peut aussi que je n’aie rien compris. Ou n’aie pas voulu voir de second degré. Car des échanges par mails avec Cuné m’ont laissé voir que son interprétation (très différente de la mienne) se tenait aussi, et qu’elle pouvait même m’éclairer. Par exemple, je ne trouve pas qu’il y ait d’humour dans ce livre. Elle, si. Et plein d’autres choses. Deux schémas de lectures diamétralement opposés qui montrent combien nous réagissons avec ce que nous sommes, ce que nous pensons, ce que nous aimons, sans oublier les facteurs fatigue / détente ou autres du moment. Aussi je finis par personne n’a tort ou raison [encore heureux !], et puis on ne lit en général que pour soi… même si parfois on en parle avec d’autres.

Ce roman ayant déjà presque 2 ans et l’effet best-seller en plus, je n’ai pas le courage d’aller relever tous les liens de la blogosphère.

 

Gallimard, juin 2006, 359 pages, prix : 20 €

Ma note : 12/20

Crédit photo couverture : éd. Gallimard.

Commenter cet article

Sandrine 24/07/2009 14:21

Bonjour,Nous ne nous connaissons pas mais mon goût pour la lecture, les hasards des moteurs de recherche et, enfin, la magie des liens HTML m'ayant menée jusqu'à votre blog, je voulais vous remercier pour ce commentaire concernant "L'élégance du Hérisson", c'était simplement la première fois que je voyais écrit ce que j'avais ressenti à la lecture du livre ! Enfin, je découvre que je ne suis pas seule !Félicitations aussi pour votre blog, je me suis promenée aussi dans vos pages, pardonnez ma curiosité, mais la maman 2 fois séparée que je suis s'est trouvée touchée par certains de vos messages.Belle continuation.PS : Et puis, vous m'avez peut-être persuadée de mettre en ligne mes réflexions après lectures ...

Laure 24/07/2009 14:45


Votre message me touche beaucoup Sandrine, j'espère que vous oserez vous lancer dans la mise en ligne de vos lectures (j'ai essayé votre lien mais j'ai un message
d'erreur, je ne sais pas si ça vient de mon ordi ou d'une erreur dans le lien)
Concernant le roman, oh je ne suis pas la seule, mais c'est vrai qu'il y a eu bien davantage de critiques élogieuses !


Charlie Bobine 01/05/2008 16:18

J'aime beaucoup ton billet (qui dit en mieux ce que je pense!!). J'ai été moi aussi très étonnée par tous les commentaires si élogieux avant d'en trouver qui l'étaient moins. Mais ça m'intéresse de comprendre et décortiquer... et les précisions de Cuné qui tu insères sont intéressantes. J'aime quand tout n'est pas blanc ou noir dans les avis. C'est bien les éclairages nouveaux. :)  

Seb 30/04/2008 09:42

On se sent moins seul en lisant ta critique et les commentaires. Mais dans le club des Hérissés du Hérisson y a-t-il une section particulière pour ceux qui n'ont pas eu le courage d'aller jusqu'au bout ? Apparemment, je n'ai pas raté grand chose. 

Laure 30/04/2008 10:00


Mais Cuné disait : si ça agace il faut arrêter la lecture, donc non tu n'as rien perdu...


liliba 29/04/2008 21:53

Ton article est passionnant car tu nous expliques vraiment le pourquoi de ta réaction quasi épidermique sur ce livre, que pour ma part j'avais adoré... Mais j'ai vu qu'autour de moi il n'a pas du tout fait l'unanimité, mais a au contraire eu le même effet, soit les gens ont vraiment accroché, trouvé plein d'humour, d'originalité et n'ont pas été dérangés par les disgressions philosophiques et autres bizarreries, soit ils n'ont pas du tout aimé ce livre... Je n'ai à ce jour en tout cas rencontré personne que le hérisson ait laissé indifférent...

Laure 30/04/2008 09:08


tu as raison Liliba, ce livre divise mais il ne laisse pas indifférent : est-ce le propre des grands livres ?


chocoladdict 28/04/2008 23:04

j'ai lu ce roman il n'y a pas très longtemps, bien après le succès médiatique et quand j'ai voulu en parler à mon homme je n'ai pas vraiment su lui dire pourquoi je n'ai pas aimé...mais tu as trouvé les mots pour moi et je viens de lui lire ta critique (trop tard il a lu le livre entre temps et n'a pas détesté). Je lis ton blog toujours avec autant de plaisir, tu m'épates par ton rythme de lecture avec 3 enfants et un travail !

Lhisbei 27/04/2008 18:12

Laure tu n'es pas seule quand on lit tous ces commentaires :-) Je fais aussi partie du club des hérissés du hérisson ;-) (et du coup je me sens moins seule aussi voila)

elfe 26/04/2008 08:59

Il est dans ma PAL!! Je l'avais offert  et cette personne, après l'avoir lu me l'a prêté mais sans grande conviction!!!! Je verrais bien!

Sophie 26/04/2008 00:56

Je l'ai car on me l'a prêté et j'ai bien peur de réagir comme toi. D'après ce que j'ai lu, j'ai l'impression comme toi, que ce roman es tun étalage de culture et de savoirs. Bof! Mais je vais le lire et on verra bien.

Naina 25/04/2008 18:36

Tu n'es pas seule dans ce club des non-envoutés par ce roman. Je n'ai pas du tout accroché : quelques paragraphes ont suffi à me faire comprendre que le style ne me plairait pas.

Cuné 25/04/2008 17:23

Ok, d'accord, c'est simple, Amanda, je n'aime que toi, na !;o))Je vais copier-coller une partie de ce que je disais à Laure par mail au moment où on s'étripait sur notre désaccord vis à vis de ce roman (je plaisante, pour ceux qui prendraient ça au sérieux, Laure est mon amie qui n'a plus rien de virtuel et elle m'aime même si je lis les biographies d'André Manoukian et de Tom Cruise, alors elle a le droit de ne pas aimer le hérisson. Mais pas les autres... ;o)))Mais ceci dit j'ai bien conscience que c'est peine perdue de "défendre" ou "d'expliquer" un roman à celui qui n'a pas été séduit de prime abord. C'est comme sourire à un aveugle. Ca ne sert à rien, mais ça fait du bien quand même, allez :-D
"Bien sûr que je lis en
diagonale les passages philo, mais ils sont toujours compensés par de l’humour,
je trouve qu’il y a plein d’humour, tout le temps : Renée fait le test de la
mirabelle ; elle s’abime dans la reflexion mais au quotidien exécute un travail
très terre à terre, etc. Il m’a semblé (mais peut-être que je me trompe, et que
tu as raison de le prendre au 1er degré) que tout était mis en
distance dans ce que les deux têtes à claque disent, la môme précoce et la
vieille complexée, parce que c’est ce qu’elles sont, au fond, une arrogante (de
part sa jeunesse) et une coincée (de par son physique et son manque d’assurance)
c’est leur défense, les piquants du hérisson, cette façon d’asséner des
sentences (souvent fausses, on le sent que c’est faux, de par la façon dont
c’est amené, non ?) parce qu’au fond elles sont toutes nues et tendres et
seules, dans la vérité de leur être.
Comme nous
tous.
Alors on cherche le
contact comme on peut.
Elles, c’est comme ça,
et c’est bête malgré leur culture.
Jusqu’à ce que le vieux
Jap leur ouvre les yeux, on peut côtoyer les autres, vraiment, s’ouvrir sans
risquer de mourir. Sauf que… la fin prouve que non, en fait. Il faut toujours se
protéger…
Enfin, tu vois qu’il y
a mille interprétations possibles, mais une seule vérité : si ça agace, il ne
faut pas lire !"