Les jardins d'Hélène

La séquestrée - Charlotte Perkins Gilman (1860-1935)

6 Mai 2008, 05:07am

Publié par Laure

Traduction (de l’anglais – USA) et postface de Diane de Margerie.

Titre original : the yellow wallpaper

 

Annoncé comme un chef-d’œuvre par Cathulu et revu ici ou là dans des revues, je me suis arrêtée sur cette très courte nouvelle de Charlotte Perkins Gilman datant de 1890, une quarantaine de pages augmentées d’une lumineuse postface.

Car je l’avoue, sans les notes de Diane de Margerie, j’aurais peu goûté cette œuvre.

Une jeune femme souffrant de dépression post-partum est conduite et contrainte au repos par son mari médecin dans une chambre d’enfants bien étrange, au papier peint jaune mouvant qui la fait délirer. Dans une maison louée pour l’été et abandonnée dans un bien curieux état, cette jeune mère est privée de tout, soi-disant pour son bien…

Etrange et fantastique, je reste sur ma faim, peu satisfaite par cette nouvelle.

Puis Diane de Margerie explique le contexte de son écriture. Il semble que l’auteur se sentait bien proche de son personnage, ayant elle-même souffert de sa maternité et de dépression postnale alors que ce genre de traitement semblait logique… Si perturbée par cette maternité, elle abandonnera d’ailleurs sa fille à son mari (et sa nouvelle compagne qui n’est autre que sa meilleure amie) lors de son divorce. Contemporaine d’Alice James (la sœur d’Henry James) et d’Edith Wharton, elle livre d’intéressantes idées sur la société de l’époque et l’écriture féminine pas toujours acceptée (parce que synonyme d’indépendance et de liberté de pensée), tout comme dans sa nouvelle où le mari interdit à sa femme toute activité de l’esprit, écriture et lecture. Il s’agit donc bien d’un tableau de la femme soumise à son époux et trop souvent vouée au sacrifice. Féministe avant l’heure, elle s’est intéressée de près à ces questions sociales en devenant conférencière sur les Droits de la Femme, plus épanouie et libre lors de second mariage.

Un petit livre qui vaut le détour (ça ne fait jamais de mal de revenir aux classiques) mais qui pour ma part est indissociable du travail de Diane de Margerie si l’on veut pouvoir l’apprécier à sa juste valeur.

  

Elles l’ont lu : Lily et Cathulu 
 

Phébus, coll. Libretto, mars 2008, 97 pages, prix : 6,50 €

Ma note : 4/5

Crédit photo couverture : Edgar Degas, Monsieur et Madame Edouard Manet, 1868-1869, et éditions Phébus

 

 

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gillet 12/11/2014 00:03

Vous avez aimé lire
Charlotte PERKiNS GiLMAN et Monique WiTTiG?
vous devez lire
UNE TERRE À ELLES
vers un féminisme du possible
de Kate ROSE
docteur en Lettres modernes de l’Université de Montpellier III
professeur à l’Université Chinoise des Mines, de Xuzhou (Chine)

Souscription sur internet en cliquant sur : http://www.bordulot.fr/detail-une-terre-a-elles-171.html

Praline 01/06/2008 14:53

Je viens de lire cette nouvelle... une vraie angoisse pour moi !

Melanie B 14/05/2008 15:04

Je viens de lire "La séquestrée" grâce à toi, et j'ai trouvé l'ensemble remarquable. La nouvelle est vraiment forte, dérangeante et angoissante. Le basculement dans la folie est très bien amené, on devient presque cette femme empêchée de créer et "obligée" de ramper.Et c'est vrai, la postface de Diane de Margerie est très éclairante. On a envie de découvrir les autres nouvelles de Charlotte Perkins, de lire le Journal d'Alice James, de se replonger dans Edith Wharton...Merci encore, tant pour l'objet-livre que pour cette belle découverte !

Laure 14/05/2008 17:13


De rien, Mélanie,
dommage que tu n'aies pas de blog car tu en parles très bien !
et comme tu le dis, cela donne vraiment envie de lire le Journal d'Alice James et Edith Wharton...


Véro 06/05/2008 19:14

Bon je ne lis pas la note, histoire de garder un peu de surprise. Je compte bien sur ces quelques jours fériés pour me plonger dans cette nouvelle. Loïc me l'a déjà piqué et dit le plus grand bien ;)

Laure 07/05/2008 17:10


Dans mon enthousiasme du moment, j'en ai acheté 2 exemplaires : un pour chacune de nous deux ;-))


Melanie B 06/05/2008 10:59

Je ne commente presque jamais même si je viens souvent, mais comme ce billet m'a vraiment passionnée je sors un instant de l'ombre pour applaudir et dire que mon envie de découvrir ce livre vient d'être décuplée, au moins. Au passage, Diane de Margerie est également l'auteur d'une biographie d'Edith Wharton.Et courage pour les formalités administratives. Pour avoir beaucoup déménagé et traversé des frontières, je connais et je compatis. 

Laure 06/05/2008 11:41


Merci Mélanie !