Les jardins d'Hélène

Le corset invisible - Eliette Abécassis et Caroline Bongrand

21 Mai 2008, 16:31pm

Publié par Laure

Les deux romancières que sont Eliette Abécassis (La Répudiée, 2000 ; Qumran, 2001 ;… ; Un heureux événement, 2006) et Caroline Bongrand (Le souligneur, 1993 ; Pitch, 2000 ; etc.) nous livrent dans cet essai à quatre mains un « manifeste pour une nouvelle femme française », un panorama de ce que vit la femme actuellement, pas si libérée que cela par le féminisme. Ou plutôt si elle a perdu certains carcans, elle s’est aliéné bien d’autres contraintes, la conduisant au défi quotidien et permanent de devoir être parfaite sur tous les plans : femme, épouse, mère, salariée, dans son corps, etc.

A travers de brefs chapitres faciles à lire, on se retrouve effectivement dans bien des passages, qu’il s’agisse de la mère au foyer, de la femme divorcée avec ou sans enfants, de la femme mariée superwoman qui se bat pour progresser dans sa carrière tout en étant épanouie dans sa vie de famille, là encore, etc. En filigrane bien sûr transparaît aussi un portrait succinct de l’homme moderne.

Si bien des analyses sont intéressantes, elles ne sont pas non plus révolutionnaires : le ton très « magazine féminin » donne une impression de déjà lu, comme s’il s’agissait d’une anthologie d’articles. On ne pourra s’empêcher aussi de trouver certains passages exagérés, du moins engagés du point de vue féminin (un livre sur les femmes écrit par des femmes !).

J’avoue avoir lu un peu en diagonale la dernière partie sur la tyrannie de la beauté et la femme utilisée à son insu dans un but d’expansion économique (tout ce qu’on nous vend pour les régimes), tout comme celle sur la ménopause vendue comme une maladie et la polémique sur le THS / cancer du sein qui suscitent à eux seuls des livres entiers et ne sont donc là qu’abordés superficiellement.

En résumé, une synthèse agréable à lire de la condition féminine aujourd’hui, qui se veut un document très grand public, et qui pêche peut-être parfois par une vulgarisation trop rapide des problèmes. A lire donc en connaissance de cause. 


Cet extrait page 33, que je dédie aux copines mères au foyer (elles comprendront, et l’ayant été moi-même pendant plus de 10 ans, je me comprends aussi, même si je crois qu’elles ont, tout comme moi, su dépasser ces clichés qui ont la vie dure et trouver leur équilibre en s’affirmant autrement, même si parfois, il y a des baffes qui se perdent, hein les filles…) : « La mère au foyer : cette soldate inconnue.
Aux yeux de la société, celle qui choisit la vie familiale est au mieux une planquée, au pire une incapable. C’est pourquoi la femme au foyer porte la culpabilité permanente de ne pas être créatrice de richesses. Ce n’est pas elle qui fait bouillir la marmite : c’est l’argent de son mari qu’elle dépense. A cause de cette culpabilité, elle en fait trois fois plus que nécessaire dans la maison et se jette dans une quête éperdue de perfection afin de se faire pardonner sa non-productivité apparente. Le regard que la société pose sur son existence fait peser sur elle un  degré d’exigence impitoyable. Rien ne lui sera pardonné. Son travail, qu’il concerne les enfants, le ménage, l’organisation de la maison, la planification des vacances, ne sera jamais ni reconnu ni valorisé. Elle est chauffeur, cuisinière, femme de ménage, secrétaire, répétitrice pour ses enfants. Elle n’a pas d’excuse pour ne pas être belle et disponible le soir. Elle est en quelque sorte la femme idéale : « cordon-bleu dans la cuisine, sainte dans le salon et avec les enfants, pute dans la chambre ». Et pourtant, une femme qui ne travaille pas n’est pas respectée. On la sait incapable de partir, car elle est inféodée au mari financièrement. Si son mari se désintéresse d’elle à la cinquantaine, au moment où les enfants quittent eux aussi la maison, elle se demande ce qu’elle a fait de sa vie. »

 

Et on en remet une couche p. 114 : « Etre une mère qui ne travaille pas, c’est apparaître comme un parasite. La femme au foyer est l’objet de tous les fantasmes : voilà une personne qui ne produit rien, qui est entretenue, qui a le temps de faire ce qu’elle veut, qui a de la chance, qui est une privilégiée, à qui la difficulté de la vie et du monde du travail est épargnée, une femme qui a le temps de vivre.
Or être une mère est une profession à part entière, qui exige le sens des responsabilités, la prise d’initiatives, des capacités intellectuelles, physiques et émotionnelles, une grande réactivité, un sens du management, une capacité d’adapter ses horaires aux charges nouvelles qui peuvent surgir, de la bonne volonté face aux tâches supplémentaires, la capacité de supporter un environnement stressant et un chef parfois tyrannique – l’enfant – et un collègue de bureau qui pratique l’absentéisme – le mari. »

 

 

Albin Michel, mars 2007, 217 pages, prix : 16 €

Ou Livre de Poche, mars 2008, prix : 6 €

Ma note : 3/5

Crédit photo couverture : LGF / Le Livre de Poche.

 

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Tietie007 15/05/2010 13:37



Il n'est jamais aisé d'être libre ...



sylvie 29/11/2008 10:01

je suis d'accord avec toi sur le style résolument grand public et accessible. Le propos montre bien que notre société n'est pas "aidante" pour les choix, la liberté de chaque femme de mener sa vie, parce qu'elle n'arrête pas de poser des injonctions paradoxales. Quelque soit le choix de vie qu'elle fait, elle pense avoir raté quelque chose. Je trouve que certains textes parlent bien de ça, où le font bien ressortir.
Le titre m'avait intriguée, et le chapitre qui développe cette image assez forte m'a bien plu.

liliba 23/05/2008 22:19

Bon, c'est sûr je ne le lirai pas... Mais j'ai bien ri en lisant les extraits, moi qui ne suis PAS une femme au foyer et échappe donc (fort heureusement) à tous ces clichés éculés...Les filles, que faites-vous donc de vos journées à part lire des trucs sur les blogs des unes et des autres, hein, on se le demande !!!! Hallucinant qu'à notre époque on ait encore besoin d'un livre pour justifier le statut de la femme, son travail ou son désir de rester à la maison...Le bon choix est celui qui rend heureuse, et ça, c'est à chacun de trouver sa voix...

lily 22/05/2008 23:14

Je fais partie du lot des parasites qui dépensent l'argent de leur mari (à tort et à travers dans des livres qui plus est :)Pfiou, je ne m'en étais même pas aperçu :)(Mais le pire, c'est depuis 7 ans à présent que j'ai arrêté de bosser, je ne complexe même pas :)) Bon, j'ai encore 10 ans d'insouciance devant moi !! Carpe diem :)C'est étrange, mais c'est un sujet sur lequel je ne me penche jamais. J'espère que je ne vais pas faire de cauchemars cette nuit !!En tous cas Laure merci pour ces extraits qui m'ont bien fait sourire (vert), tout comme les réactions de Cuné et de Clarabel, mes soeurs "d'insouciance" on dirait :) Je n'ai qu'un mot pour finir, RESISTONS ! Nous les derniers exemplaires de la femme au foyer, il ne manquerait plus (parce que nous lisons) qu'on nous soupçonne de bovarysme (quel mot ignoble au demeurant !!).Mais j'y pense, c'est très tendance la femme au foyer depuis la sortie de DEsperate Housewifes... Oui c'est vrai, elles sont désespérées... Brrr

Cuné 22/05/2008 10:37

(Toute cette eau est trop froide pour nos gracieux corps de privilégiées parasites ;o))

Clarabel 22/05/2008 09:56

Comme Cuné !Aucune méprise dans mon précédent commentaire, c'est juste le ras-le-bol, parce que... tout le temps, tout le temps, tout le temps...La même chose. :)Cuné, je te suggère plutôt de jeter ton corps dans la mer, moi je vise la seine. Et bras en croix, surtout, comme les saintes martyres que nous sommes !!!! :D

Laure 22/05/2008 10:05


hi hi, elles sont devenues folles mes copines, mais elles me font rire : bon je suis quand même inquiète : y aurait pas un peu trop d'eau en Normandie ?? c'est quoi
ces vagues suicidaires, même en saintes martyres ? :-D


Cuné 22/05/2008 09:44

Hi hi, dis comme ça, ça a tout de suite une autre allure, c'est sûr ;o)) mais ça n'en enlève pas moins LA caractéristique féminine, à mon sens, le truc number one : la culpabilité...

Laure 22/05/2008 10:12


oui, ce qui est mis en avant dans ce livre, c'est justement cette culpabilité féminine, mais quel que soit le statut, salariée, chômeuse, au foyer, etc. Une course à
la perfection permanente.


Cuné 22/05/2008 08:46

Mouaip. Et je te raconte pas quand, en plus, tu es une *mauvaise* femme au foyer : ménage minimum syndical, même pas jolie-gravure-de-mode, cuisinière à chier, mère impatiente et énervée... Je sais pas, je me pends ?... ;o))

Laure 22/05/2008 09:30


ben non, ce serait dommage ;-)))
tu as su au contraire te sortir du carcan idéologique dans lequel on veut t'enfermer, c'est ce que je disais dans ma dédicace avant l'extrait :-)


cathulu 22/05/2008 06:26

Je ne regrette pas les euros que je n'ai pas dépensés  quand j'ai reposé ce livre. Rien de nouveau sous le soleil...

Laure 22/05/2008 09:07


rien de nouveau, oui, c'est ce qui freine mon élan pour ce livre ...


Clarabel 21/05/2008 20:38

Tu sais ce que je pense des deux extraits : à ch*** !!! Désolée d'être si grossière ! :pFemme entretenue je suis, et fière de l'être ! Na. :))Encore vingt ans, et mon mari me lourde ! Hihihi. Il est peut-être temps que je songe (déjà) à ma reconversion... :/Une nouvelle planque, bah tiens.Mon esprit s'échauffe... vite, un calmant!

Laure 22/05/2008 09:08


ne te méprends pas, les auteurs condamnent bien sûr cette façon de penser, mais il faut aussi reconnaître qu'elle est monnaie courante. C'est un constat, pas un
jugement.