Les jardins d'Hélène

L'adieu au Nord - Pascale Kramer

11 Mai 2006, 14:18pm

Publié par Laure

Il m'a fallu du temps pour savoir si j'aimais ou non ce livre. Dès le début est né un sentiment de malaise à la lecture de ce roman que je trouvais oppressant et malsain. Mais j'avais envie néanmoins de poursuivre ma lecture. C'est alors que j'ai perçu le talent de l'auteur à créer, plus qu'une histoire, d'abord une atmosphère, un climat étouffant de violence et de sentiments malmenés par le désarroi.

Dans le Nord de la France, Alain, la petite quarantaine, travaille à la cressonnière de son frère Jean, avec d'autres employés, hommes célibataires tout aussi bourrus que lui, Sven, et Serge. Au village la fille de l'épicier s'ennuie, la jeune Patricia, pas tout à fait majeure, va occuper son ennui à séduire le taciturne Alain. Elle ne se sépare jamais de sa copine Luce, fillette de 11 ans, tout aussi désoeuvrée qu'elle. Dans la chaleur écrasante de l'été naît la violence du désir. Le désir d'Alain pour Patricia. Le début de leur liaison. L'affolement d'Alain lorsque Patricia lui annonce son départ pour l'Irlande. Il la suit.

D'errances en drames, le viol de Luce, la grossesse de Patricia, c'est l'histoire annoncée d'un échec, dans ce monde miséreux de jeunes gens incapables de dire leurs sentiments. La violence latente et l'incapacité des personnages à faire des choix cohérents ou "adultes" concourent à cette impression d'étouffement.

Il m'a fallu du temps donc, pour comprendre cela. Et penser alors que ce roman était excellent. Même s'il en reste un certain pessimisme, toujours empreint de malaise. Pour le talent de l'auteur j'ajouterai aussi que tous les personnages secondaires sont bien définis, presque tous aussi paumés qu'Alain et Patricia, apportant davantage encore, si besoin était, de cohésion à l'ensemble.

Le choix de l'éditeur d'avoir mis une scène clairement érotique en 4ème de couv. me gêne un peu : non pas pour la description crue, (les scènes d'amour le sont toutes dans ce livre) mais pour le malentendu : il ne s'agit pas d'un roman érotique, encore moins d'un genre douteux. La violence du désir décrit ne traduit qu'une très grande pauvreté intérieure. Attention donc à ce qu'il n'y ait pas tromperie sur la marchandise.

On pourra lire l'interview intéressante de l'auteur sur ce site.

Mercure de France, juin 2005, 227 pages, ISBN 2-7152-2581-4, prix : 17 €

Ma note : 3,5/5

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Cuné 18/05/2006 20:22

Je souris car c'est la phrase que je viens d'écrire pour terminer un commentaire de lecture : "Un bien bon moment avec...". :-DSi vous êtes "détraquée", je suis "triviale", et c'est très bien qu'il existe autant de lecteurs que de livres... Non ? :-D

Emmanuelle Pagano 18/05/2006 17:54

Mais non pas de honte : c'est parce que vos amies blogueuses ne vous ont pas dit que j'étais "divinement beau", et donc je suis toujours derrière lui (je plaisante). Rien à réparer : je suis trop contente de lire des choses intéressantes sur "ma" Pascale K., continuez à la lire, donc, vraiment. Oui, le plaisir de lire, vous avez raison... c'est-à-dire que le plaisir, je trouve ce terme trop large : il va du malaise (on est malmené, bouleversé) justement, au "bon moment", et je suis peut-être détraquée mais je déteste l'idée de "passer un bon moment" avec un livre.
Désolée j'arrive sur ce blog et je savais pas que Elle Haine était l'Or...

Emmanuelle Pagano 18/05/2006 14:04

Ah ben tiens même mon clavier il a des frissons aux mots de P.Kramer.../////

Laure 18/05/2006 17:28

Oui, c'est cela l'émotion ;-))
Je savais bien que votre nom me disait quelque chose : le tiroir à cheveux ! honte à moi, pour n'avoir encore lu aucun de vos livres, mais je réparerai cela un jour, promis !

Emmanuelle Pagano 18/05/2006 14:01

J\\\'ai lu quatre livres de Pascale Kramer, dont cet \\\"Adieu au Nord\\\". Je les trouve d\\\'une maîtrise remarquable. Pascale Kramer a une capacité rare : celle de nous mette très près des pensées peu avouables de ses personnages. C\\\'est pour cela que le lecteur ressent un malaise : on arrive à comprendre des actes ignobles, on arrive à se sentir proche du violeur d\\\'une très jeune fille, d\\\'un type qui s\\\'apprête à battre sa compagne... Elle nous place aussi dans des lieux peu habituels en littérature et pourtant ordinaires : une cressonnière, une gravrière, un lotissement de province... et il se passe quelque chose d\\\'incroyable, on ressent ce lieu, on ressent l\\\'interaction qu\\\'il peut avoir avec les gestes, les postures, les sensations des personnages. Elle s\\\'attache aussi à des \\\"petits riens\\\" qui disent beaucoup, au niveau de la peau, des vêtements, des actes quotidiens, et nous voilà (en tout cas me voilà) couverts de frissons, d\\\'étouffements. Et encore je trouve que je n\\\'en dis pas assez... je vais essayer autrement : si je suis en train de lire un de ses livres, si je m\\\'approche de la fin, je tourne sur moi-même pour chercher où le finir, où me poser pour le finir. Et ce n\\\'est pas souvent que je ressens ce besoin.
J\\\'ai eu la chance de rencontrer Pascale Kramer à Genève et je n\\\'arrivais à lui dire mon admiration,je n\\\'ai pu que lui dire qu\\\'elle me donnait envie d\\\'écrire, et que ses livres, parce qu\\\'ils m\\\'ont marquée, étaient présents dans mon dernier, dans celui que j\\\'étais en train de finir.
Une dernière chose : je crois que le malaise est un minimum quand on lit, un livre qui ne crée pas au moins un petit malaise, à quoi il sert ?
Bravo à Hélène pour sa très juste description de \\\"L\\\'Adieu au Nord\\\".

Laure 18/05/2006 17:25

Vous dites aussi des choses très justes sur l'écriture et ce roman de P. Kramer. La rencontrer a dû être un moment vraiment intéressant.
Vous dites que le malaise est un minimum quand on lit  : on peut choisir aussi le versant du plaisir non ? quand un livre nous emporte, quand on vibre avec son personnage, ou quand l'écriture a une résonance particulière pour nous lecteur, sans qu'il y ait nécessairement de malaise... c'est bien aussi !
Hélène, alias Laure, à moins que ce ne soit l'inverse, faudra que j'explique un jour. Mon vrai prénom c'est Laure.
 

clarabel 12/05/2006 09:47

Du même auteur, j'avais lu "Retour d'Uruguay" et tout comme Anne j'ai aussi ressenti une impression de malaise en lisant le livre sur le coup, puis c'est ensuite que j'y pense et repense en édulcorant mon opinion. Cela reste très confus... J'ai du mal encore aujourd'hui à affirmer si j'ai aimé ou pas ! ..

Laure 12/05/2006 18:49

oui il semblerait que l'auteur cultive cette atmosphère particulière dans tous ses romans, et le malaise engendré semble unanime !

Anne 12/05/2006 08:34

Je n'ai pas lu ce roman mais 3 autres de Pascale Kramer "Le bateau sec", "Les vivants" et "Onze ans plus tard". Pendant chaque lecture je me disais "Bof, bof..." et après "Finallement c'était bien." D'après ton avis je pense que celui-là  me ferait encore cet effet-là. 
Je réalise que je n'ai jamais conseillé, ni prêté aucun de ses livres.