Les jardins d'Hélène

La fabrique du crétin : la mort programmée de l'école - Jean-Paul Brighelli

18 Mai 2006, 12:30pm

Publié par Laure

D’abord, ne pas faire le contresens : il ne s’agit pas d’une fabrique de crétins ou à crétins, mais de la fabrique DU crétin. « Le Crétin dont il s’agit n’est pas le produit de la fabrique, mais son ingénieur, son directeur, son patron. », dixit le préfacier Bernard Lecherbonnier.

Ce livre, qui prend des allures de pamphlet, est aussi excellent qu’affolant. Depuis l’avènement de la Nouvelle Pédagogie, c’est l’hécatombe : éradication du savoir, faillite organisée de l’enseignement, renoncement à la culture, l’école s’épuise juste à formater par le bas des « apprenants » qui seront ouvriers malléables et corvéables à merci pour une industrie immédiate. L’honnête homme et la littérature ont disparu, tout au plus mettra-t-on sur le même plan une biographie d’une star loftstorienne et une œuvre de Racine.

Je me suis souvent surprise à rire (jaune) : phrases mordantes, humour, ironie, et constat effarant dont il faut bien convenir qu’il est réaliste. Et l'auteur a toutes les compétences pour prétendre savoir de quoi il cause. La licence d’aujourd’hui équivaudrait au bac d’il y a 15 ans. Nos enfants ne savent plus écrire une ligne sans 5 fautes d’orthographe, au mieux. Mais ils savent utiliser Internet. Génial. La preuve, mon fils (en 6ème) étudie l’Odyssée sur Internet en ce moment. Ah bon, mais vous avez un livre ? des extraits photocopiés à lire ? Non non on cherche sur Internet ; y a un groupe qui travaille sur le voyage d’Ulysse, un groupe qui travaille sur les femmes dans l’Odyssée, etc. Ah. Mais vous faites quoi exactement ? Ben on cherche sur Internet. Re-ah. Pauvre Homère. Idem pour ma fille, qui est en CM1. Elle passe plus de temps scolaire à faire de la danse contemporaine et des sorties diverses et variées qu’à apprendre sa table de 9. Reste Mosquito, qui du haut de sa Moyenne Section, est aujourd’hui à la ferme pour aller voir la tonte des moutons, et demain elle continuera d’apprendre à écrire son prénom en attaché, tout en sachant compter jusqu’à 50. Et en 6ème, elle n’en saura guère plus. Suis cynique, hein, mais lisez ce bouquin, et vous comprendrez !

Certes l’auteur ne propose pas de solutions (c’est l’objet d’un second livre paru récemment) et on pourrait l’accuser de nostalgie outrancière du bon vieux temps si ses arguments n’étaient pas aussi efficaces et vérifiés.

A lire, vraiment. Mais cela fera-t-il bouger en haut lieu, où politiciens et didacticiens savent mieux que les enseignants ce qu’il faut faire ?

Ed. JC Gawsewitch, sept. 2005, 218 p., ISBN 2-35013-035-5, prix : 16,90 €

Ma note : 4,5/5

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Tietie007 17/05/2010 17:15



 ...et comme l'école est devenue obligatoire, le niveau moyen a nécessairement monté ! Par contre, c'est sûr, le niveau "relatif" par classe, a du baisser, puisqu'aujourd'hui, par exemple,
tout le monde va en seconde, alors que par le passé, une grande partie des élèves quittaient l'école dès le certificat d'étude puis la 3eme, pour aller travailler. Donc il est clair qu'une classe
de seconde aujourd'hui doit être beaucoup moins forte que son homologue d'il y a 30 ans.



Tietie007 15/05/2010 13:45



Brighelli a parfois des analyses justes, mais il oublie qu'on est passé d'une école avec 5000 bacheliers, au début du 20eme, à une école à 600 000 bacheliers, en 100 ans ! La massification du
bachot a, mécaniquement, baissé les exigences mais le niveau, comme l'ont démontré Establet et Bachelot, a plutôt augmenté, en 100 ans, puisque 100 % d'une classe d'âge fait son école
jusqu'à 16 ans !


Le problème de l'école reste plutôt dans le fossé qui existe entre des référentiels hyper-exigeants, sur le papier, qui faisait dire à un ami prof des écoles que si il faisait tout le programme
d'hist-géo en CM2, ces élèves auraient pu se présenter à l'agreg à la fin de l'année, et ce que l'enseignant peut faire, réellement, dans ses heures de cours ! Il ne faut pas toujours "plus",
mais faire "mieux", ce qui passera par le toilettage des programmes, beaucoup trop chargés et irréalisables.


 


 



Laure 16/05/2010 12:12



"puisque 100 % d'une classe d'âge fait son école jusqu'à 16 ans !" : ben en même temps c'est devenu obligatoire !!


enseigner est devenu un métier très difficile...



Flo 15/11/2006 21:16

Argh !!! Horrible faute : "apprennent" !

Flo 15/11/2006 21:15

Je découvre tout juste ton article et les commentaires sur ce livre que je lis, enfin. Je suis très étonnée par tes propos Laure et ceux de Clara déclarant que vos gamines apprenent à écrire en cursif dès la maternelle ! Pour le moment, les écoles dans lesquelles j'ai fait des stages enseignent l'écriture cursive au CP et pas dès les premières semaines. Je trouve incroyable que l'on demande à des enfants n'étant pas encore capable d'avoir des gestes précis d'écrire en cursif !!!!!! Si encore c'était pour avancer dans les apprentissages et arriver au bac en sachant quantité de choses, pourquoi pas (et encore ...) mais bon, vu le résultat final, ça peut bien attendre le CP ;-) Flo, dégoûtée de l'Educ'Nat' et passionnée par le Brighelli au point de n'avoir pas préparé tous ses cours pour demain :(( [il faut dire que mon envie d'aller au charbon est inexistante...]Je reparle de tout ça rapidement : le livre ne va pas faire long feu en dépit d'un emploi du temps chargé (déménagement & co)

Laure 15/11/2006 21:45

Bah oui Flo, je suis bien d'accord avec toi, mais c'est comme ça : Constance est en GS et elle sait écrire son prénom en cursive. On ne lui demande pas son avis : elle doit le faire, alors elle fait (bien ma foi, mais c'est ma fille hein!) Pour le reste c'est encore en capitales (ah non elle écrit aussi maman en cursive, et sans doute d'autres trucs que je ne vois pas toujours)
Courage pour le charbon ;-))

DELPHINE 22/05/2006 12:54

Je me permets d'intervenir dans vos commentaires pour vous raconter une journée extrordinaire : j'étais invitée, la semaine dernière, dans un lycée professionnel et technique de Bordeaux, avec Joseph Incardona, à l'occasion de la parution de son roman Banana Spleen. Nous rencontrions deux classes de 1ere, section comptabilité. C'est dire que la littérature n'est pas, a priori, leur centre d'intérêt. Nous nous adressions à des élèves en échec scolaire depuis la maternelle, à des grands gamins qui n'avaient pas choisi cet établissement, mais qui n'avaient plus que cette solution. La professeur de français avait travaillé avec eux autour de Banana Spleen pendant deux mois. La rencontre a duré deux heures et rarement j'ai entendu des questions aussi intelligentes, aussi pointues. Ils avaient adoré le livre de Joseph et ce roman leur avait permis de se sentir moins seul dans la vie. De plus, de nous rencontrer leur a, je pense, permis de désacraliser le livre et la littérature en général. L'équipe pédagogique a été très étonnée de leur attention et de leur sagesse. A la fin de la rencontre, je discutais avec la prof de français et la félicitais pour son choix et son travail. Elle me disait qu'elle en avait plus qu'assez d'entendre dire que les jeunes ne lisaient plus. Il fallait juste leur tendre la main vers le livre.

Laure 22/05/2006 17:09

Oui, il y a encore des profs qui y croient, et c'est tout l'objet du second livre de Brighelli, paru tout récemment. Mais ces élèves ne devraient pas non plus être à un tel point d'échec scolaire...

Cuné 21/05/2006 14:39

Je n'ai pas la même vision parce que fiston a une scolarité difficile, due à une dyspraxie et des toc. Du coup je suis bien obligée depuis la grande section de passer beaucoup de temps chaque soir avec lui à faire ses devoirs, ne serait-ce que de lui faire recopier lisiblement ses cours. Par exemple aujourd"hui (CM1) notre objectif est qu'il s'avance au maximum car dès mercredi pendant 10 jours on a de la famille en visite. Ben c'est bien galère de tracer un carré à partir de 6 cm de segment A-B pour la diagonale, de réciter ses verbes à l'impératif, de savoir dessiner les continents et les océans, et de discourir sur la création des cathédrales, d'être incollable sur les fractions qui entraînent divisions et multiplications sous forme de problèmes à l'ancienne, tout ça le dimanche jour - normalement - de repos... Mais aussi il a la chance d'être dans une très bonne école, publique, dans laquelle ils travaillent vraiment beaucoup (je trouve). Le hasard (ou plutôt la volonté du directeur) a fait que toutes ses maitresses étaient "de la vieille école", et que je retrouve dans ses programmes mes propres classes de primaire : On a appris à lire avec la méthode syllabique, on récite encore par coeur les tables de mutliplication, on fait des rallyes lecture, des rédactions, des dictées "normales", des problèmes de plomberie, etc.. Et figurez-vous que les parents se plaignent ! "Pas assez d'ateliers, d'ouverture sur le monde, de classe verte etc." jamais contents.Ceci dit j'aimerais beaucoup-beaucoup qu'il soit zen et bien dans sa peau : ça viendra !

Laure 21/05/2006 18:23

Tu as trouvé une école précieuse Cuné, garde-la bien, ou conseille-la autour de toi.
je crois surtout que nous tous, parents que nous sommes, savons faire preuve de bon sens : être présents pour nos enfants, de plus ou moins près, selon qu'ils ont besoin d'un peu d'aide, de bcp ou pas du tout. Même sans aide scolaire, nos enfants savent que nous sommes là pour discuter de tous les sujets ou les aider s'ils le souhaitent, sauf que c'est moi qui ai du mal à suivre quand mon fils s'amuse à construire des circuits électriques ou fabriquer des alarmes de porte pour sa chambre ;-)) (il a de drôles de loisirs!) je suis pas scientifique du tout, et mon mari n'est pas littéraire du tout : ça tombe bien !
Les sorties scolaires et autres classes vertes, c'est un apprentissage aussi, mais ce serait mieux si les bases du savoir lire -écrire - compter étaient acquises aussi. et d'une façon très générale, ce n'est plus guère le cas.

Frisette 21/05/2006 13:26

À ce que je vois, c'est pas mieux en France qu'au Québec...
Chez-nous, la première cuvée de la Réforme (excusez-moi, il faut maintenant dire Renouveau Pédagogique :D) arrive au secondaire (6ième en France) et tous les enseignants sont découragés.  Les élèves ne savent plus que jouer.  Et pourtant les élèves des années précédentes n'étaient pas si merveilleux...  Où sont passées les connaissances?
Mais plus qu'une conséquence du système scolaire, c'est toute l'absence de culture qui doit être mise ne cause.  Surtout le fait que l'effort n'est plus valorisé, puisqu'il ne faut pas brimer les petits chéris.  C'est inquiétant pour l'avenir non?
Je vais certainement lire le livre dont tu parles, d'autant plus que je l'avais déjà remarqué.  Ta critique a achevé de me convaincre!

Laure 21/05/2006 13:47

Oui, c'est tout à fait cela : plus du tout d'effort, et plus du tout de culture -( hors de la télé et d'internet ! ), ce qui veut tout dire. Je crois que c'est vraiment à lire, même si ce n'est pas rassurant.

clarabel 19/05/2006 20:55

Je ne sais pas trop pourquoi je t'ai raconté TOUT ça ! .. (...) Ah oui, sans doute pour illustrer combien on demande beaucoup trop aux enfants dès la maternelle ! ;p :-)

Laure 19/05/2006 21:16

oui, cf plus haut !

clarabel 19/05/2006 20:52

C'est vrai, tiens ! Dans mon jeune temps aussi, en maternelle, je me souviens c'était un symbôle qu'on devait dessiner pour signer tous ses travaux. Pour moi, c'était une chenille ! :D
Aujourd'hui, à même pas 5 ans, ma fille devait écrire son prénom en attaché et avec une belle majuscule ! :S
Arrivée en grande section (classe mélange aux CP et CE1), elle s'est retrouvée soudainement dans le bain : apprentissage du silence, de la discipline :) :) :D et début de la lecture et des mathématiques !.. :S :S Et là j'ai pu constater que je n'avais pas fait comme les autres mamans : bourrage de crâne, devoirs maison etc.. Nous, c'était cool. Je laissais à la maîtresse le soin et le temps de lui apprendre ce qu'il faut. Comble de la honte (pour moi, chuutt) : ma fille ne savait pas compter plus loin que 5 en septembre dernier !!!!!!! :D  Et la petite qui  nous raconte cela, en toute naïveté, à table : avec ma copine amélie, je suis la seule à pas savoir compter ... 
Aujourd'hui j'en rigole bien, mais sur le moment j'étais verte. Quoi, comment.. j'ai loupé le coche ?!? J'ai filé voir la maîtresse (qui a aussi bien rigolé) car pour elle y'avait pas de soucis et notre griffon local était un modèle bien calibré, pas en retard, et surtout, SURTOUT, super à l'aise dans ses baskets, heureuse de vivre et JAMAIS stressée ! :D
Donc c'est (un peu) devenu mon mot d'ordre : ZEN ! :)

Laure 19/05/2006 21:15

"Dans mon jeune temps " : j'adore !! mais je comprends;-)
oui, on stresse nos petits mais après, on n'exige beaucoup moins, c'est disproportionné.
Je ne devrais pas m'en vanter, mais que ce soit mon homme ou moi, personne ne nous a jamais aidé dans nos devoirs à la maison, et aujourd'hui, nous laissons faire nos enfants : nous fonctionnons sur la confiance, juste la question rituelle "vous avez fait vos devoirs ?" c'est pour eux et leur avenir qu'ils travaillent, pas pour nous ! et s'ils n'ont pas appris leur leçon, ce sont eux qui se feront engueuler à l'école. ce côté "cool" peut-être aussi parce qu'ils n'ont pas de souci scolaire. Je me suis souvent crue très mauvaise mère en constatant que les autres passaient au moins 1h chaque soir sur les cahiers de leurs gamins, et moi... niet, puis j'en ai discuté avec une instit' qui m'a rassurée. 
 Bon ça changera peut-être au lycée, mais même au collège, pas de souci. Sauf que mon fils à 17 de moyenne générale en ne faisant rien, et ça c'est très mauvais pour l'avenir : tout ne sera pas toujours facile dans la vie ! Est-ce à dire que le niveau du collège est tellement nul qu'un élève moyen est un génie ? Pourquoi ne pas essayer de tirer vers le haut au lieu de niveler par le bas, puisque dans sa classe il y a d'autres bons élèves ? ...

clarabel 19/05/2006 14:01

Oh là, je suis totalement d'accord avec toi ! Mais je ne lirai pas ce livre car je pense que je serai très vite énervée ! ! ! 
Je trouve aussi qu'il y a un couac énorme dans le système scolaire et je suis d'autant plus ulcérée par ce qu'on inculque aux futurs enseignants par le biais de ma frangine qui termine son parcours à l'iufm avec brio mais qui me laisse (moi) assez sarcastique. Quand je feuillette ses cours, ses bouquins etc.. je me dis : mais c'est toujours la même chose, jamais on ne sort des sentiers battus ?..  Tout est tellement formaté ! :(
Elle me racontait une fois qu'une camarade à elle ne savait pas comment écrire Grimm ! ! !  C'est le flip total. Zero culture, c'est le constat actuel. Mais cela ne concerne pas seulement la génération qui pointe, je trouve que déjà autour de soi c'est pas évident de trouver qqn qui peut t'en étaler une bonne couche et avec une variété sur le monsieurtoutlemonde. (Et là, je pense à davinci code qui plombe mon moral avec tous ces moutons qui se ruent sur le livre ou le film...)... gnak gnak.
Il y a un déséquilibre entre ce qu'on demande dès la maternelle puis au cours de la scolarité (qui va en dégringolant). Résultat : les profs sont blasés, les enfants s'ennuient et le système n'est plus du tout adapté. Une étude européenne révélait dernièrement que la France occupait une place bien, bien médiocre dans le classement des meilleurs qi !... Mais bon, actuellement les jeunes veulent être "star" et "passer à la télé" - c'est tellement plus tendance !... :-/ :-/

Laure 19/05/2006 19:31

ce livre te conviendrait car les IUFM y sont très (ou)vertement critiqués !
mais inutile de se mettre la pression dès la maternelle, tu as le temps !
pour ma part je suis toujours agacée d'entendre que mes enfants sont "excellents", mais excellents par rapport à quoi ? Ils sont normaux mes enfants, ils savent pas écrire une ligne sans faire de fautes, et ils seraient des génies ? L'école et moi, on ne se comprend plus très bien...
je suis sortie de maternelle sans savoir écrire mon prénom ni connaître l'alphabet ni compter (à l'époque ça ne se faisait pas), et cela ne m'a pas empêché de m'en sortir ! Aujourd'hui dès la petite section ils doivent écrire leur prénom en lettres capitales, et en attaché (cursive) en moyenne section. Pour quel résultat en suite ? Pfff.
Ce livre dénonce l'absence totale de demande d'effort aux élèves (à partir du primaire)faut pas les stresser les pauvres, donc aucune exigence, aucun apprentissage qui nécessiterait du travail, de la réflexion, bref de l'effort.
Enfin, le sujet est vaste...