Les jardins d'Hélène

Deux amours cruelles - Junichiro Tanizaki

20 Juin 2006, 15:09pm

Publié par Laure

Ce recueil comprend deux nouvelles : l’histoire de Shunkin, et Ashikari, une coupe dans les roseaux, qui dateraient respectivement de 1933 et 1932.

Ma première réaction est que j’ai perdu l’habitude de lire des classiques, et qui plus est de la littérature japonaise. Je découvre alors un univers si éloigné de notre pensée occidentale que  j’en suis un peu chamboulée, malgré toute l’élégance et la retenue dont l’écriture asiatique fait preuve ici. Je reste trop à l’écart, comme si la réserve de l’auteur me tenait à distance. 

Dans la première nouvelle, l’histoire de Shunkin, donc, il est question d’une jeune femme, Shunkin, de son vrai nom Koto Mozuya, fille de riches apothicaires, qui devient aveugle à 9 ans. Elle devient professeur de musique à la façon des grands maîtres, avec exigence, rigueur… et violence. Sasuke, son serviteur, deviendra son élève et son amant, et ils s’aimeront toute leur vie durant, sans manifestation extérieure aucune. A tel point que lorsque Shunkin sera défigurée au visage, Sasuke se crèvera les yeux pour ne pas lui faire l’affront de la voir moins belle. Lors de sa première grossesse, elle refusera de donner le nom de son amant, car il n’est pas de la même condition sociale. Ils auront d’autres enfants mais cela passe au détour d’une phrase, ce n’est pas l’objet du livre. Difficile pour moi lectrice d’imaginer une vie commune autre que celle de la relation de maître à élève ! La nouvelle porte plus sur le caractère cruel, indigne et violent de Shunkin, et le dévouement à toute épreuve de Sasuke. 

La seconde nouvelle, Ashikari, m’a demandé plus d’effort pour entrer réellement dans le récit. Oyu est une jeune veuve qui n’a pas le droit de se remarier car elle doit élever son enfant, aussi quand Serizawa tombe amoureux d’elle (et vice-versa), il n’est pas possible de les réunir dans le bonheur. Elle persuade sa jeune sœur Oshizu d’épouser Serizawa, afin de ne pas le perdre de vue et de l’aimer comme un frère. Là aussi le dévouement d’Oshizu ira très loin. 

J’avais repéré ce livre sur le blog de Christie il me semble, et depuis ma lecture je n’en trouve plus trace : dommage ! (Mais peut-être est-il encore dans son mûrissoir !) La littérature japonaise est un univers à part entière qui mérite d’être exploité, et qui m’a permis de réaliser que j’étais trop enfermée dans la mixture française contemporaine. C’est bien d’en sortir de temps en temps, mais on pourrait en dire autant de toutes les littératures, ah ! que c’est difficile de vouloir tout lire !

Traduit du japonais par Kikou Yamata. 

Préface de Henry Miller.

 

Stock, sept.2002, 159 pages, ISBN 2-234-5512-6, prix : 7,50 € 

Ma note : 3/5

Commenter cet article

masadon 03/07/2007 15:54

Shunkin est une histoire bouleversante, trés belle et retraduite il y a quelques années par J.J. Tschudin  dans la pléiade.Malheureusement .Shunkin sera jouée au théatre de la Huchette à Paris cet automne ;Mise en scène par Nicolas Bataille. La piéce sera en Français , accompagnée par deux  musiciennes Japonaises:koto et Shamisen.Je donnerais des informations plus précises bientot.En tout cas c'est une des nouvelles les plus cruelles qui soient et trés caractèristique de Tanizaki comme du répertoire du Kabuki.Sacrifice et abnégation...;

Hervé 27/06/2006 15:37

Bonjour,
J'aime beaucoup ton blog.
Je te conseille du même auteur "Un amour insensé".
Pour ce qui est de la littérature japonaise, je te conseille vraiment de lire Mishima ("Le marin rejeté par la mer" un roman court et très fort), ou Kawabata ("Kyoto" depuis je rêve de cette ville!).
Dans un style très différent de littérature japonaise, j'aime beaucoup Oé et son roman "une affaire personnelle". Là aussi cela permet de comprendre le poids de la société japonaise et les référentiels sont tellement éloignés des notres.

clarabel 23/06/2006 10:12

Bah tiens, pourquoi pas ???! ...
La littérature japonaise est assez fascinante... car glaciale mais envoûtante. J'aime beaucoup ! :-)

Laure 23/06/2006 11:14

je pense que je n'ai pas choisi le meilleur de tanizaki, j'essaierai la confession impudique.

romanesque 22/06/2006 19:31

j'aime beaucoup ton blog!

Florence 21/06/2006 09:56


Ne connaissant rien en littérature japonaise, j'ai commencé par tester et aimé "La confession impudique" de Junichirô Tanizaki et "Kafka sur le rivage" de Haruki Murakami et bientôt je lirai un auteur vietnamien, car les critiques n'en disent que du bien, "au-delà des illusion" de Duong Thu Huong et tu as raison la littérature n'a aucune frontière et mérite d'être exploitée. ;-)

Laure 21/06/2006 10:40

Le problème est toujours le même : tout ce qu'on voudrait découvrir et le manque de temps, même si pourtant nous faisons partie de ceux qui en prennent pour la lecture !
Arghh , pas de solution...
Alors savourer, au jour le jour. comme ça on évite l'indigestion !

queenkelly 20/06/2006 21:45

J'adore la littérature japonaise, même s'il est parfois difficile d'y rentrer, tant ses codes sont différents des notres. Je lirai sûrement ce livre.