Les jardins d'Hélène

Un minuscule inventaire - Jean-Philippe Blondel

2 Juillet 2006, 20:54pm

Publié par Laure

Antoine, prof d’anglais, la quarantaine, est seul à présent. Anne l’a quitté avec leurs deux enfants, Mathilde et Léo. Avant de mettre les voiles, il met en vente quelques bricoles personnelles sur un stand de vide grenier dans son quartier. Au fil des ventes c’est l’histoire de l’objet qui refait surface, et par là même l’enfance, l’adolescence, le début de la vie adulte d’Antoine qui nous sont reconstruits. Puis quand le parcours d’Antoine est achevé, c’est celui des acheteurs qui apparaît. Si je suis moins éblouie par ce procédé qui mêle les parcours des personnages que je ne l’avais été dans Accès direct à la plage (cf. mon commentaire de novembre 2005 sur Amazon), j’aime les émotions qui se dégagent de ces phrases simples et les trouvailles (la construction du livre) qui font que non, ce n’est pas un simple inventaire qui se voudrait nostalgique. Certains diront (je l’ai lu récemment) que Blondel écrit toujours le même livre, je n’ai pas ce sentiment, même si le procédé d’écriture peut y faire penser. Antoine dans cet inventaire est prof d’anglais, et si j’imagine que chaque écrivain met toujours un peu de lui, volontairement ou non, dans ses livres, je me demande quelle part est réellement autobiographique dans celui-ci.

J’aime tout particulièrement le chapitre sur le stylo plume, la transmission de génération en génération et tout ce qui est dit autour de la lecture et de l’amour de l’écriture, idée que je trouve magnifiquement reprise dans la fin du livre.

Ce chapitre a fait remonter à ma mémoire combien j’ai pu fréquenter seule la bibliothèque de mon quartier quand j’ai été en âge d’y aller seule, et combien les livres ont été mes compagnons d’enfance. Puis cette anecdote aujourd’hui, avec ma fille qui va avoir 10 ans. Lors d’une banale prise de sang l’autre jour, Anne-Claire regardait avec attention la seringue, son sang qui remplissait le petit tube, l’infirmière lui a demandé quel métier elle aimerait faire plus tard. – Infirmière ? Anne-Claire a répondu : non, auteur. L’infirmière a compris « notaire » et elle en a été surprise. Ma fille a corrigé : non, auteur, écrire des livres. Je suis toujours étonnée de son rêve de petite fille, car elle n’écrit pas du tout aujourd’hui, pas même un journal intime ni des lettres à ses copines. Au moment de laisser nom et adresse, l’infirmière me dit : ah, mais vous êtes la bibliothécaire ! Alors c’est normal qu’avec une mère bibliothécaire elle ait envie de devenir écrivain !

Anne-Claire ne lit pas énormément, plus que d’autres enfants certes, et moins que son frère au même âge. Mais dans sa valise de colo je glisserai l’agenda de l’apprenti écrivain de Susie Morgenstern que j’ai acheté pour elle. Peut-être pas le bon moment (je préfère qu’elle se fasse des copines là-bas au fin fond de l’Auvergne au milieu des poneys), peut-être encore un peu jeune (ce livre est conseillé à partir de 12 ans), mais j’ai eu envie d’encourager son rêve. Et après avoir lu Blondel, je glisserai en plus un joli stylo, même s’il aura plus probablement la griffe d’une petite souris allemande bien connue.

 

Et puis peut-être un jour quand je réaliserai mon petit inventaire à moi, au rayon des souvenirs, je me rappellerai combien d’heures j’ai pu passer les yeux dans le vide, le livre de Blondel toujours ouvert à la même page, puis le torrent de larmes et mon incapacité à déchiffrer les lignes troubles. Non pas à cause des phrases de Blondel, c’est juste tombé sur lui, par hasard, puis le tourbillon légèrement apaisé, j’ai commandé un livre pour comprendre les sectes, leur fonctionnement et comment aider les familles et les victimes.

Robert Laffont, août 2005, 297 p., ISBN 2-221-10442-0, prix : 20 €

Ma note : 4/5

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Florence 19/07/2006 18:53


Vraiment bien, j’ai beaucoup aimé l’histoire, la vibration que les objets peuvent laisser et qui ranime notre mémoire, les bribes du passé que l’on croyaient définitivement enterrées.

C’est à chaque fois ce que je pense quand je fais un vide grenier, sur chaque étal, c’est une vie qui s’expose, un puzzle éparpillé où chaque objet attend d’être accueilli par un autre foyer pour une autre histoire.

jp blondel 06/07/2006 00:54

merci beaucoup pour ce commentaire qui me touche profondément..je n'ai pas non plus l'impression d'écrire toujours le même livre ( sinon, je ne le publierais pas) , d'autant que mine de rien c'est l'inverse d'accès direct : il y a ici unité de lieu, de temps et d'action - mais je ne voulais pas en  faire une tragédie - dans un livre, je cherche ce qui apaise, ce qui fait prendre le chemin de la convalescence, le fameux " alors souris" de raphaël dans "et dans 150 ans".. Voilà - j'espère que vous parviendrez à sourire, d'ici peu et que vous balayerez mon inventaire pour écrire le vôtre et qu'à ce moment-là, vous vous direz " bon, cela n'a vraiment pas été rose tous les jours mais je suis contente et fière de l'avoir vécue comme ça, ma vie". Bon courage et toutes mes amitiés
jp blondel

Laure 07/07/2006 22:41

Merci Monsieur Blondel, votre message aussi me touche beaucoup. Moi qui n'écoutais pas trop Raphaël, je vais aller y jeter une oreille ;-)
Et faites que l'été passe vite (enfin pas trop quand même, tout dépend du point de vue) car mes copines de blog ont déjà si bien assuré la promo de votre prochain livre, que je serai au rendez-vous, forcément !

Anne 04/07/2006 07:40

C'est troublant ces relations que nous avons via le net: je te connais depuis peu de temps, seulement à travers ta passion et tes textes et pourtant je suis triste pour toi...comme je pourrais l'être pour une amie. Et vue les commentaires je ne suis pas la seule. Courage Laure, et n'hésite surtout pas à demander de l'aide.
Quant à ce livre, rien que pour le fameux stylo j'ai envie de le lire.

Laure 04/07/2006 08:32

Merci Anne,
Je suis moi aussi touchée par vos petits mots de sympathie, alors que l'on ne se connaît que "virtuellement" et sur une petite partie de nos vies seulement : nos lectures.
J'essaie aussi de faire retomber la pression à la maison, et il n'y a pas que ce souci-là. Mais je ne veux pas tout mélanger. Les jardins ne me semble pas l'endroit pour m'épancher. Simplement parfois le plus lourd transparaît, car je ne sais pas faire semblant : difficile de parler allègrement d'un livre quand ailleurs le reste va mal. Et puis je continue à lire, avec plus ou moins d'attention selon les jours, parce que la vie ne s'arrête pas pour autant.
Merci encore à vous toutes, pour vos petits mots d'encouragement et de soutien.

Florence 03/07/2006 17:35


Je n'ai toujours pas lu ce livre, d'autant plus que je peux me le procurer à la biblio, mais maintenant c'est le prochain sur ma carte d'emprunt.

Je trouve ça chouette que ta fille puisse dire à 10 ans qu'elle aimerait écrire des livres, c'est un joli rêve qui peut se réaliser et tu l'aides à s'y intéresser avec cet agenda qui nourrira ces pensés.

Et j'espère que tout ira en s'arrangeant et que tu puisses trouver soutiens et réconforts dans les témoignages de ce livre.


clarabel 03/07/2006 14:33

Ma chère Laure, j'espère moi aussi que tout va aller mieux... c'est vraiment étrange et angoissant toute cette histoire dans laquelle glisse ton mari. Je ne sais pas quoi te souhaiter (des choses en mieux, c'est certain) mais tant qu'on ne traverse pas ce tunnel, on ne peut pas comprendre... Mais je reste à l'écoute si tu as besoin de vider ton sac (mail à ta dispo !!!).
Je suis contente que le livre de JPB a su te redonner le sourire.. J'ai aimé ceci dans ton commentaire :
et si j’imagine que chaque écrivain met toujours un peu de lui, volontairement ou non, dans ses livres, je me demande quelle part est réellement autobiographique dans celui-ci.
moi aussi j'y pense souvent quand j'ouvre un livre...
bizzzzz très fort ! ***

Plume salée 03/07/2006 13:22

Courage, Laure…
Mon ancienne comptable, parisienne, me demande un jour (très gentiment) la permission de contacter mon ancienne école (design et création graphique) afin de proposer à la direction une \\\"intervention\\\" auprès des 3e années pour sensibiliser les futurs indépendants aux affres de la gestion… J\\\'ai dit oui, que c\\\'était une excellente idée.
Un mois plus tard, je vais à son bureau, et je découvre la charte de Ron Hubbard accrochée en grand au mur derrière elle. Tout s\\\'est éclairé d\\\'un coup ! J\\\'ai appelé mon ancien directeur… je lui ai dit d\\\'annuler cette intervention. J\\\'ai changé de comptable sans explication.

Cette fille avait un charisme incroyable, elle avait un pouvoir sur les gens. Je m\\\'étais souvent posé la question du mystère de sa personnalité. Elle était rassurante, toujours égale à elle-même. Instinctivement, on avait envie de lui faire confiance. Elle avait des honoraires très élevés, mais elle donnait l\\\'impression d\\\'être si compétente que moi-même j\\\'oubliais le montant des chèques que je lui signais.
Brrr… quand j\\\'y pense, cette histoire me fait froid dans le dos, parce que, avec du recul, je me rends compte qu\\\'elle me manipulait totalement et que j\\\'en étais très heureuse.

A méditer…

Cuné 03/07/2006 10:47

"J’aime tout particulièrement le chapitre sur le stylo plume, la transmission de génération en génération et tout ce qui est dit autour de la lecture et de l’amour de l’écriture, idée que je trouve magnifiquement reprise dans la fin du livre."Tu vas faire plaisir à l'auteur, avec ça, c'est l'idée qu'il souhaitait mettre en avant dans ce roman. :-DPour la toute fin de ton commentaire, j'espère que ce livre t'apportera une aide efficace, je te le souhaite fort.