Les jardins d'Hélène

Je tue les enfants français dans les jardins - Marie Neuser

4 Mars 2012, 13:39pm

Publié par Laure

 

je-tue-les-enfants-francais.jpgça y est, je l'ai mon premier vrai frémissement de l'année 2012, le coup de poing à l'estomac d'un livre pas déjà lu cent fois. Écrire un tel roman, il fallait l'oser, et tout autant pour l'éditeur, oser le publier. Sur un sujet aussi sensible que la violence scolaire et l'impuissance des enseignants, il faut s'attendre à ce que le débat soit virulent, et que la polémique enfle. On s'éloigne du politiquement correct, on reprochera que ce sont toujours les mêmes populations qui sont stigmatisées. On tempèrera la discussion en répondant que « c'est un roman, une fiction ! » Oui mais une fiction aux accents si réalistes qu'on en a parfois froid dans le dos.

Lisa Genovesi est prof d'italien dans un collège sensible de Marseille. La ville n'est jamais nommée mais les indices sont parlants. Dans sa classe de 3ème2, Malik et Adrami font la loi, caïds légitimés par tous. Lisa part de chez elle la peur au ventre, elle sait qu'elle affrontera les insultes, les crachats, le chahut et que son cours ne sera qu'un leurre qui aura au mieux des allures de garderie. L'administration tout aussi impuissante (surtout ne pas faire de vagues) ne la soutient pas. Lisa repense à son père, son modèle qui l'a guidée malgré lui vers ce métier. Au chapitre 25, pivot du livre, ce père déclare : « Je ne trouve pas de solution. Je cherche, mais je ne trouve pas. »

Dès lors, la peur se mue en colère, la haine tapie se déchaîne, jusqu'à une fin que l'on pressent, noire. Roman noir, dérangeant, frappant, qui use en permanence de la comparaison du propre et du sale. Les images sont fortes, l'enseignante a besoin de se laver de cette crasse humaine. Le parti pris est osé, extrême, il y a les trop propres et les trop sales, les trop gentils et les très méchants, et une telle dichotomie ne laisse aucune place à l'entre deux. C'est ce qui gêne aussi et ne peut laisser indifférent.

D'autant plus que l'auteur est elle-même enseignante, la frontière est ténue entre fiction et réalité, comment se positionner réellement face à ce récit ? Le propos questionne d'autant plus. Mais c'est bien le rôle de la littérature aussi, de secouer de temps en temps, non ? Bravo !

 

p. 9 : "Mon inspecteur m'a dit, il y a trois mois : N'essayez même pas de faire cours, Mademoiselle. Sauvez votre peau."

 

L'écailler, juillet 2011, 163 pages, prix : 16 €

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Crédit photo couverture : ©Patrick Blaise et éd. L'écailler


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Liliba 21/03/2012 17:23


Brrrr.... pas trop envie de lire ça, mais ça doit être poignant.

Fantasia 10/03/2012 13:26


J'adore... : arriver sur ton blog et me prendre le titre en pleine figure ! Le roman semble pas mal du tout, par ailleurs...

Finette 08/03/2012 21:18


Je dois le lire pour un comité de lectures, tu donnes vraiment très très envie!!! Et puis le sujet m'intéresse.

Theoma 07/03/2012 16:43


que beau ressenti ! je m'empresse de noter !

Laure 07/03/2012 17:56



je l'ai fait lire à ma fille de 15 ans, en craignant quand même que ce soit un peu violent (et cru dans le langage !) mais elle l'a lu en une bonne heure et l'a
beaucoup aimé aussi !



Richard 05/03/2012 16:01


Un sujet fort présent, ici au Québec !


J'espère qu'il est disponible !


merci