Les jardins d'Hélène

L'ombre de l'autre femme – Dorothy Koomson

1 Octobre 2012, 10:23am

Publié par Laure

 

Traduit de l'anglais par Maud Ortalda

 

ombre-de-l-autre-femme.jpgParfois il me vient l'idée saugrenue d'aller jeter un œil aux best-sellers France Loisirs, ces avant-premières lancées à grand coup de pub et de promos, vous annonçant forcément des heures de bonheur de lecture et vous laissant entendre que si vous ne cédez pas à l'appel, vous ratez le meilleur de la littérature d'aujourd'hui.


Hum. Quand j'ai commencé ce roman, j'ai bien cru que je ne dépasserais pas les 50 premières pages, tant je l'ai trouvé mal écrit. Ou peut-être mal traduit, je n'ai que la version française, © éd. Belfond 2012, j'imagine donc que le roman sortira prochainement chez Belfond. J'espère juste qu'ils auront revu la traduction d'ici-là, parce que comment dire....

p. 66 : « Il se tut et ses yeux montèrent jusqu'au ciel, comme si ses qualités étaient écrites quelque part dans l'air pour pouvoir les réciter. » Je lève parfois les yeux au ciel, mais de là à monter au ciel..

p. 69 : "En attachant ma ceinture je m'aperçus que si je l'avais rencontré dehors si tôt, cela signifiait qu'il rentrait certainement de chez quelqu'un. Mon estomac se remplit de glace liquide et se retourna un peu." De la glace liquide tiens donc...

p. 102 : « l'accident a été causé par un homme qui utilisait son téléphone tout en conduisant sa voiture ; il a mal évalué la distance entre la sienne et la nôtre et il a exécuté une manœuvre irresponsable. » Bref, il téléphonait en conduisant quoi. On se doute bien vu l'accident déjà décrit qu'il n'était pas à vélo.

p. 171 : « Si elle ne se souvient jamais de ce que j'ai fait après l'accident, alors aucune autre femme que j'aime ne me regardera jamais plus avec tant de haine ». Celle-là, j'ai beau la tourner dans tous les sens, enlever des négations, les remettre, je ne comprends rien.

p. 174 « J'ai pensé que tes ongles ont dû être négligés ces deux dernières semaines. » y a pas un problème de concordance des temps ?

p. 503 « et pourtant vous avez la photo du mariage dans ton salon ». Vous = ses beaux-parents, ils sont toujours ensemble donc "votre" salon ? Et quand bien même ce serait un vous de politesse (c'est une scène avec sa belle-mère), pourquoi tout à coup un « ton » salon ?

 

Bon, une fois cela oublié, eh bien, le roman n'est pas mal du tout. Genre roman noir sentimental pour un bon moment de lecture, ce n'est pas le chef d’œuvre littéraire du siècle non plus. Si le début est franchement bancal, il gagne réellement en densité et intérêt avec l'apparition des journaux intimes d’Ève. Un court résumé pour situer : Libby réchappe d'un accident de voiture au cours duquel son mari conduisait. Sa première épouse étant décédée quelques années auparavant dans des circonstances inexpliquées, il n'est pas exclu que Libby soit en danger et son mari un dangereux criminel... En tout cas on nous le laisse entendre, y compris la police qui mène les interrogatoires. ça tarde un peu à démarrer, mais le réel intérêt du livre est bien la lecture insérée des journaux intimes d’Ève, la première épouse, que Libby retrouve bien cachés dans la maison. L'auteur réussit alors à tenir son lecteur en haleine jusqu'au bout, avec une intrigue retorse et riche qui tient la route, des cahiers intéressants et bien mieux écrits (traduits?), avec une fin claire et fermée sur laquelle le lecteur rage de ne pouvoir influer (!), car si elle est tout à fait satisfaisante, on aimerait je crois aller plus loin encore...

 

(Tiens je profite du sujet pour donner ce lien qui traduit bien le nouveau monde dans lequel on vit )

 

France Loisirs, août 2012, 542 pages, prix : 19,50 €

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Crédit photo couverture : © Patricia Turner / Arcantel Images / dpcom.fr / éd. France Loisirs

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Coralie 29/12/2012 21:12


Bonjour,

J'ai commencé à lire ''L'ombre de l'autre femme" ou en version originale "The woman he loved before" hier et je l'ai fini y a seulement quelques instants. Tout ça pour dire que ce roman m'a
vraiment plu.

Certaines des citations que vous avez faites, sont pour la plupart des traductions un peu trop littérales des phrases originales. 

Après, cela n'est que mon avis personnel, mais je trouve que Libby est un personnage intéressant en soi. Car bien qu'Eve fasse des apparitions beaucoup plus conséquentes vers la seconde moitié du
livre grâce aux journaux, elle n'en reste pas moins présente à cause de la façon de penser de Libby vis à vis de Jack.
De plus, bien qu'assez émotionnelle après sa rencontre avec Jack, Libby n'en perd pas son tempérament réfléchi et sa faculté d'analyse même au sujet de son mari. 
De plus, elle gagne en intensité avec l'accident vu qu'elle entre dans une sorte de chaos personnel qui permet même au lecteur de se faire une idée quant à la suite de ses actions sans pour
autant tout deviner.

Il n'est peut-être pas le chef-d'oeuvre de l'année mais il n'en reste pas moins intéressant et vraiment très sympathique à lire. 

Maud 10/10/2012 11:10


On tape toujours sur le traducteur quand on n'est pas content. Essayez de traduire plus de 500 pages en 2 mois et on en reparle.
Il faut savoir que le traducteur n'écrit peut-être pas toujours bien, mais il n'invente rien (cf : par exemple cette histoire de glace liquide qui est censée, je suppose, être un effet de style
voulu par l'auteur et qu'on ne peut pas couper)
Notons aussi qu'un livre n'est pas le fait d'une seule personne, donc merci de ne pas oublier les correcteurs/relecteurs dans vos agréables critiques. 


bisou :)

Laure 10/10/2012 11:42



Bonjour Maud,


Bon, j'e conclus que vous êtes la traductrice. Vous avez raison sur 2 points : le délai trop bref qui vous a été donné (mais cela personne ne le sait tant que vous
ne venez pas le dire !!! et vous avez bien fait de le dire), et les relecteurs /correcteurs qui auraient dû faire leur job (mais vu le nombre de coquilles de plus en plus croissant dans
l'édition, on imagine que ce poste-là passe de plus en plus à la trappe)


Ce qui signifie que l'éditeur a tiré sur la corde pour publier un truc très vite, en se fichant éperdument de la qualité finale. Il s'agit ici d'une avant-première
France Loisirs, j'imagine donc que les délais ont été encore plus pressants (pour l'avant-première), j'ose espérer que le tirage Belfond laisse un peu de marge pour reprendre le texte avant
de partir chez l'imprimeur.  Là, j'ai eu le sentiment de lire des épreuves non corrigées, et d'être prise pour une conne, la gentille lectrice gogo qui met 19 € dans un bouquin peu ou
mal relu. Il en va de la crédibilité de l'éditeur sur la qualité de ses produits en effet.


J'ignore tout des relations entre un éditeur et un traducteur, entre un traducteur et l'auteur, sur ce livre-là j'estime juste avoir eu un produit fini médiocre sur
une partie de la traduction, et donc qu'on s'est moqué de moi en me le vendant. J'ai critiqué la traduction parce que c'est ce qui est ressorti comme problématique pour moi, mais je vous invite à
faire remonter l'info à qui de droit si vous n'êtes pas responsable de ce fait. Je continue à penser qu'on ne peut pas vendre ce texte sans se remettre en cause, même si je ne sais pas qui ici
doit le faire.


Je vous souhaite à l'avenir d'avoir des meilleures conditions de travail, pour la satisfaction de tous, c'est un peut-être un lièvre qu'il fallait soulever
...


 


 



Fantasia 06/10/2012 09:17


Ah ah ah ! J'adore tes extraits !