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  • : 45 ans, bibliothécaire, mère de 3 enfants de 23 ans, 21 ans et 16 ans 1/2. Je dépose ici les marques que mes lectures ont tracées.
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Des livres, et plus encore

Je suis tombée dans la lecture à l’âge de 6 ans, je n’en suis jamais ressortie.

Je suis tombée dans les fils de la Toile en 1999, et j’y ai fait de belles rencontres. Des échanges sur feu le libraire en ligne bol.fr repris ensuite par Amazon, des jurys littéraires à la pelle, des plumes magnifiques sur les premiers journaux intimes en ligne initiés par Mongolo et la Scribouilleuse, …, dix-huit ans (?!) plus tard, il en reste une belle toile joliment tissée, des amitiés nées ici ou là, et toujours, l’envie de partager mes lectures.

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 10:09

raisons-de-mon-crime.jpgSentiment mitigé sur cette lecture. J’ai été constamment partagée entre l’envie d’abandonner et l’entrain malgré tout de certains passages. Je suis allée au bout, je l’avoue, uniquement par la motivation du titre, curieuse de ce que pouvait être ce crime que je ne voyais pas encore. D’ailleurs sur ce point précis, la réponse qui ne parvient qu’en avant-dernière phrase du roman, est intéressante.

Pour revenir rapidement sur l’histoire : Marianne Raevens, graphiste au chômage qui jusqu’à présent menait une vie confortable, retrouve à l’enterrement de sa tante, une cousine perdue de vue depuis longtemps. Martine est à l’antipode de Marianne, faisant partie de ces petites gens au quotidien aussi terrible que fataliste : violence conjugale, ravages de l’alcoolisme, etc.

Marianne va se rapprocher peu à peu de Martine, dans l’idée d’écrire un livre sur elle et plus largement sur sa famille, tant sidérée que fascinée par ce qu’elle voit et entend. Au fil du récit, on sent la chute de Marianne qui n’est finalement peut-être pas si éloignée de cette misère sociale. La construction en deux grandes parties (Martine / la tante Biquette) qui forment une boucle partant et aboutissant à l’enterrement de la tante est intéressante.

Pourquoi ça n’a que moyennement fonctionné sur moi : la misère sociale et intellectuelle, si elle est très bien décrite, dans toute sa violence ordinaire et la répulsion qu’elle produit sur le lecteur, n’est pas nouvelle. D’autres l’ont déjà (très bien) fait, et je pense notamment aux romans de Patrice Juiff (Frère et soeur, Kathy). Il m’est arrivé régulièrement de trouver dès lors ce roman bavard, n’offrant au final que trop de variations sur le même thème, alors qu’on en avait déjà bien compris le sel. (Il faut dire que je sortais de la lecture de Vie animale, de Justin Torres, qui décrit un même univers sordide avec un art de l’ellipse assez remarquable !)

Je suis allée au bout, par curiosité du titre, m’interrogeant sur le rôle de Marianne. Si le roman fournit une réponse, je reste toutefois mitigée sur l’ensemble, qui ne propose rien d’exceptionnel et aurait mérité, à mon goût, davantage de sobriété dans l’écriture pour en accroitre la force.

 

Un passage sur l’écriture que j’aurais aimé voir développé plus loin mais qui reste unique :

p. 29 : « Noter discrètement, et travestir mon écriture pour que ses yeux ne balaient pas la feuille, ne décèlent pas les horreurs que je suis en train de noter. Elle aurait peine à croire que ce sont ses propres mots. L’écriture transforme, de toute façon. Qu’elle transforme des faits réels ou imaginaires, c’est la même chose ; elle donne valeur de vérité. Et cette vérité-là, je ne suis pas certaine que Martine en veuille, malgré ses bonnes intentions. »

 

p. 108 : « Je mets à distance les plaies raccommodées à la va-vite par des chirurgiens urgentistes, je n’ai pas demandé à voir, je suis presque furieuse de devoir assister au spectacle clownesque d’un corps martyrisé à outrance. Sous chaque boursouflure, je lis l’alcool. Ses membres son dos son ventre sont une carte des vins, du pastis, de la bière. L’alcool qui casse les os. Comment s’est arrivé ? Qui a provoqué qui ? Martine est une femme, c’est elle qui a encaissé, d’où les côtes, le tibia, le fémur, le poignet, l’épaule et tout ce qui s’ensuit. Les coups ont plu, même Lucien, le gentil Lucien, le Lucien qui lui a sauvé la vie. Oui, m’avoue Martine quand je lui pose la question, lui aussi. »

 

p. 119 : « Arrivent les larmes, séchées par le Sopalin que Martine replie pour ne pas gaspiller et qu’elle repose sur la pile, s’ensuit un énième verre de vin blanc coupé à l’eau, viennent les larmes qui épongent la peine. Je suis déchirée, Martine me déchire, et elle est forte au point qu’elle me fait douter de qui je suis vraiment. Je n’ai ressenti cet effondrement devant personne d’autre. Ma cousine m’empoisonne, me guette et me surprend. Le même sang coule dans nos veines, le même poison, la même saloperie d’exister. »

 

Gallimard, janvier 2012, 233 pages, prix : 17,90 €

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Crédit photo couverture : © éd. Gallimard

 

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commentaires

Ambroise 05/08/2012 19:48


Je viens de terminer ce livre & de me mettre à la recherche des réactions ou commentaires à son sujet. Moi aussi ça me laisse un avis indéfini, l'impression que ce ne sera pas inoubliable. Il
est vrai que j'ai pris ce roman dans une bibliothèque, à tout hasard, fréquentant justement les bibliothèques pour y faire des découvertes. Je ne suis en général pas client de ce genre de
littérature apparemment (apparemment seulement, je pense) autobiographique, sur le mode oral, & plutôt féminin (ce n'est pas une critique du tout, une constatation, sachant qu'il est plus
difficile de repérer une littérature masculine, genre de l'auteur mis à part). C'est une erreur de résumer ce livre, comme le font les critiques et vous-même, sous la forme d'un synopsis: car au
contraire, il est écrit pour qu'on ne sache pas du tout au début qui parle & de quoi il est au fond question. Le lien avec le personnage objet & interlocuteur apparaît en premier,
mais pas de façon évidente, les caractéristiques personnelles de la narratrice sont indiquées en passant plus tard, remarquez que sa fille ne sera nommée que très tardivement, dans le fond, cette
dimension de révélation progressive c'est ce qui me convainc le plus. Le style est plutôt habile (peut-être que le "placement d'objet" à contre-emploi, je veux dire la mention de marques de la
vie courante est un procédé un peu lourdingue, mais c'est probablement une réaction masculine) & le thème c'est celui d'une dynastie de pauvres femmes déglinguées et dégling(u?)antes, pas
aidées par des hommes sordidement nuls, aspirées par l'alcoolisme. C'est horrible (mais si Marianne, accepte cette offre d'emploi à la mission locale de Fontenay sous Bois, c'est
tout à fait dans tes cordes, ça n'a rien de déshonorant, tu pourras continuer à chercher quelque chose de plus satisfaisant en même temps, pour un fois dans ta vie résiste à ta conduite d'échec!)
mais ça existe hélas. Un peu artificiel pour terminer, le principe même de la narratrice qui échoue à écrire un livre pendant que justement l'écrivaine le fait, elle...    

Noann 02/04/2012 21:54


Oui mais apprécié des journalistes, pas vraiment du public...


C'est autre chose...


 

Laure 04/04/2012 15:34



Elle vient de recevoir le prix des Lilas ou de la Closerie des Lilas, enfin ce genre de truc très parisianiste.



Noann 01/04/2012 23:49


Lecture assez inégale et sentiment mitigé pour moi aussi... Votre article m'éclaire un peu plus sur les défauts de ce bouquin, je ne comprenais pas vraiment ce qui m'avait déplu, un autre avis
m'a aidé à fixer mes idées à ce sujet


 

Laure 02/04/2012 21:08



Et je me sens ainsi moins seule car ce roman a été généralement très apprécié !



Melanie B 23/03/2012 13:29


Les extraits que tu cites sont très bons en tout cas. Ils sonnent vraiment justes.

antigone 22/03/2012 19:01


J'avoue, j'avais été séduite par une interview de l'auteure à propos de ce livre. Elle m'avait plutôt convaincue. Même si tes réticences freinent mon élan, je l'essaierai sans doute en
bibliothèque...

Laure 22/03/2012 20:00



il vaut toujours mieux se faire sa propre idée ! (et puis en bibliothèque, tu ne prends pas grand risque ;-) )


 



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