Les jardins d'Hélène

Mortelles voyelles - Gilles Schlesser

18 Août 2010, 18:27pm

Publié par Laure

 

« Un Français qui a fait une petite merveille, intelligent et brillant » sont les mots de Gérard Collard, libraire à la Griffe Noire, qui m'a fait découvrir ce polar (par émission de télé podcastée interposée) : je ne serai pas aussi enthousiaste que lui, je ne crie pas au chef d'oeuvre, mais intelligent et brillant, assurément. Un polar littéraire, érudit mais pas ennuyeux, bourré de références, et qui sort des page-turner habituels, c'est vrai que ça ne court pas les rues.

mortelles-voyelles.jpgQuid de l'intrigue ? Oxymor Baulay (beau/laid, c'est un oxymore, vous savez « cette obscure clarté qui tombe des étoiles », etc.) est journaliste, et prépare un reportage papier sur les SDF. Pour cela, il s'immerge dans leur milieu et sympathise avec Vaïda, « le dernier roi des Gitans », qui en échange d'une cartouche de cigarettes, lui file un vieux manuscrit trouvé dans le fond d'une valise. Quand Oxymor réalise que ce manuscrit est un sacré polar qui raconte des meurtres assez atroces, selon un principe assez étonnant (les voyelles de Rimbaud, le manuscrit s'appelle « A noir », toutes les voyelles y passent, sauf le y qui est étonnamment absent et remplacé par un i, de même le verbe être n'est pas dans le texte), et que ces meutres ont réellement eu lieu trente ans plus tôt par un serial killer jamais arrêté qui se faisait appelé Hamlet, il est plus qu'intrigué. Il confie le manuscrit à un ami éditeur, et en route pour le montage d'un Goncourt ultra médiatisé. Quelques nouveaux meurtres se greffent sur l'affaire, l'enquête prend des détours par une association oulipienne pour analyser la construction du texte pour essayer d'en trouver l'auteur... Intéressant, vraiment !

Je n'ai pas eu le courage de sortir mon dictionnaire à chaque nouvelle figure de rhétorique énoncée (souvent accompagnée d'un exemple), mais ça m'a plutôt amusée comme procédé. Le héros est un peu paumé dans sa vie, entre deux ou trois femmes et sa solitude, il connaît Paris comme sa poche (je ne connaissais pas les éditions Parigramme, voici la politique de leur collection Polar noir 7.5 : « Noir 7.5 est une nouvelle collection de polars marquant les premiers pas de Parigramme dans la fiction. Sans s’éloigner de son territoire de prédilection – on ne se refait pas ! Paris, donc, mais un Paris d’aujourd’hui. Un Paris qu’on reconnaisse et non la toile de fond intemporelle d’un décor qui n’aurait guère changé depuis Nestor Burma. (...) Une exploration tambour battant du Paris actuel, avec ses tensions et ses zones d’ombre, dans tous les genres du roman noir. Une collection dirigée par Olivier Mau. ») Plus d'infos sur cet éditeur : ici

 

Un roman noir vraiment bien fichu, original, innovant, qui fait la part belle imaginaire aux jeux contraints d'écriture des oulipiens, imaginaire seulement car hélas, on n'a jamais d'extraits du manuscrit, et il est vrai qu'alléchés par l'enquête de Baulay, on aimerait réellement s'y plonger. Ne vous y méprenez pas, ce n'est pas non plus un polar purement intello : c'est très facile à lire, gouaille parisienne et ironie critique d'un certain milieu germanopratin, des propos parfois très « oralisés » ou un peu crus, on n'est pas du tout dans le snobisme.

Ah et puis je sais pourquoi ce polar plaît tant à Gérard Collard : il y a un beau passage sur son graaaannd ami Marc Lévy (si vous connaissez un peu Collard, vous savez qu'il ne peut pas faire une émission sans sortir dix méchancetés vérités sur Marc Lévy) :

p. 23 : « Maurice sirote son Banania à même la boîte. Un écrivain, le pépé ? Sans blague. C'est pas tout le monde qui peut être Marc Lévy. Faut savoir écrire. Avoir des idées qu'ont pas été pensées avant. Comment c'était déjà ? Ah oui : « Et si c'était vrai... » Trop beau. S'il était pas un homme, il en aurait pleuré. Non mais ! Qu'est-ce qu'il se croit le vieux ? »

 

Un coup de coeur de Gérard Collard, de la Griffe Noire

 

Parigramme, mai 2010, 264 pages, prix : 14 €

Etoiles : stars-3-5__V45687331_.gif

Crédit photo couverture : © Stéphane Lenglet et éd. Parigramme

 

 

Commenter cet article

Marc 18/08/2010 22:48



A lire donc. Bel article!



Vero 18/08/2010 21:57



Ah, merci!



Laure 18/08/2010 22:03



de rien :-) tu verras, je sens qu'on va devenir accros :-) et puis il y a deux autres libraires aussi sur LCI



Vero 18/08/2010 21:43



Quoi quoi quoi? On peut podcaster du Gérard Collard? Mais où donc? Voilà bien longtemps que je ne peux plus savourer les chroniques du monsieur dont je ne me souviens avec émotion (mais je n'ai
plus de télé depuis un an...)



Laure 18/08/2010 21:50



oui, j'ai trouvé ça par hasard, moi aussi ça me manquait, je n'ai pas LCI ! je passe par le blog de Valérie Expert http://blog-coups-de-coeur-des-libraires.lci.fr/, qui répertorie simplement les livres cités, mais en début d'article ils mettent maintenant
un lien vers la vidéo. Ce sont des séquences de 10-15 minutes maxi, et j'ai tout dévoré ! (il n'y a pas énormément d'archives)


Sinon sur le site de la Griffe noire tu peux aussi voir des vidéos tournées dans sa librairie. Il reprend ses coups de coeur sur son site, sur LCI avec Valérie
Expert, et sur France 5  je crois dans le magazine de la Santé.



Vero 18/08/2010 21:40



Un polar bien fichu rempli de références (littéraires!?) et de jeux avec les mots... je signe, évidemment!