Présentation

  • : Les jardins d'Hélène
  • Les jardins d'Hélène
  • : 45 ans, bibliothécaire, mère de 3 enfants de 23 ans, 21 ans et 16 ans 1/2. Je dépose ici les marques que mes lectures ont tracées.
  • Contact

Des livres, et plus encore

Je suis tombée dans la lecture à l’âge de 6 ans, je n’en suis jamais ressortie.

Je suis tombée dans les fils de la Toile en 1999, et j’y ai fait de belles rencontres. Des échanges sur feu le libraire en ligne bol.fr repris ensuite par Amazon, des jurys littéraires à la pelle, des plumes magnifiques sur les premiers journaux intimes en ligne initiés par Mongolo et la Scribouilleuse, …, dix-huit ans (?!) plus tard, il en reste une belle toile joliment tissée, des amitiés nées ici ou là, et toujours, l’envie de partager mes lectures.

Bienvenue à vous,

 

Recherche

Et la vie dans tout ça

Je n'arrive plus à trouver de temps pour le blog, alors je poursuis ... à mon rythme !

Archives

22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 06:28

p. 36 : […] un gros qui s'appelle Enzo Popov, ça fait rire instantanément, c’est un rire comme la peur, évident et transmissible, on ne peut pas expliquer pourquoi, mais de tout temps et pour toutes les générations, un gros qui s'appelle Popov, c'est à mourir de rire. »

 

Enzo Popov est un gamin de douze ans qui vit seul avec sa mère, Liouba, « encore dans la vingtaine » (elle a 29 ans et l'a donc eu très jeune), dans un riche appartement parisien où ils occupent une petite pièce en échange du ménage quotidien auquel se tue sa mère. Les propriétaires ne sont jamais là, ou juste de passage. Cette situation permet à Enzo de fréquenter un bon collège du 1er arrondissement de Paris. Mais voilà, il n'est pas comme eux, il est pauvre, gros, mal fringué, et il ne connaît pas son père. Il devient vite la tête de turc des élèves de sa classe, qui vont lui faire subir les pires violences et humiliations. Enzo n'a que sa mère, la littérature pour s'évader, et ses rêves, dans lesquels il s'échappe de plus en plus.

 

Quel beau roman que cette nuit en vérité, un roman douloureux et sombre, certes, mais qui porte en lui quelque chose de lumineux. Onirique, presque fantastique, il dit le lien mère-fils, la quête des origines, du père, le besoin de vivre sa jeunesse pour la mère tout en étant une bonne mère malgré le peu de moyens, la violence crasse et la bêtise des jeunes dès lors qu'ils sont en groupe, les faux-semblants, les erreurs d'interprétation, mais aussi, l'espoir. Ce qui ne tue pas rend plus fort dit-on. Véronique Olmi décrit avec sensibilité les manques de ces deux personnages, la violence sourde n'est pas sans rappeler son premier « bord de mer », le besoin d'aller de l'avant, toujours : un roman intimiste et d'initiation, sur un douloureux passage à l'âge adulte.

 

Une lecture en avant première par le biais d'un livre voyageur proposé par une lectrice du site Libfly, dans le cadre de l'opération « On vous lit tout », partenariat des sites Libfly et des librairies Furet du Nord. Merci pour cette belle découverte !

 

 

Albin Michel, août 2013, 308 pages, prix : 19 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Albin Michel

p 41 : « Elle vivait comme une femme mise sur écoute, et Enzo se demandait si cela n'était pas en rapport avec ses origines russes, ce qu'il ne lui demanderait jamais, car il était interdit de parler à Liouba de son lieu de naissance, de ses parents, et il ne lui échappait jamais un mot de russe, pas même un juron, et à part son nom et son prénom, rien ne la désignait comme étrangère. Elle n'avait aucun accent. Enzo ne savait rien à la vérité, pas même qui était son propre père. Liouba le savait-elle ? A dix-sept ans on n'a pas tant d'amants, à moins... A moins qu'il ne soit pas né d'un amant. Mais cela, Enzo ne voulait même pas y penser. Il se disait que s'il était né, c’est qu'il l'avait sûrement voulu. Liouba ne lui avait jamais parlé de son père. Pas une remarque, une allusion, et ce n'était pas une absence, c'était un blanc. »


p. 84-85 : « Enzo ne retourna pas en classe. Il laissa le temps s'écouler, caché dans un recoin du couloir. Ça n'était pas son poids, son nom, sa mère ou son odeur. C'était son origine sociale, qui les indignait tous. D'où il venait, Enzo l'ignorait et les autres ne le supportaient pas. C'était à eux qu'il fallait demander qui était son père, car ils avaient une conscience aiguë de la provenance de chacun et de sa place sur l'échiquier. On va te dire qui t'a posé là, mon petit Popo : c'est pas une cigogne, c'est pas une fée, c'est un … C'est un autre. Un pas pareil. Un qui t'a marqué au front. Tu le connais pas, mais tu lui ressembles. Nous, on lit en toi comme dans un livre ouvert. Non, ton père n'est pas le nôtre et la chance, comme dit si bien le directeur, c'est nous. Ce côté-là de la Seine, ce côté-là de la vie. Mon garçon. »


p. 144 : « Enzo s'assit sous le préau. Il fallait qu'il trouve le moyen d'exister dans ce monde à moitié disparu, pour rapporter à sa mère des bulletins exemplaires qui la récompenseraient de tout le mal qu'elle se donnait pour faire de son fils un enfant parfait, et d'elle, par ricochet, une mère parfaite. Il était son miroir. Il était son reflet. Sa perfection ferait de Liouba un être d'exception, la première sur le podium de la maternité. Qu'importeraient alors l'indifférence, l'hostilité ou le mépris des autres ? Je lui donnerai ce qu'elle attend, se promit-il. Il tricherait. Il mentirait. Il inventerait mille histoires et mille ruses, mais il y arriverait, et non seulement Liouba serait fière, mais plus personne jamais n'oserait l'insulter. Enzo avait compris en regardant le ciel mort, que jamais rien de beau ni de puissant ne naîtrait de ce collège. Il ne servait à rien de s'acharner à faire surgir de l'or, là où la terre était aride et le ciel éteint. »

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -