Les jardins d'Hélène

Croire aux fauves – Nastassja Martin

10 Septembre 2020, 13:39pm

Publié par Laure

Nasstasja Martin est anthropologue, spécialiste des peuples arctiques. En août 2015, elle est attaquée par un ours dans les montagnes du Kamtchatka. Elle y laissera une partie de sa mâchoire.

Elle raconte ce qui a suivi, les opérations, en Russie puis en France, mais aussi son envie d’y retourner, sa relation presque mystique à l’animal. Cette expérience violente et traumatique la changera à jamais.

Autant j’ai apprécié le récit de sa reconstruction, du parcours hospitalier aux nombreuses opérations – elle n’hésite pas à être critique et certains passages sont ubuesques – autant je suis restée hermétique à la communion avec l’animal, les pensées animistes m’ont totalement échappé, j’aurais aimé peut-être que cette partie soit plus développée, explicitée. Je suis restée sur le bord du chemin.

 

 

 

Ed. Verticales, octobre 2019, 150 pages, prix : 12,50 €, ISBN : 978-2-07-284978-7

 

 

Crédit photo couverture : © Emmanuel Cerdan / éd. Verticales

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Faites-moi plaisir – Mary Gaitskill

2 Septembre 2020, 09:03am

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marguerite Capelle

 

Très court roman (une centaine de pages) à deux voix, celle de Quin, éditeur licencié pour conduite « inappropriée » envers ses collègues femmes, et celle de Margot, sa meilleure amie, qui comprend la sanction infligée mais la trouve injuste. Tous deux vont tenter de comprendre et dénouer ce qui relève d’une nouvelle époque. Sans que jamais ce ne soit dit, #MeToo est passé par là.

Aujourd’hui l’ambiguïté, le jeu, le flirt, ne passent plus. Si Margot est amie avec lui, c’est parce qu’un jour elle lui a dit NON, clairement, de manière forte et affirmative. Il a cessé. Quel jeu jouent ces autres femmes qui semblent consentir et qui après portent plainte ? Le jeu est-il allé trop loin sans que les protagonistes n’en soient conscients ? Était-il trop ambigu ?  Les questions soulevées sont intéressantes et n’ont pas de réponse simple. Mais l’on comprend le désarroi de cet homme. Tout comme l’on désapprouve son attitude. Mais quid alors du non-choix de la femme ? Parce que les hommes sont comme ça et en position dominante ? Margot l’a fait dès le début de leur amitié, ce choix du non. Le récit de Quin montre bien le changement d’époque également. De ce que deux adultes consentants pouvaient faire en boite de nuit il y a trente ans et qui est devenu une conduite à risque aujourd’hui. Non pas sexuel, mais juridique.

Si la fin du roman souligne enfin tout son enjeu, je me suis quand même ennuyée tout du long, peinant à comprendre la forme choisie. Pourtant elle fonctionne très bien, une fois encore, c’est la fin qui redore l’ensemble, mais il aurait fallu cent pages à cette même hauteur.

 

p. 88 : « - Qu’est-ce que tu comprends ? a-t-elle demandé. […] Que c’en est terminé des hommes comme moi. Qu’elles sont en colère à cause de ce qui se passe dans ce pays, ce gouvernement. Elles ne peuvent pas s’en prendre au roi, alors elles se satisfont du fou. Elles ne gagneront peut-être pas aujourd’hui, mais à la fin elles gagneront. Et qui suis-je pour m’interposer ? Je n’ai pas envie de m’interposer. »

 

 

Éditions de l’Olivier, mars 2020, 104 pages, prix : 13 €, ISBN : 978-2-8236-1633-0

 

 

Crédit photo couverture : © Noma Bar / Dutch Uncle / et éd. de l’Olivier.

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Glory – Elizabeth Wetmore

1 Septembre 2020, 15:33pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Emmanuelle Aronson. Titre original : Valentine

 

15 février 1976, Odessa, dans les champs pétrolifères du Texas, sous une chaleur aride, Gloria Ramirez, quatorze ans et des poussières, se réfugie chez Mary Rose Whitehead ; elle a peiné à se trainer jusqu’à la première maison en vue, sévèrement battue et violée au cours de la nuit de la Saint Valentin tout juste passée. Elle en sort si détruite qu’elle décide qu’elle ne se nommera plus jamais Gloria, mais Glory, amputant son prénom de son dernier son.

S’ouvre alors un roman choral donnant la parole aux femmes, d’âges et de milieux sociaux différents. Toutes vont dénoncer la condition féminine, le racisme, le patriarcat, le sort tout tracé des femmes, et c’est loin d’être simple pour elles d’oser le faire.

Le thème et les personnages rencontrés dégagent une force qui interpelle, mêlant dureté de la position féminine et du climat sec, chaud et aride. Malgré quelques longueurs vers le milieu du livre, on s’attache volontiers à ces femmes que l’on aimerait pouvoir défendre et encourager.

Un roman âpre et magnétique à la fois. A découvrir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Escales, août 2020, 320 pages, prix : 21,90 €, ISBN : 978-2-36569-459-9

 

 

Crédit photo couverture : © Hokus Pokus créations

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Août 2020 en couvertures ...

31 Août 2020, 09:47am

Publié par Laure

En août j'ai lu :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En août, j'ai vu :

 

 

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La deuxième femme - Louise Mey

25 Août 2020, 12:43pm

Publié par Laure

Sandrine a une petite trentaine d’années et aucune confiance en elle, rabaissée toute son enfance par un père sexiste et humiliant. Lorsqu’elle apprend la disparition d’une femme à la télé, mère d’un petit garçon, elle est touchée par le mari éploré, dont elle se rapproche en participant à la marche blanche organisée. Elle devient ainsi… « la deuxième femme ».

Le roman s’ouvre sur la réapparition de la première femme, présumée morte, retrouvée en Italie mais parlant français, ayant toutefois tout oublié de sa vie d’avant. La position de Sandrine devient donc fragile.

Quel roman, tout aussi excellent qu’horrible !

L’autrice réussit avec un talent impressionnant à décrire l’emprise d’un conjoint violent sur sa compagne vulnérable, et met le lecteur dans une position extrêmement désagréable, témoin impuissant de la manipulation que refuse d’abord de voir la deuxième femme.

Roman essentiel sur les violences conjugales, sa noirceur et sa dureté sont terribles, mais nécessaires sur ce sujet qu’il ne faut cesser de médiatiser. Si l’écriture hachée, saccadée, envahie de virgules, m’a d’abord dérangée, j’ai compris qu’elle participait du flot de pensées de Sandrine. On avance parfois en apnée, espérant que l’issue sera salutaire pour les victimes. Éprouvant ET excellent.

 

 

Éditions du Masque, janvier 2020, 332 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-7024-4946-2

 

 

Crédit photo couverture : © Louise Cand © Maksim Minmiphoto / Arcangel images / éd. du Masque

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Histoire du fils - Marie-Hélène Lafon

21 Août 2020, 10:34am

Publié par Laure

Le fils, c’est André, élevé par Hélène, la sœur de sa mère, Gabrielle, celle-ci ayant choisi une vie libre et différente. Elle n’a pas rompu le lien, mais c’est bien avec ses cousines qu’André est élevé. Son père, il est inconnu, aux abonnés absents. Il apprendra son nom le jour de son mariage. L’histoire de ce père est aussi celle du drame qui ouvre le roman…

On retrouve l’écriture très belle, précise et travaillée de Marie-Hélène Lafon, l’enfilade d’adjectifs, nombreux, la richesse de la langue. Peut-être n’était-ce pas le bon livre au bon moment, mais je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages qui m’ont laissée de marbre, trop de prénoms également, je m’y suis souvent perdue.

L’histoire se déroule sur un siècle, de 1908 à 2008, mais les chapitres se jouent de la chronologie, mêlant les époques. Ce n’est pas mon roman préféré de cette autrice.

 

 

 

 

 

Buchet-Chastel, août 2020, 176 pages, prix : 15€, ISBN : 978-2-283-03280-0

 

 

Crédit photo couverture : © détail de l’œuvre de Jacques Truphémus, « Terrasse à Cauvalat » 2013 et éd. Buchet-Chastel.

 

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Sale bourge – Nicolas Rodier

20 Août 2020, 18:29pm

Publié par Laure

A 33 ans, Pierre est condamné à quatre mois de prison avec sursis pour violences conjugales, assortis d'une mise à l'épreuve de dix-huit mois et d'une injonction de soins. Ainsi s'ouvre le roman.

Comment Pierre en est-il arrivé là, lui qui a été élevé dans une bonne famille versaillaise ?

Le retour sur son enfance et son adolescence, dans une expression aussi simple qu'épurée, fait froid dans le dos. Une enfance bafouée engendre-t-elle nécessairement la violence ?

Ce premier roman frappe par la dureté de ses propos, amenés de manière descriptive mais incisive on pense à Edouard Louis (en finir avec Eddy Bellegueule), dans un milieu social bourgeois tout autant délétère.

Si le cliché du premier roman aux accents auto-fictionnels est bien présent, Sale bourge s'avale d'une traite et laisse un goût amer, celui des silences accumulés qui font péter les plombs. Percutant.

 

p. 100 : "Il y a un tel écart entre nos principes et nos comportements".  Tout est là, dans cet écart...

 

 

Flammarion, août 2020, 213 pages, prix : 17 €, ISBN : 978-2-0815-1151-4

 

Crédit photo couverture : © Meyer / Tendance floue et éd. Flammarion

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Après - Nikki Gemmell

17 Août 2020, 14:43pm

Publié par Laure

Traduit de l'anglais (Australie) par Gaëlle Rey


 

L'écrivain Nikki Gemmell offre dans cet Après une réflexion sur la perte brutale de sa mère, leur lien distendu, l'amour maternel, et l'euthanasie dans un pays où elle demeure illégale.

Son monde s'écroule lorsque la police vient lui annoncer sur le pas de la porte de le décès de sa mère. Elle se rend à la morgue reconnaitre le corps, et attend les résultats de l'autopsie car tout porte à croire qu'il s'agit d'un suicide. Depuis des années, sa mère, Elaine - qu'elle avait elle-même réécrit en Elaine -, ancienne mannequin, souffrait terriblement après une opération chirurgicale ratée. On connait les conséquences des opioïdes lorsque leur prescription n'est pas strictement encadrée, et l'addiction qu'ils entrainent.

Nikki Gemmell revient sur sa relation à sa mère, pas toujours heureuse ni sereine, sur la difficulté à accepter le choix de sa mère de mourir seule et dans le secret, et pose alors le débat non résolu de l'euthanasie ou du suicide assisté en cas de phase terminale d'une maladie ou de douleurs insurmontables et intraitables.

D'abord sceptique sur ce qu'allait pouvoir m'apporter ce récit personnel, je me suis laissée prendre dans les pensées de l'auteur, et l'ai accompagnée jusqu'à la fin de son livre, qui s'achève dans l'apaisement.

Les questions soulevées sont bien évidemment universelles, et inégalement traitées selon les pays quand il s'agit de la mort. La relation de Nikki à sa mère et à ses enfants, cette position entre deux générations, peut toucher tout un chacun également.


Un livre choisi au hasard d'un passage en bibliothèque, parce que j'avais aimé le premier roman traduit de l'autrice (La mariée mise à nu), et qui s'est révélé plus intéressant que je ne l'imaginais.

 

Extraits :

p. 95 : "je considère aujourd'hui tout ce qui s'est passé avant que la police ne vienne frapper à ma porte comme faisant partie de mon monde "d'avant". Un monde qui me semble très lointain. A la seconde où les policiers ont dit "C'est votre mère", mon existence a basculé dans un autre monde, le monde "d'après". Un monde beaucoup moins insouciant. Où j'évolue avec fragilité et déséquilibre. Mon état, désormais : démolie."


p. 118 : "Maintenant, elle n'est plus là. Je suis libérée d'elle, libérée de tout ça. Je n'ai plus besoin de rester ici. Désormais, je peux aller n'importe où, sans ancrage. La fin est un début et je ne le supporte pas. Je ne sais plus où est ma place.
J'ai besoin d'une bouffée d'air frais. De me cacher. De disparaître. De me reconstruire."


p. 148 : "Ce que j'ai appris : qu'un parent ne peut pas façonner la vie de ses enfants à sa manière, même s'il en nourrit un désir profond. Nous devons prendre du recul et les regarder évoluer, devenir la personne qu'ils sont censés être, que ça nous plaise ou non. Nous devons nous tenir à l'écart, les accepter, et les aimer."

[C'est une évidence pour moi mais comme j'aimerais que ce le soit davantage pour certains]


p. 303 : "Accepter le droit au choix individuel est signe de la maturité d'une nation. Dans une société moderne, la légalisation de l'euthanasie devient inévitable, car les individus qui la composent sont plus autonomes et déterminés dans leurs décisions."


p. 313 : "La souffrance devrait toujours ouvrir la porte à la sagesse."

 

 

Au diable Vauvert, janvier 2019, 335 pages, prix : 22 €, ISBN : 979-10-307-0242-2
 


 

Crédit photo couverture : Olivier Fontvieille/offparis.fr - Photographie de couverure : Sue Daniel - éd. Au diable Vauvert

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L’incroyable voyage de Coyote Sunrise – Dan Gemeinhart

15 Août 2020, 17:29pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Catherine Nabokov

Coyote Sunrise, jeune ado de 12 ans, parcourt les États-Unis avec son père Rodeo dans un vieux bus scolaire aménagé en maison sur roues pour l’occasion, qu’ils ont d’ailleurs baptisé Yageur (un reste de transport de voyageurs !) A vrai dire ils fuient un drame, le décès accidentel de leur mère (et épouse) et des deux autres filles de la fratrie. Cette vie de nomades sans attaches semble leur convenir, jusqu’à ce que Coyote apprenne par un coup de fil à sa grand-mère que le parc où elle allait enfant allait être détruit. Elle a alors 4 jours pour retourner sur les lieux de leur ancienne vie heureuse, récupérer une boite à souvenirs enterrée là.

Mais elle connaît bien son père, il n’est pas question pour lui de retourner sur le lieu de ses souvenirs. Alors il va falloir ruser. Comme pour adopter Ivan, ce petit chaton trouvé sur un parking de station-service. C’est d’ailleurs sur cet épisode haut en couleurs que débute le roman, campant le personnage, son audace et son franc-parler. Et le voyage sera long, et riche de rencontres, toutes plus surprenantes et attachantes les unes que les autres.

Tous les personnages secondaires, qu’ils aient deux jambes ou quatre pattes, participent de la réussite et de la singularité du voyage, jusqu’aux dernières pages.

Un très bon début, une excellente fin pleine de suspense et de rebondissements, à peine un poil de longueurs en son milieu, ce roman se dévore avec le sourire aux lèvres. Belle leçon de vie de la part de Coyote, car il s’agit bien évidemment ici de surmonter l’épreuve du deuil, et d’accepter de continuer à vivre avec ses fantômes au creux du cœur, et non plus de les fuir. Résilience, peut-être.

 

Road-movie initiatique, un beau roman jeunesse accessible dès 12 ans.

 

PKJ (Pocket Jeunesse), mars 2020, 407 pages, prix : 18,90 €, ISBN : 978-2-266-29628-1

 

 

Crédit photo couverture : © 2019, Celia Krampien / éd. PKJ

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Coltan song (Collectif Black Bone tome 1) – Causse, Urien, Mazas, Jean-Préau

13 Août 2020, 12:25pm

Publié par Laure

Tout est réussi dans ce roman pour ados à partir de 15 ans (et même avant à mon humble avis) : le projet novateur, l’écriture, les thèmes abordés, le collectif d’auteurs, l’intrigue ; j’ai passé un excellent moment de lecture.

Marie Forget, 18 ans à peine, perd sa mère dans un accident de la circulation. Comment Irène, grand reporter aguerrie aux conditions extrêmes dans des pays en guerre a-t-elle pu être bêtement renversée par un bus ?

Irène enquêtait sur les conditions de fabrication d’une nouvelle génération de smartphone, et sur l’exploitation des minerais rares nécessaires à ces technologies. Se pourrait-il qu’elle ait été assassinée ? En se connectant à son ordinateur, sa fille Marie entre en contact avec un hackeur activiste, le jeune Léo, surnommé Hell-O. Qu’a-t-il à voir avec elle ?

Entre passé en Sierra Leone et assassinat de son père qu’elle n’a jamais connu et temps présent en France et en Belgique, c’est une enquête captivante et haletante qui nous est donnée à lire.

Personnages intéressants et attachants, intrigue engagée et informative (avec ce qu’il faut d’émotions et de sentiments aussi !), j’ai dévoré ce roman sans temps mort, et vais poursuivre mon chemin avec Marie, sa marraine Andréa et Léo (ces trois personnages forment le Collectif Black Bone), avec le tome 2, sur l’industrie de la mode.

Le projet éditorial à l’origine de la série est original : 4 personnes se réunissent pour écrire des thrillers lanceurs d’alerte sur des thèmes sociétaux et environnementaux, derrière cette couverture sans nom se cachent Marie Mazas, éditrice free-lance, Maylis Jean-Préau, journaliste indépendante, et Manu Causse et Emmanuelle Urien, deux auteurs déjà bien connus en littérature ado notamment.

Si leurs noms sont en 4ème de couv, ils s’effacent totalement derrière le projet collectif, à tel point que j’ai cru un instant que Black Bone était leur pseudo, alors qu’il s’agit du titre de la série.

Les prochains volumes doivent porter sur l’exploitation dans l’industrie textile, la déforestation, la politique et les démocraties occidentales.

Le métissage, le racisme, les liens familiaux, l’amour naissant font aussi partie des thèmes abordés dans ce premier volume. Riche, vraiment !

 

Nathan, Janvier 2020, 301 pages, prix : 14,95 €, ISBN : 978-2-09-259108-6

 

 

Crédit photo couverture : © Nicolas Vesin et éd. Nathan.

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