Les jardins d'Hélène

Chambre 2 - Julie Bonnie

12 Septembre 2013, 09:23am

Publié par Laure

Béatrice est auxiliaire de puériculture dans une maternité. Elle livre son regard sur ce premier rapport à la maternité, ce lien mère-enfant qui se noue dans l’intimité des chambres, et sur la réalité que renferment ces pièces. C’est parfois violent, mais toujours juste. « Chambre 2 », c’est une histoire terrible, celle d’une mère devenue folle parce qu’elle a perdu à la naissance une des jumelles qu’elle portait. Cette chambre 2 ouvre et clôt le roman, et permet à la narratrice de se révéler à elle-même. En parallèle de ces histoires de vie et de mort (oui il y a des morts en maternité, beaucoup plus qu’on ne l’imagine), Béatrice narre son parcours de danseuse nue au Cabaret de l’amour, un spectacle monté avec son compagnon Gabor, leur ami Paolo, et les deux Pierre, amants dans la vie et travestis à la scène. Vie de bohème et naissances singulières de ses enfants, récit du corps qui s’impose à travers la danse (et la naissance), quelque chose de profond s’entremêle dans ces parcours successifs d’artiste et de puéricultrice après un nouveau drame de la vie.

 

Un roman forcément touchant, que certains jugeront peut-être sombre ou violent, qui égratigne au passage les rapports des personnels soignants entre eux et à l’égard des patients, mais qui transmet aussi une force vive, lumineuse, singulière.

J’ai aimé ce regard lucide sur ce qu’on tait habituellement en maternité, la naissance n’est pas que douceur tendre et amour, il y a des douleurs, des souffrances, des morts, des pleurs, des difficultés à être mère, à supporter son corps, et tout ce qui en sort. Intransigeant, tout comme la description du microcosme des personnels soignants.

 

Julie Bonnie a du talent, c’est indéniable, une plume acérée et forte, en révolte.

 

Prix du roman FNAC 2013.

 

p. 92/93 : « Je ne sais pas si c’est un passage obligé, mais quand on a perdu un bébé on se rend compte qu’on peut donner la mort.

C’est une possibilité. Donner la vie / donner la mort. Donner la vie donner la mort.

Le corps peut fabriquer l’un ou l’autre. Pas forcément par notre faute, pas du tout notre décision. On est dépossédé du choix.

Tu voulais un bébé vivant ? Tu en as un mort. Tu voulais un bébé mort ? Il est vivant. Tu as un bébé vivant ? Il peut mourir.

On ne pense pas assez à la mort quand on donne la vie.

Ou plutôt, on nous interdit de penser à la mort. Les pensées morbides voient rappliquer les psys et autres magiciennes de la normalité.

Pourtant, quand on a perdu un bébé, la mort reste en nous pour toujours tel un organe vital et on sait, mieux que quiconque, ce qu’est la vie. »

 

Belfond, août 2013, 185 pages, prix : 17,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Bruno Ehrs / Corbis et éd. Belfond

Voir les commentaires

Rêves en noir - Jo Witek

11 Septembre 2013, 09:05am

Publié par Laure

Jill, 16 ans, est une adolescente comme les autres à la différence près qu’elle est aveugle depuis l’enfance, suite à une grave maladie. Mais elle entend bien vivre comme les autres et va jusqu’à tenter des expériences dangereuses pour se convaincre qu’elle peut y arriver, comme la scène d’ouverture où elle se rend au lycée en prenant le métro sans sa canne blanche. Un brin obstinée, elle n’en fait qu’à sa tête pour défendre sa liberté et son autonomie, et se retrouve témoin auditif d’une agression sauvage nocturne dans un parc de Paris. Mais la police appelée sur les lieux ne trouvera aucune trace de victime blessée ni d’agression.

Sûre d’elle, Jill est hantée par cette scène et elle commence à rêver la nuit de « visions » plus que réelles. Commence alors le thriller proprement dit, qui joue légèrement du paranormal, et le lecteur happé suit l’enquête menée dangereusement par Jill et ses amis.

 

Ce que j’ai aimé particulièrement dans ce roman, c’est l’immersion dans le monde des aveugles et des malvoyants, dans leur quotidien en institut spécialisé, leurs cours, leurs difficultés, leurs forces et leurs faiblesses, et la réflexion bien amenée par l’auteur sur les  réactions et erreurs des voyants à l’égard des aveugles. C’est de ce point de vue passionnant et très bien décrit, tout comme ses rapports à sa famille, parents et petite sœur. La joie de vivre de l’adolescente (mais aussi ses coups de déprime) sont communicatifs et le lecteur est d’emblée en empathie avec le personnage.

L’aspect thriller est assez classique, mais efficace : une enquête effrénée, dangereuse, mais dont on se doute qu’elle finira bien. Sans oublier les sentiments et le premier émoi amoureux propre à l’adolescence (c’est le seul point que je trouve peut-être un peu forcé), c’est du tout bon pour ce roman.  

 

 

Actes Sud Junior, coll. Romans Ado Thriller, janvier 2013, 268 pages, prix : 14.50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : ©David Muir / Masterfile / et éd. Actes Sud Junior

Voir les commentaires

La première pierre - Pierre Jourde

10 Septembre 2013, 07:25am

Publié par Laure

Dans la première pierre, Pierre Jourde revient sur les réactions violentes à son égard et envers sa famille, après la publication de son précédent livre sur son village, « Pays perdu » (L’Esprit des péninsules, 2003), livre jugé injurieux et dénigrant par une bonne partie de la population. Pour le lecteur qui ne connait pas ce livre (pas plus que les références faites à Pays éperdu de Bernard Jannin, qui devait déjà être une première réaction), il est difficile au début de se repérer. Néanmoins très vite deviennent intéressantes les réflexions sur le rôle de la littérature, la perception et interprétation par l’autre de la fiction, les raisons (motivations intimes ou objectifs) de l’écriture. Ainsi très vite aussi le lecteur se pose cette question : le rôle de la littérature est-il de régler ses comptes ? Car malgré les propos passionnants sur les fonctions de la littérature, c’est ce sentiment qui domine : un règlement de comptes par livre interposé. Peu importent les faits propres à l’auteur (c’est un récit personnel) qu’ignore de toute manière le lecteur et dont il se moque un peu, c’est l’enjeu littéraire même qui est au cœur du livre qui est intéressant. Dommage qu’il sente un peu trop le souffre.

Qui a jeté la première pierre ? Je ne suis pas sûre que le lecteur s’en préoccupe.

p. 27-28 : « […] depuis très longtemps, au moins depuis ta naissance, devait circuler dans le pays une histoire, parmi les innombrables histoires, t’attribuant une origine adultérine, sans que ni toi ni tes proches ne soient au courant de cette fiction secrète. Et cette faculté qu’a le village d’engendrer de la fiction, de se composer de fiction, tu allais encore la vérifier. »

p. 50 « Tu as été amputé de toi-même. D’un lieu qui est toi-même. Tu ignorais que c’est un livre qui effectuerait cette douloureuse opération. Pas tout le lieu, mais une grande partie de lui, à présent, te rejette. La littérature sépare, comme le scalpel, c’est là son premier effet. Elle sépare, et puis elle recompose aussi. »

p. 106 : « Un livre n’est pas fait pour admettre les choses telles que nous les rangeons dans l’ordre nécessaire de la vie. Il revient sur le passé, et sur les morts aussi, donc, parce qu’il ne peut pas épuiser la pensée que ce qui a été soit rendu au néant. Pour le livre, le passé vit autant que le présent. »

 

Lu en juillet 2013 dans le cadre de l’opération « on vous lit tout ! »  proposée par Libfly.com et le Furet du Nord, qui offre à ses contributeurs des lectures de la rentrée littéraire en avant-première.

 

Gallimard, septembre 2013, 189 pages, prix : 17,90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Gallimard

Voir les commentaires

Sauf les fleurs - Nicolas Clément

1 Septembre 2013, 13:03pm

Publié par Laure

Après monde sans oiseaux de Karin Serres, et Esprit d'hiver de Laura Kasischke, voici mon nouveau coup de cœur de la rentrée, un choix au hasard dans une liste de titres, une surprise, auteur inconnu, 1er roman, et une plume : quelle plume !

 

Première phrase : « Nous étions une famille de deux enfants, plus les parents. Je m'appelais Marthe, mon frère s'appelait Léonce, né un mensonge après moi. »

Curieux imparfait qui d'emblée m'intrigue. Un peu plus bas sur la première page : « Aujourd'hui, il me reste peu de mots et peu de souvenirs. J'écris notre histoire pour oublier que nous n'existons plus. »

 

Marthe raconte, de 12 à 20 ans, l'enfance balayée par la violence d'un père, la violence conjugale fatale envers sa mère, son amour inconditionnel pour son petit frère, l'espoir à travers un amour neuf, le départ vers Baltimore, et le drame, encore. Mais dans cette succession de drames perce la lumière apportée par une écriture somptueuse, poétique, imagée, métaphorique, épurée jusqu’à l'os.

 

Car si le sujet paraît banal (ce n'est sans doute pas le premier roman sur l'enfance malheureuse et la violence paternelle), le traitement fait toute la différence. Si d'ordinaire on est dans le roman distrayant, aussi grave soit le sujet, ici on est dans la littérature, la vraie, belle, grande, et noble. Marthe ne s'y trompe pas, en cherchant la résilience dans la traduction d'Eschyle.

 

Un texte magnifique, hors des sentiers battus et rebattus, comme quoi le choix des mots peut faire la magnificence d'une histoire : une phrase brève dit tant par la puissance de ce qu'elle évoque de non-dits …

Et pour ceux qui en doutaient encore, seule la maîtrise de la grammaire permet de percevoir toute la portée d'une phrase où seules les désinences verbales permettent de comprendre qui parle. Troublante alternance de la troisième personne (ce que fait le père) et de la première (le récit de Marthe) dans une même phrase, et les majuscules en milieu de phrase qui disent simplement l'insertion du dialogue :

p. 35 « Papa serre les poings ; je ne bouge pas. Frôle la cuisinière ; ne comprends pas ce qu'il fait. Saisit la marmite en train de cuire ; retiens ma respiration. Lance la marmite sur mes jambes ; sens la lame bouillante percer ma peau. Sourit ; entends Léonce crier Tu laisses ma sœur tranquille ! Vois la porte s'ouvrir ; dis Maman, N'entre surtout pas, Sauve-toi. »

 

75 courtes pages, mais d'une telle force et beauté qu'il n'en était besoin de plus.

 

Oubliez la ronronnante Amélie et préférez les vraies beautés de la rentrée (enfin faites ce que vous voulez hein !)

 

 

Buchet-Chastel, coll. Qui Vive, août 2013, 75 pages, prix : 9 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Buchet-Chastel

Voir les commentaires

Je rachète ou pas ? (les cosmétiques du mois # août 2013)

31 Août 2013, 18:40pm

Publié par Laure

Je rachète ou pas ? (les cosmétiques du mois # août 2013)

(les photos s'affichent, puis disparaissent, puis j'en ai marre de recommencer, over-blog "m'a tuer") grrppmmpffll.

 

9 produits terminés ce mois-ci (dont 2 perdus en route n'apparaissent pas sur la photo), une seule grosse déception, des classiques de l'hygiène simples et efficaces (gel visage, gommage corps, déo), une fidélité / plaisir plus affirmée pour l'eau de raisin Caudalie et l'écran UV plus de Clarins... C'est parti :

 

Les soins d'hygiène et beauté corps :

 

Gel douche Yves Rocher Jardins du monde : fleur de tiaré. 200 ml, prix indicatif : 3 € (régulièrement en promo à -50%). Bon, il faisait partie d'un lot promotionnel et ma fille aime ce parfum : moi non. Mais en été ça passe, et ça se vide. Mais je n'ai pas de passion pour !

 

Déo 24h Sanex à la pierre d'alun, Nature protect, flacon bille, 50 ml, prix indicatif : 3,90 € (promos régulières sur des lots de 2). Je n'y reviens pas, c'est devenu un classique de ma salle de bain, par l'heureuse surprise d'efficacité qu'il m'a apportée. Déjà utilisé ici  Son positionnement tête en bas, rare sur les flacons bille est top ! Donc oui, je rachète !

 

Gommage corps végétal à l'abricot, Yves Rocher, tube 150 ml, prix indicatif : 9,70 € (régulièrement à – 40 ou 50 %)

Oui, je rachète régulièrement, le tube a légèrement changé depuis d'ailleurs, le mot gommage a été mis en lieu et place du mot abricot ! Formule à gros grains, pour le corps, j'aime bien. Facile à rincer. Fait le job quoi :-)

 

 

 

 

Gel amincissant Subli'slim de Linéance : ne cherchez pas, ce produit n'existe plus. Acheté à 5 € en magasin de déstockage, ce qui est devenu un peu mon habitude pour les produits minceur (quitte à douter de leur efficacité, autant ne pas se ruiner). Ce qui surprend à la première utilisation, c'est la couleur orange assez soutenue ! Mais il ne rend pas la peau orange, ouf ! Facile à étaler, pas gras, il pénètre bien, et comme il contient des micro-nacres, au soleil on voit la peau très légèrement pailletée (c'est discret). C'est à peu près son seul avantage, rien vu sur le côté « slim ». Il n'existe plus, mais en tous les cas je n'aurais pas racheté !

 

Les soins cheveux :

 

Après-shampooing doux Lin & vanille, by U, pour cheveux longs, flacon 200 ml, prix indicatif : 1,40 €. Démêle bien, flacon tête en bas pratique (comme la plupart des après-shampooing), peut-être pas très clean au niveau de la compo (silicones?), parfum discret, texture un peu trop liquide. Alors je rachète ou pas ? Vu le prix mini, pourquoi pas, mais je le conseille plutôt pour démêler les cheveux longs des filles (enfants!) ou alors en dépannage pour aller vite. Le petit prix permet de tester un peu toutes les variétés et donc de varier les plaisirs :-)

 

 

 

Les nettoyants et soins visage :

 

Brume hydratation intense Sampar, flacon vaporisateur, 200 ml, prix indicatif : 29,50 € (!) Acheté en vente privée à 5,50 € (mais je crois que le flacon faisait 100 ml)

Alors là, le verdict est clair : quelle horreur ! Je suis vraiment maudite avec les produits Sampar, aucun ne me convient et celui-ci est sans doute le pire que j'aie eu à utiliser. J'ai failli le jeter, mais je n'aime pas gaspiller, même en grosse promo à 5,50 €. Ce que je lui reproche : me dessèche terriblement la peau, ce qui pour une brume hydratation intense, est quand même un comble ! Peau qui tiraille, j'ai tout essayé : tamponner après brumisation, laisser sécher, rien n'y fait : ça tire beaucoup ! (une simple eau thermale en brumisateur est bien plus agréable!). Le bouchon se dévissant, j'ai fini par l'utiliser sur un coton en lotion après le lait démaquillant, mais il me tardait d'en venir à bout. Vous l'aurez compris, j'évite désormais cette marque (même s'il me reste encore un sérum à finir, peu convaincant lui aussi, mais on en reparlera…)

 

Eau de raisin de Caudalie (à l'eau de raisin bio), brumisateur 100 ml, prix indicatif : 5,50 € (existe aussi en 75 ml et en 200 ml, autour de 9 €)

Assez chère, mais j'adore son odeur, et contrairement à la brume Sampar, je trouve celle-ci réellement apaisante et hydratante. Il est précisé qu'il faut la sécher après application, ce que je fais en tamponnant avec un mouchoir en papier. Pour apaiser et parfaire le démaquillage. Oui, je la rachète régulièrement (même si je lui fais aussi des infidélités).

 

 

 

Et deux produits supplémentaires terminés ce mois-ci mais qui n'apparaissent pas sur la photo : l'un jeté par mes filles en vacances (normal, il était vide!) et l'un perdu en route, tombé d'une poche extérieure de mon sac, (heureusement il était quasi vide), désolée pour son abandon dans le métro ou une rue de Berlin !

 

Le gel nettoyant fraicheur Yves Rocher, visage, gamme hydra végétal, tube 125 ml, prix indicatif : 8,50 € (-50 % en promo, comme souvent chez Yves Rocher) : un gros tube dodu que j'utilise le matin sous la douche (pas sûre qu'il soit assez efficace sur le démaquillage du soir), un effet fraicheur agréable, et pas de sensation de dessèchement ou tiraillement. Un bon basique à prix correct en promo ! Je rachèterai probablement !

 

Ecran multi-protection UV plus SPF 40 de Clarins, flacon 30 ml, prix indicatif : 39,40 €. Pas donné, mais un des premiers sortis dans cette catégorie de produit, que j'utilise régulièrement l'été. Texture très fluide et très légère, ne graisse pas la peau (pas d'effet blanc ou plâtre non plus!), s'utilise après la crème de jour, et avant le maquillage. Idéal l'été pour les sorties en ville, sans l'effet gras des crèmes solaires. Et pas de coup de soleil. Un soin rassurant, donc. Je lui resterai sûrement fidèle l'été prochain, mais d'autres marques notamment solaires ont sorti leurs versions bien moins chères : Nivea, Eucerin, …que j'essaierai sûrement aussi !

 

Voilà pour ce mois d'août, rendez-vous fin septembre !

Voir les commentaires

Double jeu - Jean-Philippe Blondel

28 Août 2013, 13:18pm

Publié par Laure

Quentin Silber s’est fait virer du lycée St Ex, trop d’absentéisme et d’insolence. Ce n’est pas une sanction votée par le conseil de discipline, mais une solution fièrement trouvée par le proviseur : changer Quentin d’établissement à la rentrée. Lui proposer le lycée Clemenceau, établissement bourgeois bien fréquenté, qui peut l’amener à changer de comportement, à saisir les chances qui lui sont données, à lui de voir : la balle est dans son camp.

A la rentrée, Quentin cherche sa voie, entre deux univers, peut-on changer de classe sociale, accepter et s’intégrer dans celle qui n’est pas la sienne sans renier ses origines ? Et si le théâtre aidait à s’y retrouver, c’est un jeu que l’on joue, celui de l’acteur, le théâtre n’est pas la vie, et pourtant, on y donne tant de soi…

C’est un professeur de français, « la » Fernandez, qui va le guider en lui proposant le rôle de Tom dans la pièce de Tennessee Williams, La ménagerie de verre. Une enseignante attentive qui perçoit le mal-être de Quentin et va savoir le guider, en dépit de débuts fracassants entre eux en cours. Bien sûr, cette pièce va entrer en résonance avec ce qui vit Quentin, et balayer ses réticences.

Un beau roman tout simple sur le déterminisme social (on y retrouve cette discussion qu’un enseignant d’ici partageait avec moi : qu’on le veuille ou non, statistiquement, on sait déjà que les Kevin et Jennifer n’auront pas les mêmes chances, pas les mêmes résultats que les Jules et Anne-Sophie, pas les mêmes choix d’orientation non plus -  ici ils sont Dylan, Shirley et Anastasia, mais c’est du pareil au même), sur l’expression artistique comme moyen de découverte de soi (il y avait déjà eu le slam dans Brise-Glace), sur le tiraillement entre deux mondes.

Pas de grands renversements ni surprises, Jean-Philippe Blondel confirme son domaine d’excellence : la description du sentiment intérieur, des émotions,  l’observation fine de l’adolescence, dans un langage simple et vivant. Ici les parties et chapitres deviennent actes et scènes, le récit est celui de Quentin, à la première personne, journal intime d’une année scolaire qui prend une forme romanesque. On retrouve les thèmes chers à Blondel, la quête de soi à l’adolescence, le désir trouble face à l’homosexualité (Heathcliff est un personnage intéressant du roman également), et ici en plus une belle relation de protection, d’attention et d’amour entre Quentin et sa petite sœur Anna. Il me suffit d’observer les miens pour sourire ;-)

Un bon moment, simple et juste, on s’y sent bien, la fin arrive trop vite, trop brève peut-être, pourtant tout est dit, et le passage d’une rive à l’autre (que veut-il faire de sa vie) est franchi.

Lever de rideau.

 

p. 53 : « Un livre, ça devrait donner des solutions – pas ajouter des problèmes. »

 

Message personnel à l’auteur : JB t’idolâtrerait rien que parce que tu sais écrire lycée Clemenceau sans faute, moi je me fais traiter d’inculte à chaque fois que je remplis un chèque à l’ordre de l’agent comptable dudit lycée, parce que je mets un accent sur le e et que non, il n’y a pas d’accent à Clemenceau. Je crois maintenant que grâce à toi, je ne ferai plus la faute, j’ai une mémoire plus visuelle qu’auditive :-)

 

 

Actes Sud junior, Août 2013, 135 pages, prix : 11 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © plainpicture / bobsairport et éd. Actes Sud junior.

Voir les commentaires

Esprit d'hiver - Laura Kasischke

27 Août 2013, 13:04pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Aurélie Tronchet.

 

Je n’avais encore jamais lu Laura Kasischke, et ce n’est pas faute d’en entendre beaucoup de bien ! L’erreur est réparée, et je confirme tout le bien qu’on en dit ! (Je me réjouis d’avoir donc encore tous ses précédents romans à découvrir).

 

Le jour de Noël, quelque part dans le Michigan, Holly se réveille plus tard que d’habitude. C’est un peu la panique à bord, elle a un repas à préparer et beaucoup d’invités qui vont arriver. Sa fille Tatiana dort encore, et son mari se lève en vitesse pour aller chercher ses parents à l’aéroport. Dès lors, plus rien ne se passera comme prévu.

Holly est obsédée par une phrase qui lui revient sans cesse à l’esprit : « Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux », elle voudrait l’écrire, et prendre le temps de noter ce que cela lui évoque. Mais il faut faire vite, rattraper le temps perdu, composer avec l’humeur maussade de son adolescente enfin réveillée, et préparer ce fichu repas.

Tout se joue dans le huis-clos de l’appartement, sur cette journée de Noël, avec des retours sur le passé de Holly, de son couple et surtout l’adoption de leur fille dans un orphelinat russe quand elle avait deux ans. Les éléments extérieurs se déchaînent, le blizzard (qui vu de l’intérieur ressemble à une journée de neige ordinaire) empêche toute circulation, les invités annulent les uns après les autres, le mari se retrouve coincé à l’hôpital avec ses parents (sa mère a eu un problème de santé, sombrant soudainement dans la confusion) : tout est étrange aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur et le récit se recentre sur les échanges entre Holly et Tatiana. Pourquoi son ado a-t-elle choisi ce jour-là pour avoir ce comportement déroutant, pourquoi change-t-elle sans cesse de vêtements…

Ce roman est fascinant par l’ambiance et la tension qu’il crée, et explose dans une fin aussi inattendue que grandiose. Une fin qui remet en perspective tout ce qui a été dit jusque là, et qui donne sens aussi aux détails que le lecteur pouvait trouver étrange sans vraiment les comprendre.

Pour une première lecture de cet auteur, je suis totalement séduite !

 

(Attention à ne pas faire la même erreur que moi : à peu près à mi-lecture, je ne sais pas pourquoi j’ai machinalement feuilleté le livre pour voir ce qu’il me restait de pages, et j’ai vu que les dernières pages étaient écrites dans une typographie différente. Ce qui m’a bien sûr attiré l’œil et j’ai lu ces dernières pages. Cette fin terrassante qui donne une nouvelle lecture du récit. Mais qui gâche tout aussi si on la lit avant d’y être ! C’est d’autant plus idiot que normalement ça ne m’arrive jamais – je connais des lecteurs qui vont systématiquement lire les fins – je ne suis pas de ceux-là)

 

 

Ed. Christian Bourgois, août 2013, 283 pages, prix : 20 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Ch. Bourgois.

Voir les commentaires

Manuel de survie à l'usage des incapables - Thomas Gunzig

26 Août 2013, 08:07am

Publié par Laure

Le début du roman est aussi alléchant qu’intrigant. Le lecteur se trouve embarqué à bord d’un baleinier avec Wolf  pour la quête du St Graal : la pêche à la baleine, que personne jusqu’alors n’a réussi à capturer. Et que croyez-vous qu’il se passât ? Mais la baleine ne vaut rien, car elle possède un numéro de série posé par la marque Nike. Eh oui, tous, hommes comme animaux ont désormais un code génétique modifié placé sous copyright. Pour un début qui décoiffe, c’est plutôt réussi !

Mais c’est au supermarché que les aventures vont se dérouler, entre licenciement abusif, hold-up, vengeance, avec une brochette de personnages hors normes (Blanc, Brun, Gris, et Noir qui sont quatre jeunes loups au propre comme au figuré, auteurs d’un hold-up sanglant qui cherchent à venger ensuite le décès de leur mère)

Si la première moitié m’a séduite par son côté burlesque, étonnant et décalé, sa vision à peine anticipée de notre monde devenu fou, j’ai trouvé au bout d’un moment que l’histoire tournait quand même un peu en rond. On va jusqu’au bout néanmoins, mais le récit s’essouffle et perd de son intérêt (pour moi du moins) Dommage car l’univers créé était prometteur, le supermarché comme allégorie du monde capitaliste est bien vu et à peine poussé à l’extrême, j’ai découvert Thomas Gunzig par cet ouvrage et serai sans doute tentée d’aller voir ce qu’il a fait d’autre, car les histoires qui « surprennent » vraiment ne sont pas si courantes.

 

Extrait : p. 105 « Les centres commerciaux prospéraient sur la misère. Pour vendre aux pauvres, ils avaient embauché d’autres pauvres qu’ils faisaient bosser à des cadences infernales. Ça maintenait le taux du chômage dans des chiffres que les hommes politiques jugeaient acceptables pour leur image de marque, ça épuisait tellement les travailleurs qu’une fois rentrés chez eux ils ne pouvaient que très difficilement penser à autre chose qu’à bouffer une moussaka surgelée, boire un coup et s’endormir devant la télé. C’était une bonne façon de maintenir la paix sociale. En fait, il n’y avait qu’une seule loi : l’hyper-productivité, mesurée en euros par heure travaillée. »

 

Au Diable Vauvert, août 2013, 420 pages, prix : 18 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Au Diable Vauvert

Voir les commentaires

Monde sans oiseaux - Karin Serres

25 Août 2013, 07:33am

Publié par Laure

Déjà reconnue en littérature jeunesse et en théâtre, Karin Serres signe avec Monde sans oiseaux un somptueux roman de littérature générale. Entre violence et sensualité, noirceur et luminosité, poésie et fantaisie, ce monde qui tend vers une fin sombre brille par la maîtrise de son récit et de son écriture !
Dans un pays inconnu probablement nordique, à une époque indéterminée qui pourrait être contemporaine, les oiseaux ont disparu. Ils ne volent plus dans le ciel, tout comme les volatiles de basse-cour que l'on mangeait ont disparu. Petite Boite d'Os raconte le périple de sa vie : de sa naissance sur le sol d'une chambre jusqu'à un âge très avancé, elle raconte ceux qui l'entourent dans ce paysage où le lac, les poissons et les morts ont une place importante. Traditions ancestrales, drames de la vie, rudesse, cochons domestiqués, le lecteur est surpris et charmé par cet univers unique et étonnant.
Un roman dont la brièveté (122 pages à peine) n'entache en rien la parfaite concision et la remarquable qualité. Un premier coup de cœur dans cette rentrée littéraire !


Lu en juillet 2013 dans le cadre de l’opération « on vous lit tout !»  proposée par Libfly.com et Furet du Nord, qui offre à ses contributeurs des lectures de la rentrée littéraire en avant-première.


éd. Stock, coll. La Forêt, août 2013, 122 pages, prix : 12,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : éd. Stock.

Voir les commentaires

Le fils de Sam Green - Sybille Grimbert

24 Août 2013, 07:23am

Publié par Laure

Le fils de Sam Green est une mise en fiction de l’affaire Bernard Madoff.

L’histoire est racontée ici par le fils, qui va devoir affronter des années de procès afin de démêler le vrai du faux quant à sa participation (est-il victime ou complice dans cette affaire ?) dans les malversations financières qui ont conduit à l’arrestation et la condamnation de son père, Sam Green.

J’ai achevé ma lecture sur une impression mitigée : je me suis hélas fort ennuyée pendant la première moitié du roman. Récit morne et plane d’une vie oisive et plus que dorée quand les relations familiales et la réussite paternelle vous sourient par ricochet, il ne se passe à vrai dire pas grand-chose, ni dans le démontage qui pourrait expliquer le système frauduleux mis en place, ni dans la vie des personnages. A se demander où veut vraiment en venir l’auteur. Le roman commence à devenir réellement intéressant dans sa deuxième moitié, lorsque des relations plus humaines interviennent, le sens vrai de l’amitié et de la fidélité. Tout bascule alors et prend sens, la position du fils (comme du père) se dessine peu à peu et l’on ressort du livre avec le sentiment que c’est là du bel ouvrage. Malheureusement le déséquilibre du roman et des impressions éprouvées au fil de ma lecture (ennui et envie d’abandonner avant de basculer dans l’attention captive) m’empêchent de le placer au rang des lectures exceptionnelles. De même ce roman aurait pu être le moyen d’expliquer un peu de manière simple le fonctionnement des manipulations financières mises en cause, or il reste très évasif et distant sur ce point. Un sentiment mitigé, donc.

 

Lu en juin 2013 dans le cadre de l’opération « on vous lit tout !»  proposée par Libfly.com et Furet du Nord, qui offre à ses contributeurs des lectures de la rentrée littéraire en avant-première.

 

 

Anne Carrière éd., août 2013, 184 pages, prix : 18,00 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Anne Carrière éd.

Voir les commentaires