Les jardins d'Hélène

Holden, mon frère - Fanny Chiarello

1 Décembre 2013, 18:55pm

Publié par Laure

Lu juste après Prends garde à toi, publié un an après ce titre, les deux romans se répondent, abordant des thèmes similaires (la place de la culture et son accès selon sa condition sociale), en prenant ici l'exemple inverse. Si Louise était brillante et choyée dans une famille aimante et socialement élevée, c'est tout le contraire pour Kevin, 15 ans, qui préfère se réfugier à la bibliothèque (parce qu'il y fait chaud et qu'on ne lui demande rien) que de rentrer dans sa famille bancale, père qui disparaît pendant des semaines, mère sur les nerfs, frères indifférents. Kevin ne s’est même jamais posé la question de la lecture tant le livre n'a pas sa place dans la maison, jusqu'à ce qu'une mamie énergique croisée à la bibliothèque lui mette en main L'attrape-cœurs de Salinger, puis le guide dans ses lectures, résonances parfaites à son adolescence.

 

décor, p. 8 : « Ma classe compte trois des types les plus populaires du collège. Deux d'entre eux sont Guillaume et Brandon ; ils ne se sont jamais quittés, de la maternité à la troisième. Ils ont redoublé le CP ensemble, pris leur première cuite ensemble au CM2, et passé leur première garde à vue ensemble, cet été, quand ils ont fracturé une voiture pour voler un paquet de cigarettes vide sur le tableau de bord. La troisième gloire de la classe est Loïc Huc. Il est moins extravagant que les deux autres mais tout le monde lui voue une crainte mêlée de fascination. S'il frappe sa mère, rien ne peut l'arrêter. Inégalable. Je dois mon incisive fêlée à son vigoureux coup franc. »

 

Autant dire que dans cette ambiance, le travail scolaire et la lecture ne sont pas des priorités.

 

p. 67 : « Dans notre collège, il est mal vu d'aimer les bouquins, mais ne pas savoir lire est tout aussi infamant. Un subtil dosage. »

 

Kevin va se lier d'amitié avec Laurie, l'intello de la classe qui fréquente aussi la bibliothèque, mais pas pour les mêmes raisons ! Ce roman retrace le parcours d'un jeune garçon pour qui tout n'est pas perdu, quand on place sur sa voie les bonnes personnes, et combien la littérature peut-être une béquille, un moyen d'évasion, une ouverture sur le monde, un lien entre générations. Pourtant, j'ai moins aimé ce roman que « Prends garde à toi », peut-être parce que si pour Louise, le style était parfaitement adapté, je trouve ici que l'expression de l'auteur est un peu trop parfaite encore pour coller au personnage de Kevin (même si le roman tend à le sortir de sa condition sociale), moins réaliste peut-être, un peu répétitif aussi, je l'ai trouvé un peu longuet et me suis ennuyée passés les deux tiers, mais je trouve intéressant de lire ces deux textes de Fanny Chiarello en parallèle.

 

p. 117 : « Drôle d'idée que de lire des romans, quand on y pense bien : on s'attache à des personnages qui n'existent pas, on se sent moins seul alors qu'il suffirait de lever la tête de sa page pour constater qu'on l'est toujours autant dans le vrai monde, et après, tout est fini. Chacun rentre chez soi, Holden et tous les autres dans leur néant, et moi dans ma baignoire auréolée de traces douteuses. »

 

Sélectionné pour le prix des lecteurs 13-16 ans 2014 de la ville du Mans et du département de la Sarthe.

 

L'école des loisirs, collection Medium, avril 2012, 208 pages, prix : 10,70 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Séverin Millet et éd. L'école des loisirs.

 

Voir les commentaires

Après l'amour - Agnès Vannouvong

1 Décembre 2013, 18:03pm

Publié par Laure

Incipit : « ça se passe très vite. Paola me quitte. Je bascule hors d'une zone de sécurité. Je glisse, et, déjà je construis ma défaite. D'avance, je connais le prix de la séparation. »

 

Phrases courtes, lapidaires, qui donnent le ton du roman et souvent, sa qualité. Qu'en est-il, à la fin d'un amour ? Pour faire face à la perte de celle qui était sa compagne depuis dix ans, la narratrice multiplie les aventures (homo)sexuelles comme une fuite en avant. Si quelques réflexions ici ou là sonnent juste, quelques belles scènes, une errance qui tente de s'ancrer chez le psy, le roman, aussi court soit-il, lasse vite : pauvre petite fille riche qui traverse le monde de long en large, d'avion en TGV, pour aller b... ailleurs avec la première venue. Je n'ai pas réussi à avoir de l'empathie pour l'héroïne, sans doute est-ce là la raison de ma distance et de mon désintérêt. C'est un peu vain, tout cela.

 

p. 72 : « Pourquoi laissez-vous autant de place à la séduction? Etes-vous une sex addict ?

Je paie. Je sors. Je vais pleurer sur l'île Saint-Louis.

Je maudis ses questions car mon analyste vise juste. J'ai besoin de ces rencontres pour laisser le vide laissé par Paola. […] Rien ne détruit autant qu'aimer. »

 

p. 86 : « On s'habitue à la douleur, au silence, jamais à l'absence. »

 

Mercure de France, août 2013, 200 pages, prix : 16,50 €

Etoiles :

crédit photo couverture : © Savannah Daras / Arcangel Images (détail) / et éd. Mercure de France

Voir les commentaires

Je rachète ou pas ? (les cosmétiques du mois # novembre 2013)

30 Novembre 2013, 16:10pm

Publié par Laure

Je rachète ou pas ? (les cosmétiques du mois # novembre 2013)

5 produits seulement ce mois-ci, du basique de l'hygiène et de l'hydratation, rien d'exceptionnel ...

Un seul gel douche (faut dire qu'il y en avait 3 le mois dernier !) : Dove, douche soin douceur soyeuse, un classique rapporté d'Allemagne où dans les DM, tout est (bien) moins cher. Peut-être pas mon préféré de la gamme, mais il fait le job avec une odeur pas désagréable :-)

 

Un déo, aïe, l'erreur : je suis pourtant fidèle de Vichy depuis des années, mais plutôt des flacons bille. Voulant éviter l'effet j'essuie le déo en enfilant mon pull, j'ai basculé sur un flacon spray : Déo Anti-transpirant 48h, 125 ml. Rien à dire sur l'efficacité du déo, mais alors je frôle l'asphyxie à chaque utilisation : même en ouvrant la fenêtre le plus vite possible (ça réveille l'hiver), je tousse, je peine à respirer, c'est incroyable ce truc. Si le parfum est neutre, il est pas top non plus, j'avais repéré le "sans alcool, sans parabens, toucher sec", j'aurais dû vérifier le parfum. Bon, comme souvent, j'ai acheté un lot de 2 à la parapharmacie, je vais aller au bout, mais juré je ne rachèterai pas. (prix : environ 13 € les 2, me souviens plus)

 

Lait démaquillant Haute tolérance "Diadermine" : déjà aperçu en avril 2013, je termine enfin ce deuxième flacon maudit, là aussi, on oublie et on ne rachète pas !

 

(clic sur les photos pour les voir entières si ça vous tente)

 

Je rachète ou pas ? (les cosmétiques du mois # novembre 2013)Je rachète ou pas ? (les cosmétiques du mois # novembre 2013)Je rachète ou pas ? (les cosmétiques du mois # novembre 2013)

Un serum Sampar acheté sur vente-privée, eh bien, je suis maudite avec cette marque, encore une mauvaise expérience ! (Je n'avais pas aimé la brume hydratante, avais trouvé inefficace le soin buste) et quand on voit le prix des produits... Ici : serum "reveil mon teint, illumine et lisse", payé 15 € environ au lieu de 39 € En fait il s'agissait d'un serum éclaicissant (ah bon ?) mais je ne l'ai découvert qu'après (c'est marqué sur le carton, mais pas sur le flacon). Une formule fluide et qui pénètre vite (c'est un serum), dans un flacon pompe looké seringue d'infirmière, dans un support plastique sinon bonjour pour le faire tenir dans sa salle de bain. Alors qu'est-ce qui m'a déplu ? l'odeur ! un parfum rance à me demander s'il n'était pas périmé ! Non pourtant, et un flacon airless... Vraiment pas un plaisir, et quand on sait l'importance du plaisir à l'utilisation un soin, là c'est 100 % raté. Pas fâchée qu'il soit terminé. Ceci dit, sur le côté lissant, peut-être un tout petit peu mieux avec que sans, mais j'ai fini mon expérience avec cette marque, stop !

 

Et un fond de tube qu'il me restait d'un soin visage calmant à tester pour une marque bio, j'avais fait les 21 jours de test, et laissé le reste un peu de côté, je l'ai achevé. Je ne sais pas s'il est commercialisé depuis, il m'a moyennement plu (en revanche la crème démaquillante était très bien)

Je rachète ou pas ? (les cosmétiques du mois # novembre 2013)Je rachète ou pas ? (les cosmétiques du mois # novembre 2013)

Rendez-vous le mois-prochain pour peut-être des produits plus sympas. Je devrais même réussir à finir du maquillage dites-donc, incroyable :-))

Voir les commentaires

Prends garde à toi - Fanny Chiarello

25 Novembre 2013, 19:05pm

Publié par Laure

La classe de 5ème B va monter Carmen, le célèbre opéra de Bizet. Les parents réécriront le livret, et les élèves travailleront leur voix en cours de chant. Pour Louise, élève brillante, fille unique choyée par ses parents, c'est tout vu, elle tiendra le rôle titre, celui de Carmen. Mais une nouvelle élève arrivée en début d'année pourrait bien involontairement lui voler la vedette. Louise en est malade et cherche à embobiner son monde.

Louise est un personnage qui se montre détestable au lecteur : hautaine, prétentieuse, capricieuse, certes cultivée (d'une culture surtout lettrée), son mépris permanent de l'autre ne la rend guère aimable. Manon est tout son contraire : issue d'un milieu défavorisé, en grande précarité, elle est la douceur et la gentillesse même, mais tout aussi aimée par sa famille, elle est curieuse de tout en gardant sa simplicité naturelle. Les professeurs ne seront pas dupes et ne répondront pas aux caprices de Louise, qui va en souffrir et manipuler ses parents, mais chacun trouvera sa place.

Ce roman pose la question de la place de la culture : est-elle est réservée à une élite ? A-t-on les mêmes chances d'y accéder quand on est pauvre, mais pas idiot pour autant ? La culture a-t-elle les capacités de rassembler et de gommer les différences ? N'est-ce pas ici l'école qui y réussit (idéalement) ?

 

Une très bonne description du personnage, avec une expression stylistique qui lui correspond parfaitement et si je m'attendais à un enjeu plus poussé autour des deux jeunes filles, le roman reste malgré tout très centré sur Louise et l'expression de sa jalousie.

 

 

À écouter : Carmen revisité par Stromae (2013)

 

"L'amour est comme l'oiseau de twitter
On est bleu de lui seulement pour 48 heures
D'abord on s'affilie, ensuite on se follow
On en devient fêlé, et on finit solo

Prends garde à toi et à tous ceux qui vous like
Les sourires en plastique sont souvent des coups d'htag
Prends garde à toi! Ah les amis, les potes ou les followers?
Vous faites erreur vous avez juste la cote

[Refrain]
Prends garde à toi si tu t'aimes
Garde à moi si je m'aime
Garde à nous garde à eux
Garde à vous et puis chacun pour soi

Et c'est comme ça qu'on s'aime s'aime...
Comme ça consomme somme...
"   (© Stromae)
 

 

L'école des loisirs, coll. Medium, mars 2013, 186 pages, prix : 9,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Gabriel Gay et l'école des loisirs

Voir les commentaires

Undercurrent – Tetsuya Toyoda

16 Novembre 2013, 17:11pm

Publié par Laure

Traduit du japonais par Thibaud Desbief

 

Undercurrent, c’est un courant, quelque chose de sous-jacent, de sous-entendu, rappelle une définition du Collins en ouverture du livre. Et toute la finesse de ce manga se révèle en effet dans les non-dits, dans ce que perçoit le lecteur sans jamais avoir la garantie que cela se produira.

 

Kanaé dirige seule les bains publics hérités de son père depuis que son mari est parti sans laisser aucun message ou explication. Est-il parti pour quelqu’un d’autre, a-t-il eu un accident, avait-il des ennuis ? Nul ne le sait.

 

Après quelques mois de fermeture pour se remettre du choc, Kanaé rouvre l’établissement avec l’aide de sa tante et d’un employé envoyé par le Syndicat pour les seconder. S’il y a beaucoup de discrétion et de pudeur dans leurs échanges, ne seraient-ils pas attirés l’un par l’autre ? Mais les ragots vont déjà bon train dans la petite ville, point n’est besoin de les nourrir davantage. Avec l’aide d’une amie, Kanaé embauche un curieux détective privé, plutôt excentrique et hors-norme, pour tenter de retrouver son mari, tant il est difficile de rester dans l’ignorance et l’incertitude. Faut-il espérer son retour ou non ? Ce dernier guide sa réflexion dans ce sens : connaissait-elle vraiment son mari ? Connaît-on jamais celui qui vit au plus près de soi ?

 

Même si ce manga est bien antérieur au roman de Thomas B. Reverdy, les évaporés, paru en août dernier, il m’y a souvent fait penser : le roman de Reverdy évoque en effet le cas de ces Japonais qui disparaissent en toute liberté, sans être nécessairement recherchés, et qui peuvent ainsi changer de vie sans rendre de comptes à personne. On les appelle les évaporés, et c’est bien ce qu’est Satoru, le mari envolé.

 

Le manga est riche d’une intrigue qui évolue entre mystère à résoudre, sentiments latents, drames et souvenirs anciens qui rejaillissent, tout en étant parsemé de quelques notes d’humour, rien n’est triste ni sombre dans l’histoire. Mais ce fait sa beauté et sa réussite, c’est avant tout la timidité des sentiments qui transparaissent, ce « undercurrent » du titre. Les rebondissements sont nombreux et ce jusqu’à la dernière page, ainsi ce n’est pas non plus un récit purement intimiste.

 

Une belle lecture due au hasard d’une rencontre avec sa couverture dans une bibliothèque, et d’autant plus amusante que Véro l’a chroniqué sur son blog alors que je venais de l’emprunter la veille, un manga de 2008, on ne peut pas dire que ce soit une nouveauté ultra médiatisée ;-)

 

Éd. Kana, coll. Made in, 299 pages, septembre 2008, prix : 12,70 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Tetsuya Toyoda et éd. Kana

Voir les commentaires

Une séparation - Véronique Olmi

2 Novembre 2013, 19:14pm

Publié par Laure

J'ai été surprise de découvrir un nouveau livre de Véronique Olmi début octobre alors que venait de sortir à peine quelques semaines auparavant son dernier roman La nuit en vérité. Il s'agit en réalité d'une réédition d'un texte de théâtre à l'occasion de sa sortie sur scène. La pièce se joue en effet au théâtre des Mathurins jusqu'au 22 décembre (plus d'infos ici : www.theatredesmathurins.com), avec Véronique Olmi elle-même dans le rôle de Marie, et Jean-Philippe Puymartin dans le rôle de Paul, acteur qui signe aussi la mise en scène de la pièce.

 

Si le sujet semble banal et rebattu (la séparation d'un couple), les mots de Véronique Olmi lui offrent une grâce particulière. Le texte prend une forme épistolaire, échange de lettres entre la femme qui quitte et l'homme quitté.

P. 11 : « Je te quitte, Paul. Je me suis levée pour te l'écrire. Je commence cette journée par faire ça. » Point d'adultère ou de nouvel amour secret, juste l'érosion habituelle d'une vie commune :

p. 22 : « Tu demandes la raison de cette rupture, je te la donne, elle tient en un mot : l'ennui. Comment avons-nous pu passer si vite de l'émerveillement à la léthargie à la léthargie ? »

Pourquoi et comment quitter quelqu'un qu'on aime encore ? Paul commence par refuser cette rupture, ce n'est pas son choix. Il répond à Marie. Tous deux poursuivent la correspondance. Les mots sont élégants, l'analyse est fine, le texte est beau et tout un chacun peut s'y retrouver quelque part. Mais en s'écrivant ainsi, ne s'aimeraient-ils pas à nouveau ? Les propos se font à nouveau séducteurs et amoureux, en quête d'un nouvel espoir, l'amour pas tout à fait mort se frayant son chemin dans la nostalgie douce. La fin, superbe et mystérieuse, triste peut-être, laisse le lecteur pourtant dans un cocon de douceur : ce texte est beau, tout simplement.

 

(et j'aimerais le voir joué, mais je ne suis pas parisienne!)

 

Albin Michel, octobre 2013, 70 pages, prix : 10 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Albin Michel

Voir les commentaires

Où sont les fantômes ? - Fiona MacLeod

2 Novembre 2013, 14:33pm

Publié par Laure

Un crocodile au bord du Nil entend parler d’un pays de rêve : l’Écosse. Il rend visite au lion, puis à l’éléphant, pour savoir où c’est. L’éléphant connaît, enfin il n’y est jamais allé mais il sait que c’est au Nord, qu’il y pleut souvent et qu’il y a des fantômes, nourriture favorite des Écossais.

Les trois amis (le crocodile, le lion et l’éléphant) décident de s’y rendre pour manger des fantômes. Ils écartent de leur chemin la gazelle, la souris et le papillon, car ils ne sont pas assez courageux à leurs yeux pour un tel voyage. Une fois sur place, ils se familiarisent avec les spécialités écossaises (mais ne trouvent pas de fantômes) et effraient surtout la population. Mais dans le château où ils logent… surprise !

 

Un conte bien rythmé, drôle et qui fait le tour des caricatures écossaises : Nessie, les fantômes, la cornemuse, le whisky, la pluie, et toutes sortes de plats typiques en anglais dans le texte (traduit en face rassurez-vous). La mise en avant de certaines phrases ou mots en jouant sur la taille de police de caractère aide grandement à la lecture à voix haute, car même si l’on commence en lecture silencieuse pour soi, l’envie est trop forte de passer à voix haute pour jouer sur les tonalités.

Quand l’Afrique et l’Ecosse se rencontrent, ça fait des étincelles !

 

(Idéal pour les 6-9 ans)

 

Syros éd., coll. Mini Syros Paroles de conteurs, janvier 2013 (rééd.), prix : 3 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Rémi Saillard et éd. Syros

Voir les commentaires

Mira - Caroline Lamarche

2 Novembre 2013, 13:29pm

Publié par Laure

J'avais lu il y a quelques années (en janvier 2008 plus précisément) un texte érotique de Caroline Lamarche, intitulé La Barbière, que j'avais chroniqué ici, et qui s'il ne m'avait pas séduite outre mesure, m'avait quand même laissé la marque d'un univers singulier.

En retrouvant Caroline Lamarche au catalogue des Impressions nouvelles cet automne 2013, j'étais curieuse de découvrir son nouveau roman. Et j'ai été particulièrement déstabilisée, le livre s'ouvrant sur une première partie intitulée ... la Barbière. S'agissait-il d'un recueil de nouvelles avec une réédition du 1er texte ? Pourquoi cela n'était-il pas indiqué ? Impossible de retrouver mon exemplaire de la Barbière de 2008, mais les éléments de l'histoire me semblent familiers. Je ne saurais dire si le texte a été réécrit ou si c'est la version originale, en tout cas, mon résumé de l'époque me laisse croire qu'on en est très proche. Dès lors j'ai eu du mal à adhérer vraiment au livre que j'avais entre les mains, comme si j'avais le sentiment d'avoir été trompée sur le texte à venir (c'est idiot certes). Même s'il s'agit bien d'un roman composé de 3 grandes parties dans lesquelles Mira est le fil conducteur, je n'ai pas su apprécier la suite du parcours de Mira.

L'atmosphère est étrange et toujours aussi singulière, la mort est omniprésente. Le récit est un peu sombre et macabre (pourtant la vie rejaillit à la fin) mais décidément, je peine à entrer réellement dans cet univers. Caroline Lamarche a une plume bien à elle, c'est certain.

 

Lu dans le cadre de l'opération « la voie des Indés » proposée par le site Libfly, qui met en valeur la petite édition indépendante. Merci également à l'éditeur pour l'envoi de ce livre.

 

Les Impressions nouvelles, octobre 2013, 139 pages, prix : 13 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Poisson, de Stéphane Blanquet / éd. Les Impressions nouvelles.

Voir les commentaires

Ouessantines – Patrick Weber (scénario), Nicoby (dessin)

26 Octobre 2013, 15:39pm

Publié par Laure

Après une séparation, Soizic veut changer de vie en ouvrant des chambres d’hôtes sur l’île d’Ouessant (justement nommées « le rêve de Soizic »), ce qui n’est pas du goût de sa mère : « contre l’idée d’aller [s]’enterrer sur une île au bout du monde pour faire un métier inintéressant, au service de clients désagréables et entourée de voisins arriérés » (p.4)

Ouessant, ça se mérite, et Soizic peine à se faire accepter des habitants, et surtout des femmes, les « Ouessantines » du titre. Les vieilles du village sont hostiles face à cette étrangère. Seule la vieille Marie sympathise avec elle. Quelques jours après, Marie se suicide. Quel secret cachait-elle et pourquoi a-t-elle confié à Soizic la responsabilité de vider sa maison ? Soizic va enquêter pour découvrir le secret de Marie…

Hélas quelque chose pêche au niveau du scénario, la réponse est assez peu crédible dans sa résolution, et la fin est banale et rapide, ce qui est dommage car l’histoire commençait vraiment bien. Côté dessin, j’ai eu un peu de mal avec les visages des personnages, surtout ceux des vieilles qui ont des traits très masculins.

Un dossier documentaire clôt l’album en expliquant un peu l’histoire et les traditions de l’île.

 

Vents d’Ouest, mai 2013, 126 pages, prix : 18,25 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Nicoby et éd. Vents d’Ouest

Voir les commentaires

C’est l’histoire d’une petite fille, d’un chapeau et de Camille…

10 Octobre 2013, 09:26am

Publié par Laure

Mercredi après-midi à la bibliothèque. Une petite fille furète dans les albums pendant que sa mère la surveille du coin de l’œil un peu plus loin, un magazine à la main. Scène des plus banales s’il en est.

La fillette qui doit avoir 4 ou 5 ans vient vers moi :

- tu peux me prêter le livre de l’école ?

[Elle a dit « prêter », elle a tout compris, c’est assez rare à son âge]. Je lance un œil interrogateur à sa mère, qui me répond de même, aucune idée de ce qu’est « le livre de l’école ». Je m’adresse à la petite fille :

- C’est un livre que la maîtresse a lu en classe ou c’est un livre qu’on a lu ici à la bibliothèque avec la classe ?

- ici à la bibliothèque

[On avance dans la quête]. Ah mais c’était l’année dernière alors [Je n’ai pas encore eu de maternelles cette année, là c’est plutôt divers projets collège]. La fillette me dit « non, non cette année ».

- comment elle s’appelle ta maîtresse ?

- Nathalie

Je m’adresse à la mère : oui Nathalie vient bien avec sa classe, mais elle n’est pas encore venue cette année, ce sera plus tard dans l’année scolaire, c’était donc l’an dernier. (Avait-elle déjà Nathalie l’an dernier ? avec les doubles niveaux c’est possible). La maman me dit de ne pas m’en faire, sans titre ou auteur c’est impossible, elle en est bien consciente. Je sens que la notion de temps, c’est pas ça, je change de tactique. Je demande à la petite fille :

- et tu te souviens de ce qu’il y a dans cette histoire ?

- euh non… si, il cherche son chapeau…

- ah ben oui, je l’ai ton livre !

Je vais le chercher sur mon étagère animation et le lui tends. Son visage s’illumine littéralement.

- oui !!! C’est lui !!! Merci !!!

 

Là je sens le regard aussi surpris qu’admiratif de la mère, qui ne tarde pas à me dire : « alors là, bravo, je vous félicite, je n’aurais pas cru cela possible ». Je lui réponds que sa fille m’a donné le bon indice, que ce livre est génial (je lui dis en quelques mots pourquoi mais qu’elle le découvrira en le lisant), et on commence à discuter de l’intérêt des accueils de classe, de notre démotivation (à les penser souvent vains tant on mesure la baisse affolante du « niveau » et les problématiques sociétales) et que sa petite fille a illuminé ma journée.

La petite est allé poser Je veux mon chapeau de Jon Klassen sur la pile de ce qu’elle avait déjà choisi, et revient me voir :

- tu as des Camille ?

La maman me regarde avec un brin d’excuse et d’interrogation dans le regard… (Y a pas de raison)

J’ai une demi seconde d’hésitation.

- des Camille, oui, j’en ai, je vais regarder sur l’ordinateur s’il y en a ou si d’autres enfants les ont déjà empruntés. Tu as de la chance, j’ai Camille lit une histoire.

Je le cherche, le trouve et le lui tends. Son visage s’éclaire à nouveau. Et elle commence à me raconter une autre histoire de Camille que la maîtresse a lu l’école. Sa mère me dit que ce n’est pas possible, je suis une fée magicienne ?

 

 

Euh non, il se trouvait juste que les 4 bons ingrédients étaient réunis :

- une enseignante qui lit de bons albums à ses élèves et les amène à la bibliothèque

- une bibliothécaire qui lit de bons albums aux élèves qu’elle reçoit avec leur classe

- une maman qui lit des histoires à son enfant le soir et qui l’amène à la bibliothèque (et peut-être aussi à la librairie pour en acheter ça je l’ignore mais j’ai envie de le croire)

- une petite fille qui a tout compris au bonheur des livres.

 

Alors que nous passons de plus en plus de temps à gérer des cas pénibles, désagréables et décourageants, cette petite fille nous a réconfortés dans l’idée que notre métier a encore un sens. Merci à elle !

 

(et dans l’histoire comme ce n’est pas moi qui ai fait le prêt mais une de mes bénévoles, je ne sais même pas son prénom)

Voir les commentaires