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  • : 44 ans, bibliothécaire, mère de 3 enfants de 22 ans, 20 ans et 15 ans 1/2. Je dépose ici les marques que mes lectures ont tracées.
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Des livres, et plus encore

Je suis tombée dans la lecture à l’âge de 6 ans, je n’en suis jamais ressortie.

Je suis tombée dans les fils de la Toile en 1999, et j’y ai fait de belles rencontres. Des échanges sur feu le libraire en ligne bol.fr repris ensuite par Amazon, des jurys littéraires à la pelle, des plumes magnifiques sur les premiers journaux intimes en ligne initiés par Mongolo et la Scribouilleuse, …, dix-sept ans (?!) plus tard, il en reste une belle toile joliment tissée, des amitiés nées ici ou là, et toujours, l’envie de partager mes lectures.

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Je n'arrive plus à trouver de temps pour le blog, alors je poursuis ... à mon rythme !

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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 07:30

Camille Emmanuelle est journaliste et spécialiste des questions de sexualités et des cultures érotiques. Pendant un temps de vaches maigres, elle a écrit des romances, ce genre nouveau qui n’est autre que du roman sentimental érotique. Le « mommy porn », comme l’a lancé le déferlement numérique de Fifty Shades of Grey et l’engouement des lectrices. Les éditeurs, pas idiots et sentant le bon filon commercial, ont suivi.

 

C’est donc sous pseudonyme qu’elle a signé pour des séries de romance, extrêmement codifiées.

 

Dans cet essai, elle détaille avec humour et précision le mécanisme sidérant, contraignant - et qui va à l’encontre de l’émancipation des femmes- du cahier des charges exigé par certaines maisons d’édition.

 

De manière légère mais précise et fine, Camille Emmanuelle s’adresse à une lectrice imaginaire, qu’elle appelle Manon, consommatrice de romances, et lui explique les dessous du genre, et comment on la prend clairement pour une idiote.

 

Difficile de ne pas surligner tous les paragraphes, tant j’ai adoré cet ouvrage.

 

Essayons de rester dans la limite du raisonnable et du court extrait :

p. 13 : « Ces romances, qui remplissent de plus en plus les rayonnages des librairies et des supermarchés, sont nocives. Pas uniquement à cause de leur style, pauvre et formaté. Elles sont surtout nocives dans les messages qu’elles véhiculent sur le couple, l’amour et le sexe. Si la presse féminine, elle, dicte aux femmes comment être belle, mince, naturelle et branchée, les romances, elles, fabriquent des fantasmes prêts à consommer. Des fantasmes qui restent dans les clous et s’inscrivent dans le cadre d’une relation homme-femme ultra-traditionnelle. Lectrice type – toi, Manon -, tu dois mouiller ta petite culotte, mais il ne faudrait pas non plus que tu t’émancipes. »

 

Et là j’entends bien le discours type de la lectrice de romances (j’entends le même au travail tous les jours, de celles qui veulent du léger, facile, qui fait du bien le soir quand elles sont fatiguées) :

p. 14 : « tu vas me dire, Manon, que tu t’en fous, de tous ces propos féministes, que toi, tu veux juste passer un bon moment et t’évader. Il faut rêver, bien sûr. Mais peut-on rêver, s’amuser, s’évader, s’exciter, sans que l’on nous impose un modèle de couples, de femmes, d’hommes, de sexualité rétrograde ? »

 

Chaque personnage a sa fiche Excel, sa blessure secrète, la femme est toujours jeune stagiaire ou étudiante, l’homme est toujours milliardaire, et tout reste toujours propret, surtout le sexe, décrit de manière évanescente. Une sexualité à la Barbie et Ken. Et on n’oublie pas le placement de produit, marques de luxe à gogo tant qu’à faire.

 

Mais l’auteur a de la culture, et ne manque pas de rappeler les classiques de la littérature érotique, et pour les contemporains, tous les titres parus notamment chez La Musardine, avec entre autres la collection « Osez (20 histoires de …) », et des auteurs comme Esparbec ou Octavie Delvaux.

 

p. 123 : « Les romances s’arrêtent là où commence le quotidien, juste après le mariage. » La suite est hilarante et vous ne manquerez pas d’avoir, et ce tout au long du livre, le sourire jusqu’aux oreilles. Enfin un bouquin intelligent, et plein d’humour, ce qui ne gâche rien !

 

Et cerise sur le gâteau, il m’a permis de découvrir à la fois une auteure à la bibliographie attrayante et une collection chez un petit éditeur indépendant qui propose d’autres titres tout aussi attirants sur des sujets très différents. Double réussite, donc.

 

 

Les échappés, février 2017, 144 pages, prix : 13.90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Dessin de Coco – conception graphique : Nicolas Trautmann – éditions Les échappés.

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 15:21

Nos 14 novembre - Aurélie SilvestreAurélie Silvestre a écrit un livre hommage à son mari et au père de ses enfants, revenant sur sa disparition tragique lors des attentats du 13 novembre 2015 au Bataclan à Paris.

Elle est devenue emblématique des victimes collatérales, jolie blonde de 35 ans, mère de famille aux enfants désormais orphelins de père, elle avait un petit garçon de 3 ans et était enceinte de 5 mois au moment des événements.


 

J'ai un peu hésité à lire ce témoignage, craignant un voyeurisme inutile, qu'allait m'apporter son chagrin ? J'avais entendu une interview d'elle à la radio, elle semblait déborder de courage et d'énergie. Elle-même a douté de son projet :

p. 24 : « Même écrire ce livre me semble d’une grande prétention : qui ma vie peut-elle bien intéresser ? »

C'est un très beau récit vierge de haine mais empli d'amour, celui qu'elle portait à son compagnon et père de ses enfants, à ses enfants, mais l'amour des siens aussi, qui l'a sans doute sauvée au moment des faits. La scène de son père lui tenant la main la première nuit est d'une beauté rare.


 

Elle dit aussi simplement qu'efficacement l'arrachement d'une mort brutale (en cela le livre peut s'adresser à tous ceux qui perdent un être cher même sans contexte terroriste), la nécessité de la vie, peut-être tout simplement pour la petite Thelma qui grandit en elle et qui naîtra en mars 2016, pour son petit garçon qui tente de la réconforter et de la protéger en couchant des dinosaures en plastique sous des draps à côté d'elle.

Passé le décès brutal sous le coup des balles des terroristes, son histoire est plus personnelle et le livre sans doute un moyen pour elle d'entrer dans la résilience et de laisser à ses enfants un témoignage de son amour pour leur père, de la famille qu'ils ont formée. Elle dit aussi combien ce drame l'a placée dans une position sociale et historique qu'elle n'a pas souhaitée, c'est en cela, dans son analyse lucide, que le récit intime peut rejoindre l'universel.


 

p. 200 : « Perdre son amour dans un attentat terroriste est un fait social. Il s’agit de Matthieu mais pas seulement. Tout à coup, l’intime rencontre l’Histoire, l’horreur se superpose, les chagrins se multiplient. Tout mon immeuble, mon quartier, Paris, la France et même un bout de la planète, se mettent à pleurer l’homme de ma vie. Pendant un instant j’ai envie de me terrer chez moi, de me perdre sous mes draps, de disparaître mais c’est impossible, tout le monde m’attend.

Faire son deuil avec la France entière est à la fois un réconfort et une mutilation, un accompagnement et une dépossession. Mon Matthieu n’est pas celui que je vois dans les journaux. »

 

Un récit plein de force, d'espoir et d'amour sans haine.

 

 

 

 


 

 

Ed. Jean-Claude Lattès, novembre 2016, 274 pages, prix : 15 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : éd. JC Lattès

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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 16:34

p.8 : « (…) le corps aime les habitudes. Et il se satisfera toujours de celles que vous lui donnez. Donnez-lui en de bonnes, il les adoptera volontiers. Donnez-lui en de mauvaises, il s'y installera avec la même docilité. Le corps est un peu un enfant. Bien traité, il vous remboursera au centuple. Mal traité, il vous présentera la facture. En matière de santé comme dans la vie, on finit toujours par récolter ce que l'on sème. »

 

Vivez mieux et plus longtemps - Michel CymesTout est dit... et c'est d'une banalité évidente, comme l'auteur le reconnaît lui-même. Pourtant, après trente ans de pratique de la médecine, même s'il fait désormais surtout de l'info/prévention à la télé, Michel Cymes rappelle combien nous sommes de piètres gardiens de notre santé.

 

Découpé en quatre grandes parties, aliments, bonnes habitudes à prendre, sport et conseils divers, l'ouvrage se veut un rappel de bon sens avant tout. Les conseils et informations données ne sont pas neufs, mais d'une évidence telle que si déjà on les appliquait, on se porterait bien mieux. Un ouvrage de base à lire... et mettre en pratique.

 

L'intérêt est dans le ton humoristique et décomplexé de son auteur, Michel Cymes dit des choses sérieuses sans se prendre la tête et sans chercher à vous culpabiliser de faire comme tout le monde : oui l'alcool et la charcuterie (ou les gâteaux si vous préférez), ce n'est pas bon pour la santé, mais comme tout le monde vous adorez ça. Et vous préférez glander sur votre canapé plutôt que d'aller suer dans une salle de sport. Tout est dans l'équilibre entre plaisir et sagesse, allez, le changement c'est maint... euh mince ça ça n'a pas fait ses preuves. Allez, lisez Cymes pour avoir la pêche et appliquez petit à petit, il n'y a pas de petit effort.

 

 

Stock, février 2016, 271 pages, prix : 18,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © François Supiot, Photo de © Félicien Delorme / éd. Stock

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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 17:44

L'été d'AgatheL'auteur raconte les 23 années de vie de sa fille Agathe, condamnée dès son plus âge par cette maladie qu'est la mucoviscidose. Il alterne avec pudeur et néanmoins sans fard les derniers jours à son chevet et les retours en arrière sur son enfance, les greffes de poumons, les hauts et les bas, mais toujours il donne de sa fille l'image d'une battante, lucide et courageuse, qui semblait avoir un rapport à son père très fort et très proche.

 

Si ces récits ne sont jamais faciles à lire (on pense aussi au récent Camille, mon envolée, de Sophie Daull), ils sont souvent aussi, et c'est le cas ici, de magnifiques déclarations d'amour à la vie.

Cette famille, pourtant décomposée et recomposée, est le ciment qui a porté Agathe, tout comme elle-même leur a transmis sa force d'esprit incroyable.

 

On ne peut qu'être touché par ce récit et tenter d'en garder, plus que la tristesse, la force de l'amour qui s'en dégage et le courage toujours.

 

 

Badge Lecteur professionnel

 

 

Grasset, janvier 2016, 198 pages, prix : 17 €

Étoiles :

Crédit photo couverture (bandeau) : © Christian Guy / Corbis et éd. Grasset

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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 13:57

Publié à l'occasion des 60 ans de l'émission du Masque et la Plume, ce recueil construit à la façon d'un dictionnaire est un vrai régal.

 

Je suis d'une génération qui n'a jamais connu que Jérôme Garcin aux commandes du Masque, fidèle de l'émission surtout lorsqu'elle parle des livres, j'ai savouré cet ouvrage empli d'histoire (celle de l'émission et de ses grandes figures) et d'anecdotes, singulières ou amusantes. Très bons articles sur les chroniqueurs également, tout est bon dans "ces dimanches soirs"

 

Jérôme Garcin a la plume élégante et même si cela étonne à la lecture, on a l'impression de "l'entendre" nous raconter ces meilleurs moments.

 

 

 

Badge Lecteur professionnel

 

Coédition Grasset et France Inter, octobre 2015, 304 pages, prix : 19 €

Etoiles :

crédit photo couverture : © Philippe Rochut et Radio France

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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 19:53

Le titre, la couverture, et le projet initié par le journaliste littéraire Alexandre Fillon invitent tout amateur de lecture à découvrir ce recueil. Le journaliste a convié 21 écrivains à parler de leur lien à la librairie, de l'importance de ce(s) lieu(x) du livre dans leur vie.

 

Vingt et un auteurs confient donc leur rencontre avec un libraire ou un lieu, mais aussi de fait leur rapport au livre et à la lecture. Nul doute que cet ouvrage vous donnera envie de noter les titres cités par les uns et les autres !

 

Les premiers récits d'Olivier Adam et Dominique Barbéris (le classement est tout simplement alphabétique) font tout d'abord la part belle aux bibliothèques publiques, car avant de pouvoir fréquenter les librairies, ils ont d'abord été de grands lecteurs, enfants puis étudiants, qui n'avaient pas nécessairement le pouvoir d'achat qui va avec … l'achat en librairie justement.

Jean-Philippe Blondel nous apprend qu'il a rencontré celle qui est devenue sa femme dans une librairie. Nina Bouraoui et Arnaud Cathrine sont ceux dont j'ai le plus surligné de lignes dans leur texte. Pour d'autres, je suis passée plus vite. Ou les récits ne m'ont pas touchée, parfois trop historiques d'une maison ou d'un mouvement en particulier.

Catel et Jean Muller proposent en BD le récit familial de la librairie Gutenberg à Strasbourg.

 

J'ai aimé également l'humour et la lucidité de David Foenkinos, qui s'il se défend de faire un éloge mortuaire, est bien réaliste tout de même :

 

« Shafran n'échappe pas à la condition actuelle de nombreux libraires. On parlait avec lui de la fermeture récente de celle d'Emmanuel Delhomme, combattant passionné et passionnant dépourvu des mots maintenant. Jean-Paul n'est même plus certain de pouvoir continuer son association à l'avenir, et de faire venir des écrivains. L'intérêt pour les livres se réduit comme une peau de Shafran. Après tant d'énergie, il paraît lucide : « Si je ferme, on me pleurera deux jours. » Quand je voulais écrire sur lui, je pensais à tous nos bons moments, l'idée que la vie littéraire pouvait être une aventure festive, mais voilà que les derniers mois ressemblent à une agonie. Une agonie pudique et élégante. Une rupture en silence. Les librairies ferment souvent sans furie. C'est la fin d'une époque qui se dessine. Les gens lisent moins, et cela n'intéresse pas toujours les municipalités d'investir dans des manifestations littéraires. A quoi bon continuer ? Quelques irréductibles soutiens continuent de motiver cet Astérix des romans. Ce livre sur les libraires qu'on aime ne doit pas être l'éloge nostalgique d'un monde perdu. Allez faire un tour dans la librairie la plus proche de chez vous! Comme ça, tout de suite, histoire de voir que ça existe bien réellement. Et tâtez votre libraire. Physiquement. C'est toujours ça de gagné face au virtuel. » David Foenkinos, page 125

 

Et cette phrase de Nina Bouraoui que j'ai notée sans même voir qu'elle figurait sur la quatrième de couverture (je ne les lis jamais) :

p. 65 : « Les livres forment des ponts entre ceux qui les défendent et ceux qui les écrivent. Des ponts qu'aucune dynamite ne pourra faire tomber. Des ponts qui lient deux rives différentes, jamais opposées. »

 

p. 74 : « Ce que l'on vient chercher dans une librairie est souvent si intime qu'il me semble toujours impudique de devoir s'en ouvrir à quiconque, fût-ce à son libraire (je me soigne). Dans une librairie, pas le choix : nous sommes nous-mêmes, au plus près de nous-mêmes, déraisonnablement nous-mêmes. Une présence en librairie me semble aussi essentielle (pour soi) que délicate (à exposer). Comment parler d'un livre (le demander) sans se dévoiler ? » Arnaud Cathrine

 

p. 78 : « Qu'il soit lié à la question de la gestion des stocks ou pas, le boxon en librairie est une sublime invention : il y a là un trésor caché à découvrir (retour au Club des Cinq). » Arnaud Cathrine.

 

Alors avant qu'il n'y en ait plus, écoutons une fois encore les écrivains nous dire combien ils aiment lire, vivre et rêver.

 

Les Arènes, septembre 2015, 221 pages, prix : 17 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Vincent Mahé et éd. Les Arènes

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 10:00

Illustré par Neil Packer, traduit de l'anglais par Rose-Marie Vassallo

 

Curieux ouvrage publié par un éditeur jeunesse (Nathan) mais qui s'adresse à vrai dire à tous, à partir de 11/12 ans. Je m'appelle Livre est une histoire du livre (et de l'écriture) de la naissance des tablettes sumériennes en argile à l'ebook d'aujourd'hui, racontée sous une forme romanesque, à la première personne, par un personnage nommé « Livre » (cf. titre)

 

Le récit s'intercale d'illustrations (en noir) de Neil Packer que personnellement je n'ai pas appréciées plus que cela, et de poèmes et citations variées ayant trait bien sûr au livre.

 

Je reste mitigée sur cet ouvrage, je ne suis pas convaincue par la forme choisie, malgré l'humour, je trouve les tournures de phrases parfois un peu bizarres, du fait de ce choix de narration. Un documentaire illustré de photographies aurait été plus efficace, mais aurait perdu par là-même son originalité.

 

Je me demande si ce livre trouvera son public (et lequel?), autrement qu'auprès des amoureux de la lecture. L'objet est soigné, couverture en carton rigide, jaquette en relief, sobre, il est en cela un bel hommage.

 

L'histoire du livre à travers les siècles étant pour partie un élément indissociable de mon job, je n'y ai pour ma part rien appris, gageons donc que l'intérêt sera bien présent pour les jeunes et les novices qui souhaiteraient en savoir un peu plus. Le livre numérique n'est pas descendu en flammes mais poliment vu comme un cohabitant, ami du narrateur.

 

Quelques extraits :

 

p. 42 « Les Grecs nommèrent le papyrus byblos, du nom du port de Byblos par lequel ils importaient cette plante en provenance d’Égypte. Écrit plus tard avec un i, ce mot est à l'origine de quantité d'autres mots me concernant, moi, Livre. Mon préféré est peut-être « bibliophile », amateur de beaux-livres. »

 

p. 113 : « Lorsque j'entends des politiciens parler de fermer une bibliothèque publique par mesure d'économie, je leur flanquerais bien un coup sur la tête. Et je peux faire mal, avec ma reliure. »

 

 

Nathan, janvier 2015, 140 pages, prix : 13,90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Neil Packer et éd. Nathan

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 12:38

Autant vous le dire tout de suite, l'objectif visé par le titre ne sera pas atteint, bien au contraire, il est totalement contre-productif !

 

En 26 courts chapitres et beaucoup d'humour et d'exemples, l'auteur démontre en quoi lire est inutile, dangereux, et pourquoi cela rend laid, pédant, snob, fou et j'en passe.

 

Beaucoup de références à Charles Dantzig (pourquoi lire ? (Grasset, 2010), et dictionnaire égoïste

de la littérature française (Grasset, 2005)) ainsi qu'à Proust....

Lire détruit la vue et rend insomniaque, on s'en doute, mais rend chauve aussi (si si!), et surtout, fainéant :

p. 22 : « à y regarder de près, la vie d'un grand lecteur n'est pas si différente de celle d'un malade en phase terminale : se lever, s'allonger (pour lire), déjeuner, s'étendre (pour lire), dîner, lire, se coucher. Les lecteurs sont des incurables. »

Mais lire tue, aussi :

p. 53 « Lire, c'est s'enfermer dans un monde imaginaire ; un monde qui n'est pas gouverné par la Providence, si imprévisible, mais par la main de l'écrivain. Un monde qui n'est pas la vraie vie, mais qui s'en donne l'apparence, tout en étant sa négation. À force de lire des romans à l'eau de rose, Mme Bovary croit que le grand amour existe. Elle cherche à vivre sa vie comme un livre. Elle en détruit son mariage, avant de détruire sa vie, en s'empoisonnant. »

 

Vite, fuyez, tant qu'il est encore temps.

Lire c'est ennuyeux, les livres c'est nul, les lieux où l'on lit, les livres qui sont faits pour ne pas être lus … bref, que du bonheur pour le lecteur déjà sérieusement atteint. Car bien évidemment, à contre-courant, c'est bien un éloge de la lecture que nous offre Pierre Ménard. S'il est parfois un peu bavard ou ennuyeux, on le pardonne aisément, tant son pamphlet pour nous faire arrêter de lire n'est absolument pas …. convaincant !

 

À offrir à tous ceux dont vous voulez encourager le vice !

 

 

 

Cherche midi, mars 2014, 126 pages, prix : 12 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Miguel Navarro / Getty Images / et éd. Du Cherche-midi

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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 08:23

Illustrations d'Alexander Lloyd et Vanesa Hamilton, traduit de l'anglais par Marie Baird-smith, conseiller : Alexandre Samson, responsable des recherches au Palais Galliéra, musée de la Mode de la Ville de Paris.

 

Il est rare que je lise un documentaire in extenso, mais celui-ci m'a vraiment passionnée au point de le lire réellement du début à la fin. Il faut dire que c'est un domaine que je ne connais pas plus que cela, et sans doute la maquette, la richesse des illustrations, la multiplicité des propos assez courts ont pesé dans la balance.

De l'Antiquité à nos jours, en passant par les grandes reines et actrices de cinéma, jusqu'aux actuelles imprimantes 3D qui permettent de créer des chaussures et autres objets inédits, c'est une histoire de la mode passionnante pleine d'anecdotes, j'ai appris plein de choses, notamment sur toute la (très longue) période avant le XX ème siècle, où là forcément, la mode est plus proche de nous.

 

J'ai peut-être trouvé un peu fouillis la construction du livre (hormis la chronologie historique) mêlant de-ci de-là des encarts plus éloignés. Plutôt destiné aux adolescentes, ce livre peut réellement plaire à tous, notamment pour l'intérêt de sa partie « histoire de la mode ». Une agréable découverte.

 

 

Nathan, novembre 2014, 160 pages, prix : 14,90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Nathan

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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 13:28

Le récit d’une jeune enseignante, tout au long de son année de stage, entre la classe de 4ème dont elle a la charge en français, et la formation à l’IUFM (qui a changé de nom depuis).

Tout juste lauréate de concours, sans permis de conduire et donc sans voiture, la jeune femme, citadine francilienne, est nommée professeur stagiaire au fin fond de la Normandie. On peut y voir, au départ notamment, avec un renversement sur la fin, une légère condescendance dans son approche du territoire rural.

2 aspects principaux dans ce récit : la vacuité culturelle et éducative des élèves, (et rien à voir avec la campagne, les comportements et discours décrits sont les mêmes que ceux de banlieue ou de n’importe où en France !) Le niveau est affolant, mais elle s’attache à ses bougres et tente de faire de son mieux pour ne pas les noyer davantage. Deuxième aspect : la formation initiale et pratique des enseignants : une calamité jargonnante qui ne les prépare en rien à la réalité du terrain, mais à un point tel que c’en est sidérant.

 

Un énième récit sur la difficulté du métier d’enseignant ? Celui-ci vise plutôt à démontrer l’inadéquation de la formation des professeurs, qui s’ils ont un excellent bagage universitaire dans leur discipline, restent démunis en pratique face à l’agressivité, au manque de respect, au désintérêt des élèves, etc.

 

On pourra reprocher à l’ouvrage de ne voir que le noir (ou alors tout est noir ?) : par exemple, il n’y a jamais 100 % de cancres petits caïds dans une classe, or dans le récit, on n’en est pas loin (un seul bon élève anxieux apparaît de temps en temps). De même côté formation, il ne doit quand même pas y avoir que des tuteurs dépressifs et des profs qui remplacent systématiquement le mot « parents » par « géniteurs d’apprenants » sous prétexte qu’il faut théoriser ?

 

Propos ordinaires de jeunes enseignants :

p. 64 : « - Je voudrais savoir comment faire lire des élèves qui écoutent Skyrock à longueur de journée.

- Pendant que j’essaie de les intéresser à la Princesse de Clèves, ils préfèrent feuilleter Closer sous les tables…, renchérit Alexandre discrètement.

- Et moi j’enseigne le latin, se plaint Romain. Ça suppose d’avoir envie de connaître les cas grammaticaux, Tacite, Tite-Live ou Pline le Jeune, de s’intéresser aux guerres puniques ou aux rois étrusques ! L’autre jour un élève a confondu Hannibal, l’allié des Carthaginois, avec Hannibal Lecter : il pensait qu’il dévorait ses adversaires ! »

 

L’enjeu de cette année de stage pour l’enseignant est la titularisation : bienvenue dans le grand bain, redoublement pour se donner un peu plus de temps et s’aguerrir, ou démission pour certains.

L’année des désillusions ou l’envie de se battre pour transmettre un savoir, a minima.

 

Conclusion réaliste de l’inspecteur, p. 257-258 :

« - Allez, allez, vous faites dans les sentiments, c’est très gentil, mais ne soyons pas naïfs… Ils ne se sentent pas concernés par tout ça, vos élèves. Je ne sais pas ce qu’ils deviendront, mais il faut leur souhaiter bonne chance. C’est beaucoup plus facile pour les fils d’avocats, de sénateurs ou d’enseignants. Ils sont tranquilles eux… Mais les petits gamins comme ceux que vous aviez cette année, c’est pas nous qui changerons leur destin.

            Devant mon air interloqué, Fernand reprend, un ton plus bas :

- Je ne dis pas qu’on n’essaie pas, attention ! Mais entre nous, on n’y arrive pas… Vous le voyez bien, vous n’êtes pas dupe quand même… ? Qui l’ignore encore ? ça fait quarante ans que je travaille dans le système… C’est devenu trop lourd, trop immobile tout ça… On manque d’audace pour faire des changements de fond qui ne plaisent pas à tout le monde ! Alors on joue aux savants, on utilise des mots compliqués pour donner l’impression qu’on maîtrise… On invente des petites réformes qui font de mal à personne… Et pendant ce temps, le niveau dégringole… Alors on gonfle les notes pour que ça se remarque pas trop. Vous avez bien vu avec vos élèves ? ça y est, c’est fini, la plupart des portes sont fermées ! Ils ne feront pas ce qu’ils veulent… C’est comme ça… Enfin, il faut garder de l’espoir, vous commencez le métier, me dit-il en se redressant soudainement. J’espère que je ne vous démotive pas trop. Ce n’est pas le but… Bonne chance pour la suite, mademoiselle, conclut-il en me serrant la main. Battez-vous comme vous pouvez. […] »

 

Des propos lucides. En tout cas qui correspondent pile à ce que je vois avec mes 4ème (je ne suis pas enseignante mais j’interviens en collaboration avec les enseignants de français et les profs-doc sur certains projets en littérature jeunesse)

Je n’ouvre pas le débat, il est quasi sans fin et toujours passionné. Parce qu’on a tous été élèves, qu’on est souvent parent d’élèves. On a tous un avis sur l’éducation à la française, les modèles d’autres pays, la société, etc. D’ailleurs, à peine ce livre refermé, on a débattu pendant une heure avec mes enfants. Ça n’a pas été reposant, mais c’est sans doute le point de départ évident de ce livre : discuter ! Critiquer, défendre ses idées, souhaiter des solutions. Mais c’est pas en changeant de ministre tous les 6 mois avec une réformette pour chacun qu’on y arrivera…

 

 

 

Flammarion, août 2014, 263 pages, prix : 16,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. JC Lattès           

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