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  • : 44 ans, bibliothécaire, mère de 3 enfants de 22 ans, 20 ans et 16 ans. Je dépose ici les marques que mes lectures ont tracées.
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Des livres, et plus encore

Je suis tombée dans la lecture à l’âge de 6 ans, je n’en suis jamais ressortie.

Je suis tombée dans les fils de la Toile en 1999, et j’y ai fait de belles rencontres. Des échanges sur feu le libraire en ligne bol.fr repris ensuite par Amazon, des jurys littéraires à la pelle, des plumes magnifiques sur les premiers journaux intimes en ligne initiés par Mongolo et la Scribouilleuse, …, dix-sept ans (?!) plus tard, il en reste une belle toile joliment tissée, des amitiés nées ici ou là, et toujours, l’envie de partager mes lectures.

Bienvenue à vous,

 

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Et la vie dans tout ça

Je n'arrive plus à trouver de temps pour le blog, alors je poursuis ... à mon rythme !

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 16:46

Ils sont adolescents ou parents, et sont amoureux. Pendant quatre jours, du mercredi au samedi, va se jouer la partition du sentiment amoureux, avec des notes tantôt douces tantôt amères, et des fins inattendues.

 

Damien et Mélodie se sont embrassés pour la première fois mercredi et déjà Damien réfléchit au cadeau qu’il lui fera samedi, un cadeau démesuré, unique, à la hauteur de sa passion naissante.

 

Malo, lui, est amoureux de Bettina, mais ne sait comment le lui dire. Il s’enferme au CDI et à la bibliothèque municipale pour chercher ses mots dans les classiques, lui qui n’ouvre jamais un livre, pas même ceux au programme. Et il y a Myriam, la mère de Mélodie, qui ne se remet pas d’avoir jadis laissé passer un amour de jeunesse, mais qu’elle n’a jamais vraiment perdu de vue.

 

Des fragments du discours amoureux particulièrement bien décrits par l’auteur, qui s’adressent aux adolescents (mais pas seulement !) et disent avec justesse la timidité, les émois, l’espoir, la peur, mais aussi la joie, les papillons dans le ventre, le tourbillon de la vie encore plus belle quand l’amour s’en mêle, et parfois aussi, la déception.

 

Les liens d’amitié ainsi que les relations mère-fille sont aussi très bien décrits. Si l’amour est au cœur des mots (et des maux !), le roman illustré tout de noir, gris et rouge, laisse aussi une large place au décor : celui de la ville, le parc, la bibliothèque, le tram, mais aussi au climat social : une ville où le racisme se traduit par des tags haineux sur la boutique de la mère de Mounir, elle qui est pourtant née en France.

 

L’illustration très graphique s’inscrit dans des cadres qui se partagent la page avec le texte, on pense aux tableaux de Mondrian, dans un choix de couleur différent. Le format album (assez grand : 31 cm) se prête à la mise en valeur du duo texte / images.

 

Un beau roman illustré sur un thème universel qui saura vous toucher.

 

 

Rue du Monde, septembre 2015, 70 pages, prix : 19 €, ISBN : 978-2-35504-389-5

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Zaü et éd. Rue du Monde

 

 


p. 37 : « Allez Malo, le pire serait de te dire : « Dommage ! » « Dommage, j’aurais dû lui dire », « Dommage, j’aurais dû oser » Dommage est le pire mot qui puisse exister »

p. 58 : « Quand viendra son tour, il faudra commencer par lui parler de ses yeux. Ou lui dire le manque d’air quand il ne la voit pas. L’asphyxie totale tant elle lui manque. […] La toucher et la faire sourire, pas marrer, juste sourire. L’attendrir, pour que s’impose la tendresse entre eux. »

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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 09:08

Capucine a 17 ans, la peau mate, l’accent de Montpellier, mais elle vit aux USA depuis l’âge de 3 ans, dans le Delaware, et mélange allègrement les deux langues : un père américain, une mère française.

 

Elle choisit d’écrire son journal de bord en français, pour garder une certaine distance avec ses camarades, qu’elle publie sous forme de blog.

 

On s’attache très vite au ton enjoué de l’adolescente, à son humour, à l’aspect « exotique » de la scolarité américaine vue d’ici, et à ses aventures sentimentales.

 

Ça fonctionne très bien au début, puis j’ai trouvé assez rapidement que cela tournait en rond : je lui ai dit que, alors il m’a répondu que, j’ai fait ça, puis ça…. Très factuel et assez ennuyeux, mais typique de l’enthousiasme adolescent (écoutez vos ados vous raconter leur journée !). C’est juste que je ne suis plus le cœur de cible pour cet ouvrage.

 

Roman qui a la particularité également d’aborder l’homosexualité de manière subtile, avec douceur, qui chemine avec son personnage et son passage vers l’âge adulte.

 

 

p. 188 : « Quand je suis rentrée, ma mère a pris la mouche parce que je lui ai répondu froidement. Mon père a dit que je ne devais pas parler à ma mère comme ça. C’était la meilleure de l’année celle-là. Quand mes parents sont de mauvaise humeur, ils me parlent comme si j’étais une saltimbanque qui squatte leur maison, mais quand moi j’ai un passage à vide, la famille c’est sacré et je dois surveiller ce que je dis ?

L’adolescence est une gigantesque escroquerie. »

 

p. 214 : « Je me demande si je suis gay. […] Ce serait plus pratique s’il y avait un test de dépistage. Vous allez à la pharmacie, vous dites que vous voulez savoir si vous êtes gay, et ils vous donnent un truc où il faut faire pipi dessus. Bleu vous aimez les garçons, arc-en-ciel vous aimez les filles. »

 

 

 

Nathan, mars 2017, 383 pages, prix : 16,95 €, ISBN : 978-2-09-256607-7

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Nathan

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 09:07

Des poings dans le ventre - Benjamin DesmaresLa deuxième personne du singulier interpelle le lecteur d’emblée. Blaise est élève de 3ème et la rage et la colère transpirent par tous ses pores, et surtout ses poings. Il est violent, frappe, bat ses camarades sans raison apparente. De même à la maison, il « violente et vole » sa mère. (Ces mots m’ont frappée)

 

D’où vient une telle haine ? Le lecteur le découvrira au fur et à mesure et la violence cèdera sa place aux larmes et à un début d’apaisement, par un truchement surprenant.

 

Magistral dans sa forme, ce roman fait nécessairement penser à quelques élèves rencontrés dans des conseils de discipline d’établissements scolaires, à une réalité qu’on musèle sans toujours chercher à l’apprivoiser pour la démonter.

 

Très beau texte, violent dans ses mots aussi, véritable coup de poing au lecteur, qui n’omet pas une possible délivrance.

 

(13 ans et +)

 

Rouergue, coll. Doado noir, janvier 2017, 77 pages, prix : 8,70 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Simon Barber/Millennium Images UK et éd. du Rouergue.

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 14:24

Traduit de l’anglais par Julie Sibony

 

Flora Banks souffre d’amnésie antérograde depuis l’âge de dix ans, sa mémoire s’efface systématiquement au bout de deux à trois heures, seuls quelques souvenirs d’avant le drame lui restent. Ses parents ont donc créé une bulle protectrice autour d’elle, elle ne sort quasi jamais, tient un carnet qu’elle relit régulièrement pour savoir qui elle est et ce qu’elle a fait plus tôt, et note toutes sortes de mémos sur son poignet.

C’est d’ailleurs sur son poignet qu’est tatouée cette phrase : « Flora, sois forte ».

 

Le récit est à la première personne, celle de Flora, ce qui est un exercice assez réussi et étonnant, puisque bien sûr, elle va être amenée à redire régulièrement les mêmes choses, du fait de sa maladie.

 

Son univers assez protégé va basculer lorsqu’un soir elle embrasse un garçon sur la plage, et s’en souvient encore les jours suivants. Mais ce garçon part étudier au Spitzberg, sur une île norvégienne près du pôle Nord. Le grand-frère de Flora, dont elle n’a que très peu de souvenirs, est gravement malade et ses parents le rejoignent à Paris, la laissant seule, ou du moins aux bons soins d’une amie, pensent-ils alors. Flora va braver sa peur et son monde feutré pour aller rejoindre ce garçon.

 

L’aventure est forcément stupéfiante, compte tenu de son handicap. Mais les gens qu’elle rencontrera seront toujours bienveillants. C’est là bien sûr qu’on oubliera volontiers le peu de réalisme de l’histoire pour se laisser emporter par la personnalité de Flora et la construction de l’intrigue par l’auteur, qui tient en haleine et fait avancer à toute vitesse.

 

Je regrette un peu le tourbillonnement de la fin, avec l’éternel secret de famille, qui vire un peu au mélo. Mais il s’agit avant tout d’un roman pour adolescents, où les émotions sont vite exacerbées, et tendent vers un passage à l’âge adulte.

 

C’est un roman plaisant et bien construit.

 

Casterman, mars 2017, 367 pages, prix : 16 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Casterman.

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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 14:30

Il était une fois dans un lycée de province la mère Grand et le père Roussel… Non, arrêtons le mauvais conte. Même s’ils sont ainsi nommés par les élèves, l’histoire est bien plus belle et bien plus forte.

Reprenons.

 

Marion Grand, 36 ans, professeur de philosophie, et François Roussel, professeur d’anglais et écrivain reconnu (qui n’est autre que le double de Jean-Philippe Blondel) mettent en placent un atelier d’écriture destiné à dix élèves de Terminale, exclusivement des Terminales, mais toutes filières confondues. Eux-mêmes ne sont pas des profs des lettres, point de sectarisme. Ils sont donc douze, adultes compris, et tous vont se prêter au jeu de l’écriture contrainte.

 

 

Où commence la fiction et où s’arrête la vérité ? Jusqu’où peut aller la mise en abyme ? L’acte d’écrire n’est-il pas déjà lui-même nécessairement fictionnel ? C’est sur ces questions que nous entraine l’auteur, mêlant récit et extraits des productions des élèves. Enfin ça c’est ce que nous fait croire le prologue et les passages en italique. Le vraisemblable est-il vrai ? Est-ce important ? J’ai aimé laisser le doute un temps s’immiscer, reconnu la finesse et la justesse habituelles de l’auteur pour dire l’intime, le cheminement intérieur des membres du groupe dans leurs confrontations, et la fin, cette dernière séance, et le texte du prof, magnifique.

 

 

Jamais Jean-Philippe Blondel n’aura été aussi brillant dans la construction de son roman. Toutes les clés y sont, du prologue aux dernières lignes en passant par la dédicace, l’ensemble est habile et l’auteur montre une fois encore combien il sait observer les adolescents qui l’entourent au quotidien.

 

 

Peut-être y a-t-il de-ci de-là une pointe de nostalgie d’une jeunesse passée qui ne reviendra pas et qui demeure pourtant perpétuellement là, dans ces lycéens qui chaque année se renouvellent. Combien l’humain et l’attention bienveillante sont au cœur de la vie.

 

 

Un très beau roman sur l’acte d’écrire, dans toutes ses manipulations possibles. L’art d’écrire s’apprend-il et se transmet-il ?

Un bon écrivain sait revêtir tous les costumes, Jean-Philippe Blondel le démontre ici brillamment.

 

 

 

Actes Sud junior, coll. Romans Ado, mars 2017, 125 pages, prix : 13 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © plainpicture/Briljans/Stefan Berg et éd. Actes Sud junior

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 10:48

Sexe sans complexe - Bérangère PortalierCet ouvrage destiné aux adolescents était sélectionné pour les Pépites du Salon de Littérature et Presse Jeunesse de Montreuil en 2016, ce qui en fait déjà un gage de qualité établie par des professionnels.

 

Il aborde sans tabou et sans complexe, avec un vocabulaire adéquat et proche des jeunes, tous les sujets liés à la sexualité, qu’elle soit hétéro ou homosexuelle. Une ou deux double(s) page(s) par sujet abordé (avec des illustrations sympas qui rythment et aèrent l’ensemble) : aimer son corps, les règles, la masturbation, le premier rapport, le désir, le plaisir, la contraception, les sextapes, etc. (il y a 26 chapitres au total)

 

L’ouvrage accorde une large place d’une manière globale au fil des rubriques au respect de soi et de l’autre, et liste en dernière page des sites de référence sérieux.

 

Un livre salutaire et bienveillant, qui ne prend pas les jeunes pour des idiots, qui ne tourne pas autour du pot en matière de vocabulaire, on applaudit et on l’offre autour de soi.

 

Actes Sud junior, juin 2016, 75 pages, prix : 14 euros

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Frédéric Rébéna et éditions Actes Sud junior

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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 08:36

Traduit de l’anglais par Jacqueline Odin

 

Les chiens - Allan StrattonPour la énième fois, Cameron est obligé de fuir avec sa mère, car cette dernière est persuadée que son mari, violent, est à leur poursuite. Cette fois, ils s’installent dans une ferme au fin fond d’une campagne perdue, et Cameron connaît les règles de prudence : ne pas laisser de traces sur Internet, garder secret son numéro de téléphone, etc.

 

Mais la maison dans laquelle ils emménagent est mystérieuse : certains la disent hantée, et un drame s’y serait produit, le propriétaire aurait été dévoré par des chiens.

 

Très vite, Cameron entend la voix d’un jeune garçon, Jacky, lui parler et le guider, comme s’il voulait l’aider à percer le secret de la maison. Où est la réalité, où est la folie ? Cameron est-il en proie à des hallucinations et voit-il des fantômes ?

L’histoire de cette maison, sur laquelle il enquête, non sans difficultés auprès de son entourage et avec sa mère, a une curieuse résonance avec son histoire personnelle.

 

Entre réalisme et fantastique léger, ce roman aborde de manière très habile la construction de soi dans l’absence du père, les violences conjugales et les drames familiaux, la manipulation psychologique, la place d’un enfant quand la famille se disloque et tente de se recomposer, l’invention d’un ami imaginaire, à moins que ce ne soit un sixième sens …

 

Un mystère qui tient en haleine jusqu’au bout, intrigué que l’on est par l’aspect surnaturel de l’histoire, et la volonté de connaitre le dénouement. Vraiment prenant.

 

 

Sélectionné pour le Prix des lecteurs (13-16 ans) du Mans et de la Sarthe 2017

 

 

Ed. Milan, octobre 2015, 316 pages, prix : 14,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © James Fraser et éd. Milan

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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 08:34

Traduit de l'anglais par Julie Lopez

 

S'enfuir - Martyn BedfordGloria, collégienne de 15 ans, est interrogée par une inspectrice de police, après une fugue de quinze jours qui a affolé ses parents et qui a fait la une de tous les médias. Partie avec Uman, un élève tout récemment arrivé dans sa classe, elle est retrouvée seule. Qu'est devenu le garçon ? Est-il encore vivant ? Que s'est-il passé pendant ces quinze jours de fuite ?

 

J'ai beaucoup aimé ce roman, à la construction intelligente et aux propos subtils. Uman a un humour très particulier, assez sarcastique, que lui autorisent sans doute le drame qu'il a vécu dans sa famille et son intelligence évidente. Gloria sera sous le charme, en proie au mal-être de l'adolescence sans savoir vraiment ce qui ne va pas, la liberté et la transgression que lui propose alors Uman sont fort tentantes

Alternant des passages d'interrogatoire policier et des passages de narration plus classiques par Gloria, le lecteur découvre petit à petit ce qui a occupé ces quinze jours de fugue. Une interrogation permanente (que s'est-il passé à la fin, où est Uman?) maintient le lecteur en haleine, et l'histoire d'amour en fond reste discrète, sans envahir le récit ni basculer dans la mièvrerie.

 

L'adolescence, les relations aux parents, à la famille, sont abordées de manière transversale par ce qu'a vécu Gloria. Une mise en page claire et aérée qui permet de plus une lecture rapide et facile, ce thème pourtant classique de la fugue à l'adolescence est ici traité de manière fort plaisante.

 

À dévorer dès 12/13 ans.

 

Nathan, mai 2016, 411 pages, prix : 16,95 € (12,99 € en numérique)

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Galyna Andrushko, Shutterstock/© Elizabeth Gadd / Arcangel / et éd. Nathan

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Publié par Laure - dans Livr'ados
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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 18:15

Ma fugue chez moiAnouk est en 3ème et vient de subir une terrible humiliation de la part d'une camarade de classe qui était encore sa meilleure amie il y a peu. Entre son père toujours occupé, sa mère qui vit à l'autre bout du monde (enfin sur une île norvégienne pour son travail, elle rentre de moins en moins et ne sera pas là à Noël), plus sa petite sœur qui est interne dans un établissement avec classe spécialisée dans la danse, autant dire qu'elle ne trouve aucun réconfort à la maison. Anouk n'en peut plus et décide de fuguer.

 

p. 11 : « Je ne sais pas vraiment où je vais. Je ne rejoins personne. Je n'ai pas envie de voyager, je ne me vois pas traîner dans la rue ou vivre dans un squat. Me droguer ne m'attire pas non plus. Je ne me sens ni punk, ni aventurière, ni hippie. C'est juste que j'en ai assez de cette vie. J'en veux une autre. »

 

Mais Anouk est réaliste : fuguer à 14 ans, sans carte bancaire et sans laisser de trace, affronter le froid et la misère, ce n'est pas simple. Elle fait vite demi tour et le choix surprenant (oh un zeugma) de fuguer dans sa propre maison, en se réfugiant au grenier. Elle organise son quotidien tant du point de vue de l'hygiène que de l'alimentation, mais elle n'avait pas imaginé qu'entendre les réactions de son père pourrait être à ce point perturbant.

 

p. 25 : « Assister à ma propre disparition est dérangeant et désagréable. Personne ne fugue pour voir ses proches réagir. On fugue justement pour ne plus se préoccuper de rien. Pour ne pas avoir à affronter les raisons et les conséquences de son départ. »

 

Ce qu'il manque à Anouk, ce n'est ni plus ni moins que l'attention de ses parents. Dans une vie où chacun est débordé tout le temps, on ne prend plus le temps de dire aux siens qu'on les aime, et Anouk dans son récit exprime très justement ses sentiments et émotions sur ce vide intérieur et l'impossibilité de partager son mal-être. Pour autant, l'adolescente prendra conscience aussi de la difficulté des adultes à être heureux, à faire des choix, et combien la parentalité peut être difficile et ne pas toujours aller de soi. Une fin heureuse après un cheminement parfois douloureux pour être soi et se respecter soi-même.

 

p. 71 : « Les gens malheureux devraient s'autoriser à fuguer de leur vie. Les médecins, les psychologues, les conseillers d'orientation devraient prescrire des fugues. »

 

Un joli roman délicat sur le fragilité de l'adolescence et sur le besoin d'être aimé et d'avancer en confiance dans la vie. Coline Pierré exprime toutes ces émotions intérieures avec une grande justesse. C'est doux et réconfortant !

 

 

(Un grand merci à Coline Pierré pour sa fidélité discrète et l'envoi de ce roman.)

 

p. 52 : « Je suis ici depuis près d'une semaine, je ne suis pas sortie de la maison, pourtant il me semble avoir vécu davantage qu'en un mois au collège. Peu importe où on se trouve, ce qui rend la vie palpitante, c'est ce qui se passe dans notre tête. Tout peut devenir une aventure, même l'immobilité et la solitude ».

Avec Robinson Crusoé tout près.

 

Les autres titres de l'auteure :

 

 

Rouergue, collection Doado, mars 2016, 115 pages, prix : 10,20 €

Étoiles :

Crédit photo couverture : © Maud Chalard et éd. du Rouergue

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 17:04

Laure est en classe de 3ème au collège, et se trouve être la victime d’une bande de filles qui la harcèle, juste parce qu’un jour elle a dit qu’elle trouvait tel garçon sympa, alors que les autres le traitent de « barjo » parce qu’il est bon élève.

 

Le roman d’Ahmed Kalouaz démonte habilement le processus du harcèlement scolaire, la peur, l’isolement, tout en ouvrant un possible : la libération par la parole.

Il est nécessaire de dénoncer, de se confier, de ne pas laisser faire. On trouvera même au bas d’une page le numéro de téléphone de Stop Harcèlement (0808 807 010 appel gratuit, service mis en place par le Ministère de l’éducation nationale), pour celles et ceux qui n’auraient pas ou n’oseraient pas d’autres confidents. Si ce livre peut aider ne serait-ce qu’un seul élève qui l’emprunterait au CDI de son établissement scolaire ou dans une bibliothèque, ce serait déjà pas mal.

 

Il n’y a pas de description de scènes violentes, c’est un récit à la première personne qui décrit bien le phénomène et la souffrance dans laquelle la victime s’enferme.

 

Si je devais faire un reproche à ce récit, c’est peut-être d’être trop mature, trop adulte dans la réflexion par rapport à l’âge du personnage. De même quelques épisodes qui font davantage penser au lycée qu’au collège (à moins que ce soit très différent dans ma campagne, non on ne peut pas sortir comme on veut du collège pour aller manger à l’extérieur si le menu de la cantine ne nous plait pas, ni aller et venir comme on veut, ni fréquenter les bars aussi aisément à 14/15 ans.)

Malgré ce léger décalage, ce roman reste un ouvrage avant tout utile sur le sujet.

 

 

Extrait page 10 :

« J’ai vécu des semaines d’enfer en silence, croyant que ça pourrait s’effacer comme une petite douleur, une fièvre bénigne. Mais ça ne passait pas, mes mains devenaient moites rien qu’en pensant à l’injustice qui allait commencer une fois le portail du collège franchi. Et même s’il ne se passait rien certains jours, ce sentiment a commencé à m’envahir. Derrière chaque porte, au bout d’un couloir, j’imaginais des pièges, des rires qui allaient fuser derrière mon dos, sur mon passage. »

 

Page 18 : « Dès mon arrivée dans l’appartement, je me défais d’abord de mon sac, le vrai, puis du fardeau mental que je porte, avant d’aller dans la salle de bains passer un long moment, sous l’eau, mes mains et mon visage. C’est un rituel, à la manière des hommes que j’ai vus un jour à la télé se purifier dans le Gange. Même si le fleuve semblait charrier des eaux putrides, chargées d’immondices. Mourir au bord du Gange est parait-il un privilège. Disparaître parce que l’on est tourmenté deviendrait dans mon cas une manière de ne pas sombrer. Je ne parle pas de mourir, mais de m’enfoncer dans une forêt et d’avancer jusqu’à ce qu’une clairière se présente, un lieu tranquille où je pourrais regarder vers le ciel, sereinement. »

 

(Dès 12 ans)

 

Rouergue, coll. Doado, février 2016, 94 pages, prix : 9.20 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Alain Laboile et éd. du Rouergue

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