Les jardins d'Hélène

Articles avec #romans etrangers

Le coeur entre les pages - Shelly King

10 Mai 2015, 14:34pm

Publié par Laure

p. 38-39 : « Quand à huit ans j'ai annoncé que je voulais devenir bibliothécaire, ma mère a été horrifiée. Je voyais bien comment elle m'imaginait : en matrone avec des chaussures confortables et un chignon, vivant entre des piles d'ouvrages et regardant par-dessus ses lunettes avec une expression austère et dédaigneuse, ceux qui rapportaient les livres passée la date limite. Rien de ce que je pouvais dire ne parvenait à la convaincre que sa vision ne correspondait pas du tout à ce que serait mon avenir. Les bibliothécaires que je connaissais étaient des super-héros des données. Tels les explorateurs de l'Ancien Monde, ils naviguaient sur des océans d'informations non répertoriées, dessinant des cartes pour vous emmener n'importe où. Et ils étaient les gardiens des choses qu'oubliaient les autres, archivant les événements de la vie et les reconstituant. »

La petite trentaine, Maggie est licenciée d'ArGoNet Software, une start-up de la Silicon Valley. En attendant de retrouver un emploi, elle passe son temps à lire des romances dans une librairie de livres d'occasion, le Dragonfly Used Books.

Pour essayer de lui remettre le pied à l'étrier, son meilleur ami Dizzy l'introduit dans un club de lectures guindé mené par une riche entrepreneuse.

 

La lecture commune imposée ce jour-là est le roman de D.H. Lawrence : L'amant de Lady Chatterley. La même édition moderne est soumise aux participants, mais n'en déplaise à l'organisatrice et modératrice Avi, Maggie arrive avec sa propre version ancienne dénichée au Dragonfly.

 

Elle devait passer la nuit précédente à lire le roman, mais elle s'est surtout laissée emporter par une mystérieuse correspondance manuscrite découverte en marges, entre deux inconnus : Henry et Catherine.

 

Si le roman s'attache dès lors à tenter de découvrir qui furent ces mystérieux Henry et Catherine s'aimant par messages interposés, le récit prend bien d'autres voies au point d'oublier complètement ces deux prétendants (pour y revenir rapidement à la fin).

 

L'intrigue n'est donc pas tant de dénouer cette énigme (à la résolution d'ailleurs bien plate et décevante) que de dévoiler le caractère passionné de Maggie pour les livres, et de l'accompagner dans son cheminement personnel vers son accomplissement professionnel, tout en apaisant sa relation volcanique avec sa mère.

 

Ne vous attardez pas sur la jolie couverture et les oreilles en arrière du chat qui montre une contrariété imminente, ce n'est pas parce qu'il est question de livres et de chat qu'il faut immédiatement songer au bonheur au coin du feu, la pile à lire sur l'accoudoir du fauteuil et le matou ronronnant sur les genoux. Que nenni, pas de roman doudou comme j'ai pu le lire ici ou là, et le chat Grendel est une sale bête psychopathe qui n'a d'autre activité que d'écorcher tous ceux qui passent trop près de la rangée de livres sur laquelle il se serait installé. Gardien du Temple, mouais.

 

Pour moi le roman tient surtout à la personnalité de Maggie, au parcours semé d'embûches qu'elle traverse pour trouver sa voie et s'affirmer, aux personnages secondaires tout aussi délurés qui l'entourent, bien plus qu'à un quelconque amour des livres. Certes quelques titres sont cités, des romances historiques pour la plupart, mais qui ne sont pas parvenus à m'enthousiasmer. Le club lecture n'est que prétexte au départ, il ne devient pas un rendez-vous régulier. Le chat est utilisé à contre-emploi, et le débat grande chaîne de librairies / petit commerce indépendant est esquissé sans être entièrement le vrai sujet non plus. A vrai dire, ce Dragonfly, je n'aimerais pas le fréquenter, avec son patron et ses employés tous plus frappadingues l'un que l'autre.

 

J'ai trouvé le style bavard et s'éparpillant trop dans tous les sens, j'aurais préféré un récit plus sobre et tempéré, même si c'est ce style accolé à la personne de Maggie qui fait le sel du roman.

 

Le fait de le lire dans une « édition spéciale presse & libraires » n'a sans doute pas aidé, malgré sa belle couverture colorée, une appellation « épreuves non corrigées » eût été plus directe (et c'est ce qu'elle était en réalité) car bien des phrases m'ont agacée, celle-ci par exemple :

 

p. 290 « C 'est un super grand flot fumant de génialitude, poupée ! Pour toi aussi. Je n'aurais jamais pensé pouvoir trouver un projet comme celui-ci avec une entreprise de librairie. » [Hein??]

 

Et dans la version vendue en librairie, cette phrase est devenue :

p. 290 « C'est carrément super génial, poupée ! Pour toi aussi. Je n'aurais jamais pensé pouvoir trouver un projet comme celui-ci avec une chaîne de librairies » .

 

Je n'ai pas relu page par page et ligne par ligne la version définitive mais dès la première page les corrections sont notoires, l'ensemble a en effet été retravaillé. Ouf.

 

Il n'en reste pas moins que je suis un peu déçue, sans doute trompée par le pitch trop prometteur de la 4ème de couverture. Enjoué et exubérant, peut-être un peu trop, séduisant malgré tout, un bon roman détente pour les vacances l'été au bord de la piscine. Sans plus.

 

 

Préludes (un Label du Livre de Poche), mai 2015, 370 pages, prix : 14,60 €

Étoiles :

Crédit photo couverture : © studio LGF / Shutterstock/ éditions LGF – Préludes

 

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Je m'appelle Livre et je vais vous raconter mon histoire – John Agard

13 Janvier 2015, 10:00am

Publié par Laure

Illustré par Neil Packer, traduit de l'anglais par Rose-Marie Vassallo

 

Curieux ouvrage publié par un éditeur jeunesse (Nathan) mais qui s'adresse à vrai dire à tous, à partir de 11/12 ans. Je m'appelle Livre est une histoire du livre (et de l'écriture) de la naissance des tablettes sumériennes en argile à l'ebook d'aujourd'hui, racontée sous une forme romanesque, à la première personne, par un personnage nommé « Livre » (cf. titre)

 

Le récit s'intercale d'illustrations (en noir) de Neil Packer que personnellement je n'ai pas appréciées plus que cela, et de poèmes et citations variées ayant trait bien sûr au livre.

 

Je reste mitigée sur cet ouvrage, je ne suis pas convaincue par la forme choisie, malgré l'humour, je trouve les tournures de phrases parfois un peu bizarres, du fait de ce choix de narration. Un documentaire illustré de photographies aurait été plus efficace, mais aurait perdu par là-même son originalité.

 

Je me demande si ce livre trouvera son public (et lequel?), autrement qu'auprès des amoureux de la lecture. L'objet est soigné, couverture en carton rigide, jaquette en relief, sobre, il est en cela un bel hommage.

 

L'histoire du livre à travers les siècles étant pour partie un élément indissociable de mon job, je n'y ai pour ma part rien appris, gageons donc que l'intérêt sera bien présent pour les jeunes et les novices qui souhaiteraient en savoir un peu plus. Le livre numérique n'est pas descendu en flammes mais poliment vu comme un cohabitant, ami du narrateur.

 

Quelques extraits :

 

p. 42 « Les Grecs nommèrent le papyrus byblos, du nom du port de Byblos par lequel ils importaient cette plante en provenance d’Égypte. Écrit plus tard avec un i, ce mot est à l'origine de quantité d'autres mots me concernant, moi, Livre. Mon préféré est peut-être « bibliophile », amateur de beaux-livres. »

 

p. 113 : « Lorsque j'entends des politiciens parler de fermer une bibliothèque publique par mesure d'économie, je leur flanquerais bien un coup sur la tête. Et je peux faire mal, avec ma reliure. »

 

 

Nathan, janvier 2015, 140 pages, prix : 13,90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Neil Packer et éd. Nathan

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Vous parler de ça – Laurie Halse Anderson

3 Janvier 2015, 17:15pm

Publié par Laure

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie Chabin

 

C'est une de mes dernières lectures de l'année 2014, et j'en suis sortie déçue. J'avais découvert le label « La belle colère » avec Dieu me déteste et La Ballade d'Hester Day, malheureusement, je vais decrescendo dans mon appréciation de ces romans.

 

Dans celui-ci, Melinda Sodino, 14 ans, entre au lycée, mais elle n'est plus la même qu'avant les vacances d'été. Quelque chose de grave s'est produit, on ne sait pas quoi, mais une chose qui la rend impopulaire auprès de ses camarades qui l'évitent, et qui la rendent elle, mutique et dépressive, avec des résultats scolaires qui fondent comme neige au soleil, et un enfermement sur soi de plus en plus marqué.

 

Le début du roman est plutôt prenant, le lecteur souhaite percer le mystère et écouter ce que cette jeune fille a à dire. Des pistes un peu trop largement tracées (seul le professeur de dessin trouve grâce à ses yeux, et l'on se doute bien que c'est par lui que viendra la rédemption), mais vers le milieu, ça patine, ça tourne en rond, ça n'avance plus, on se lasse. On a deviné ce que le « ça » voulait dire (d'autant qu'il est explicité dans la plupart des critiques en ligne, plus vraiment d'intérêt, sinon à découvrir le cheminement de l'adolescente), mais Dieu que c'est long...

 

Soit l'ouvrage est autobiographique et même des années après se veut thérapeutique (bon, pourquoi pas) soit il est simplement bien longuet avant de pouvoir appeler un chat un chat et c'est dommage. Étonnantes (absences de) réactions parentales et professorales, l'adolescence a bon dos quand il s'agit d'apathie, mais l'on peine à croire cet enfoncement sans même une réaction de la mère...

Bref, j'ai été déçue par cet opus, mais peut-être touchera-t-il davantage un lectorat adolescent, car le ton en revanche me semble adéquat à cette tranche d'âge.

 

 

La belle colère, octobre 2014, 298 pages, prix : 19 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. La Belle Colère

 

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Le Puits - Ivan Repila

30 Décembre 2014, 19:36pm

Publié par Laure

Traduit de l'espagnol par Margot Nguyen Béraud.

 

Deux enfants dont on ignore tout, sinon qu'ils sont appelés le Grand et le Petit, sont tombés au fond d'un puits de terre profond dont ils ne peuvent sortir. Ils ont avec eux un sac de nourriture mais le Grand interdit au Petit d'y toucher, car il était destiné à leur mère. Ils vont lutter coûte que coûte pour sortir, se nourrir de vers et de racines, faire de l'exercice pour garder des muscles, survivre. Le lecteur assiste impuissant à leur déchéance, tant physique que psychique, et même si le texte est court, une centaine de pages, il est bien souvent éprouvant.

 

Mais dès lors qu'on a commencé, on ne peut plus s'arrêter. Vont-ils réussir à sortir ? Tous les deux ?Comment ? Pourquoi sont-ils là ? Quelle force dans cet amour fraternel ! Si le malaise va croissant, force est de reconnaître que les phrases sont saisissantes, parfaitement travaillées, en tout cas dans une traduction superbement rendue.

Si l'histoire dramatique et sa fin percutante sont à elles seules effroyables, on ne peut s'empêcher d'y chercher une allégorie. Qu'a voulu représenter l'auteur ? Les pauvres rejetés à l'écart de la société, les riches qui ferment les yeux ? Une exhortation à la lutte permanente, aux droits de tous et de chacun ? (p . 107 « (…) abattre ces murs qui nous ont fait taire – réinvestir les lieux, reprendre la parole. » )

 

Un texte qui en tous les cas ne laisse pas indifférent et invite sans cesse à se questionner. Dérangeant, mais efficace.

 

A noter, les numéros de chapitres, qui omettent beaucoup de chiffres : 2,3,5,7,11, ...83, 89, 97 le nombre de jours dans le puits ?

 

 

 

Denoël, octobre 2014, 109 pages, prix : 11 €

Etoiles :

crédit photo couverture : © Raphaëlle Faguer et éd. Denoël.

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Journal d'Edward, hamster nihiliste (1990-1990) – Miriam Elia & Ezra Elia

19 Novembre 2014, 09:09am

Publié par Laure

La page de titre indique « Transcrit du langage Hamster » par Myriam Elia & Ezra Elia.

Traduit de l’anglais par Rose Labourie

 

Quel curieux petit livre (13 x 13 cm pour son format !) que ce journal intime tenu par … un hamster ! Un ouvrage un peu absurde et à l’humour so british, comme seuls les Anglais savent le faire.

Edward le hamster écrit donc son journal :

« Samedi 3 mai : j’ai décidé de ne plus faire de roue.

Dimanche 4 mai : J’ai décidé de faire de la roue, mais seulement la nuit quand ils dorment. Je ferai vibrer, crisser et cliqueter la cage, et ce juste pour les énerver, pour leur montrer que je ne suis pas à leur disposition – que si je fais quelque chose, je le fais pour moi, pas pour eux. »

 

S’ensuivent des moments de déprime, des moments de réflexion quasi philosophique sur la vie en captivité, la vacuité de l’existence, des passages drôles sur sa communication avec le chat de la maison (est-il plus libre parce qu’il n’est pas en cage ?) et sur les compagnons hamsters qui rejoindront un temps sa cage.

 

« Vendredi 26 septembre : Il dit qu’il s’appelle Lou, bien que ce ne soit pas un loup.

C’est un hamster.

J’ai tenté de l’entrainer dans un débat sur la nature de notre captivité, la vacuité de l’existence et notre irrationnelle envie de vivre.

Il a émis un rot, ri et déféqué dans le bac à foin.

Il est soit fêlé, soit profondément stupide.

Je suis anéanti »

 

On sourit en lisant cet olni (objet littéraire non identifié) mais on ne peut s’empêcher d’y voir un sens caché, sommes-nous prisonniers de nos vies comme Edward dans sa cage ? Faut-il y voir une critique sous-tendue de l’autofiction et de la vacuité de l’existence ? Étrange, mais pas si bête !

 

Edward n’est plus (1990-1990), mais accordez un regard à son journal, il ne vous laissera pas indifférent.  Le dernier mot à Edward : « à quoi bon écrire ? La vie est une cage de mots vides. »

 

Flammarion, novembre 2013, 91 pages, prix : 8,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Ezra Elia et éd. Flammarion.

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Contrecoups – Nathan Filer

9 Octobre 2014, 13:50pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Philippe Mothe

 

Lauréat du prestigieux prix anglais Costa, Contrecoups est un premier roman de Nathan Filer. Page de titre au pluriel mais page de couverture encore très répandue au singulier sur le net, allez savoir laquelle est la bonne (l’éditeur semble avoir corrigé et mis celle au pluriel, celle des épreuves est au singulier), choisissons le titre original : The shock of the fall, et tout le monde est content.

 

Matthew est un jeune homme de 19 ans qui raconte à la première personne ce qu’il vit et a vécu ces dix dernières années. Il est perturbé, anxieux, déboussolé, et semble fortement marqué par le décès de son frère aîné. Au fil du texte, l’on comprend que Matthew est schizophrène, et le texte joue sur la police d’impression pour nous faire entrer dans la tête du narrateur dans les moments de maladie. C’est un repère, mais ce n’est pas forcément nécessaire, ces passages suivant toujours un arrêt de médicaments, une rechute, etc. Ce qui fonctionne bien, c’est le côté journal, on est pris et curieux de connaître le déroulement de l’histoire, de reconstituer le passé, et de savoir comment Matthew va s’en sortir. Car si l’on perçoit bien la culpabilité de Matthew et le lien avec la mort de son frère, on ne sait pas bien quel fut exactement son rôle, et c’est aussi vers ce dénouement que l’on file.

 

Intéressant, mais pas extraordinaire. Je peine à comprendre les louanges lues sur ce livre (le personnage ne m’a pas émue) et regrette qu’au final la maladie ne soit pas davantage explicitée ou décrite. On est supposé la découvrir de l’intérieur par la plume de Matthew qui lui-même exprime ses démons par l’écriture et le dessin, mais impossible de voir en quoi vraiment ce texte traite bien de la schizophrénie et non pas d’une autre maladie. C’est dommage, car je trouve le sujet plutôt intéressant. De même quelques longueurs font traîner un peu trop le récit.

 

Michel Lafon, août 2014, 349 pages, prix : 19.95 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Michel Lafon

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Mon année Salinger – Joanna Smith Rakoff

30 Août 2014, 06:07am

Publié par Laure

p. 70 : « C'est l'acte d'écrire qui fait de toi un écrivain, m'avait-il expliqué. Si tu te lèves pour écrire tous les matins, alors tu es écrivain. ça n'a rien à voir avec la publication. Ça, c'est juste du commerce. »

 

 

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Esther Ménévis

 

En 1996, Joanna (l'auteur elle-même, il s'agit d'un récit autobiographique) termine tout juste ses études de lettres lorsqu'elle se fait embaucher comme assistante dans une Agence sur Madison Avenue à New-York, Agence chargée de l'accompagnement et de la rédaction des contrats des auteurs (le métier d'agent littéraire, s'il est assez couru à l'étranger, est encore rare en France où tout se négocie généralement au sein de la maison d'édition)

 

Joanna, encore jeune et timide, essaie de bien faire et de satisfaire tous les desiderata de sa patronne. L'essentiel de sa tâche consiste à taper des courriers sur une machine à écrire, à partir du magnétophone confié par sa patronne, et de respecter la sacro-sainte règle : ne jamais divulguer les coordonnées de Jerry. Qui est donc ce mystérieux Jerry qui intrigue bien Joanna ? Il s'agit du célèbre J.D. Salinger. Son aura d'auteur fuyant tout contact et vivant reclus est ici largement cultivée.

 

Plusieurs choses m'ont étonnée dans ce récit : son époque d'abord. Tous dans les descriptions et matériels laisse à penser qu'on est dans un décor suranné des années 60, or non, l'époque est dévoilée plus loin : on est bien à la fin des années 90, c'est juste que l'Agence qui emploie Joanna n'est pas à la pointe de l'informatique ! Il n'empêche, que de tâches répétitives inutiles quand on y songe ! Mais c'est ce qui contribue bien sûr à l'atmosphère (et au charme?) du roman. Son caractère autobiographique ensuite : j'aurais préféré sans doute un roman, car si le récit est plaisant, j'ai trouvé morne malgré tout le relationnel de Joanna avec son petit copain, avec ses collègues, …

 

Roman de passage à l'âge adulte, où l'auteur affirme ses choix et ses envies, face à ses parents, son amoureux, son travail, et où sa découverte des romans et nouvelles de Salinger, si elle joue une part importante dans sa vie, reste anecdotique dans le récit et sert surtout à entretenir la légende.

 

Une lecture en demi teinte, agréable mais sans plus.

 

 

Albin Michel, septembre 2014, 346 pages, prix : 20,90 €

étoiles :

Crédit photo couverture : © Ed. Albin Michel

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La Ballade d'Hester Day – Mercedes Helnwein

25 Août 2014, 06:41am

Publié par Laure

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Francesca Serra

 

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle n'est pas banale, cette jeune Hester Day. Pas encore majeure qu'elle veut déjà adopter un enfant, et l'âge fatidique tout juste franchi, il faut bien un mariage vite signé avec un étudiant poète à ses heures et qu'elle croise régulièrement à la bibliothèque pour arriver à ses fins. Rebelle à sa famille et pas la langue dans sa poche, Hester va tailler la route avec Fenton Flaherty, époux de son état, et Jethro, son jeune cousin obèse qui s'enfuit avec eux.

C'est parti pour un road trip en camping-car, complètement déjanté, entre insouciance et vie à bras le corps sans chercher midi à quatorze heures. Mais Jethro étant mineur, on se doute bien que l'envolée finira en queue de poisson.

 

Un roman initiatique qui est vraiment original, mais qui ne m'a pas autant séduite que le précédent titre de cet éditeur (Dieu me déteste, d'Hollis Seamon.) La ligne éditoriale est cohérente (des romans qui parlent d'adolescents mais qui s'adressent aux adultes), mais cette ballade ne m'a pas embarquée comme elle aurait pu, je trouve qu'on tourne assez vite en rond, à attendre comment l'aventure va se terminer. Le rapport à la mère, à la non-conformité de l'image attendue par celle-ci dans son lien à sa fille, aurait mérité d'être davantage développé peut-être, même si l'épilogue est … on ne peut plus clair !

 

Une lecture qui décoiffe dans le rang des familles bien proprettes, mais qui ne m'a pas réjouie outre-mesure, en dépit de son ton singulier qui en fait toute l'originalité.

 

 

éd. Anne Carrière / La belle colère, mai 2014, 366 pages, prix : 20 €

Etoiles :

crédit photo couverture : © Anne Carrière / La belle Colère

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Miss Alabama et ses petits secrets – Fannie Flagg

26 Juillet 2014, 14:16pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Luc Piningre

 

Maggie Fortenberry, une ancienne miss Alabama aujourd’hui âgée de soixante ans, mûrit sa décision depuis quelques années et s’apprête à passer à l’acte : elle orchestre son suicide dans les moindres détails, caressant l’espoir de disparaître tranquillement sans déranger personne, puisqu’elle ne trouve plus grand intérêt à sa vie pourtant paisible. Mais c’est ce même jour que sa collègue de travail l’invite à un spectacle de derviches tourneurs, un événement pour la ville de Birmingham. Pour ne pas éveiller les soupçons, Maggie repousse son projet … et ce n’est que le début d’une curieuse aventure sans cesse ajournée.

 

Ce qui vaut surtout dans ce nouveau roman de Fannie Flagg (célèbre pour son best-seller autant romanesque que cinématographique, Beignets de tomates vertes – que je n’ai ni lu ni vu), c’est le personnage de Maggie, particulièrement attachant, ainsi que l’ancienne patronne et ses collègues de l’agence immobilière. Le personnage de peste de Babs Bingington ajoute au piquant de l’intrigue. Mais quand il s’agit de vendre le plus beau manoir de Birmingham, Crestview, pas question de lâcher l’affaire à la mégère. Un mélange de chick-lit et d’aventure (on a tous des cadavres dans ses placards non, au propre ou au figuré ?) pour un petit roman d’été agréable à lire, à la fin un peu mielleuse, qui n’en fera pas un grand roman, mais un bon moment. Ni plus, ni moins.

 

Cherche midi, mai 2014, 431 pages, prix : 21 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © rémi papin 2014 – Ill : © Kathykonkle / Getty Images / et éd. du Cherche-midi.

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Le nageur dans la mer secrète – William Kotzwinkle

23 Juillet 2014, 18:30pm

Publié par Laure

p. 47 : « Ce sont des choses qui arrivent. Je suis sûre que vous aurez plus de chance la prochaine fois. »

 

 

Traduit de l'américain par Jean-Paul Gratias

 

Texte original datant de 1975, traduit pour la première fois en français en 1998 et publié chez Actes Sud (où il existe en Babel poche aussi), cet éditeur français le republie cette année dans sa belle collection « les inépuisables », qui comme son nom l'indique, est faite pour durer. Tant sur le plan de l'objet, soigné, couverture rigide toilée, beau papier, ruban de satin, que sur le fond, un petit bijou que l'on conserve et transmet.

 

J'ai ouvert ce nageur dans la mer secrète sans savoir de quoi il parlait, sinon que la poésie du titre m'évoquait l'idée d'une grossesse. Et c'est bien de cela qu'il s'agit, d'une naissance, de la perte des eaux à … l'inattendu. Johnny (Laski tout du long du récit) accompagne sa femme Diane à la maternité pour donner naissance à ce premier bébé tant désiré, dix ans d'espoir, le jour est grand.

 

Quel beau récit que cet accouchement où les contractions adoptent le mouvement du ressac de la mer, dans la violence des vagues et l'apaisement temporaire du reflux. Il ne faut pas en dire plus, ce serait gâcher la seconde moitié du récit, sinon que c'est un texte magnifique, indémodable, d'une grande pudeur et beauté. Une sobriété toute travaillée qui rend hommage au sujet délicat de l'histoire. Un coup au cœur, marquant.

 

 

(à ne pas offrir à une femme enceinte toutefois).

 

p.27 : « La vague revient, les emportant sur une mer de souffrance, et Laski se demanda encore pourquoi la vie avait cru bon de naître dans l'univers. La beauté limpide de la nuit sur la route, lorsque toutes les étoiles semblaient les couver du regard, disparaissait maintenant sous un flot de sueur. Le plus beau visage qu'il eût jamais vu paraissait à présent bouffi, cramoisi, et disgracieux. »

 

p.37 : « Il se souvint tout à coup du bébé, du petit nageur dans la mer secrète. Il se démène, lui aussi, il se bat pour nous rejoindre, il lutte tout comme nous. »

 

Lu le 19 juillet 2014 dans le TGV entre Le Mans et la gare TGV de Haute-Picardie, perdue dans la nuit au milieu de nulle part, dans un train imprévu sur un parcours alternatif après deux heures de retard dues à un énième "accident de personne" qui traduit pudiquement un suicide. Terminé à la gare de Roissy-Charles-de-Gaulle, au croisement ....

 

 

Actes Sud, coll. Les inépuisables, mars 2014, 89 pages, prix : 13 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Actes Sud

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