Les jardins d'Hélène

Articles avec #romans etrangers

Vie animale - Justin Torres

14 Mars 2012, 15:07pm

Publié par Laure

Traduit de l’américain par Laetitia Devaux

 

vie-animale.jpgIls sont trois frères qu’à peine trois années séparent, le narrateur dont on ne connaît pas le prénom au début de l’histoire, alors âgé de 7 ans, et ses aînés, Manny, 10 ans, et Joel 8 ans.

Ils crèvent de faim et vivent comme ils peuvent entre Paps et Ma, leurs parents complètement paumés, sans le sou, qui les ont eus bien trop jeunes (à l’âge de 14 et 16 ans). Par courts chapitres et avec une économie de moyens remarquable, l’auteur relate des épisodes de leur vie, entre violence et amour malgré tout. On les voit grandir unis dans cette fratrie, régulièrement battus, malmenés, et pourtant, malgré les pires horreurs, une tendresse est omniprésente dans cette curieuse famille. Ils évoluent entre cris et misère, dans ce qui leur semble être la normalité de la vie, et toujours unis.  Seul le petit dernier semble gagner son libre arbitre, affirmer avec l’âge sa différence, sa fragilité, sa volonté de s’élever (il aime les livres, pensez donc), toutes choses qu’il paiera cher, car la fin, inattendue, est aussi superbe qu’effrayante.

Le premier roman très prometteur d’un jeune écrivain à surveiller, par sa capacité à dire tant en si peu de pages de la nature humaine qui parfois, n’est pas si loin de la vie animale, sauvage et rustre.

 

L’Olivier, janvier 2012, 141 pages, prix : 18 €

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Crédit photo couverture : © Mike Nowak et éd. de l’Olivier.

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La couleur des sentiments - Kathryn Stockett

5 Décembre 2011, 20:37pm

Publié par Laure

 

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Girard

 

couleur-des-sentiments.jpgA Jackson, Mississipi, entre 1962 et 1964, Skeeter, jeune fille blanche de bonne famille, entreprend d'écrire un livre de témoignages de bonnes noires, afin de révéler leurs conditions de vie réelles et leurs relations avec leurs patronnes. Elle noue des liens avec quelques unes d'entre elles pour mener à bien son projet.

Premier roman devenu rapidement best-seller, adapté au cinéma, la couleur des sentiments a remporté l'adhésion d'un très grand nombre de lectrices, dont celles du magazine ELLE qui lui ont décerné leur grand prix 2011.

Beaucoup en ont parlé avec des étoiles dans les yeux et des trémolos dans la voix, j'ai attendu patiemment qu'il soit disponible à la bibliothèque, un peu refroidie quand même par un récent échange avec une collègue qui l'avait abandonné en route, le trouvant simpliste et sans grand intérêt. (gloups)

 

La trame choisie – alternance des points de vue des personnages principaux, Aibileen, Minny et Skeeter – fonctionne bien, avec le revers attendu : l'intrigue est ultra prévisible, et malgré la vraie densité des personnages, tout comme la galerie de personnages secondaires qui gravitent autour, on n'évite pas une histoire cousue de fil blanc, qui n'est jamais loin du mélo un peu mielleux.

C'est agréable à lire, bien sûr, mais ça reste très superficiel sur le fond historique, tout juste le Ku Klux Klan et Martin Luther King sont-ils cités une fois ou deux, mais sans aucun développement, même romanesque, pourtant sur un tel sujet il y avait matière donner un peu de sérieux à l'ouvrage ? A trop développer toujours le même exemple (l'interdiction pour le personnel noir d'utiliser les toilettes de leurs patronnes blanches), et à attendre indéfiniment ce qu'ont bien pu commettre Minnie et Constantine, on finit par s'enliser dans un roman répétitif qui tourne un peu en rond. Trop pétri de bons sentiments, on obtient un solide roman de détente, mais qui perd toute force lorsqu'il s'agit d'évoquer le ségrégationnisme ou les engagements des intégrationnistes. C'est « gentillet » quoi.

L'exercice de style façon jolie romance avec clichés forcés m'a laissée en dehors de toute émotion, point de sourire ou de larmes pour ma part, malgré quelques scènes cocasses qui donnent un peu de peps à l'ouvrage.

 

 

Ed. Jacqueline Chambon, septembre 2010, 525 pages, prix : 23,80 €

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Crédit photo couverture : © Marion Post Wolcott / Library of Congress FSA Collection … / éd. Jacqueline Chambon.

 


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Mémoire assassine – Thomas H. Cook

29 Novembre 2011, 15:21pm

Publié par Laure

Traduit de l’américain par Philippe Loubat-Delranc

 

mémoire assassineSteve Farris a neuf ans lorsque son père tue toute sa famille : sa mère Dorothy, son frère aîné Jamie (17 ans) et sa sœur Laura (16 ans), avant de prendre la fuite. Il ne sera jamais retrouvé. Ce 19 novembre 1959 restera à jamais gravé dans la mémoire de Steve qui n’a échappé au massacre que parce qu’il était chez des amis, et encore, il pense que son, père l’a attendu un moment avant de s’enfuir. Devenu adulte, marié et père de famille, Steve vit avec ce passé douloureux. Voilà qu’arrive Rebecca, qui écrit un livre sur ces drames familiaux inexpliqués, et qui par de longues discussions avec lui, va raviver ses souvenirs pour peut-être dénouer l’affaire.

L’histoire avance assez lentement, posément, sereinement, s’attachant à décrire efficacement les faits et la psychologie des personnages. Au fil du texte vont bien sûr se lever quelques voiles pour faire éclater la vérité sur les dernières pages, avec un bon dernier quart d’intrigue qui s’accélère et s’enrichit. Il faut donc se méfier de l’eau qui dort, c’est un intéressant roman noir que Thomas H. Cook nous livre là, sans violence apparente, mais à la vérité lourde de conséquences. Si l’on peine parfois à trouver crédible la précision des souvenirs et leur reconstitution si longtemps après, l’ensemble fonctionne bien. Quelques passages prennent à mon goût des raccourcis rapides (l’effet Rebecca sur le couple et son devenir) mais j’ai découvert avec plaisir quand même ce texte écrit en 1993 et traduit pour la première fois en français en 2011. Cette traduction m’a permis par la même occasion de faire connaissance avec les éditions Point2 ( .2) et leur format ultrapoche (8 x 12 cm, contre 10 x 18 cm pour un poche habituel). Si j’étais sceptique sur l’utilité de ce nouveau format, je suis après lecture totalement séduite. Plus de détails sur mon expérience du format ici   

  

Une lecture proposée par le site Libfly et les éditions .2 que je remercie tant pour la découverte littéraire que pour celle du nouvel objet livre.

  

Editions Point2 (.2), août 2011, 493 pages, prix : 11 €

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 Crédit photo couverture : © éd. Point2

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Room - Emma Donoghue

24 Octobre 2011, 11:33am

Publié par Laure

 

Traduit de l'anglais (Canada) par Virginie Buhl

 

room.jpgSans doute pour moi le meilleur livre de l'année 2011 (après celui de Thierry Laget, mais on est sur un registre différent, et plus grand public). Quelle force se déploie de ce roman, mêlé conjointement d'horreur et d'amour.

Je l'ai abordé sans savoir du tout de quoi il parlait (ça fait belle lurette que je ne lis plus aucune 4ème de couv), et le début n'était pas gagné : Jack, un petit garçon de 5 ans, fête son anniversaire avec sa maman, avec qui il semble vivre enfermé dans une pièce, redoutant les visites régulières du « grand méchant Nick ». Il donne des noms à tous les objets qui l'entourent, ainsi il s'adresse à Monsieur Lit, Madame Table, Petit dressing, … et il n'a pour ouverture sur le monde que la télé où il regarde notamment Dora l'exploratrice, sa grande copine. Au début, on peut trouver risqué ce point de vue naïf et enfantin, un peu longue d'ailleurs cette description de leur vie, mais très vite, dès lors que l'on comprend à peu près la situation, on n'a de cesse de comprendre « pourquoi », et comment cela va se terminer. Le roman ne se limite pas à cet enfermement, il va bien au-delà, mais je ne souhaite pas en dire davantage. Il faut juste le lire !

Sur un sujet dramatique, l'auteur réussit un formidable tour de force, nous rendant les personnages attachants (on ne peut plus, on ne veut plus s'en détacher, j'ai lu les 400 pages dans la journée, heureusement c'était un dimanche!), émouvants, admirables, sans jamais nous entraîner dans un voyeurisme malsain ou basculer dans le sordide, alors que l'évidence du rapport à des faits divers récents se fait immédiatement. C'est là tout l'art de la fiction magistralement conduite. A noter d'ailleurs les remarquables passages sur la manipulation de la médiatisation.

Un roman inoubliable.

 

Le coup de cœur de Brigitte Namour, libraire 

 

 

Stock, coll. La Cosmopolite, août 2011, 399 pages, prix : 21,50 €

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Crédit photo couverture : © Ella Burstein, et éd. Stock

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Les averses d’automne – Tuna Kiremitçi

21 Octobre 2011, 09:42am

Publié par Laure

Traduit du turc par Jean Descat

 

averses-d-automne.jpgElles vivent toutes deux à Genève, tout les sépare, mais elles vont passer ensemble de longues heures à discuter. Rosella est une dame âgée, elle vit en Suisse depuis plus de soixante ans, juive allemande originaire de Berlin, elle a vécu à Istanbul pendant la guerre. Pelin, elle, étudie la littérature française en 2ème année à Genève, mais elle est stambouliote d’origine.

Ce qui relie ces deux femmes ? Une petite annonce et la langue turque. En effet, Rosella ne veut pas oublier cette langue qu’elle a pratiqué quelques années, cette langue dans laquelle elle a beaucoup de souvenirs, notamment d’amour. Elle passe donc une petite annonce pour trouver quelqu’un avec qui converser dans cette langue, et c’est Pelin qui se présentera.

            Roman un peu déroutant car entièrement construit en dialogues (il n’y a aucune autre narration), il surprend aussi parfois par des tournures un peu bizarres qui sont peut-être dues à une traduction bancale ( ?) On comprend dès lors que le vocabulaire employé par la jeune Pelin n’est pas celui de Rosella (question de génération) qui lui demande de réexpliquer autrement, et si l’on imagine que cela doit être naturel en VO, en français dans le texte ça paraît parfois étrange. Au fil des vies très différentes des deux femmes, même si j’ai eu du mal à en entrer vraiment dans le roman à cause de ces seuls dialogues, je me suis surprise à être très touchée par la fin. (et à en trouver finalement la forme très originale !)

Et puis j’étais curieuse de découvrir la littérature turque contemporaine qui n’est pas si courante dans les textes traduits en France, en dehors d’Orhan Pamuk et d’Elif Shafak (qui écrit aussi en anglais d’ailleurs).

 

 

Galaade éditions, octobre 2011, 218 pages, prix : 17 euros

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Crédit photo couverture : © Mathilde Sébastien / photo Harold Lloyd / Flickr / Getty Images / et Galaade éditions.

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Famille modèle - Eric Puchner

4 Octobre 2011, 14:32pm

Publié par Laure

Traduit de l’américain par France Camus-Pichon

 

famille-modele.jpgUne famille modèle classique : papa, maman, leurs trois enfants, et Mister Leonard, le chien ; ils ont quitté le Wisconsin pour le rêve américain sous le soleil de Californie, las, la réalité est bien loin d’être dorée !

Surendetté, Warren Ziller, le père, ne veut pas avouer ses échecs à sa femme, et tous vont connaître, amers et désabusés, une multitude d’épisodes tragi-comiques.

Le thème n’est pas nouveau, le roman possède ces qualités de verve au long souffle avec rebondissements nombreux, mais l’ensemble pour moi s’est néanmoins essoufflé bien vite, et passé le pivot central qui fait basculer la vie du fils aîné Dustin (et par ricochets la famille entière), j’ai trouvé le temps bien long. Rien d’exceptionnel sous le soleil californien, des passages déjantés un peu forcés qui réussissent à réattirer l’attention (toute la partie sur la fugue du jeune Jonas), une lecture facile, mais pas de coup de cœur particulier.

 

Lu dans le cadre du club testeurs d’Amazon

 

  

Albin Michel, août 2011, 522 pages, prix : 24 €

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Crédit photo couverture : © éd. Albin Michel

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Le dîner - Herman Koch

20 Août 2011, 12:33pm

Publié par Laure

 

Traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin

 

le-diner-koch.jpgDeux couples, dont les deux hommes sont frères, l'un futur premier ministre des Pays Bas, l'autre prof d'histoire en disponibilité, se retrouvent dans un restaurant chic autour d'un dîner pour parler de ce qui les préoccupe : leurs enfants respectifs, et ce qu'ils ont vraisemblablement fait ensemble. L'intrigue se met en place de façon tendue et mystérieuse : Paul, le père de Michel, a regardé des vidéos sur le portable de son fils, et l'on pressent un drame que chacun préférerait éviter.

La construction du récit est intéressante : autant de parties que d'étapes dans un dîner : l'apéro, l'entrée, le plat, le dessert, le digestif, et le pourboire ; hélas de nombreux flash-back nécessaires à la compréhension des personnages viennent interrompre ce rythme, de même que de nombreuses sorties à l'extérieur du restaurant pendant le repas ou de nombreux allers retours aux toilettes donnent une impression un peu décousue au dîner et à la construction choisie.

La psychologie des personnages est intéressante également dans le sens où s'opère un basculement des ressentis pour le lecteur, entre le politicien présenté comme détestable par son frère, et la situation finale.

Un roman dérangeant, qui conduit à s'interroger sur la responsabilité, son rapport personnel à la loi, et ce que l'on est prêt à faire pour sauver ou non ses enfants. De lecture facile, le roman se lit très vite, ne serait-ce que pour savoir quelle va en être l'issue. J'ai trouvé toutefois agaçant et inutile le choix de l'auteur de ne pas nommer certaines choses, notamment les noms des maladies. Un roman qui peut ouvrir des débats intéressants entre lecteurs, car les choix des personnages ne peuvent laisser indifférents.

 

 

Belfond, mai 2011, 329 pages, prix : 18,50 €

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Crédit photo couverture : © photo Vilma Pimenoff / Millenium Images, UK et éd. Belfond


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Crimes - Ferdinand von Schirach

14 Août 2011, 13:31pm

Publié par Laure

 

Nouvelles traduites de l'allemand par Pierre Malherbet

 

crimes-copie-1.jpgNoté suite à un article élogieux dans la presse, j'avoue au final avoir été très déçue.

Toutes les nouvelles relatent un crime, du point de vue de l'avocat qui a eu à traiter l'affaire (et qui n'est autre que l'auteur).

La première nouvelle est excellente, incisive, pas un seul mot de trop, elle ouvre parfaitement l'idée d'un recueil très littéraire, mettant en scène ce vieil homme qui après une vie de harcèlement moral de la part de son épouse finit par la tuer, sans rompre la promesse qu'il lui avait faite de ne jamais la quitter. La chute apporte un plus sans constituer à elle seule le sel de l'histoire, ce qui à mes yeux est une qualité complémentaire. Hélas je n'ai pas retrouvé ce ton dans les dix autres nouvelles, qui sont beaucoup plus proches du fait divers relaté avec distance et froideur. Annoncées comme réelles, ces histoires souffrent alors de n'avoir pas su trouvé leur juste place : dans un recueil de fiction, ou récit journalistique de fait divers ?

Ce livre plaira peut-être davantage aux amateurs d'histoires vraies, façon passions criminelles.

 

Gallimard, coll. Du monde entier, mars 2011, 215 pages, prix : 17,50 €

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Crédit photo couverture : © d'après photo Joerg Buschmann / Millennium Images, Londres, et éd. Gallimard.

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L'obscurité du dehors - Cormac McCarthy

28 Juillet 2011, 15:12pm

Publié par Laure

Traduit de l’américain par François Hirsch et Patricia Schaeffer

 

obscurite-du-dehors.jpgC’est l’histoire terrible et sombre d’un inceste et d’une quête éperdue à travers un paysage quasi apocalyptique (déjà, en 1968, on avait la même atmosphère de désolation et d’obscurité que dans la Route). Rinthy Holme est sur le point d’accoucher, seule dans leur cabane au fond des bois loin de tout voisinage, et elle demande à son frère Culla d’aller chercher la sage-femme. Celui-ci refuse, car cela ferait jaser. On comprend vite la situation d’inceste et l’on assiste horrifié à l’accouchement difficile et solitaire de la jeune femme (quelle force narrative dans le récit de McCarthy !) Epuisée elle s’endort et son frère part abandonner le bébé dans les bois, à son réveil il lui annoncera qu’il était mort. Mais ne retrouvant pas son corps, elle est persuadée qu’il l’a donné à ce colporteur qui passait parfois et qui est passé ce jour-là.

Rinthy n’aura de cesse de retrouver son bébé alors que Culla fuit de son côté.

Quelle horreur et quel talent se dégagent à la fois de ce roman profondément noir de McCarthy ! Dans ces bois opaques et denses, au milieu de nulle part, des êtres miséreux et parfois difformes errent en n’ayant pour communication que la violence et la barbarie. Alternant la narration de la quête de Rinthy et du parcours de Culla, on assiste à des scènes presque surréalistes d’une noirceur éprouvante, se demandant quelle sera la chute et si la lumière sera à l’orée du bois. McCarthy traduit à merveille dans son écriture la pauvreté matérielle et intellectuelle de ces hommes, et multiplie les références bibliques, le Bien et le Mal, le péché originel, le mensonge, l’expiation. Un roman sans espoir mais dont la force montre à quel point Cormac McCarthy est – vraiment – un grand écrivain.

 

Un passage pris au hasard (qui n’a rien d’horrible) :

p. 129 : « Il continua une fois que le soleil fut couché. Il n’y avait plus de maisons. Plus tard une lune se montra et la route se déroulait devant lui, crayeuse et vaporeuse à travers les bois obscurs. Les pépieuses des marais se taisaient invariablement à son approche et recommençaient derrière lui comme s’il s’était déplacé dans du vide insonorisé. Il tenait un bâton à la main et il en tâtait chacune des petites ombres couchées à plat ventre à travers lesquelles il passait mais sa route ne contenait que des formes des choses.

Quand il arriva à Preston Flats la ville lui parut non seulement déserte mais abandonnée, comme balayée et décimée par la peste. Il s’arrêta au centre de la place où les empreintes de l’activité humaine étaient visibles tout autour de lui, fossilisées dans la boue sèche. Il tournait sur lui-même, personnage d’amphithéâtre dans ce désert labouré par la lune, enchaîné à une ombre qui se débattait violemment dans la poussière »

 

Actes Sud, 1991 pour la traduction française, 235 pages, prix : 20 €

(Existe en poche)

Titre original : Outer Dark, première édition en 1968

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Crédit photo couverture : © Actes Sud

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Maudit soit le fleuve du temps - Per Petterson

12 Juillet 2011, 14:06pm

Publié par Laure

Traduit du norvégien par Terje Sinding

 

maudit-soit-le-fleuve-du-temps.jpgJ’avais noté ce titre lors du Salon du Livre de Paris 2011 consacré aux littératures nordiques. Depuis, j’ai lu surtout des avis négatifs de lecteurs, me dissuadant presque de l’ouvrir ! La faute à qui ? A une quatrième de couverture qui fait une promesse qu’elle ne tient pas. Le lecteur qui aurait choisi ce livre sur cette annonce de contact rétabli entre une mère malade et son fils qui affronte un divorce restera en effet sur sa faim. On ne peut pas dire que la communication s’établisse, bien au contraire, c’est plutôt une cohabitation forcée et vaine.

La mère d’Arvid, à l’annonce du cancer qui la frappe, décide de partir quelques jours dans sa maison de famille au Danemark. Elle embarque immédiatement sur le ferry qui part d’Oslo. Quand il l’apprend, Arvid, trente sept ans, confronté de son côté à la fin de son couple et au divorce, la rejoint  au Danemark. Il n’a jamais été très intime avec sa mère, un peu comme un enfant maladroit, encombrant, trouvant mal sa place dans la fratrie, dont la mère n’aurait jamais bien su s’il était devenu adulte et autonome ou pas. Au fil de ces deux cent et quelques pages, c’est surtout la vie d’Arvid qui nous est racontée, son travail à l’usine, son engagement maoïste, sa petite amie, mais de son couple et de son divorce on ne saura rien, pourquoi, comment, l’auteur ne nous donne pas les clés. De même dans la vie de la mère, son passage douloureux sur une petite île avec un de ses enfants, on ne saura pas grand-chose. Et si mère et fils se retrouvent, ce n’est pas dans l’échange, mais plutôt dans les faits supportés tels qu’ils sont, chacun portant ses peines sans s’en ouvrir à l’autre.

Si je conçois donc la déception des lecteurs qui attendaient ces retrouvailles mère-fils - car il faut bien reconnaître que même l’issue du roman n’est que promesse avortée - j’ai tout de même beaucoup aimé ce texte, ces allers-retours constants entre présent et passé, enfance, jeunesse, relation à la fratrie, au travail, et la cocasserie de certaines scènes !

Maudit soit le temps qui passe en effet, et qui laisse finalement chacun sur le bord de la route, avec ses fêlures, sa fierté, et qui dit avec pudeur ici les échanges espérés qu’il est parfois déjà trop tard de voir aboutir.

 

Gallimard, juin 2010, 234 pages, prix : 18,50 €

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Crédit photo couverture : © « d’après photo © Plainpicture / Elextrons 08 » et éd. Gallimard

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