Les jardins d'Hélène

Le nageur dans la mer secrète – William Kotzwinkle

23 Juillet 2014, 18:30pm

Publié par Laure

p. 47 : « Ce sont des choses qui arrivent. Je suis sûre que vous aurez plus de chance la prochaine fois. »

 

 

Traduit de l'américain par Jean-Paul Gratias

 

Texte original datant de 1975, traduit pour la première fois en français en 1998 et publié chez Actes Sud (où il existe en Babel poche aussi), cet éditeur français le republie cette année dans sa belle collection « les inépuisables », qui comme son nom l'indique, est faite pour durer. Tant sur le plan de l'objet, soigné, couverture rigide toilée, beau papier, ruban de satin, que sur le fond, un petit bijou que l'on conserve et transmet.

 

J'ai ouvert ce nageur dans la mer secrète sans savoir de quoi il parlait, sinon que la poésie du titre m'évoquait l'idée d'une grossesse. Et c'est bien de cela qu'il s'agit, d'une naissance, de la perte des eaux à … l'inattendu. Johnny (Laski tout du long du récit) accompagne sa femme Diane à la maternité pour donner naissance à ce premier bébé tant désiré, dix ans d'espoir, le jour est grand.

 

Quel beau récit que cet accouchement où les contractions adoptent le mouvement du ressac de la mer, dans la violence des vagues et l'apaisement temporaire du reflux. Il ne faut pas en dire plus, ce serait gâcher la seconde moitié du récit, sinon que c'est un texte magnifique, indémodable, d'une grande pudeur et beauté. Une sobriété toute travaillée qui rend hommage au sujet délicat de l'histoire. Un coup au cœur, marquant.

 

 

(à ne pas offrir à une femme enceinte toutefois).

 

p.27 : « La vague revient, les emportant sur une mer de souffrance, et Laski se demanda encore pourquoi la vie avait cru bon de naître dans l'univers. La beauté limpide de la nuit sur la route, lorsque toutes les étoiles semblaient les couver du regard, disparaissait maintenant sous un flot de sueur. Le plus beau visage qu'il eût jamais vu paraissait à présent bouffi, cramoisi, et disgracieux. »

 

p.37 : « Il se souvint tout à coup du bébé, du petit nageur dans la mer secrète. Il se démène, lui aussi, il se bat pour nous rejoindre, il lutte tout comme nous. »

 

Lu le 19 juillet 2014 dans le TGV entre Le Mans et la gare TGV de Haute-Picardie, perdue dans la nuit au milieu de nulle part, dans un train imprévu sur un parcours alternatif après deux heures de retard dues à un énième "accident de personne" qui traduit pudiquement un suicide. Terminé à la gare de Roissy-Charles-de-Gaulle, au croisement ....

 

 

Actes Sud, coll. Les inépuisables, mars 2014, 89 pages, prix : 13 €

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Crédit photo couverture : © Actes Sud

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Mior 10/08/2014 11:04

Une lecture que j'avais trouvée très éprouvante...

sylire 23/07/2014 21:22

Chouette, je l'ai dans ma PAL !