Les jardins d'Hélène

Les tomates de Monsieur Michel

28 Septembre 2009, 19:47pm

Publié par Laure

Non ce n'est pas un titre de la rentrée littéraire qui vous aurait échappé, c'est juste histoire de vous donner à lire, à vous qui passez chaque jour le clic à affût et la déception au bout de l'écran. (j'en ai repéré deux ou trois, des cliqueurs fous, si si)

©http://laelew.canalblog.com

Donc, commençons cette histoire :
J'ai quelques voisins, que je connais peu, nos vies actives qui s'entrecroisent oblige.
Mais en ce moment, je trouve régulièrement sur la table de la terrasse des tomates. Plein de tomates. Monsieur Michel en a trop dans son jardin, et sa femme en a peut-être un peu assez de manger des tomates. Alors on mange des tomates nous aussi, des salades, des quiches, et ce soir j'avais préparé un plat de 12 tomates farcies. Autant dire qu'il y en a pour 3 jours, mes filles ayant décrété qu'hormis les pâtes, rien n'est comestible dans cette maison. C'est toujours utile d'avoir un ado de 15 ans dans ces cas-là, lui il mange pour 3. Et je me suis dit que j'allais aussi tenter une sauce tomate maison : j'ai épluché des tas de tomates, j'ai haché des oignons, émincé de l'ail, cueilli du basilic frais dans les petites plantations de Mosquito, ajouté de l'origan, du sel, du poivre, un peu de sucre pour l'acidité, et laissé mijoté ça trèèèès longtemps. Au final, j'ai une pleine cocotte de sauce tomate. 4,5 litres, la cocotte. Les filles se disent qu'avec ça, au moins, c'est sûr qu'on va manger des pâtes ! J'ai rempli des boîtes et des bocaux, je vais congeler et donner aux collègues, même les cochons d'Inde en sont rendus à manger des morceaux de tomates deux fois par jour. Heureusement ils adorent ça. Parce qu'en juin / juillet, aucun succès avec les courgettes de Paulette.

Et vous savez quoi ? Malgré tout mes efforts, il en reste encore des tomates !

Et quand Monsieur Michel dit je vous apporterai 4 ou 5 tomates, il voulait sûrement dire 4 ou 5 kg de tomates. Deux fois par semaine. 

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Irène sur le plancher des vaches - Frédéric Michaud

21 Septembre 2009, 06:18am

Publié par Laure

En dix courts chapitres qui sont autant de nouvelles, Frédéric Michaud évoque la vie du petit village d’Abbéfontaine, dans le Jura, et la disparition de ses paysans, par autant de petits sauts de cinq ans de chapitre en chapitre, des années 60 à 2005.

1960, Irène Gauthier est une enfant qui avec ses sœurs passe ses week-ends à aider son père à l’épierrage des champs. Que ces cailloux à enlever avant le passage du tracteur pèsent lourds ! Et comme elle préfèrerait vivre sa vie d’enfant à jouer et à rêver plutôt qu’à aider aux champs ! D’emblée, Irène m’a touchée, car des adultes aujourd’hui encore marqués par cette activité lorsqu’ils rentraient du pensionnat en fin de semaine, qui en voulaient à leurs parents sans oser le dire, j’en ai connus, qui en parlent encore, et j’ai retrouvé dans ce récit de Frédéric Michaud toute la réalité d’une époque et d’un milieu de vie. J’ai quitté Irène à regret, espérant la retrouver quelques chapitres plus loin, ou au moins à la fin (ce qui est le cas, je vous rassure). Et l’auteur nous offre ainsi des tranches de vie de ce petit village jurassien perdant au fil des lustres ses paysans, l’agriculture se mécanisant, se modernisant, s’intensifiant, vouant à la disparition les petites fermes familiales et la campagne à un dortoir pour citadins en mal de verdure.

Ah qu’ils sont attachants ces personnages et comme on aimerait les suivre plus longtemps ! La vieille fille Perticoz en 1965, la Madeleine Tush et l’opération bol de riz pour l’Ethiopie en 1985, tous les habitants du village qui répondent à l’invitation du prêtre à venir partager un bol de riz et offrir en aumône la différence financière d’un repas normal, pauvre prêtre qui les voit tous débarquer avec leurs cocottes de riz au lard, leur lapin à la moutarde, c’est qu’à la campagne, on a besoin de plats qui tiennent au corps ! Et l’Ethiopie, va savoir où c’est ! Et la difficulté de cette fille qui tente de dire à sa mère qu’elle s’est séparée de son conjoint et cette mère qui ne veut rien entendre, focalisée sur la « nouvelle » cuisine de sa fille (1990).

J’ai une tendresse particulière pour ce livre de Michaud, pour sa construction originale, pour sa façon si perspicace de décrire la vie, les faiblesses et les défauts de ses personnages. Comme j’aurais aimé que ce livre soit plus long !

 

p. 68 : « Madame Bluem était née à Abbéfontaine et y avait toujours vécu, mais elle l’avait toujours vu « d’en bas ». D’ici, la vue n’était pas seulement dominante, on découvrait l’arrière des maisons, une vie cachée faite d’épaves de voitures, de clapiers, de balançoires, de fil à linge et de petites constructions annexes ayant échappé à tout permis de construire. C’était un terreau d’informations sur la vie des gens. » Et ce terreau, Michaud le cultive à merveille. Irène sur le plancher des vaches est son premier roman ; on ne peut que souhaiter qu'il y en ait d'autres.

 

Ed. Delphine Montalant, septembre 2009, 106 pages, prix : 15 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Catherine Mantelet et éd. D.Montalant

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L'arbre du voyageur - Jean-Paul Tapie

16 Septembre 2009, 08:38am

Publié par Laure

Denis Hoareau vit en Vendée, divorcé, avec pour seule passion la course à pied. Lorsque sa mère meurt à Bordeaux, ses quatre frères et sœurs renouent avec lui pour lui confier une mission : la dernière volonté de leur mère : que ses cendres soient répandues au pied d’un arbre du voyageur, à un endroit bien précis dans le cirque de Mafate, à la Réunion. Pourquoi lui ? Lui qui justement souffre toujours de n’avoir pas été aimé par sa mère (du moins le croit-il), contrairement à ses frères et sœurs, qu’a-t-il donc de différent ? Que s’est-il passé ? Pourquoi leur père est-il resté à la Réunion et pourquoi ne le voient-ils plus ?

En accomplissant sa mission, en même temps qu’un retour aux sources, Denis va découvrir les secrets de sa mère, la grande passion qui l’a dévorée sur l’île Bourbon, et l’histoire (plus étonnante) de sa filiation. Certes on pressent assez vite ce qui va se passer, passion romanesque et tout et tout, mais c’est agréable à lire, d’autant plus quand on peut visualiser tous les lieux réunionnais cités. Un beau retour au voyage. L’auteur nous offre même le récit du passage d’un cyclone, toujours surprenant même si les Réunionnais y sont habitués.

 

L’auteur, né à Bordeaux et ayant longtemps vécu en métropole, s’est installé à la Réunion en 2000.


[Non je n’ai pas décidé de ne lire dorénavant que des livres sur la Réunion, les hasards des cadeaux vont parfois bien ensemble, c’est tout !]

  

Voir des photos de l’arbre du voyageur  

 

Ed. Orphie, 2003, 186 pages, prix : 12,95 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : éd. Orphie

Crédit tout court : merci Véro !

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Ancrés à Mafate, ouverts sur le monde : regards d'enfants

11 Septembre 2009, 14:05pm

Publié par Laure


En février 2009, j’ai passé une dizaine de jours de vacances sur l’île de la Réunion. Souvenez-vous, il gelait à Paris et nous avions là-bas 35°, une mer transparente et plein de petits poissons pour nous chatouiller les pieds.

La mer, le volcan, les cirques. Je ne suis pas allée au cirque de Mafate, j’ai juste profité d’un superbe panorama depuis le piton du Maïdo. Le cirque de Mafate est un lieu exceptionnel à la Réunion : on n’y accède que par hélicoptère ou par des chemins de randonnées. Des habitants y sont installés, des enfants vont à l’école, il y a une vie à Mafate, ce n’est pas qu’un paysage !

Cet album en est le reflet, entièrement réalisé par les enfants de Mafate, avec les souvenirs aussi, de quelques unes de leurs mamans. A l’origine, il y a un projet, celui de Geneviève Ceccaldi, intitulé « Livres sur l’Autre, Livres pour l’Autre », pour faire découvrir aux enfants la vie d’autres enfants à travers le monde. Un livre devait être réalisé par des enfants à Madagascar, mais le projet prenant du retard, ce sont les enfants de Mafate qui ont inauguré la collection « Enfants de l’Océan Indien ». Grâce au travail de Monique Juhel, directrice de l’école de La Nouvelle et de ses collègues, ce sont six années de travail qui ont été synthétisées dans un livre. Ancrés à Mafate, ouverts sur le monde, est donc rédigé par les enfants des écoles primaires du cirque, qui expliquent leur vie à Mafate, l’illustrant de nombreux dessins et photos. Beaucoup rêvent de devenir pilotes d’hélicoptères, parce que l’hélicoptère est crucial à Mafate : il amène les ravitaillements, les matériaux de construction, les médecins, etc. C’est le seul moyen de transport pour rejoindre le reste de l’île.

On découvre dans ce livre le quotidien des enfants, ce qu’ils aiment, la cuisine créole, les commerces, leurs jeux, le facteur qui marche plus de dix heures par jour pour distribuer le courrier, les touristes qui viennent passer une ou deux nuits en gîtes, mais aussi leur ouverture sur l’extérieur : des classes de mer à Ouessant (imaginez : La Réunion – Ouessant !), des séjours en Afrique du Sud, mais aussi des classes découverte de leur île, il n’est pas toujours nécessaire d’aller très loin pour apprendre plein de choses !

J’ai aimé leurs anecdotes, surtout celle-ci : « L’équipe de l’émission télé [C’est pas sorcier] est venue à La Nouvelle pour enregistrer une émission avec nous. Pour faire le film, on a mis une journée entière, il fallait recommencer plusieurs fois la même scène. Mais nous n’avons aucune photo, car Fred et Jamy les ont emportées. Quand on a regardé l’émission à la télé, on a vraiment trouvé ça très court. Ce fut une belle expérience quand même. » Ah bah alors, Fred et Jamy, partir avec les photos, non mais quoi, c’est pas sympa ça ! J’espère que depuis vous leur en avez renvoyé quelques unes !

Une autre qui forcément « me parle » : « Le cyclone Dina avait cassé la bibliothèque des Orangers. Tous les livres étaient mouillés et on ne pouvait plus rien faire avec. Même le gros dictionnaire était noyé dans la flaque d’eau. On serait content d’avoir des livres neufs à Mafate, chaque enfant doit pouvoir prendre un livre le soir et le maître raconter des histoires. Sans bibliothèque nous étions tristes, surtout depuis que le boeuf avait mangé les derniers « papiers ». J’imagine (j’espère !) que depuis des livres sont venus remplir à nouveau votre bibliothèque, et si tous les lecteurs de ce blog vous envoyaient un petit livre, elle serait encore plus grande votre bibliothèque ! Chiche mes lecteurs ? L’adresse des écoles de Mafate, ça doit se trouver non ?  


Bravo en tout cas pour ce beau projet, cet album traduit bien toute la vie et l’amour des petits Mafatais pour leur cirque. Il suffit de quelques enseignants ou éducateurs passionnés, des enfants curieux de tout, et voilà le résultat : un bel album entièrement conçu par eux !

 

En savoir plus sur le livre et l’éditeur : l’article de Ricochet  

En savoir plus sur l’initiatrice du projet : Geneviève Ceccaldi

 

Merci à Geneviève bien sûr, qui au hasard du net, m’a envoyée ce livre. Et un autre dont je vous parlerai bientôt, sûrement !

 

Ed. Orphie, 2007, 55 pages, prix : 13 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : éd. Orphie et tout le collectif de l’ouvrage J

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Le rapport de Brodeck - Philippe Claudel

10 Septembre 2009, 10:18am

Publié par Laure

Il y aurait tant à dire sur ce très riche roman de Philippe Claudel que je ne sais par où commencer. Et tout ce qu’on pourrait en dire ne remplacerait pas sa lecture !

Je n’avais jamais lu Claudel jusqu’à présent, malgré les critiques élogieuses sur la plupart de ses titres. [Il y a tant à lire et on ne peut pas tout lire !] Mais voilà que je vais bientôt suivre un stage de deux jours sur la mise en place d’un café littéraire, et que la formatrice nous demandait par avance de lire quelques livres dont celui-ci. Je suis très curieuse de ce que l’on va en faire ! On peut en faire tant de choses tant il y a matière dans ce roman !

 

Brodeck est donc chargé par les habitants de son village de rédiger un rapport sur le meurtre collectif de l’Anderer, un habitant étranger et solitaire qui s’était installé dans leur village et qu’ils ont fini par tuer. Brodeck lui, n’a rien fait, mais il sait écrire, alors c’est à lui qu’on confie cette mission. On découvrira peu à peu pourquoi les hommes se sont acharnés sur l’Anderer, tout comme l’on découvrira l’histoire de Brodeck.

Claudel a une façon si particulière de dire l’indicible : dans un détachement total, Brodeck raconte l’horreur des camps de déportés dont il est revenu, la délation au village, le drame enduré par sa femme pourtant restée au bourg, la peur, la culpabilité, la médiocrité et la petitesse des âmes. C’est un livre sombre qui dit beaucoup de la nature humaine dans ce qu’elle a de plus bas, mais aussi de plus beau, dans l’amour et la confiance, l’intelligence et la bêtise, le tout porté par une écriture somptueuse, simple mais parfaitement adéquate.

 

p. 319 : « Je ne sais pas si l’on peut guérir de certaines choses. Au fond, raconter n’est peut-être pas un remède si sûr que cela. Peut-être qu’au contraire raconter ne sert qu’à entretenir les plaies, comme on entretient les braises d’un feu afin qu’à notre guise, quand nous le souhaiterons, il puisse repartir de plus belle. »

 

Ce roman a eu le Prix Goncourt des Lycéens en 2007.

Il est sorti en poche en 2009.
 

Ed. Stock, août 2007, 400 pages, prix : 21,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Hubert Michel et éd. Stock.

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Un soir, j'ai divorcé de mes parents - Rachel Hausfater

9 Septembre 2009, 10:56am

Publié par Laure

Le jeune lycéen narrateur de l’histoire vient de subir de plein fouet le divorce de ses parents. Il n’en peut plus de voir sa mère effondrée et son père envolé. Alors c’est décidé, il divorce lui aussi, de sa mère, de son père, et de lui-même leur enfant. Profitant de l’absence de communication entre ses parents et du déménagement de son père, il cache à sa mère le fait qu’il ne pourra plus voir son père un week-end sur deux, et profite de ces week-ends libérés pour vivre seul sa vie dans une chambre de bonne familiale, en secret.

Besoin de distance pour se recréer lui-même, pour mûrir plus vite, comme sans doute l’oblige souvent un divorce pour des adolescents.

L’écriture de l’auteur m’a d’abord gênée, trop travaillée, beaucoup de jeux sur les sons, les rimes, la langue, c’est sympathique, mais trop c’est trop, fatigant. Exemple : (p. 19, sur sa mère) « Pendant des heures elle erre, randonneuse en détresse, elle déambule en somnambule, et arpente en aveugle les rues sans issue de notre appartement. Elle tourne en rond, en rien, en vain. Elle ne va nulle part et n’y arrive même pas. Car elle s’est perdue.

Et moi, je l’ai perdue. »

Le texte m’a souvent fait l’effet d’avoir besoin d’être slamé, clamé, déclamé à voix haute. On s’y fait, l’effet se calme un peu ensuite, ou je n’y ai plus prêté attention.

L’histoire est courte et agréable à lire quand même, mais je la trouve au final peu crédible : trop adulte, trop mature, trop de réflexions toutes faites sur le divorce, sensées mais très « magazines psy » vues partout, l’auteur n’a pas su à mon goût s’effacer suffisamment pour laisser vivre son personnage,  du coup il semble déclamer un discours qui n’est pas le sien. Et puis pouvoir vivre aussi longtemps seul les week-ends sans que ses parents s’en rendent compte, mouais…

 

L’avis assez identique de Clarabel

 

Ed. Thierry Magnier, mars 2009, 125 pages, prix : 7,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Claude Cachin et éd. Th. Magnier.

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L’étrange histoire de Benjamin Button, un film de David Fincher (2009)

6 Septembre 2009, 13:29pm

Publié par Laure

Avec Brad Pitt, Cate Blanchett, …
Durée : 2h 35 min


Synopsis : "Curieux destin que le mien..." Ainsi commence l'étrange histoire de Benjamin Button, cet homme qui naquit à 80 ans et vécut sa vie à l'envers, sans pouvoir arrêter le cours du temps. Situé à La Nouvelle-Orléans et adapté d'une nouvelle de F. Scott Fitzgerald, le film suit ses tribulations de 1918 à nos jours. L'étrange histoire de Benjamin Button : l'histoire d'un homme hors du commun. Ses rencontres et ses découvertes, ses amours, ses joies et ses drames. Et ce qui survivra toujours à l'emprise du temps...

Certes, l’histoire est hors du commun : un bébé naît avec le corps et le physique d’un homme de 80 ans, et au fur et à mesure qu’il vieillit, son corps et son physique rajeunissent… donc il devient un jeune et beau Brad Pitt… qui n’en finit pas de jouer à suis-moi je te fuis fuis-moi je te suis avec son amoureuse d’enfance, Daisy. Le film dure 2h35 et je mentirais en disant que je ne l’ai pas trouvé trop long, surtout vers la fin de la 1ère heure, avant que l’histoire d’amour ne démarre réellement en gros. Courant vers une fin inéluctable sur fond de cyclone Katrina dans le temps de la narration, c’est certes un film très plaisant par moments, un peu convenu à d’autres, souvent fade, lisse, sans éclat, sans réflexion profonde, juste un beau miroir tendu à Brad Pitt qui rajeunit et Cate Blanchett qui vieillit.
Je l’ai vu en DVD et c’était bien ainsi : j’ai pu faire une pause et reprendre plus tard au moment un peu lassant du marin en guerre. Sobre et sans surprise.
 

Brad Pitt et Cate Blanchett
© Warner Bros. France Galerie complète sur AlloCiné

Etoiles :

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Le nouvel amour - Philippe Forest

5 Septembre 2009, 06:29am

Publié par Laure

Dans mon esprit, Philippe Forest est l’écrivain de l’enfant perdu (cf ce titre, entre autres). Celui qui d’un livre à l’autre parle du décès de sa petite fille, et de la façon dont lui-même et son épouse l’ont vécu. Ici, il se fait plus intime, plus impudique, en décryptant son nouvel amour, tant dans sa façon de l’approcher par la réflexion que dans ses problèmes d’érection. J’avoue avoir été nettement moins intéressée et partager souvent de l’avis de Bernard, internaute qui en parle ici.

Pourtant, je ne réussis pas à désapprouver complètement ce livre non plus. Sa relation triangulaire entre son épouse qu’il ne réussit pas à quitter (elle reste la mère de l’enfant qu’ils ont perdu, et ils sont les seuls à pouvoir partager cela) et Lou, la jeune femme qui devient sa maîtresse et avec qui il ne parvient pas à vivre totalement, est décortiquée dans sa moindre pensée, dans son moindre échec ou bonheur, un tel jusqu’auboutisme dans l’écriture est surprenant. Il reste néanmoins de très belles pages sur l’amour dans lesquelles on peut davantage se retrouver, parce que pour le reste, même si la démarche est très littéraire, la vie sexuelle de Monsieur Forest ne m’intéresse guère.

Mais parce que c’est plus que cela, ce nouvel amour mérite qu’on s’y arrête, et je ne me dépars pas de l’idée de lire tout Philippe Forest, pour le deuil, et pour sa façon d’entrer en littérature.

 

P. 90 : « Aux toilettes quand elle voulait que je la rejoigne, elle laissait la porte ouverte. J’entrais. Je m’agenouillais sur le carrelage devant elle et l’embrassait profondément, faisant tourner ma langue dans sa bouche tandis que j’écoutais le bruit qu’elle faisait en se vidant dans la cuvette, la robe relevée, les cuisses découvertes sur lesquelles je posais mes deux mains que je remontais jusqu’à ses hanches. J’écris ces choses non pas parce que je les pense uniques – avec toute femme amoureuse de moi, j’ai vécu les mêmes scènes – mais parce que je ne les ai jamais lues dans un livre. »

 

p. 94 : « J’aimais tout de Lou et pourtant je ne cessais jamais complètement de penser à Alice.

L’amour de l’une n’enlevait rien à l’amour de l’autre et le laissait intègre, intact. Chacun de ces amours faisait naître comme un monde à part et parallèle où il était le seul souverain. »

 

 

Folio Gallimard, janvier 2009, 213 pages, prix : 5,50 €

Etoiles :

(Merci à Clarabel !)

Crédit photo couverture : © Jason Hetherington / Getty Images (détail) et éd. Gallimard

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Les fleurs brûlées - Nadine Monfils

4 Septembre 2009, 07:19am

Publié par Laure

Paris, septembre 1676. Marie-Madeleine vit recluse avec sa chambrière, fuyant la vie et le tumulte de la ville, gardant pour elle son secret : sa mère, la marquise de Brinvilliers, a été guillotinée en place de Grève, pour ses multiples implications dans l’affaire des Poisons. Sa fille, qui porte le même prénom, ne peut accepter les horreurs et meurtres perpétrés par sa mère et n’arrive pas à dépasser ce lourd héritage moral, même si elle n’est en rien responsable des actes de sa mère. Elle vit désormais le plus discrètement possible, même Jeanne sa chambrière ne sait rien de son histoire.

Mais un beau jour, Marie-Madeleine reçoit des colis inquiétants, qui laissent entendre que quelqu’un sait qui elle est et veut lui faire payer les crimes de sa mère.

L’aspect policier du roman (qui envoie ces colis et pourquoi ?) passe vraiment au second plan dans le roman. Le sujet principal me semble plutôt être la « reconstruction » de la jeune femme, le regard qu’elle va pouvoir poser sur sa mère après le soutien et l’affection que lui a apportés La Reynie, Chef de la Police parisienne ayant fait condamner sa mère.

Un roman qui devrait plaire aux jeunes lectrices (dès 12-13 ans quand même) qui affectionnent les romans historiques, car celui-ci notamment part d’une trame réelle, les personnages ayant réellement existé. Seule l’intrigue développée autour du devenir de la jeune Marie-Madeleine est imaginaire.

A la fin du roman, de courtes notices retracent l’affaire historique des poisons et la biographie des personnages (La Voisin, La Brinvilliers, Nicolas Gabriel de La Reynie, Louis XIV…)

Une façon sympathique aussi de réviser l’Histoire !

 

Mijade, 2009, 142 pages, prix : 7 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Guy Servais / Shutterstock et éd. Mijade

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Les âmes sombres - Marc Vlieger

3 Septembre 2009, 09:28am

Publié par Laure


Une BD choc et tendre qui ne laisse pas indifférent ! Les âmes sombres de ces planches sont noires, très noires, violentes et abjectes. Et pourtant…

Mélodie, une petite mamie à cheveux blancs a tout quitté pour suivre sa route en écoutant ses voix intérieures, dormant ici ou là comme tout SDF, ayant foi en la bonté des gens. Recueillie par une famille de sans papiers, cette humanité ne durera que quelques heures, car un gang de voyous, alcooliques, drogués, et ultra violents, sans âme et sans morale, dirigés par un certain Ralf, surgit dans le squat. La mamie est contrainte de leur faire à manger. De casses en violences diverses, ces âmes sombres qui se moquent sans vergogne des gentils proverbes de la petite mamie vont finir par laisser leur cœur se fendiller… l’un d’entre eux du moins, Brice.

On est constamment partagé dans cette BD, entre la violence et les actes violents qu’on ne peut accepter, et l’espérance et l’humanité de la mamie. Forcément, on va jusqu’au bout, tentant de passer cette noirceur d’âme sans fond, parce qu’on sent qu’il y a une lueur d’espoir, et qu’on a envie d’y croire.

Un très bon album, comme souvent dans la collection Mirages.

Même si vraiment, j’ai eu du mal avec ces personnages sans foi ni loi, mais c’est ce qui fait la force de l’album aussi, évidemment.

 

Delcourt, collection Mirages, 111 pages, janvier 2007, prix : 14.95 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Marc Vlieger et éd. Delcourt

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