Les jardins d'Hélène

Articles avec #romans etrangers

Faites-moi plaisir – Mary Gaitskill

2 Septembre 2020, 09:03am

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marguerite Capelle

 

Très court roman (une centaine de pages) à deux voix, celle de Quin, éditeur licencié pour conduite « inappropriée » envers ses collègues femmes, et celle de Margot, sa meilleure amie, qui comprend la sanction infligée mais la trouve injuste. Tous deux vont tenter de comprendre et dénouer ce qui relève d’une nouvelle époque. Sans que jamais ce ne soit dit, #MeToo est passé par là.

Aujourd’hui l’ambiguïté, le jeu, le flirt, ne passent plus. Si Margot est amie avec lui, c’est parce qu’un jour elle lui a dit NON, clairement, de manière forte et affirmative. Il a cessé. Quel jeu jouent ces autres femmes qui semblent consentir et qui après portent plainte ? Le jeu est-il allé trop loin sans que les protagonistes n’en soient conscients ? Était-il trop ambigu ?  Les questions soulevées sont intéressantes et n’ont pas de réponse simple. Mais l’on comprend le désarroi de cet homme. Tout comme l’on désapprouve son attitude. Mais quid alors du non-choix de la femme ? Parce que les hommes sont comme ça et en position dominante ? Margot l’a fait dès le début de leur amitié, ce choix du non. Le récit de Quin montre bien le changement d’époque également. De ce que deux adultes consentants pouvaient faire en boite de nuit il y a trente ans et qui est devenu une conduite à risque aujourd’hui. Non pas sexuel, mais juridique.

Si la fin du roman souligne enfin tout son enjeu, je me suis quand même ennuyée tout du long, peinant à comprendre la forme choisie. Pourtant elle fonctionne très bien, une fois encore, c’est la fin qui redore l’ensemble, mais il aurait fallu cent pages à cette même hauteur.

 

p. 88 : « - Qu’est-ce que tu comprends ? a-t-elle demandé. […] Que c’en est terminé des hommes comme moi. Qu’elles sont en colère à cause de ce qui se passe dans ce pays, ce gouvernement. Elles ne peuvent pas s’en prendre au roi, alors elles se satisfont du fou. Elles ne gagneront peut-être pas aujourd’hui, mais à la fin elles gagneront. Et qui suis-je pour m’interposer ? Je n’ai pas envie de m’interposer. »

 

 

Éditions de l’Olivier, mars 2020, 104 pages, prix : 13 €, ISBN : 978-2-8236-1633-0

 

 

Crédit photo couverture : © Noma Bar / Dutch Uncle / et éd. de l’Olivier.

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Glory – Elizabeth Wetmore

1 Septembre 2020, 15:33pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Emmanuelle Aronson. Titre original : Valentine

 

15 février 1976, Odessa, dans les champs pétrolifères du Texas, sous une chaleur aride, Gloria Ramirez, quatorze ans et des poussières, se réfugie chez Mary Rose Whitehead ; elle a peiné à se trainer jusqu’à la première maison en vue, sévèrement battue et violée au cours de la nuit de la Saint Valentin tout juste passée. Elle en sort si détruite qu’elle décide qu’elle ne se nommera plus jamais Gloria, mais Glory, amputant son prénom de son dernier son.

S’ouvre alors un roman choral donnant la parole aux femmes, d’âges et de milieux sociaux différents. Toutes vont dénoncer la condition féminine, le racisme, le patriarcat, le sort tout tracé des femmes, et c’est loin d’être simple pour elles d’oser le faire.

Le thème et les personnages rencontrés dégagent une force qui interpelle, mêlant dureté de la position féminine et du climat sec, chaud et aride. Malgré quelques longueurs vers le milieu du livre, on s’attache volontiers à ces femmes que l’on aimerait pouvoir défendre et encourager.

Un roman âpre et magnétique à la fois. A découvrir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Escales, août 2020, 320 pages, prix : 21,90 €, ISBN : 978-2-36569-459-9

 

 

Crédit photo couverture : © Hokus Pokus créations

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Je m’appelle Lucy Barton – Elizabeth Strout

10 Août 2020, 13:24pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Brévignon.

C’est une histoire simple, mais habilement construite. Celle d’une enfance malheureuse, de la grande pauvreté, d’un lien familial distendu, d’une violence sourde mais qui marque à jamais Lucy, qui revient sur sa vie lors d’une hospitalisation de neuf semaines, dans les années 1980 à New-York. On ne saura pas vraiment la nature de son hospitalisation, peu importe, c’est l’occasion de renouer avec sa mère, qu’elle n’avait pas vue depuis de nombreuses années. Lorsque l’état de santé de Lucy devient fragile, la mère s’enfuit et ne donne plus signe de vie. Pourtant dans ces quelques jours d’échanges, timides, l’amour, maladroit, s’est exprimé.

Le récit court jusqu’au temps présent, où Lucy est devenue écrivain, à travers le chemin d’une vie de couple assez ordinaire : un mariage, deux fillettes, un divorce, un nouveau compagnon, la mort des parents…

C’est un très beau roman que nous offre Elizabeth Strout, tout en nuances et subtilité.

J’ai aimé tout particulièrement les incises sur ses rencontres avec l’écrivain Sarah Payne, la manière de construire un roman et la voir s’appliquer à l’écriture en court, du texte écrit par Lucy, ce roman que l’on a entre les mains. On y croise aussi la stigmatisation du début des années SIDA, ces portes de chambres d’hôpital marquées d’un autocollant jaune : attention ici un malade AIDS (en 2020 en France, on y a vu des post-it jaunes marqués Covid+ ou C+, même façon de marquer le risque ou la peur)

Un univers sensible et grave mais néanmoins apaisé, comme je les aime.

 

 

Le livre de poche n° 34485, septembre 2019, 177 pages, prix : 7,40 €, ISBN : 978-2-253-07422-9

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Le livre de poche / Shutterstock

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Isabelle, l’après-midi – Douglas Kennedy

20 Juillet 2020, 09:57am

Publié par Laure

Traduit de l’américain par Chloé Royer

 

Sam, jeune étudiant américain, est en stage à Paris dans les années 1970. Il rencontre Isabelle, plus âgée que lui, mariée. Ils débutent une liaison selon les règles fixées par Isabelle : elle ne changera pas de vie, mais elle le reçoit dans son studio de travail les après-midis de cinq à sept.

 

La première partie est lente et longue à s’installer, et donne un sentiment de déjà vu déjà lu sans grande originalité. Puis les choix de vie de Sam et sa liaison contrariée vont remettre un peu de sel dans l’histoire, qui s’étend sur plus de trente ans. La complexité du personnage de Rebecca, son épouse, apporte un peu de densité, l’ensemble n’en reste pas moins un parcours de vie au goût de drame sentimental, dans lequel les femmes ont toutes un lourd bagage psychologique avec moult défauts et contradictions, alors que Sam semble le plus raisonnable et empathique des hommes. Un héros tourmenté mais sans reproches ?

 

Si Isabelle, l’après-midi est son roman le plus intime (c’est Douglas Kennedy lui-même qui le dit), il n’est à mon sens pas son meilleur, très loin de la Poursuite du bonheur par exemple.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Belfond, juin 2020, 308 pages, prix : 22,90 €, ISBN : 978-2-7144-7405-6

Etoiles : 3/5

Crédit photo couverture : © Justin Case / Stone / Getty images / et éd. Belfond

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L’été des oranges amères – Claire Fuller

9 Juillet 2020, 09:35am

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Mathilde Bach

 

Le roman s’ouvre sur les derniers jours d’une femme à l’hôpital. Au fil des visites du personnel médical et d’un ancien vicaire qu’elle a connu plus jeune, Frances Jellico remonte dans ses souvenirs jusqu’à l’été 1969, où elle fut chargée de faire l’inventaire patrimonial et architectural d’un manoir délabré perdu dans la campagne anglaise. A sa grande surprise elle n’est pas seule, la bâtisse est occupée par un couple étrange, Cara et Peter, sympathiques mais de plus en plus intrigants.

 

Frances découvre un judas dans le plancher de sa chambre, qui lui permet d’espionner le couple dans la salle de bain juste en dessous. Petit à petit, Peter et Cara vont devenir amis avec Frances, l’emmener partout avec eux, partager leurs souvenirs.

 

Le roman tient dans son atmosphère, étrange, lourde, mystérieuse. Il ne se passe pas grand-chose et les confessions de Cara sont troublantes, fabule-t-elle ? Que s’est-il réellement passé ? Que cache ce charme discret qui vire à l’emprise ?

 

La fin inattendue offre un retournement intéressant et permet de reconsidérer l’ensemble du roman, qui sans cela j’avoue m’a souvent ennuyée. Mais avec ce nouveau regard, l’intrigue déploie toute son ampleur et démontre le talent de l’auteur.

 

Un roman que j’ai trouvé toutefois un cran en dessous de son précédent, Un mariage anglais.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Stock, coll. la cosmopolite, juin 2020, 416 pages, prix : 22,50 €, ISBN : 978-2-234-08714-9

 

 

 

 

Crédit photo couverture : © photographie : © AKG Images / Getty images, et éd. Stock

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Les livres d’Emmett Farmer – Bridget Collins

16 Mars 2020, 18:18pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Dominique Defert

 

Emmett travaille à la ferme de ses parents et se remet d’une maladie qui l’a laissé très affaibli lorsqu’il reçoit une lettre le conviant à devenir apprenti enlivreur auprès d’une vieille dame, qui va lui enseigner les rudiments de son art et de la fabrication des livres dans son atelier.

Il lui est impossible de refuser. Ainsi démarre sa nouvelle vie auprès de Seredith. « La femme était vieille et squelettique, avec des cheveux blancs, un visage parcheminé, des lèvres presque aussi pâles que ses joues. »

 

Elle lui explique ainsi son métier : « On enlivre ce dont les gens ne veulent plus se rappeler. Ce qui est trop lourd à porter. On met leurs souvenirs là où ils ne peuvent plus faire de mal. Ils nous livrent leurs souvenirs. Et on les délivre. Voilà notre travail ! »

Elle exerce gratuitement, dans un souci altruiste, alors que d’autres ont vu l’intérêt d’un business dans cet art de la thérapie, proche de la fantasy dans ce roman bien évidemment, mais qui peut faire penser aux amnésies traumatiques, à la psychothérapie et à la psychanalyse.

 

Emmett apprend ce métier jusqu’à ce qu’il découvre un livre à son nom, montrant qu’il a lui-même été enlivré. Et c’est par le biais d’un retour en arrière que l’autrice nous livrera les souvenirs qu’il a enfermés dans son livre. Une belle histoire d’amour contrariée, et refusée par sa famille.

 

Les récits de fantasy ne sont pas ma tasse de thé, mais j’ai été séduite dès le départ par celui-ci, par l’écriture, l’histoire, les personnages secondaires qui gravitent autour d’Emmett. Et j’ai aimé l’idée que dans cette histoire, des faussaires attirés par le gain créentt de toute pièce de faux livres, fausses histoires d’enlivrés qu’on appelle alors … des romans !

 

Une sortie plutôt réussie de ma zone de confort !

 

Je vous le conseille si vous aimez les atmosphères mystérieuses sans date mais un brin denses et troubles, les histoires d’amour somme toute classiques et les sujets originaux…

 

Les Livres d’Emmett Farmer est le premier roman de Bridget Collins qui écrivait auparavant pour la jeunesse.

 

 

 

JC Lattès, octobre 2019, 526 pages, prix : 22 €, ISBN : 978-2-7096-6180-5

 

 

 

Crédit photo couverture : © Manon Bucciarelli et éd. JC Lattès

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Le petit garçon qui voulait être Mary Poppins – Alejandro Palomas

13 Janvier 2020, 11:01am

Publié par Laure

Traduit de l’espagnol par Vanessa Capieu

 

Guillermo, le plus souvent appelé Guille, a 9 ans et une imagination débordante. A son institutrice il répond lors d’un exercice qu’il voudrait plus tard être Mary Poppins, parce que son mot magique supercalifragilisticexpialidocious peut changer la vie. Ses dessins, riches de détails, sont surprenants et alertent son enseignante. Le petit garçon semble heureux dans son monde imaginaire, mais cette attitude cache-t-elle quelque chose ? le père, convoqué, se referme sur lui-même et refuse le dialogue. Il n’apprécie guère les jeux « féminins » de son fils. Et cette maman disparue, en voyage longue durée pour le travail, qu’en est-il réellement ?

 

C’est à travers un roman choral qui donne la parole tantôt au petit garçon tantôt à la psychologue scolaire, à l’enseignante, ou encore au père que le fil de l’intrigue se dénouera.

 

Si le lecteur comprend assez vite l’enjeu du roman (et la raison de l’absence maternelle), la réussite du roman tient dans son cheminement, sa douceur, sa bienveillance, son attention à l’autre, et l’expression des émotions de chacun. Le roman fait également un pas de côté en évoquant le mariage forcé dans d’autres cultures à travers le personnage de la petite Nazia, qui ne pourra participer au spectacle final et jouer le fameux rôle de Mary Poppins, pour des raisons dramatiques.

 

Sans être un grand roman, un hijo (de son titre original que je trouve plus adapté) offre un agréable moment de lecture, qui émeut sans être larmoyant. Une réussite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cherche-Midi, janvier 2020, 224 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-7491-5863-1

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd Le Cherche Midi

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Les mutations – Jorge Comensal

30 Août 2019, 19:57pm

Publié par Laure

Traduit de l’espagnol (Mexique) par Isabelle Gugnon

 

Ce premier roman d’un auteur mexicain est une découverte originale et colorée d’une littérature que je connais peu. Ramón, avocat, est atteint d’une tumeur rare à la langue, qui nécessite son ablation. C’en est fini de sa situation professionnelle et financière par la même occasion. Plus que sa femme et ses enfants adolescents, c’est sa femme de ménage qui se soucie le plus de lui et lui offre un perroquet, qu’il prénomme Bénito, un curieux oiseau qui n’a que des injures salaces dans son vocabulaire. Sa femme craint que le volatile ne soit dangereux en apportant des maladies dans la maison, mais Ramón négocie de le conserver en acceptant d’aller voir une thérapeute, psy spécialisée dans l’accompagnement des malades du cancer, elle-même ancienne malade.

 

Tous les personnages qui gravitent autour de lui sont hauts en couleur et le roman prend des allures de tragi-comédie. Rien de triste en dépit du sujet, au contraire, on se surprend à sourire régulièrement, les ambitions des personnages qui se révèlent y étant pour beaucoup. J’imaginais une place plus importante pour ce volatile rutilant en couverture, et j’ai surtout aimé les monologues intérieurs de Ramón s’adressant à la bestiole, dévoilant ses pensées sans fard.

 

Original et séduisant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les escales, août 2019, 208 pages, prix : 19,90 €, ISBN : 978-2-3656-9449-0

 

 

 

Crédit photo couverture : © Hokus Pokus créations et éd. Les escales

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Longue sécheresse – Cynan Jones

16 Août 2019, 14:05pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Pays de Galles) par Mona de Pracontal

 

L’une des vaches de Gareth a disparu. Elle est sur le point de vêler. Inquiet, il part à sa recherche alors que le pays connait une vague de canicule et de sécheresse inhabituelles. Ce parcours sera aussi pour lui celui de l’introspection, le retour sur l’histoire de sa famille, de son couple, de ses enfants, son amour de la terre et des animaux.

 

C’est un roman choral, sa femme Kate livre également ses pensées et secrets, la chronologie est parfois secouée, tout comme leur amour.

 

Il est beaucoup question de maternité, de naissance et de mort, tant chez les animaux que chez les humains.

 

C’est un roman qui déploie la rudesse du monde paysan avec pudeur mais sans en voiler les souffrances, qui dit les douleurs de chacun dans une langue sobre et belle. J’ai beaucoup aimé.

 

 

 

 

Ed. Joëlle Losfeld, octobre 2010, 130 pages, prix : 15,90 €, ISBN : 978-207-078777-7

 

 

 

Crédit photo couverture : © Paul Abbitt / Millenium Images, Londres. / et éd. Joëlle Losfeld

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Les fleurs sauvages – Holly Ringland

5 Août 2019, 11:47am

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Australie) par Anne Damour

 

Illustrations intérieures de Edith Rewa Barrett

 

La petite Alice Hart, neuf ans, vit une enfance malheureuse, en proie à la violence extrême de son père, dont sa mère est victime également. Après un tragique incident, orpheline, elle est recueillie par sa grand-mère, qu’elle ne connait pas. Celle-ci recueille d’ailleurs des femmes que la vie a détruites, et c’est par le biais de la culture et du langage des fleurs sauvages qu’elles pansent leurs blessures morales.

Ce n’est qu’une courte introduction à cette saga foisonnante qui nous présente un personnage attachant, de l’enfance jusqu’à l’âge adulte, qui traversera bien des drames avant de trouver l’apaisement. Résilience, bienveillance sont les mots qui viennent contrebalancer toutes les violences subies. Le pouvoir des livres n’est pas oublié, tout premier refuge de la petite Alice.

 

Une grande fresque romanesque qui prend place dans divers paysages et offre notamment une large place aux terres et traditions aborigènes, qui emporte dans le sillon affectif lié à son héroïne, une grande et belle histoire de femmes et de vie, malgré quelques longueurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

Éditions Mazarine / Librairie Arthème Fayard, mai 2019

 

 

Crédit photo couverture : © Hazel Lam, HarperCollins Design Studio

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