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  • : 44 ans, bibliothécaire, mère de 3 enfants de 22 ans, 20 ans et 15 ans 1/2. Je dépose ici les marques que mes lectures ont tracées.
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Des livres, et plus encore

Je suis tombée dans la lecture à l’âge de 6 ans, je n’en suis jamais ressortie.

Je suis tombée dans les fils de la Toile en 1999, et j’y ai fait de belles rencontres. Des échanges sur feu le libraire en ligne bol.fr repris ensuite par Amazon, des jurys littéraires à la pelle, des plumes magnifiques sur les premiers journaux intimes en ligne initiés par Mongolo et la Scribouilleuse, …, dix-sept ans (?!) plus tard, il en reste une belle toile joliment tissée, des amitiés nées ici ou là, et toujours, l’envie de partager mes lectures.

Bienvenue à vous,

 

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Et la vie dans tout ça

Je n'arrive plus à trouver de temps pour le blog, alors je poursuis ... à mon rythme !

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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 15:10

Traduit de l’américain par Jean-Luc Piningre.

 

Elner Shimfissle est une adorable petite vieille, octogénaire, qui vit seule avec son chat Sonny (7ème du nom), mais à qui sa nièce et quelques amis rendent régulièrement visite. Un matin, alors qu’elle cueille des figues pour faire de la confiture, elle est piquée par un essaim d’abeilles et tombe de l’arbre. Elle est emmenée à l’hôpital et malheureusement son décès est prononcé assez rapidement.

 

Sa famille et tous les habitants d’Elmwood Springs sont émus et réfléchissent déjà à l’hommage qu’ils vont lui rendre. Ils prennent soin de ranger sa maison, récupérer son chat, etc. C’est aussi pour eux l’occasion de s’interroger sur la vie qui peut s’arrêter à tout moment, et donc sur leur propre rapport à la mort, à la famille, aux proches, à l’importance de dire aux gens qu’on les aime tant qu’ils sont là.

 

Mais pendant ce temps-là sur son lit d’hôpital, Elner est bien consciente de tout ce qui l’entoure, sans comprendre ce qu’il lui arrive. Elle est en train de vivre ce qu’on appelle une expérience de mort imminente. Elle en sortira bien vivante, à la grande frayeur et surprise du corps médical et de tous ses proches.

 

Mais la suite est plus compliquée qu’il n’y paraît, car bien sûr, lorsqu’elle raconte son aventure, tous la pensent folle et craignent alors qu’elle ne soit internée, et lui demandent de ne pas en parler. Pourtant certains des détails qu’elle narre sont bien réels et impossibles à inventer. L’hôpital de son côté craint des poursuites judiciaires.

 

Nous irons tous au paradis est un roman léger, fantaisiste, et débordant d’humour et d’ironie. Le personnage d’Elner est très attachant. Pourtant au bout d’un moment le roman s’essouffle un peu, l’expérience de mort imminente se révèle un peu longue et plate, et l’après tout autant.

 

L’ensemble reste néanmoins léger et sympathique et fait passer un bon moment.

 

 

Cherche midi, septembre 2016, 390 pages, prix : 20 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © tributetoalfred et éd. Du Cherche-Midi.

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 09:14

(sous –titre : L’histoire plus ou moins vraie d’un mari, de sa femme, et de l’alligator de sa femme)

 

Traduit de l’américain par Arnold Petit

 

Albert sur la banquette arrière - Homer HickamLe ton est donné dès le titre et le sous-titre : l’histoire sera loufoque et c’est bien pour cela qu’on s’y précipite. Elle est racontée par un des fils devenu adulte, qui reprend ce que sa mère lui a confié au fil des années.

 

L’aventure s’est déroulée principalement en 1935, aux États-Unis, pendant la grande dépression. Homer et Elsie Hickam vivent à Coalwood, un village de Virginie Occidentale d’environ mille habitants. Homer est mineur de charbon. Sa femme Elsie, qui a vécu en Floride, a du mal à s’adapter au climat et à la mentalité de cette bourgade. Au moment de son mariage avec Homer, elle a reçu un encombrant cadeau de la part de son ancien amoureux qu’elle a toujours considéré comme l’amour de sa vie : un alligator, qu’elle a nommé Albert.

Albert est tout pour elle, animal de compagnie qui comble son ennui, et surtout, lui rappelle son premier et seul amour. Mais Homer n’est pas dupe et lui présente un ultimatum : c’est Albert ou lui, elle va devoir choisir. C’est ainsi que commence le voyage : cédant à la demande de son mari, ils s’apprêtent à ramener Albert dans son milieu aquatique d’origine, en Floride.

 

Le road trip démarre et enchaine des épisodes tous plus farfelus les uns que les autres, où Albert ne manque pas une occasion de montrer sa fidélité et sa loyauté à son maître Homer, à la grande surprise de celui-ci. Au fil du voyage et des péripéties déjantées, on croisera même Steinbeck et Hemingway, jolis clins d’œil littéraires.  

Bien plus qu’une aventure délirante et peu crédible en l’état, c’est aussi une réflexion sur la vie de couple, sur la fidélité, le désir, et les compromis de la vie quotidienne. C’est amené en second plan, mais bien présent.

 

Les premiers chapitres sont jubilatoires, rien que pour Albert dans son baquet sur la banquette arrière de la Buick, et l’enchainement des épisodes cocasses. L’ensemble s’essouffle peut-être un peu une fois le processus compris, mais l’ensemble reste joyeux et décalé. Une lecture plaisante et originale pour s’évader à moindre frais.

 

 

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Mosaïc, juin 2016, 416 pages, prix : 19,90 € (13,99 € en numérique)

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Mosaïc

 

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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 06:27

Traduit de l'américain par Yoann Gentric

 

Puissions-nous être pardonnés - A.M. HomesEn 2011, à propos du roman « ce livre va vous sauver la vie », d’A.M. Homes, j’écrivais ceci : « on applaudit l’imagination fertile de l’auteur qui ne ménage pas les scènes cocasses. », eh bien je peux tout à fait réitérer ma remarque pour ce dernier roman de cet auteur !

 

D’emblée j’ai été emportée par le rythme, le style, et les mésaventures plus que surprenantes de George, et par ricochet de son frère Harold. George est un riche producteur de télévision qui perd soudainement les pédales : il tue une famille dans un accident de la route (seul le petit garçon survivra) et quelque temps après, alors qu’il s’échappe de l’hôpital où il est placé, il tue à coup de lampe de chevet sa femme qu’il trouve dans son propre lit avec son frère Harold, un modeste et discret professeur d’histoire spécialiste de Nixon.

 

Jusque-là en retrait, Harold se retrouve sur le devant de la scène, devenant le tuteur des enfants de George (celui-ci semble bien devenu fou) et découvrant une vie de famille, chien et chat compris, qu’il n’aurait jamais imaginée.

 

Décoiffant, avec des dialogues très drôles (soutenus par une excellente traduction), ce roman réussit la prouesse de se renouveler sans cesse pour maintenir le rythme sur près de 600 pages, révèle (à lui-même) la fibre paternelle d’Harold, non sans passer par des expériences tantôt extravagantes tantôt touchantes. Critique sociale de la vie américaine sous couvert d’une vraie bonne histoire et d’un ton savoureux, ce roman fait partie de ceux que l’on n’a pas envie de quitter tant on s’en délecte.

 

A.M Homes fait désormais partie de ces auteurs que j’ai envie de suivre !

 

 

Actes Sud, mai 2015, 586 pages, prix : 24 €

Etoiles :

Crédit photo couverture :  © Tommy Ingberg et éd. Actes Sud.

 

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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 10:52

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvette Gleyze

 

Ce que j'ai fait de pire - Ursula HegiAnnie, Jake et Mason sont amis depuis l’enfance, mais c’est Mason qu’Annie épousera. Le soir de leur mariage, les parents d’Annie sont tués dans un accident de voiture. Le bébé que portait sa mère est sauvé in extremis : une petite fille prénommée Opal sera donc élevée par sa grande sœur….

 

Relation triangulaire, les frontières de l’amour et de l’amitié sont fragiles, drame de la jalousie et de la vie, l’avenir d’Annie ne sera pas simple. De même la relation du couple à l’enfant est complexe : ils l’élèvent comme leur propre fille alors qu’elle ne l’est pas, mais comment pourrait-il en être autrement dans les circonstances de sa naissance ?

 

Les différents personnages prennent la parole à tour de rôle, et le récit se reconstitue peu à peu, dans une chronologie temporelle bousculée.

Les personnages secondaires (tante Stormy, Pete) sont bien dessinés et intéressants également.

 

J’ai aimé la construction qui se laisse appréhender doucement au départ (on est un peu perdus, il faut avancer à l’écoute des personnages), mais hélas j’ai trouvé que ce choix rendait aussi l’intrigue un peu répétitive et circulaire.

 

Une atmosphère intimiste plaisante, mais quelques faiblesses qui finissent par lasser un peu lecteur. Une lecture en demi-teinte, donc.

 

Galaade éd., mars 2016, 341 pages, prix : 25 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Galaade éd.

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 09:05

Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Charles Recoursé

 

La douleur porte un costume de plumes - Max PorterUn père en deuil avec ses deux jeunes enfants, dévastés par le chagrin. Comment faire pour continuer à vivre ? La réponse viendra d’un truculent corbeau, chimère ou fable, qui remettra sur pied la famille amputée de sa veine maternelle essentielle.

 

Le texte se présente en trois parties, « une touche de nuit / défense du nid / autorisation de décoller » dont les titres révèlent à eux seuls le chemin du deuil,  et se révèle un ovni littéraire dans sa forme, hybride entre roman, conte, poème, récit à 3 voix clairement identifiées : Papa, Corbeau, les garçons (qui à deux ne forment qu’une voix à l’unisson). Il faut accepter de sortir de sa zone de confort, et d’être un peu dérouté par l’originalité du texte qui ne ressemble à rien de connu. Et un peu d’originalité dans le paysage littéraire ne fait jamais de mal.

 

Ce corbeau a un franc-parler pas toujours académique, mais peut tout aussi bien opérer un revirement total vers la poésie. Échappé d’un poème de Ted Hughes dont le père est spécialiste, il prend une signification forte pour cet homme en souffrance. En effet, Ted Hugues a écrit ce poème (« Crow ») à la mort de sa femme Sylvia Plath, et voilà que ce même corbeau frappe à la porte du père endeuillé. Tour à tour pitre ou empathique, baby-sitter et confident, le corbeau est celui par lequel le retour à la vie s’effectuera, sans occulter le deuil, il permet de le traverser.

 

Un premier roman très original qui mérite qu’on s’y arrête.

 

P. 78 : « « Je vais t’en raconter une autre, c’est cadeau », a dit Corbeau.

« Hmm ». (J’essaie de travailler, j’essaie de moins alimenter le concept de Corbeau depuis que j’ai lu un livre sur les délires psychotiques.) »

 

p. 107 : « Tourner la page, le concept, c’est pour les idiots, toute personne sensée sait que la douleur est un projet à long terme. Je refuse de précipiter les choses. La souffrance qui s’impose à nous empêche quiconque de ralentir ou d’accélérer ou de s’arrêter. »

 

 

Une interview de l’auteur ici

 

 

Seuil, janvier 2016, 121 pages, prix : 14,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : Eleonor Crow et éd. du Seuil

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 11:08

Traduit de l’anglais (Inde) par Maïa Bharati

 

Photographe de guerre de retour de mission, Sam récupère un peu à l’hôtel Arcadia, dans une ville qui n’est pas nommée mais peu importe. Très vite l’hôtel est en proie aux terroristes qui tuent froidement tous les clients, chambre par chambre. Abhi, le directeur, retranché dans un bureau où se trouvent le contrôle des caméras de surveillance, tente de sauver le plus grand nombre de personnes en téléphonant dans les chambres et en demandant aux clients de ne pas ouvrir les portes.

 

Le drame durera soixante sept heures avant que l’assaut de la police ne mette fin à la tuerie.

Une relation d’entraide et de compassion naitra entre Abhi et Sam, par le seul biais de textos et d’appels téléphoniques. Sam ne peut s’empêcher de risquer sa vie pour aller faire des photos, des lieux dévastés mais aussi des victimes. C’est son job. Abhi surmontera sa peur pour aider autant qu’il le peut, de par sa surveillance vidéo.

 

Le roman est très intéressant et réussi pour sa partie « retours en arrière » sur le métier de Sam et la nécessité pour elle de se blinder psychologiquement, confrontée sans cesse à la mort et à la guerre, et sur sa difficulté à construire une relation amoureuse dans de telles circonstances. De même Abhi dévoilera une part de sa vie amoureuse et de sa place dans sa famille, en rivalité avec son frère face à leur père.

 

Là où le roman pêche et n’est en rien crédible, c’est sur sa quatrième de couverture et son bandeau annonçant le summum du thriller à suspense. « Un thriller que l’on ne parvient pas à reposer » : non, ce n’est aucunement un page turner, et les parties consacrées à Sam en sortie dans les couloirs et les chambres ne témoignent guère de tension, ni de crédibilité : comment et pourquoi sort-elle autant de fois sans jamais croiser personne (bien sur Abhi l’aide par sa surveillance vidéo), sans que jamais l’action des terroristes ne croise son chemin. Soixante-sept longues heures sans que jamais vraiment ils n’occupent le devant de la scène, soixante-sept longues heures avant que la police n’intervienne… ça parait interminable dans la vraie vie, tout comme dans ce roman, hélas, que j’ai failli abandonner bien des fois.

 

Seuls les passages sur l’analyse des caractères des personnages sauvent l’ensemble. Le vendre comme un roman psychologique dramatique sur la vie d’une photographe de guerre, oui, mais l’erreur a été ici de le vendre comme un thriller qu’il n’est pas.

 

 

Galaade éditions, Janvier 2016, 251 pages, prix : 23 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Sébastien / Luoman / Getty / et éd. Galaade

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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 18:15

Traduit de l’américain par Nathaniel Dennett

 

Étonnante novella de Ken Kalfus, parue en 2015 d’abord sous une autre version dans le magazine américain Harper’s, puis reprise dans un recueil intitulé « coup de foudre », a novella and stories, à paraître en français le 12 janvier 2016.

 

 Ce coup de foudre est donc une novella d’un peu moins de 70 pages, qui nous plonge pendant 48h dans la tête de Dominique Strauss Kahn au moment de l’affaire « Nafissatou Diallo » au Sofitel de New-York. Au début du récit, il lui écrit une lettre (qu'il sait qu'il n'enverra pas) , dans laquelle il donne sa vision des faits, par un habile retour en arrière.

Récit de politique fiction, si les noms des dirigeants de ce monde sont les vrais (Angela Merkel, Nicolas Sarkozy), les protagonistes de l'affaire sont rebaptisés, DSK devient David Léon Landau, et Nafissatou Diallo, la femme de chambre, est renommée Mariama.


 

Le procédé d'écriture est brillant, lire (dans) les pensées de ce David est aussi fascinant que dérangeant. Rien n'est épargné de son addiction sexuelle, ses nombreuses parties fines et son comportement dans la chambre sont minutieusement décrits, point de faux-semblant. Un retour qui parvient à être émouvant et par moments presque drôle (la scène de l'écharpe notamment) sur la chute de cet homme qui briguait le mandat de président français, et qui à ce moment-là s'apprêtait à rencontrer Angela Merkel pour traiter de la crise économique et du cas de la Grèce, tout en s'inquiétant d'une surveillance par la DCRI.

 

Le lecteur oscille sans cesse entre dégoût (devant son comportement quasi animal avec les femmes) et « compréhension » de ses pulsions tant il paraît sincère et touchant dans son aveu, un balancement permanent très bien résumé à la toute fin de la nouvelle par cette phrase:  « L’Europe a beau être un continent de vieux satyres ridicules, elle est aussi dépositaire des valeurs humanistes les plus essentielles au monde ».

 

Une réussite du point de vue de l'écriture et de l'analyse psychologique, tant du personnage que du jeu de pouvoir. Brillant, vraiment.

 

Extrait p.27 (numérique) : « C’est comme ça que j’aime posséder mes femmes, et c’est souvent aussi comme ça qu’elles le préfèrent, sans toutes les hypocrisies, de la séduction, sans les sourires feints, sans les regards pesants et les blagues débiles, d’un coup, en un saut, en un éclair, en un coup de foudre. »

 

 

Une lecture Netgalley

 

 

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Bloomsbury FR, janvier 2016, 52 pages en epub, 67 pages version imprimée, prix : 2,93 € en numérique

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Bloomsbury.

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 09:16

Traduit du néerlandais par Danielle Losman

 

A 74 ans (septante quatre disent nos amis belges), Désiré Cordier ne peut plus supporter sa femme Monik, qui est on ne peut plus tyrannique et fielleuse. Il choisit une solution originale mais délicate à mettre en œuvre pour retrouver sa liberté d'esprit : simuler la démence sénile et se faire placer dans un établissement spécialisé pour malades d'Alzheimer.

 

La scène d'ouverture est saisissante, l'auteur ayant choisi la description d'incontinence fécale pour commencer son roman. La fin de vie, c'est aussi cela, n'importe quel(le) aide-soignant(e) vous le dira. Par des retours en arrière, Désiré revient sur ce qui a pourri sa vie : le comportement de sa femme. J'ai trouvé cette description de relation de couple particulièrement réussie, peut-être parce qu'au final, on en connaît tous des comme ça. (enfin moi oui en tout cas!)

J'ai trouvé très touchante la relation qui renaît avec sa fille, mais qui hélas reste morte tant le jeu du mensonge demeure capital.

L'humour est noir, non dénué de tendresse parfois (la fille, le premier amour dans lequel on veut croire un dernier espoir), la vie dans ce Home Lumière d'Hiver justement décrite, le tout est dérangeant, mais assez jubilatoire dans la vengeance choisie, tout autant que ce choix devient dramatique à un moment. Peut-on un jour sortir d'un enfermement quel qu'il soit, autrement que par la fin choisie, plombante, déprimante. Mais qui fait sens.

 

Une réussite, à lire un jour de moral bien accroché !

 

Extrait, page 96 : « D'après ce que j'entends dire, de plus en plus d'institutions engageraient avec succès des animaux domestiques dans leurs effectifs. Le prix d'un sac de croquettes pour chien n'est en rien à comparer avec le salaire pourtant misérable d'un travailleur social. Et puis on peut se poser la question de savoir qui apporte le plus à une personne en train de s'éteindre : un petit épicurien content et tranquille sur les genoux, ou une torcheuse de culs au caquètement suraigu dont l'humeur est gâchée par sa conscience d'être sous-payée ? » (une bonne idée du ton décapant de l'auteur)

 

 

Denoël & d'Ailleurs, janvier 2015, 142 pages, prix : 14,90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © McBride / Getty Images et éd. Denoël

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10 septembre 2015 4 10 /09 /septembre /2015 08:29

Traduit de l'anglais par Georges-Michel SAROTTE

 

Ce roman autobiographique de Tatamkhulu Afrika raconte l’enfer des camps de prisonniers pendant la Seconde Guerre mondiale, mais aussi, les sentiments et émotions qui ont surgi  entre ces hommes et qui leur ont permis de tenir le coup.

 

Originaire d’Afrique du Sud, Tom Smith, le narrateur, est fait prisonnier en Afrique du Nord et sera conduit dans un camp, d’abord en Italie, puis en Allemagne, jusqu’à la Libération.

Bien des années après, alors qu’il est âgé et que ces événements sont loin derrière lui, il reçoit un colis et une lettre d’un soldat qu’il a connu jadis : ainsi démarre le roman et la narration de cette période aussi douloureuse que lumineuse, que peut évoquer l’oxymore du titre.

 

Car si les passages sur les maladies, les diarrhées, les poux, et toutes les situations dues au manque d’hygiène, à la promiscuité et à la torture sont difficiles, il y a dans ce roman quantité de scènes d’une beauté pure, des moments d’éclats lumineux qui en font oublier le cadre.

 

C’est un roman d’une grande sensibilité, qui aborde aussi de façon pudique et splendide le désir entre deux hommes, l’amitié, la fraternité, l’entraide, mais aussi l’amour et la sexualité.

 

Le triangle entre Douglas, l’infirmier prisonnier qui a aidé Tom dans les pires moments pendant les transferts, Danny, l’Anglais, l’ami avec qui la relation est troublante et Tom le narrateur montre bien combien le désir et l’attachement ne sont pas aisés à définir, ni uniformes pour tous.

 

Le texte est traversé de passages magnifiques, presque poétiques, et l’importance que prend le théâtre et ses représentations par les prisonniers en fait presque oublier l’horreur bien réelle de l’enfermement et du traitement des hommes dans le camp.

 

L’auteur a réussi par son récit à transcender l’effroi de la réalité, sans la faire disparaître,  et livre un roman aussi sensible qu’émouvant.

 

Un paradis amer, tout est là.

 

Extraits :

p.87 : "Je déplie ce qu’il m’a lancé. C’est un boxer, identique à celui qu’il porte et qui, à l’évidence, n’est plus à sa taille et tout aussi clairement à la mienne. Un sentiment de tendresse, d’une puissance que seule peut engendrer la tendresse, me secoue durant un bref instant dérobé à une époque paradisiaque."

 

p.241 : « C’est presque avec un sentiment de culpabilité que je tourne à nouveau le dos au paradis amer que nous abandonnons pour la deuxième fois, quelle que soit la dureté avec laquelle il nous a abrités, et que nous rejetons, comme la lascive Bessie a plaqué le garçon à l’air sombre près de moi. »

 

 

Presses de la cité, septembre 305 pages, prix : 21,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Presses de la Cité

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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 13:47

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Alice Delarbre           

 

La chaine de magasins Eaden organise un concours de pâtisserie, pour élire la nouvelle Mrs Eaden. Kathleen Eaden était en effet l’auteur célèbre en 1966 d’un ouvrage de référence : L’art de la pâtisserie, et l’épouse du propriétaire de la marque. Il s’agit aujourd’hui de redonner un nouveau souffle à ces magasins.

 

C’est donc aux différentes épreuves du concours que va assister le lecteur, témoin tour à tour du stress et des pensées des candidats. L’histoire du personnage mythique de Kathleen vient entrecouper les chapitres.

 

J’ai souvent peiné dans ce roman, trouvant le temps long dans les descriptions interminables des scènes de cuisine, confondant systématiquement les prénoms des personnages féminins, impossible de me rappeler d’une fois sur l’autre qui était qui. Car ce qui est intéressant dans ce roman – enfin ce qui moi m’a plu – c’est le récit de ces femmes par rapport à leur couple, à la maternité, à leur rôle de mère ou de fille, récit qui montre combien la maternité est complexe. L’histoire de Kathleen est touchante et renforce l’importance du thème central : la position de la femme dans la société et la famille, ses choix face au travail et au sein du couple.

 

En France, nous penserions immédiatement à Ginette Mathiot pour la bible de cuisine (certes datée aujourd’hui, tout comme le livre de Kathleen Eaden), et aux émissions récentes de télé-réalité, Top Chef et le meilleur pâtissier ou consorts. C’est dans l’air du temps, la psychologie des personnages est intéressante, le roman se veut un roman de détente, que j’ai trouvé toutefois parfois bien longuet. Je l’ai apprécié pour ses personnages de femmes, mais ai trouvé le reste un peu ennuyeux.

 

Préludes, mars 2015, 475 pages, prix : 14.90 €          

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Stephen Webster / Plainpicture et éd. Préludes / Librairie Générale Française

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