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  • : 45 ans, bibliothécaire, mère de 3 enfants de 22 ans, 20 ans et 16 ans. Je dépose ici les marques que mes lectures ont tracées.
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Des livres, et plus encore

Je suis tombée dans la lecture à l’âge de 6 ans, je n’en suis jamais ressortie.

Je suis tombée dans les fils de la Toile en 1999, et j’y ai fait de belles rencontres. Des échanges sur feu le libraire en ligne bol.fr repris ensuite par Amazon, des jurys littéraires à la pelle, des plumes magnifiques sur les premiers journaux intimes en ligne initiés par Mongolo et la Scribouilleuse, …, dix-sept ans (?!) plus tard, il en reste une belle toile joliment tissée, des amitiés nées ici ou là, et toujours, l’envie de partager mes lectures.

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 07:21

PierreBeguin-Vousneconnatreznilejournilheure-HD.jpgDepuis trois semaines, un homme, marié et père de famille, connaît le jour et l’heure de la mort de ses parents. « Ce sera le 28 avril à 14 heures ». Le propos va à l’encontre du verset de l’évangile selon St Matthieu (25:1) qui donne son titre au livre. La veille de ce jour fatidique, il s’installe dans son ancienne chambre d’enfant, et écrit ce qu’il ressent à l’approche de ce suicide annoncé.

Réflexion générale et particulièrement pertinente sur le suicide assisté en fin de vie (thème plus que jamais d’actualité et dans la législation et dans la littérature, j’ai lu en décembre, sans le commenter mais je l’ai beaucoup aimé, le roman de Martin Winckler, en souvenir d’André, (chez P.O.L) qui aborde – différemment et de manière plus romanesque le même thème, en janvier sort également je crois le récit d’Emmanuelle Bernheim, Tout s’est bien passé (Gallimard)), ce roman de l’écrivain suisse Pierre Béguin frappe par la justesse de ses propos, et montre combien ce n’est pas simple, même lorsque l’on a déjà une idée bien arrêtée sur la question. S’il voit son père convaincu, il sent le doute et la fragilité de sa mère. N’accepterait-elle pas cet acte que comme une dernière preuve d’amour à son mari ?

Le narrateur revient également sur son enfance, avec l’éclairage sociologique que lui apporte désormais sa maturité, la personnalité de ses parents et comment il s’est forgé la sienne propre, jusqu’au récit du déroulement de l’acte (la démarche passe par une association, la présence de deux médecins, l’absorption d’une potion létale), mais le récit ne s’achève pas à ce moment venu, il va bien plus loin, et gagne encore – s’il était besoin – en force et pertinence.

Une telle analyse, que je trouve bien plus proche de l’essai et du récit très introspectif plus que du roman ( ?), ne peut laisser indifférent. J’ai noté beaucoup de passages qui venaient bousculer ou confirmer ma propre réflexion, mais j’ai fini par arrêté la prise de notes tant chaque phrase pourrait être retenue.

 

En fin d’ouvrage, on trouvera des précisions sur l’état actuel de la législation en France et en Suisse.

Un roman (puisque c’est ainsi qu’il est noté sur sa page de titre) qui interpelle, invite à réfléchir, se révèle particulièrement brillant, séduit sans jamais sombrer dans une émotion douteuse, et qui confirme qu’une écriture classique, rigoureuse, simple et travaillée à la fois, ajoute à la valeur du texte.  

 

p. 14 : « Au bout de leurs forces, le visage chaviré de fatigue, le regard épuisé, ils semblaient soudain implorer mon aide. Pouvais-je m’ériger en juge de leur état ? Au nom de quelle valeur aurais-je pu contester cette conception radicale qu’ils s’étaient forgée de leur dignité ? Comment savoir si cette décision sans appel soulignait la défaillance de leur nature ou la vigueur de leur âme ? De quel droit me serais-je opposé à leur liberté essentielle ? »

 

p. 35 « Il est tellement plus simple de se soumettre à la fatalité. C’est la liberté qui est insupportable, invalidante, tragique… »

 

p. 62 : « Écrire m’est davantage une réparation qu’une création, un devoir qu’un plaisir, une souffrance qu’une jubilation. Il en a toujours été ainsi. Et je crois comprendre les raisons pour lesquelles je n’ai jamais ressenti que très parcimonieusement cette jouissance de l’écriture que revendiquent certains écrivains. La jouissance est dans la création, la réparation est dans la culpabilité… »

 

p. 137 : « Jamais je n’avais remis en cause le droit légitime de chacun à disposer de son existence. Jamais je n’avais testé la résistance de cette conviction. Le recours à l’ « autodélivrance » s’imposait à moi comme un principe intangible. Tant que je n’y étais pas impliqué… Cet axiome se fissure maintenant aux secousses du deuil. Je ne sais plus à quel raisonnement me raccrocher. »

 

p. 138 : « Pratiquer l’euthanasie, n’est-ce pas abdiquer, renoncer à toute quête d’amélioration, accepter un état de fait comme définitif, ouvrir la porte aux impératifs économiques douteux ? Ne vaudrait-il pas mieux convoquer toute notre énergie contre cette tentation à la démission ? Une société qui ne pratique pas l’euthanasie reste une société en recherche de solutions meilleures. » 

 

Philippe Rey, janvier 2013, 192 pages, prix : 17 €

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Crédit photo couverture : éd. Philippe Rey

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