Les jardins d'Hélène

Articles avec #romans etrangers

La poursuite de l'amour - Nancy Mitford

11 Août 2010, 13:13pm

Publié par Laure

 

Traduit de l'anglais par Daria Olivier

 

poursuite-de-l-amour-ed-la-decouverte.gifVoilà un roman lu il y a quelques mois déjà aussi mon billet sera-t-il sans doute succinct. J'avais noté ce livre parce qu'il était dans la liste des meilleurs romans évoqués par les protagonistes d' « Au bon roman », de Laurence Cossé. J'ai trouvé le début un peu lent, mais passé cette mise en place, j'ai vraiment adoré ! Humour anglais et tradition de cette société anglaise de l'entre-deux-guerres, aux personnages décalés et hauts en couleur, la poursuite de l'amour est avant tout l'histoire de Linda, qui n'a de cesse de trouver le grand amour. Il lui faudra deux mariages et deux échecs pour enfin trouver l'amant qui lui convient, dans des circonstances inattendues. Un roman qui montre aussi la nature bien différente de deux cousines dans cette même quête, car le récit est fait par Fanny, qui ne parlera que très peu d'elle, le classique mariage et vie de famille lui convenant parfaitement :

p.103 : « Pendant cet heureux temps, j'eus le bonheur de me fiancer à Alferd Wincham, alors chargé de cours, aujourd'hui recteur du Collège Saint-Pierre à Oxford. Depuis lors, j'ai toujours été parfaitement heureuse en compagnie de cet homme bon et docte, et j'ai trouvé dans ce foyer d'Oxford ce havre de grâce, à l'abri des orages et des problèmes de la vie, que j'avais toujours souhaité. Je ne dis plus rien de lui ici, car c'est l'histoire de Linda que je raconte et non la mienne. »

Linda elle, est frivole et plus insouciante : p.112 : «Linda se mit à gaspiller les années de sa jeunesse en pure perte. Eût-elle reçu une éducation intellectuelle, le temps de ce vain bavardage, de ces jeux de mots, de ces réunions aurait pu être occupé par de sérieuses études d'art ou par la lecture. Son mariage eût-il été heureux, le côté de sa nature qui aspirait à être entourée aurait trouvé sa raison d'être dans la chambre des enfants. Les choses étant ce qu'elles étaient, tout n'était que falbalas et vanité. »

J'ai beaucoup aimé toute la partie se déroulant à Paris (ah la vision des Français par les Anglais !), et trouvé la fin un peu abrupte, rapide et peut-être un peu trop facile, un peu comme si l'auteur n'avait pas bien su comment conclure.

p. 163 : « Maintenant, parlez-moi encore de vos maris. (…)

- Il n'y en a eu que deux. Le premier était conservateur, le second est communiste.

- Je l'avais deviné : le premier est riche, le second est pauvre. J'ai vu que vous aviez eu un mari riche : le nécessaire de voyage et le manteau de fourrure ! Ce dernier est d'une couleur hideuse et, pour autant qu'on puisse en juger, puisque vous l'avez roulé sur votre bras, d'une forme hideuse aussi. Néanmoins, le vison indique habituellement qu'il y a quelque part un mari fortuné. Mais cet horrible tailleur de toile que vous portez est visiblement de la confection.

- Vous êtes un mufle ! Ce tailleur est ravissant...

- Et de l'année dernière ! Les vestes se portent plus longues, vous verrez. Je vous procurerai des vêtements. Si vous étiez bien habillée, vous seriez tout à fait bien, encore que vos yeux soient petits. D'un joli bleu, mais petits.

- En Angleterre, dit Linda, je passe pour être une beauté »

 

Charmant comme approche non ?

 

J'avais commencé le deuxième volet de ce diptyque, L'amour dans un climat froid, et n'arrivais vraiment pas à accrocher au début. Un peu la même impression qu'avec celui-ci. Je persévèrerai car je n'ai pas regretté, bien au contraire, d'avoir insisté un peu pour ce premier volume.

 

 

Ed. La découverte, coll. Culte fictions, 2003, prix : 12 €

Existe en poche (10/18)

1ère parution en VO : 1945. 1ère traduction française : 1950 chez Stock

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Crédit photo couverture : © Design comme ça et éd. La découverte.

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Winter - Rick Bass

4 Août 2010, 09:36am

Publié par Laure

winter-bass.jpgRick Bass et sa femme Elizabeth décident de se retirer du trop grand tourbillon de la vie moderne pour vivre un hiver dans un coin reculé du Montana, près de la frontière canadienne, où la météo se fait particulièrement rude.

Il s’agit d’un récit autobiographique sous forme de journal, courant de septembre à mars, le temps de s’installer et de sortir lentement de cet hiver éprouvant mais vital pour l’écrivain.

 

En choisissant ce livre, je n’avais pas bien saisi qu’il s’agissait de « nature writing » (je ne sais pas où j’avais l’esprit, c’est pourtant évident !), un genre que je n’affectionne pas particulièrement, car je m’y ennuie en général assez vite. Pourtant le début de récit est plaisant, amusant même (comment dénicher la propriété de ses rêves sans un sou !), et les descriptions de rencontres avec les cerfs et autres orignaux sont un bel hymne à une faune que nous ne connaissons plus guère. Comme toute expérience dans une contrée où il fait moins 40° et où on ne possède rien d’un confort moderne, il faut lutter pour survivre, et cela passe avant tout par la coupe du bois. Il faut du bois pour se chauffer, les mélèzes sont nombreux, mais il faut les tronçonner à longueur de journée, toujours et encore.

 

Winter est un livre rafraîchissant quand on le lit en plein été caniculaire, et malgré toutes ses qualités, le nature writing n’est définitivement pas ma tasse de thé : j’ai vite l’impression de tourner en rond, que tout se répète sans cesse, et qu’au fond il ne se passe jamais rien. Ma curiosité s’est perdue vers la moitié du livre, je l’ai fini sans grande attention. Définitivement pas mon truc.

 

Une lecture en partenariat avec logo bob et les éditions Folio/Gallimard

 

 

Pioché dans la blogosphère, les avis de Papillon, Emily, Pickwick, Cathulu, ... 

 

Première parution en anglais : 1991, première traduction française : 1998.

 

Folio n°5071, avril 2010, 260 pages, prix : 6,60 €

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Crédit photo couverture : © Kim Hart / Getty Images (détail) et éd. Folio/Gallimard.

 

 

 

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Rien que du bonheur - Laurie Colwin

27 Juillet 2010, 16:43pm

Publié par Laure

rien-que-du-bonheur.jpgJ’ai lu il y a quelques années déjà quelques uns des romans de Laurie Colwin, et me souviens avoir bien aimé une épouse presque parfaite et Famille, tracas & cie, plutôt qu’une vie merveilleuse, qui n’était pas mon préféré. L’auteur est décédée jeune (1944 – 1992), et l’on peut remercier les éditions Autrement d’avoir publié l’intégralité de son œuvre. Parmi d’autres romans, il y a aussi quelques recueils de nouvelles. Rien que du bonheur est l’avant dernier publié (2006), le dernier étant Intimités (2008) qui sortira en poche fin août 2010.

Cet avant-dernier titre est donc un recueil de 8 nouvelles hétéroclites, datant des années 70, et pouvant donner l’impression d’être un peu datées, ou rassemblées comme ça, histoire d’offrir aux fans quelques trouvailles supplémentaires (Clarabel appelle ça les fonds de tiroir dans son billet je crois !). C’est en effet l’impression que ce recueil peut donner, je suis restée souvent sur ma faim, trouvant certaines nouvelles sans aucun intérêt, d’autres plus touchantes, ou amusantes. Impression de déjà vu aussi : la nouvelle « rien que du bonheur » me rappelait le roman « une vie merveilleuse » : il semble en effet qu’elle en ait été une première esquisse.

Peut-être n’était-il pas judicieux de vouloir à tout prix tout publier de l’auteur, d’autant que comme beaucoup, je la trouve bien meilleure dans ses romans. J’avais un temps commencé Intimités, autre recueil de nouvelles, et m’y étais tant ennuyée que je l’avais abandonné. Point trop n’en faut, sans doute. A grappiller peut-être, à l’occasion.

 

 

Le billet de Clarabel : ici

 

Existe aussi au Livre de Poche, mars 2010, prix : 6€

 

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Autrement Littératures, oct. 2006, 114 pages, prix : 13 €

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Crédit photo couverture : éd. Autrement

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Rose, sainte-nitouche - Mary Wesley

20 Juillet 2010, 14:23pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Michèle Albaret

 

rose-sainte-nitouche.jpgRose vient de perdre son mari, Ned Peel. Alors que la propriété revient à son fils unique et son épouse, elle se retire à l’hôtel, où elle se remémore les 50 dernières années de sa vie, bien différentes de l’image de sainte-nitouche qu’on a voulu lui coller !

 

Je découvre cet auteur (qui a écrit sur le tard, publiant son premier roman à 70 ans !) et c’est un vrai coup de cœur. Il y a longtemps qu’un roman ne m’avait pas apporté autant de bonheur. 

 Dans l’Angleterre de la seconde guerre mondiale, les convenances sociales, bienséances et faux-semblants ont la vie dure : Mary Wesley s’amuse à balayer tout cela d’un humour ironique et so british absolument savoureux. Faussement classique (le roman date de 1987 !), on se laisse prendre au jeu de cette grande histoire d’amour un brin provocante et irrévérencieuse, dans laquelle l’héroïne se montre une femme très moderne pour son époque, qui n’hésite pas à bousculer les conventions, à faire preuve de ténacité et de courage, le plus discrètement du monde ! Quelle façon piquante de forcer le trait de quelques personnages ! Roman de la passion amoureuse, de l’hypocrisie et du faux-semblant triomphants, c’est un bonbon acidulé délicieux à croquer, et j’en redemande !

 

Mary Wesley est née en 1912 et décédée en 2002. Les éditions Héloïse d’Ormesson ont prévu de rééditer l’intégralité de son œuvre.

La pelouse de Camomille et Rose, sainte-nitouche ont aussi été repris en poche (chez J’ai lu)

 

 

 

Quelques très bon billets : Lily et ses livres, Cathulu, Clarabel

 

 

Ed. Héloïse d’Ormesson, mai 2009, 462 pages, prix : 22 €

Existe en poche

1ère parution en français en 1990, en anglais en 1987.

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Crédit photo couverture : © Marianne Spier-Donati / Rapho / Eyedea et éd. EHO.

 

 

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L'amour secret - Paola Calvetti

16 Juillet 2010, 13:43pm

Publié par Laure

Traduit de l’italien par Françoise Brun

 

amour-secret.jpgCostanza, aujourd’hui âgée et retirée en Provence, après 2 mariages, vit une troisième histoire d’amour paisible. Troisième ? N’y aurait-il pas eu une autre histoire cachée, en marge et parallèle ? C’est l’objet de ce roman en partie épistolaire. Costanza écrit à sa vieille et fidèle amie Gabriella pour lui raconter comment la jeune Lucrezia, à la mort de son père, à découvert la correspondance entre les deux amants qu’ils étaient. Lucrezia décide de rencontrer Costanza, et celle-ci lui raconte leur histoire d’amour aussi tourmentée que passionnée.

 

J’ai aimé au départ le style simple et délicieusement suranné de ce roman. On entre dans les méandres d’une belle histoire d’amour passée. Rien d’extraordinaire, banal adultère, passion secrète comme on en lit partout, sur fond de décor de musique classique (l’amant est violoncelliste). L’écriture me semblait donc sauver l’ensemble. Et puis au bout d’une centaine de pages, je me suis lassée, on tourne un peu en rond, il n’y aura pas de ressort surprenant, et l’exercice perd de son charme, tout comme de sa vraisemblance.

 

De Paola Calvetti j’ai finalement préféré son premier roman, L’amour est à la lettre A.

 

Une lecture qui m’a été proposée par logo-chez-les-filles.jpg

 

Lu aussi par Emilie (qui reste mitigée), Keisha (qui est passée à côté), Anne-Sophie (qui n’a pas aimé et ne l’a pas fini), L’or des chambres (qui s’est finalement laissé emporter), et beaucoup d’autres avis sans doute, ce livre ayant fait l’objet d’un partenariat blogosphère / éditeur / Chez les filles.

 

 

 

Presses de la Cité, juin 2010, 175 pages, prix : 18 €

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Crédit photo couverture : © S.Zygart et éd. Presses de la Cité

 

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Une vraie lune de miel - Kevin Canty

27 Juin 2010, 13:45pm

Publié par Laure

 

traduit de l'américain par Hélène Fournier

 

vraie-lune-de-miel.jpgExpérience ambivalente que cette lecture ! Un recueil de 13 nouvelles, qui ont pour point commun d'avoir toutes pour point de vue du récit un personnage masculin : père, enfant, mari, amant, et pour particularité de s'attarder de façon intéressante sur le cheminement de la pensée de ces narrateurs.

Histoires plutôt intimes, de relations familiales ou de couples. Tout y est quand même assez sombre et déprimant, il y est toujours question de défaite, d'échec. L'honnêteté surprenante des personnages fait mouche autant qu'elle peut déstabiliser, pourtant, ça ne fonctionne pas : je suis incapable aujourd'hui de vous résumer une seule de ces nouvelles. Je les oubliées aussitôt. Non pas à la fin du recueil, mais d'une fois sur l'autre. Rien ne marque, rien ne bouleverse, le lecteur garde une distance trop grande, on attend un coup d'éclat qui ne vient jamais. Dommage


 

Les avis similaires de Maggie76, et Aventures hétéroclites, qui comme moi l'ont lu dans le cadre d'un partenariat Albin Michel et BOB, que je remercie néanmoins !

 

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Albin Michel, coll. Terres d'Amérique, 242 pages, prix : 19,50 €

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Crédit photo couverture : © Martin San, Muntz / getty Images / et éd. Albin Michel

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Cherche auteur désespérément - Debra Ginsberg

13 Mai 2010, 16:12pm

Publié par Laure

Traduit de l’américain par Alice Delarbre

cherche-auteur.jpgAngel Robinson est une amoureuse des livres, lectrice convaincue, qui ne lorgne absolument pas sur l’écriture (pour cela il y a déjà son petit ami Malcolm, qui peine à être publié), mais quand la librairie pour laquelle elle travaille est contrainte de fermer, il faut bien qu’elle se cherche un nouveau job. Malcolm lui déniche une petite annonce pour un poste d’assistante dans la plus célèbre agence littéraire des Etats-Unis, dirigée d’une main de fer par Lucy Fiamma. Et en effet, cette Lucy a tout d’une Cruella d’Enfer, Miranda dans le Diable s’habille en Prada. Tyrannique, capricieuse, humiliante et purement méchante avec son personnel, elle ne sait pas parler sans aboyer. Pourtant, Angel s’accroche, malgré le caractère immonde de sa patronne, et les comportements tout aussi lunatiques de ses collègues. Mais quel plaisir pour elle de découvrir un nouveau manuscrit, de le soumettre à Lucy, de le retravailler avec son auteur… le job lui plaît ! Mais quand arrive un extrait de manuscrit par mail anonyme, Angel cède à la curiosité, d’autant plus que cette histoire d’agent littéraire et d’assistante ambitieuse ressemble étrangement à la sienne…

Roman proche de la chick lit, il fait surtout découvrir tout un pan de l’édition qui n’existe pas (ou à peine) en France : le monde des agents littéraires, chargés de placer les manuscrits auprès des éditeurs, de faire monter les enchères et d’en récolter les lauriers. Angel, elle, fait plus un job de lectrice – éditrice – correctrice : elle lit, elle sélectionne, elle retravaille avec les auteurs. Le personnage de Lucy est absolument détestable, et j’avoue avoir espéré du personnage d’Angel une bonne correction, qui ne vient jamais, du moins pas sous la forme attendue. Les histoires d’amour et d’amitié d’Angel avec les auteurs apportent un peu de glamour à l’histoire, mais hélas, tout cela peine à décoller vraiment. Seul l’aspect « anonyme » du manuscrit Cherche auteur désespérément permet de maintenir le lecteur en éveil, car on a beau faire des suppositions, on ne trouve pas du premier coup, ce serait quand même trop facile.

Un premier roman qui n’a pas dû rencontrer le succès attendu car deux ans après, il n’est toujours pas en poche et on n’en entend plus parler !

Lu à sa sortie entre autres par Clarabel, et Lily, ...

 

Presses de la Cité – mai 2008 – 365 pages – prix : 20 €

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Crédit photo couverture : © Leptosome et éd. Presses de la Cité

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Je m’appelle Asher Lev – Chaïm Potok

13 Avril 2010, 20:47pm

Publié par Laure

Traduit de l’américain par Catherine Gary et Fabrice Hélion

appelle-asher-lev.jpgLe petit Asher Lev est élevé dans une famille juive hassidique de Brooklyn, où les traditions et les valeurs occupent une place prépondérante. Sa mère, après une grave dépression, reprend des études universitaires d’histoire de la Russie avant de l’enseigner, et son père voyage à travers le monde pour sauver des juifs de la répression soviétique. Le récit démarre dans les années 50 à New-York. Asher Lev aime dessiner, tout ce qu’il voit, et tout le temps. Mais cette passion enfantine prend très vite la forme évidente d’un réel don, et c’est ce qui va faire son malheur. Asher Lev, tout au long de son enfance et de son adolescence, sera sans cesse tiraillé entre la nécessité vitale du don qui s’impose à lui, il ne peut pas exister sans peindre, et la tradition familiale hassidique qui considère l’art comme quelque chose de malsain, inutile et vulgaire. De conflits en soutiens, il sera déchiré en permanence entre le talent évident qui lui dicte de continuer, et son respect de l’autorité parentale et d’un père qui se sent humilié et sali de voir ainsi son fils perdre son temps.

Je m’appelle Asher Lev est un livre surprenant, qui devient très vite fascinant. On apprend beaucoup sur la communauté des hassidim ladovériens, sur la peinture, et le nœud du récit est bien le choix qu’il faut faire dans la vie :  toutes les décisions qui pèsent dans le récit sont très bien traduites et ressenties : la mère partagée entre son amour pour son mari et son amour pour son fils, qui tout du long passera sa vie angoissée à attendre ou l’un ou l’autre (toute la fin du livre boucle cela à merveille, via deux tableaux controversés d’Asher), la fierté d’un père devant la célébrité reconnue de son fils, mais qui trahit bien trop violemment la religion pour qu’il puisse l’accepter, un fils tiraillé entre son désir de plaire à ses parents et la nécessité de vivre SA vie, cet art qui s’impose à lui ; tout toujours sera rupture et douleur, la réussite a un prix, la vie nécessite des choix difficiles.

Je m’appelle Asher Lev fait désormais partie des classiques américains, Chäim Potok, son auteur (1929-2002) fut rabbin avant d’être un écrivain reconnu comme l’un des meilleurs romanciers de l’école juive new-yorkaise, tout comme son aîné Bashevis Singer. Il existe une suite à Je m’appelle Asher Lev : le don d’Asher Lev, écrit 18 ans plus tard.

p. 231 : « Peindre, ce n’est pas raconter une histoire. Si tu veux en raconter une, deviens illustrateur ou écrivain. Mais si tu veux être peintre, il faut que tu apprennes à utiliser la ligne, la couleur, la forme et la matière pour faire des tableaux, pas des histoires. »

Buchet Chastel, 1973, 396 pages,

Existe en poche chez 10/18, prix : 8,60 €

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Crédit photo couverture : éd. 10/18.

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Le temps suspendu - Valeria Parrella

6 Avril 2010, 14:49pm

Publié par Laure

Traduit de l’italien par Dominique Vittoz

 

temps-suspendu.jpgp. 12 : « Voilà, Irene, ma fille, mourait ou naissait, je n’ai pas très bien compris : pendant quarante jours, ces mots ont désigné un seul et même état. Inutile d’interroger le corps médical, on me répondait : « Personne ne peut savoir, madame. » »

 

Maria, quarante deux ans et un paquet de cigarettes par jour depuis sa majorité, donne naissance à une petite fille, Irene, plus tôt que prévu : bien trop tôt, au bout de six mois de grossesse seulement. Le père s’en est allé dès la première échographie. Personne ne peut savoir si l’enfant vivra, ce temps passé dans les services de réanimation néonatale est un temps suspendu, un temps où Maria ne fait rien d’autre pendant quarante jours que de passer onze heures par jour à regarder la couveuse de sa fille. Elle qui donne des cours du soir en grammaire et littérature dans un centre pour adultes, étrangers ou ayant besoin d’obtenir le diplôme du brevet des collèges, elle qui raconte aussi comment elle a tout fait depuis son enfance pour être bonne élève, s’élever, sortir de la condition sociale difficile de ses parents. « Vivre au jour le jour et espérer dans l’avenir », elle ne peut plus faire grand-chose d’autre aujourd’hui.

L’autre présence forte du livre, c’est la ville de Naples, quittée dans l’enfance pour une petite ville plus tranquille, puis retrouvée, le va et vient constant entre l’enfance et sa vie d’adulte, ses relations avec ses collègues de travail et ses élèves adultes. Maria n’en oublie jamais tous ceux qui l’entourent, mères compagnes d’infortune, médecins, tous ont une place, parfois lancinante au sein du récit.

 

p. 60 : « […] soudain, le moniteur lançait une plainte continue et on voyait entrer des blouses blanches qui nous pressaient sans ménagement de quitter les lieux. En deux secondes, nous étions de retour sur les banquettes, le visage entre les mains. Puis passait un berceau en Plexiglas opaque, ouvert, où il était sans importance qu’entre de l’air ou de l’oxygène. La taille était standard, couveuse ou cercueil.

Nous avons côtoyé la mort, celle que les soldats découvrent à la guerre.

Je l’ai appelée parfois de mes vœux, pour qu’elle mette un terme à l’angoisse, qu’elle arrive claire et reconnaissable, balayant doutes et hésitations.

Et cette pensée cohabitait avec l’espoir. » 

 

J’ai découvert avec ce roman de Valeria Parrella une écriture forte et nouvelle, exigeante et simple à la fois. Sans jamais verser dans la sensiblerie, l’auteur réussit très bien ce récit du temps arrêté, suspendu, entre la naissance prématurée et le temps du retour à la maison, sans jamais de défaire de l’environnement extérieur. Ce temps qui ne se termine pas toujours bien pour tous. J’ai aimé cette façon de « dire », solitude intérieure unie à son entourage, et suis curieuse de découvrir d’autres textes de l’auteur, qui a publié un recueil de nouvelles traduit en 2009 notamment : le ventre de Naples.

 

Merci à Suzanne de logo-chez-les-filles.jpg et aux éditions du Seuil de m’avoir fait découvrir cet auteur !

 

Seuil, coll. cadre vert, avril 2010, 154 pages, prix : 16.50 €

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Crédit photo couverture : © Ricardo Demurez / Trevillion Images / et éd. du Seuil

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C'est ici que l'on se quitte – Jonathan Tropper

23 Mars 2010, 07:33am

Publié par Laure

Traduit de l'américain par Carine Chichereau


c-ets-ici-que-l-on-se-quitte.jpgPrésentation de l'éditeur : Qu'y a-t-il de pire que d'enterrer son père ? Réponse : passer la semaine qui suit enfermé avec sa propre famille de dingues... Morton Foxman s'en est allé. Mais avant de mourir, il a exprimé une dernière volonté : que sa famille célèbre la shiv'ah. Sept jours de deuil, ensemble, sous le même toit. Une perspective peu réjouissante pour ce clan qui ne s'est pas retrouvé ainsi réuni depuis... depuis quand déjà? Judd, qui nage en pleine déprime après avoir découvert sa femme en flagrant délit d'adultère, s'apprête à vivre ce qui pourrait être la pire semaine de sa vie. Il rejoint sa mère, aux talons et décolleté vertigineux; sa soeur Wendy accompagnée de ses gosses hyperactifs et de son mari continuellement scotché à son BlackBerry; son frère aîné, Paul, atrabilaire, et sa charmante épouse, avec qui Judd a pris un peu de bon temps par le passé; et enfin Phillip, le vilain petit canard, qui se fait aussi rare que discret sur ses activités... Des caractères diamétralement opposés contraints de cohabiter pendant sept jours et sept nuits. Les non-dits, les rancoeurs couvent. Et chacun de prendre sur lui pour ne pas péter les plombs. Famille, je vous hais! Heureusement, il y en a au moins un qui n'est plus là pour voir ça...


C'est une histoire de deuil et pourtant c'est drôle du début à la fin... ou presque, car il y a aussi quelques séquences émotions... C'est bien souvent complètement déjanté aussi, comme seuls peut-être les Américains savent le faire, dans une extravagance qui évacue tout complexe.

J'avais beaucoup entendu parler de cet auteur sans jamais l'avoir lu (le livre de Joe, Perte et fracas, ...), j'ai donc fait un essai avec son dernier titre paru. Et j'avoue que le début est saisissant, la scène où Judd surprend sa femme au lit avec son patron à lui est à mourir de rire, interminable et pourtant très très forte dans l'humour. Et là je me suis dit : il est très fort ce type. Hélas, j'ai un peu déchanté par la suite, car j'ai trouvé trop de longueurs au roman, ça me paraît assez inévitable au vu de le construction choisie : 7 jours enfermés dans une maison, avec des couples complètement barges, en égrenant les chapitres jour après jour et parfois presque heure par heure... même si l'on fait le tour des histoires folledingues de chacun, pas facile de se renouveler.

Ce n'est sans doute pas un roman inoubliable mais c'est roman divertissant et amusant, un roman de vacances ou de plage, un roman détente. Assez cru par moments, vous êtes prévenus. (mais ça fait partie des personnages décomplexés !)

p. 304 : "Je ne me sentirais pas à l'aise si j'essayais d'emballer une fille devant les frères de la femme mariée avec qui je viens de passer une nuit. Il faut un bon GPS pour suivre la vie sexuelle des membres de cette famille. Je me demande si les relations amoureuses sont aussi tordues chez les autres, ou si notre famille possède un don particulier pour tout compliquer".

p. 354 : "Noyer l'émotion sous la logistique. Voilà ce que nous faisons. Papa vit en chacun de nous. Eh oui, les parents peuvent continuer à vous emmerder même après leur mort : en ce sens, ils ne disparaissent jamais tout à fait. Mes frères, ma soeur et moi aurons toujours du mal à faire face à nos vrais sentiments. Avec les autres, nous arrivons à gérer jusqu'à un certain point, mais entre nous, ce sont des échecs à répétition - parfois spectaculaires. Nos connexions profondes sont trop chaotiques, c'est comme au coeur des murs de cette maison : les plombs sautent pour un oui, pour un non."


Fleuve noir, octobre 2009, 370 pages, prix : 19 €

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Crédit photo couverture : Bec Parsons / Getty Images / et éd. Fleuve Noir

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