Les jardins d'Hélène

Le petit astronaute – Jean-Paul Eid

10 Août 2022, 20:36pm

Publié par Laure

Une fois par an à une date anniversaire, Juliette, surnommée Tourniquette, retourne dans le quartier de son enfance, devant la maison où elle a vécu. Cette année, la maison est à vendre et des visites libres sont permises. Elle s’y rend et les souvenirs refont surface…

C’est dans cette maison qu’elle a emménagé à la naissance de son petit frère, né prématurément et victime d’une paralysie cérébrale qui le laissera lourdement handicapé. Avant que les mots ne soient posés et la difficulté à vivre la différence au quotidien exprimée, c’est tout l’amour pour cet enfant qui transparaît et demeure tout au long de l’album.

Le lien est fort entre Juliette et son petit frère, qu’ils surnomment Captain Tom et le chemin est très difficile pour les parents, toutes les portes se ferment au moment de trouver une place en crèche. Toutes sauf une où la bienveillance, la patience et l’attention sincère seront un vrai bonheur.

Bien que cet album soit une fiction, elle est fortement inspirée de l’histoire personnelle de l’auteur, qui en dit quelques mots à la fin.

Un scénario naturellement très touchant, un dessin aux couleurs bien choisies qui colle merveilleusement au texte, on ne peut qu’être ému par cette histoire. Et le prologue qui ouvre le récit prend tout son sens à la fin, une fois la métaphore spatiale mieux comprise.

Une histoire de vie, triste mais belle aussi.

 

 

 

La Pastèque, avril 2021, 148 pages, prix : 26 €, ISBN : 978-2-89777-103-4

 

 

Crédit photo couverture : © Jean-Paul Eid et éd. La Pastèque

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Les chats éraflés – Camille Goudeau

8 Août 2022, 15:08pm

Publié par Laure

Soizic vit chez ses grands-parents sans vraiment connaître l’histoire de son enfance ni pourquoi sa mère, toujours vivante, n’a pas voulu d’elle. Personne n’en parle. Mais les grands-parents sont alcooliques, l’ambiance n’est pas folichonne, il est temps pour elle de prendre son envol et de trouver un job à la capitale. Mais Paris n’est pas l’eldorado que l’on croit quand on n’a pas le sou. Soizic deviendra donc bouquiniste sur les quais de Seine pour son cousin retrouvé là, tout en circulant de plan cul foireux en chambre de bonne miteuse. Le chemin vers l’âge adulte ?

Il n’est point question de chats dans ce roman, n’en déplaise au titre, qui renvoie sans doute à cette jeunesse cabossée qui grandit dans la débrouille sur des piliers fragiles.

On y visite un Paris tantôt touristique tantôt populaire où il se vend plus de tours Eiffel chinoises en plastique que de Proust en édition originale, les unes côtoyant l’autre dans ces grandes boîtes vertes de bord de Seine.

Il y a quelque chose d’attachant dans la plume de Camille Goudeau ; sans être un coup de cœur, c’est un premier roman français qui se lit volontiers, avec un brin de tendresse dans l’œil car Soizic se bat malgré son mal-être, ses troubles alimentaires et son orgueil, et grandir pour elle nécessitera peut-être de mettre de l’eau dans le vin de ses convictions. Le chat lèche ses plaies, à défaut de larmes.

 

Extrait p. 163 : « La marchandise s’épuise. Je vends quelques tours Eiffel, un Yourcenar à 5 euros, NRF. Catherine, rien du tout. C’est dû à la pauvreté des cerveaux, à la pauvreté tout court, à la grande mutilation de l’imaginaire, au dégoût des livres imposés par les profs de français et les parents stupides à leurs enfants. Le livre est compliqué, le livre est ennuyeux, le livre est élitiste, le livre est fait par des intellos méprisants, le livre ne m’aime pas, c’est un objet qui est fait pour ceux qui m’exploitent, le livre es trop difficile à lire, je ne veux pas l’ouvrir, on m’a toujours bien fait comprendre que le livre n’avait pas été écrit pour les gens comme moi. Je suis trop bête pour le livre. Les écrivains sont un amas d’inside jokes destinées à l’élite. Et puis d’abord les livres qu’on m’a obligé à lire à l’école, ils étaient chiants, ils ne me parlaient pas de moi, ils avaient un langage qui fermait la porte au nez du mien. L’élitisme. Qui a tué Jack London ? »

 

Gallimard, la Blanche, avril 2021, 266 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-07-293001-0

 

 

Crédit photo couverture : © Flore-Aël Surun / Tendance Floue (détail) / et éd. Gallimard

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Le petit frère - Jean-Louis Tripp

3 Août 2022, 06:17am

Publié par Laure

Le petit frère est un récit autobiographique dans lequel l’auteur et illustrateur revient sur le décès de son petit frère Gilles, à l’âge de 11 ans, en août 1976. Il avait alors dix-huit ans, était en vacances en Bretagne avec sa mère divorcée et ses frères, sa copine, son oncle et sa tante. Ils se déplaçaient en hippo-roulottes, c’était chouette comme un beau jour d’été, quand son frère a voulu descendre, et malgré son attention, s’est fait happer par un chauffard qui a pris la fuite, avant d’être retrouvé par les gendarmes.

Ce n’est que plus de 40 ans après que Jean-Louis, qui vit désormais au Canada, revient sur l’événement, en convoquant aussi les souvenirs de sa mère avec qui il échange en visio.

Récit fidèle aux faits, aux sentiments éprouvés à ce moment-là et au moment du jugement, sur l’après. Si l’on ne peut imaginer la douleur des parents quand on ne l’a pas vécue tout en la qualifiant comme la pire, on laisse assez peu de place en général à celle de la fratrie. Chacun a nourri le drame de son propre sentiment de culpabilité mais ce n’est bien après qu’ils ont pu l’exprimer.

Le récit est pudique, très bien mené dans la découpe des cases et des rares pleines pages, dans l’utilisation très limitée de la couleur. Beaucoup de justesse dans cet album émouvant, et un beau travail graphique.

 

 

Casterman, mai 2022, 334 pages, prix : 28 €, ISBN : 978-2-203-22864-1

 

 

Crédit photo couverture : © JL Tripp  et éd. Casterman

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DRH, la machine à broyer : recruter, casser, jeter – Didier Bille

2 Août 2022, 06:49am

Publié par Laure

Ancien DRH, Didier Bille décrit les pratiques abusives et sans vergogne des grandes entreprises dans lesquelles il a œuvré pendant plus de vingt-cinq ans.

Le ton humoristique, voire sarcastique n'en rend pas moins l’ensemble édifiant. De la destruction en bonne et due forme, sans états d’âme. L’humain n’a aucune valeur (quelques indemnités quand il s’agit de s’en débarrasser sous les prétextes les plus fallacieux) face aux profits des grands groupes.

On a beau le savoir, le lire est à vomir. Mais il a bien fini par dire stop et faire autre chose.

Je me suis parfois perdue dans les pseudos tordus et l’échelle alambiquée des managers et des exemples cités, mais ça ne change pas grand-chose au résultat. Intéressant et déprimant. Révoltant serait plus juste.

Et si l’on en croit toutes ces reconversions professionnelles post covid….

 

 

Extraits :

  • P.15 : « Dans « ressources humaines », le terme le plus important est le premier. Le salarié est une ressource, un ingrédient qui a un coût (qu’il faut réduire), un temps d’usage (qu’il faut maximiser, même si cela en diminue la durée de vie), un mode d’utilisation, une date de péremption, qui varie en fonction de la manière dont la ressource a été exploitée, mais qui est toujours respectée (quand c’est plus bon, c’est jeté), et dont l’usage est soumis à une règlementation (qu’il faut s’employer à simplifier ou à contourner). Le second terme, « humaines », c’est juste du camouflage ».

 

  • P. 246 : « Le travail réel est ce qu’un collaborateur va réellement réaliser au quotidien, parfois à l’encontre du travail prescrit. Il développe ainsi sa créativité, son savoir-faire, son autonomie. Il cherche à accroitre sa satisfaction de faire du bon travail, du bel ouvrage, un travail de qualité.

Enfin, le travail ressenti intègre les émotions et l’impact du travail réel sur le psychisme du salarié.

Or, aujourd’hui, en entreprise, seul compte le travail prescrit. Pire encore, seul compte le résultat du travail prescrit. Dans le « moins pire » des cas, le manager connaît le travail prescrit de ses collaborateurs, beaucoup moins leur travail réel et quasiment jamais leur ressenti par rapport à leurs activités. »

 

 

Le Cherche Midi, mars 2018, 270 pages, prix : 18 E, ISBN : 978-2-7491-5805-1 (existe en poche)

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Le cherche midi.

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Les cœurs insolents – Ovidie / Audrey Lainé

1 Août 2022, 15:20pm

Publié par Laure

Une BD sociale qui pose un regard de quadra (Ovidie est née en 1980) sur l’évolution des violences sexistes faites aux femmes, des « salopes » de la fin des années 1990 au cyber harcèlement d’aujourd’hui.

Par le biais du lien mère-fille, Ovidie requestionne sa propre adolescence et celle de sa fille à présent adolescente à son tour. Les médias, la vitesse de l’information ont changé, la façon d’en parler également, mais rien n’a vraiment fondamentalement changé.

J’ai trouvé le regard sociologique vraiment intéressant et beaucoup aimé le dessin et choix de couleurs de l’illustratrice Audrey Lainé.

Un conseil : lisez l’excellente préface de Wendy Delorme a posteriori, inutile d’avoir toutes les clés de lecture avant de commencer !

 

 

Marabulles, avril 2021, 126 pages, prix : 17,95 €, ISBN : 978-2-501-13312-8

 

 

Crédit photo couverture : © Audrey Lainé et éd. Marabulles

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