Les jardins d'Hélène

livr'ados

Lire est dangereux (pour les préjugés) – Dave Connis

28 Juin 2022, 16:38pm

Publié par Laure

Traduit de l’américain par Leslie Damant-Jeandel

Clara Evans est en dernière année d’études à la Lubton Academy (LA), un lycée privé américain. Grande lectrice elle aide aussi le professeur documentaliste à ranger le CDI. Quand elle découvre que le chef d’établissement veut interdire la mise en rayons d’une cinquantaine de titres (qu’il appelle les médias prohibés), Clara est très en colère. Avec l’aide et le soutien de sa prof de lettres et du documentaliste, elle va monter une bibliothèque clandestine parallèle, pour faire circuler ces ouvrages interdits.

Le thème est plus que tentant, hélas il ne m’a pas semblé exploité à la hauteur de ses possibilités. Un problème de traduction déjà peut-être, les acronymes LA et FDP revenant sans cesse, mais n’ayant pas en français spontanément le même sens que celui donné dans le roman (respectivement Lubton Academy, le nom du lycée) et Fils des Pères Fondateurs. De même la « biclan » pour « bibliothèque clandestine » est peu heureux, mais passe encore.

Si le début se met bien en place, amour de la lecture, résistance, lutte contre la censure, le principe tourne un peu en rond. Il réussit néanmoins à donner envie de relire (ou découvrir pour les jeunes) les classiques cités, tel que l’attrape-cœurs, Hunger Games, La couleur pourpre

L’intrigue montre bien aussi combien les donateurs qui financent les établissements sont tout-puissants, sans discernement de l’intérêt général. Le sujet de l’homosexualité est aussi au cœur du roman, de manière assez classique dans la littérature ado.

 

Éditions Milan, coll. Page Turners, août 2020, 297 pages, prix : 15,90 €, ISBN : 978-2-4080-1376-9

 

 

Crédit photo couverture : éd. Milan

Voir les commentaires

Miettes (humour décalé) - Stéphane Servant

25 Mai 2022, 09:13am

Publié par Laure

Fête de fin d’année au lycée. Un ado prend place pour son seul-en-scène, annoncé au programme sous le titre « Miettes (humour décalé) ».

S’il déroule d’abord ses relations à ses camarades et à ses parents du fait de sa « différence » - il n’entre pas dans les critères stéréotypés de virilité – il bascule petit à petit vers une scène d’humiliation lors d’une sortie, que chacun a préféré étouffer, ou minimiser, pour ne pas faire de vagues.

Si le texte n’est que le seul discours de l’adolescent sur scène, de nombreux thèmes relatifs au genre y sont abordés, que ce soit dans l’éducation (les parents et les enseignants sont taclés au passage), les émotions, le sentiment amoureux ou les critères de masculinité. La question du harcèlement et de la violence scolaire est centrale également. Un ensemble très riche en si peu de pages !

Un texte fort, qui bouscule et c’est tant mieux.

(Et mention spéciale aux passages sur la lecture, les livres et la bibliothèque 😉 )

 

 

Ed. Nathan, coll. Court Toujours, septembre 2021, 47 pages, prix : 8€,

ISBN : 978-2-09-249301-4

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Nathan

Voir les commentaires

Queen Kong – Hélène Vignal

22 Mai 2022, 12:26pm

Publié par Laure

Rappelons-le pour les futurs lecteurs qui l’ignoreraient, la collection « l’ardeur » chez Thierry Magnier est une collection de romans érotiques pour les adolescents, et l’éditeur imprime un avertissement sur sa 4eme de couv pour les moins de 15 ans en indiquant clairement la présence de scènes explicites.

Passé ce préambule, ceux qui connaissent la collection savent qu’elle est d’une grande qualité, en témoigne s’il le fallait la récompense de la Pépite d’Or au Salon de la presse et littérature jeunesse de Montreuil pour ce titre en particulier en 2021.

Une jeune lycéenne a choisi d’assumer sa sexualité et son plaisir, d’abord en le découvrant seule, puis en vivant différentes expériences avec des garçons de son âge, expériences qu’elle souhaite décorréler de l’amour. Vous imaginez déjà le problème : autant personne ne bronche quand un homme se comporte ainsi, autant on s’appliquera à lyncher la jeune femme sur les réseaux sociaux en la traitant de ce nom commun qui n’est jamais écrit mais que vous saisissez immédiatement. Pourtant à aucun moment elle ne s’en cache et le dit avec respect.

Il y a de très belles scènes dans ce court roman, d’une grande sensibilité, justesse et intelligence, Hélène Vignal a su retraduire les choix et pensées de son héroïne à la perfection.

Un bémol pour ma part sur la bifurcation vers le zadisme qui pour moi n’a pas grand-chose à voir avec l’histoire même si j’entends la volonté de porter – aussi - un propos écologique.

Un texte très réussi ; comme souvent dans cette collection, qui privilégie le point de vue d’une sexualité tournée vers le plaisir et le respect de soi et de l’autre, et pas seulement vers la mise en garde habituelle (et nécessaire également) à cet âge.

 

D'autres titres de la collection sur ce blog :

 

Ed. Thierry Magnier, coll. L’ardeur, septembre 2021, 81 pages, prix : 12,90 €, ISBN : 979-10-352-0466-2

 

 

Crédit photo couverture : © Cha Gonzalez et éd. Thierry Magnier.

Voir les commentaires

D’or et d’oreillers – Flore Vesco

15 Mars 2022, 13:58pm

Publié par Laure

Quelle magnifique réécriture du conte de la princesse au petit pois, mâtiné de sorcellerie, d’une incroyable modernité et liberté !

Flore Vesco a l’art de manier le langage ; chaque mot est choisi et à sa juste place. Il s’en dégage un plaisir évident pour le lecteur, qui en vient presque à ne pas vouloir finir tant le mets est excellent.

Ici, place au Lord Handerson, riche héritier solitaire en son manoir de Blenkinsop Castle. Il cherche épouse et tous les bons partis de la région viennent passer le premier test, qui consiste à passer une nuit seule dans une chambre sur une pile de matelas d’une hauteur vertigineuse. Toutes sont renvoyées au matin, sans connaitre la raison de leur échec. Sadima, simple femme de chambre qui accompagnait les jeunes femmes pour qui elle travaille se voit proposer le test.
Courageuse et audacieuse, elle va franchir les étapes une à une.

Ce roman, destiné aux ados (dès 13 ans) est une réussite totale, tant dans le registre du conte que dans les sujets évoqués : femme sorcière ou femme libre, amour et plaisir, affranchissement du regard maternel, le féminisme est moderne et assumé. Je crois n’avoir jamais lu de roman pour ado aussi érotique, alors qu’aucun mot du vocabulaire consacré n’est employé. C’est subtil et malicieux, pour une sensualité réjouissante. La magie sert la résolution de l’histoire et même sans en être friand, c’est travaillé, abouti, efficace.

 

A lire, sans hésiter !

 

L’école des loisirs, coll. Medium +, mars 2021, 240 pages, prix : 15 €, ISBN : 978-2-211-31023-9

 

 

Crédit photo couverture : ©Mayalen Goust et éd. L’école des loisirs

Voir les commentaires

Dans la nuit blanche – Olivier Adam

6 Mars 2022, 18:17pm

Publié par Laure

Léa vient de s’installer à Paris pour ses études, dans une minuscule chambre de bonne, où elle va apprendre à faire connaissance avec ses nouveaux voisins de palier : Boris le serbe souvent alcoolisé et un brin exhibitionniste, Gloria la vieille espagnole, Su et ses talents guérisseurs par les plantes et les baumes, et Nathan, serveur, écrivain qui a le pouvoir de voir dans les rêves des gens.

Ses parents et son frère Antoine, plus jeune, ont du mal à la voir partir, mais c’est le cours de la vie.  Léa est la première de la famille à faire des études, et ses parents en sont fiers.

Au retour d’une partie de tennis avec son ami Hugo, Antoine se fait renverser par une voiture en traversant la forêt. Délit de fuite du conducteur, le jeune homme est dans le coma. Sa voix nous parviendra également du lointain de cette « nuit blanche ».

La vie de tous est bouleversée : dans un roman choral qui donne la parole à ses amis et à sa sœur, ainsi qu’aux nouvelles rencontres de celle-ci, les sentiments vont se libérer et l’enquête se résoudre. Si les indices sont là, les fausses pistes nous mènent le temps de vivre au plus près des émotions des uns et des autres.

Olivier Adam excelle dans le roman intime qui dit avec justesse les sentiments amoureux, amicaux, familiaux, les doutes, les peurs, l'acceptation de soi.  L’adolescence, ce moment d’émotions exacerbées est un terrain riche qu’il explore avec talent.

 

Dès 13 ans et sans limite d’âge 😉

 

 

Robert Laffont, collection R., octobre 2021, 253 pages, prix : 17,90 €, ISBN : 978-2-221-25559-9

 

 

Crédit photo couverture : © éditions Robert Laffont

Voir les commentaires

Mon bel assassin – Charlotte Erlih

21 Février 2022, 14:58pm

Publié par Laure

Greta Thunberg peut-elle tomber amoureuse ? Engagée comme elle est, elle parcourt le monde et n’a pas une seconde pour elle. Convaincre des politiques est son mantra, se battre pour le climat sa religion. Bien que son nom ne soit jamais cité, c’est bien elle qui va rencontrer Tom dans un car de nuit (elle évite au maximum l’avion) et se remettre en question, en quête d’un avenir dans ce monde absurde, et voir peut-être un nouvel horizon plus doux se profiler.

Jean-Philippe Blondel s’était déjà essayé à mettre en fiction le personnage de Greta Thunberg dans Il est encore temps (Actes Sud junior, 2020) et j’avais ressenti la même chose qu’ici : je reste difficilement perméable au docu-fiction. Je n’ai pas envie qu’on me raconte l’engagement de Greta Thunberg et ce qu’elle peut ressentir face à l’immobilisme des différents acteurs à qui elle s’adresse, l’actu le fait très bien, quant à la fiction pure (les premiers émois amoureux, la peur, le doute), elle s’applique à n’importe quel(le) adolescent(e). Alors mêler les deux ? Peut-on avoir une vie normale quand on est sous l’œil permanent des médias ? montrer ses émotions ? s’autoriser à être soi, avec sa fragilité, quand on à 16 ans on parle aux dirigeants du monde entier ? La question concerne tous les ados quel que soit leur engagement.

J’aime beaucoup cette collection chez Nathan qui comme son nom l’indique – Court toujours – propose des textes courts sous 3 formats simultanés : il suffit d’acheter le livre pour accéder en même temps à sa version numérique et sa version audio. Les auteurs aguerris et leurs textes sont toujours de qualité, et si celui-ci n’est pas mon préféré, par son sujet sans doute, vous pouvez piocher quasi les yeux fermés dans la collection.

 

(Dès 15 ans)

 

Nathan, coll. Court toujours, février 2022, 57 pages, prix : 8 €, ISBN : 978-2-09-249243-7

 

Crédit photo couverture : © éd. Nathan

Voir les commentaires

L’année des pierres – Rachel Corenblit

17 Août 2021, 09:01am

Publié par Laure

 

Daniel Mayer, 17 ans, en rupture scolaire et avec sa famille, est envoyé en Israël par ses parents, songeant que l’éloignement dans un lycée français fera du bien à tous. Il y retrouve neuf autres jeunes tous plus ou moins dans une situation ayant nécessité la même séparation.

Le roman s’ouvre sur une scène de caillassage de bus dans lequel se trouvent les adolescents, à Jéricho, en décembre 1987. C’est le début de la première Intifada, opposant les Palestiniens aux Juifs israéliens.

Si le thème s’annonçait intéressant, j’ai été un peu déçue par ce roman, qui je crois, veut trop en faire et perd un peu son lecteur en chemin. D’abord il y a l’histoire de Daniel, de son rapport à ses parents, l’histoire de son grand-père dont il apprend l’existence à l’occasion de ce départ, et donc l’histoire de la rupture de sa famille, son passé, les vies de ces ados aux profils variés dont on peine parfois à se souvenir qui est qui et ce qu’il fait là, et surtout l’histoire politique d’Israël, qui au final sert de cadre dramatique mais est peu exploitée. Ou du moins j’en attendais plus. Sans oublier les histoires d’amours naissantes adolescentes, mal-être et j’en passe.

Il y a aussi cette temporalité flashforward / flashback / temps présent / qui ne facilite pas les choses. Pour moi l’essentiel de l’histoire, c’est celle du grand-père et de la transmission, du secret enfin dévoilé, plus que « l’année des pierres ».

Un roman pour les ados (dès 14 ans) qui pour moi s’est un peu trop éparpillé dans ses thèmes abordés.

 

 

Casterman, coll. Ici/maintenant, août 2019, 412 pages, prix : 16 €, ISBN : 978-2-203-18641-5

 

 

Crédit photo couverture : © Laurent Rivelaygue et éd. Casterman.

Voir les commentaires

Rapaces – Ursula Poznanski

18 Mai 2021, 17:03pm

Publié par Laure

Traduit de l’allemand (Autriche) par Florence Quillet

 

Jonas a dix-sept ans. Surdoué, il entre prématurément dans une grande université. Il est hébergé dans une famille d’accueil, où ses parents pensent qu’il sera mieux entouré qu’en cité universitaire. Mais dès son arrivée sur le quai de la gare, son hôte n’est pas là… Et Jonas n’a pas sa langue dans sa poche. Brillant mais arrogant, il se met vite tout le monde à dos. Il a aussi un secret : il aime espionner les gens avec un drone qu’il a conçu lui-même, un petit bijou technologique hors norme. Et bien évidemment, il va se trouver mêlé à une sombre affaire… avec un cadavre qui arrive bien vite.

Un thriller prenant que j’ai trouvé intéressant pour le personnage décalé de Jonas, ce type de personnalité étant assez peu représenté en littérature me semble-t-il (génie, oui, mais tête à claques insupportable, non ? on est loin du cliché habituel de l’autiste Asperger.) Même si le lecteur se doute assez vite du quiproquo qui mène l’intrigue, ça fonctionne, et ça se dévore.

 

Du bon divertissement, à conseiller dès 13 ans

 

 

Milan, février 2021, 403 pages, prix : 16,90 €, ISBN : 978-2-7459-9591-9

 

 

Crédit photo couverture : © Rico junior / éd. Milan

Voir les commentaires

La sans-visage - Louise Mey

17 Mai 2021, 16:30pm

Publié par Laure

Clara a fait des heures et de heures de baby-sitting pour se payer une colo sport et nature au mois d’août avec sa copine Aïssa, qu’elle a peu vue depuis que celle-ci a changé de collège.

Le lecteur est immédiatement immergé dans ce groupe de jeunes ados aux personnalités et niveau d’endurance sportive divers. Très vite la jeune Éléonore est prise en grippe par le groupe, surnommée Babar, ils ne manqueront pas de lui faire endurer de nombreuse violences et moqueries.

Roman sur le harcèlement, le rejet de la différence, l’effet de groupe, où tous les points de vue sont exploités : celui de la victime, celui de la harceleuse, celui du groupe qui suit sans réfléchir, celui de la narratrice Clara qui voudrait réagir mais qui n’en a pas la force, et parce que c’est la facilité. Tous les personnages sont intéressants, y compris ceux des deux animateurs aux profils opposés.

Alors quand un matin au réveil de cette colo itinérante, Éléonore a disparu, c’est le début d’une enquête de police et de réflexion pour Clara sur son positionnement dans l’affaire.

Roman nécessaire et particulièrement réussi, qui devrait être lu par tous les jeunes, tant il est réaliste et peut donner à réfléchir sur les différents positionnements des membres du groupe.

Louise Mey s’était déjà fait brillamment remarquer par son roman très sombre sur l’emprise et les violences conjugales (La deuxième femme), elle confirme ici tout son talent à aborder les sujets de société par le biais d’une fiction aussi vraisemblable que dérangeante. La littérature qui bouscule son lecteur, c’est tout ce que j’aime !

 

 

 

L’École des loisirs, coll. Medium, avril 2020, 204 pages, prix : 15 €, ISBN : 978-2-211-20703-1

 

 

 

Crédit photo couverture : © Lucia Calfapietra / éd. Ecole des loisirs

Voir les commentaires

Scarlett et Novak – Alain Damasio

14 Mars 2021, 10:57am

Publié par Laure

Novak est un jeune homme adolescent qui est agressé alors qu’il court tranquillement. Il s’en remet à son brightphone, version plus sophistiquée du smartphone, et à son intelligence artificielle Scarlett. Scarlett sait tout de lui, enregistre tout, et peut prendre toutes les décisions, sur simple commande vocale, avec ses nombreuses applis. Le smartphone de demain. Mais n’est-ce pas justement cette IA et ses données que veulent lui dérober ses agresseurs ?

Un court texte – une soixantaine de pages à peine, 29 en numérique – bien trop court hélas ! A peine le temps de s’installer dans l’histoire que c’est déjà fini. Dommage, j’aurais vraiment aimé plus de développement car l’intrigue fonctionne, le thème est actuel et bien conduit.  

Un récit sur nos addictions aux smartphones, mais aussi à leur potentialité, sans cesse croissante, et à la nécessité de s’en désintoxiquer. Quelques passages violents, une invitation à réfléchir à notre dépendance à nos téléphones.

 

En lisant les pages liminaires on apprend que ce texte a connu une première parution en 2014 sur le site 01net.com. Il y a 7 ans, c’était donc encore plus futuriste…

 

(Dès 13 ans)

 

 

 

 

 

 

Rageot, mars 2021, 65 pages, prix : 4,90 €, ISBN : 978-2-7002-7694-7

 

 

Crédit photo couverture : © Liliwood et éd. Rageot

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>