Les jardins d'Hélène

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Les habitantes - Pauline Peyrade

4 Août 2026, 17:25pm

Publié par Laure

Dans un hameau isolé, Emily vit seule avec sa chienne Loyse dans la maison de sa grand-mère décédée. Elle reçoit le courrier d’un notaire lui demandant de réagir à la vente prévue de cette maison qu’elle occupe de longue date.

Le lecteur comprend que la situation familiale est tendue, que la maison se vendra quoi qu’elle fasse. Tout se joue entre les non-dits de l’histoire et l’omniprésence de la nature ; les femmes de l’histoire sont placées sur le même plan que les chiennes, les végétaux, les pierres, les insectes.

J’ai fini par trouver longues et ennuyeuses ces descriptions extrêmement précises de la nature, alors que je cherchais des réponses aux ellipses de l’histoire. Que s’est-il passé avec le père ? Ce n’est pas l’objet du roman. La blessure de la chienne à la vulve et la blessure au genou d’Emily, ce sang qui coule, ces éléments sont sans doute métaphoriques d’une violence patriarcale enfouie.

Le livre est ambitieux, original, se lit bien, mais m’a laissé sur ma faim. Même si la fin laisse peu de place au doute, il m’a manqué trop de choses, c’est l’humain qui m’intéressait davantage, je suis donc passée un peu à côté de ce projet quasi organique.

Un texte qui ne laisse pas indifférent, mais qui n’est pas parvenu à me séduire totalement.

 

 

Éditions de Minuit, janvier 2026, 179 pages, prix : 18,00 €

 

 

Crédit photo couverture : © Les éditions de Minuit

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Dans la jungle - Adeline Dieudonné

22 Juillet 2026, 15:14pm

Publié par Laure

Le premier chapitre est saisissant : une famille se retrouve chez le notaire pour une succession, celle d’un père ayant tué sa femme et ses deux enfants, avant de retourner l’arme contre lui.

Le roman suit le chemin de la rencontre du couple d’Aurélie et Arnaud jusqu’au drame, en passant par la naissance de leurs deux enfants, la jalousie d’Arnaud et la violence psychologique puis physique qui s’insinue et s’accentue au fil des pages.

J’ai beaucoup aimé les précédents romans et recueil de nouvelles d’Adeline Dieudonné, mais force est de reconnaitre qu’ici, je me suis passablement ennuyée entre le début et les cinquante dernières pages, j’ai même failli abandonner. Manque de rythme, longueurs, détails inutiles, qui certes suivent le déroulé d’une rencontre tranquille, d’une vie à deux d’abord sereine avant de basculer, mais je n’ai pas retrouvé ce qui faisait mouche dans ses précédents textes et qui vous tenait en haleine. La fin rattrape un peu l’ensemble mais ce fut bien poussif.

 

L'iconoclaste, avril 2026, 433 pages, prix : 22,50 €, ISBN : 978-2-37880-581-4

 

 

Crédit photo couverture : Quintin Leeds - Ill. Leonard Koscianski / éd. L'Iconoclaste

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Atelier 4 – Hélène Gestern

21 Juillet 2026, 16:37pm

Publié par Laure

Le corps sans vie de Natacha Dobrynine, chimiste dans une usine de papier, est retrouvé dans l’atelier 4, une zone ultrasécurisée dans laquelle elle n’aurait jamais dû se trouver, seule, en pleine nuit.

Suicide, accident du travail, meurtre ? Sa sœur Irène, médecin généraliste, ne peut croire aux thèses avancées par l’employeur, par ailleurs bien prompt à dédommager le mari et ses enfants en bas âge.

Le sujet est connu d’emblée, et suffisamment documenté depuis la crise des suicides à France Telecom ou encore la médiatisation de la lanceuse d’alerte Irène Frachon dans l’affaire du Mediator pour que le lecteur sache à quoi s’attendre : le harcèlement moral, l’intimidation, qui conduisent à la souffrance au travail.

Le roman est particulièrement réussi dans sa construction chorale, son réalisme dans la description du mécanisme de destitution d’un employé, l’impunité de l’entreprise aux mains de quelques personnes qui jouissent de leur petit pouvoir, tout ce qui déshumanise le travail pour détruire l’homme, la femme derrière le poste.

L’histoire familiale des deux couples, du lien sororal, d’Irène avec son père est davantage romancée mais apporte une touche d’empathie bienfaisante.

Atelier 4 se lit comme un polar et dénonce une dérive du monde du travail au XXIe siècle qui fait froid dans le dos. Même sous l’angle de la fiction, signaler, dénoncer reste essentiel pour que jamais le travail ne broie l’humain. Et il y a bien du chemin à faire, hélas. Les quelques pages sur les enseignants-chercheurs notamment sont criantes de vérité, et là encore, bien trop invisibilisées dans l’imaginaire collectif.

Salutaire.

 

 

 

Emprunté en bibliothèque, lu dans la journée un lundi de repos au jardin.

 

Grasset, mars 2026, 279 pages, prix : 21,50 €, ISBN : 978-2-246-84590-4

 

 

Crédit photo couverture : © Helene schjerfbeck (1862-1946) : La Porte, 1884 – Ateneumin Taide-museo, Finlande ©Aurimages / et éd. Grasset

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L’immontrable – Pauline Delabroy- Allard

12 Juillet 2026, 15:39pm

Publié par Laure

La collection Camera Obscura, chez Julliard, consiste à écrire un récit à partir d’une photographie. Ici, la photographie est immontrable, car elle est l’autoportrait de deux mères tenant dans leurs bras leur nouveau-né mort. L’illustration choisie est donc un cliché représentant une reproduction du tableau Le Nouveau-Né, de Georges de La Tour (17e s.) avec une bougie et un vase contenant deux fleurs.

On ne peut pas donner à voir la photo de la mort dans notre société, et encore moins de la mort d’un bébé.

L’autrice et sa compagne S. attendent un enfant. La grossesse est joie, jusqu’à la découverte d’une inquiétude à l’échographie, au parcours de l’IMG (interruption médicale de grossesse), et à la naissance de Jacob, à qui il fallu donner la mort à l’âge de 7 mois de grossesse, avant de le faire naître.

Ce récit est une beauté rare, précieuse, indispensable. Si intime et si universelle à la fois dans ce qu’elle dit de la perte d’un bébé mort avant de naître (n’être ?) et déjà si aimé.

J’y ai tant retrouvé de ma propre vie, tant pleuré à chaudes larmes. Merci, merci Pauline Delabroy-Allard de partager ce moment si personnel et si bienfaisant pour toutes les mères ayant vécu une IMG ou tout autre deuil périnatal. On n’en parle pas encore suffisamment en France. « En 2019, en France, le taux de mortalité périnatale – soit le nombre d’enfants nés sans vie, par mort fœtale spontanée in utero, interruption médicale de grossesse (IMG) ou morts au cours des sept premiers jours de vie, rapporté à l’ensemble des naissances à partir de vingt-deux semaines de grossesse – représentait 10,2 ‰ des naissances. Le deuil périnatal touche ainsi chaque année près de 7 000 femmes et couples. » (Le Monde, 14 oct 2023) (10.2 pour MILLE hein, pas pour CENT)

Ce que j’ai aimé dans ce récit, au-delà de ce qu’il relate, c’est l’analyse que fait l’autrice de la photographie et de sa place dans notre quotidien (surtout depuis les smartphones !), de son rapport à l‘image qu’elle prend mais aussi à l’écriture, à leur différence, à leur complémentarité dans l’expression de soi et du monde.

Un indispensable, que je déconseillerai bien évidemment d’offrir à une femme enceinte ou souhaitant l’être (car si 1,02% des grossesses conduisent à un deuil périnatal, les 99% des autres se passent bien, du moins physiologiquement, inutile d’inviter à la peur), mais que toute femme et tout homme, qu’il.elle soit confronté.e ou non au sujet peut découvrir ; pour la réflexion sur les milliers de photos qui dorment dans nos téléphones, et pour son rapport à nos vies.

 

Extraits :

 « J’ai appris à me méfier de mes propres yeux. A vérifier. A recadrer. A chercher des confirmations. J’ai compris très tôt que je ne savais pas voir. Que je n’étais pas fiable. J’ai appris à compenser en observant autrement. Je ne pouvais pas compter sur mon acuité, alors j’ai développé autre chose, une forme de regard intérieur, de regard qui enregistre, pour me repasser le film plus tard, prendre le temps de comprendre ce que mes yeux perçoivent trop lentement. Je note les détails minuscules, avec l’impression d’être à la fois dans ma vie et en train d’en faire le compte-rendu […] je ne veux pas oublier. Parce que si c’est là, c’est que ça a eu lieu. La photographie, c’est mon œil de secours. Une paire de lunettes pour mon cœur. C’est peut-être pour ça que j’ai toujours aimé les photos légèrement ratées, aux cadrages bancals, aux reflets qui troublent la surface. Elles ressemblent à ma vision naturelle du monde. Une vision trouée, imparfaite, toujours sen train de chercher la mise au point. La photo devient le témoin muet de mes perceptions incertaines. Je crois que c’est à cause de ça que je n’ai jamais cru à une vérité simple. Et pourtant, la vérité aussi, je la cherche, je la traque. »

 

« Je vis avec cette forme sourde d’angoisse qui s’est insinuée en moi il y a des années, imaginer que ce qui n’a pas été capturé n’a pas vraiment eu lieu. Ce soupçon prend de plus en plus d’ampleur avec les années et la surabondance médiatique. L’événement non photographié devient presque suspect. S’il n’en reste pas de trace, peut-on affirmer qu’il a eu lieu ? Tout se passe comme s’il y avait là une sorte de glissement ontologique : le vécu sans image se sent amputé de sa preuve. Prendre une photo revient à donner une réalité plus nette, plus durable, à ce qu’on a devant soi. Et ne pas photographier, alors ? C’est courir le risque que cela se dissolve, dans la mémoire comme dans le monde.

L’image est convoquée comme preuve du réel : preuve que l’enfant a marché, que le grand-père a souri, et que oui, l’amour a existé. [… l’image] est aussi interprétation. L’image montre, certes, mais elle fige, découpe, isole. Elle dit « cela a été », mais elle ne dit jamais exactement comment cela était. C’est vain de penser que tout pourra infuser dans l’image. On le sait, l’émotion, le mouvement, le hors-champ, tout cela échappe. »

 

« Je voudrais interroger mon désir de preuve. Photographier, est-ce pour me souvenir ? Ou pour me convaincre ? Est-ce pour témoigner, ou pour conjurer une peur plus grande : celle de la dissolution du monde ? Cette obsession de la trace, ce besoin de tout documenter, je le sens, je l’éprouve, peut devenir une forme de fétichisation du réel. Je garde les photos plutôt que de m’autoriser à vivre la perte, y compris la perte de la mémoire. »

« Le monde se fissure, le réel me traverse brutalement. Il me mord comme un chien enragé. Une photo ne retient pas la vie. Un mot ne repousse pas la mort. Pourtant, c’est tout ce que j’ai. »

« Ce n’est pas un secret, cet autoportrait, c’est pire qu’un secret. Les secrets, on peut les partager. L’image fantôme frappe en moi de manière sourde et répétée, elle réclame quelque chose. Pas d’être exposée, pas d’être exhibée. Elle exige d’être transformée, d’être déplacée, d’être traduite. Elle me pousse à écrire pour comprendre, écrire pour traverser, écrire pour survivre ? Je veux écrire ce livre comme on développe une pellicule, lentement, avec soin. Dans le noir. »

« Écrire, c’est décider. Je décide que Jacob n’est pas une absence, ne sera jamais un silence. Sur l’autoportrait, rien de tremble, rien ne respire, rien ne bouge. La photographie ment. Elle donne à croire qu’on est en paix, que c’est possible d’être en paix. La photo est instant. L’écriture est durée. J’ai pris la photo. C’est moi qui ai fait l’autoportrait. Je l’ai prise pour ne pas sombrer, pour me convaincre que c’était bien arrivé, pour retenir l’instant dans la pince rigide de l’image. Mais une fois la photo prise, je me suis retrouvée face à un mur. Je l’avais, cette preuve. Et après ? Elle ne disait rien de ce que je sentais (…) Elle ne disait rien de la morsure dans ma poitrine, du cri qui ne sortait pas, du vertige. Elle gelait. Elle n’autorisait aucune fuite. Écrire me permet de recommencer, de revenir, d’élargir, d’approcher, de reculer, d’échouer, de reprendre, de trébucher, de tâtonner. Écrire me permet de dire ce que la photo n’a pas su prendre, toute l’histoire d’avant, toute l’histoire d’après, ce qui s’est ouvert en moi, ce que j’ai perdu, ce que j’ai vu, ce que je n’ai pas pu dire. Ce que je ressens maintenant. Écrire, c’est relire, et relier. »

 

 

 

 

 

 

éditions Julliard, coll. Camera obscura, 22 janvier 2026, 272 pages, prix : 21,50 €, ISBN : 978-2-260-05753-6

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Julliard

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Spécimen – Pauline Clavière

27 Mai 2026, 09:25am

Publié par Laure

Une jeune mère de famille fait garder son enfant par une assistante maternelle. Cette dernière est convoquée au poste de police au sujet de son propre fils, Rafaël, 19 ans, porté disparu.  

Mina, la nounou, perdue et effarée, demande de l’aide à la maman du petit Lucas. La narratrice, romancière, accepte de l’accompagner et de lire le carnet laissé par Rafaël.

Très vite se dessine une affaire de pédocriminalité, qui va remémorer à la jeune maman de douloureux souvenirs, son amie d’enfance Laura, ayant brusquement disparu à l’adolescence et n’ayant jamais redonné signe de vie.

L'alternance des récits en très courts chapitres, surtout dans la première partie, en fait une lecture facile et rapide. 2 twists (prévisibles, car je les avais devinés) rendent le roman un peu moins convenu qu’il ne l’était jusqu’alors, le lecteur ayant souvent une longueur d'avance sur le récit.

La narratrice rencontre un psychiatre spécialisé qui lui explique qu’« Aujourd’hui plus de 30 % des gamins de dix ans passent plus d’une demi-heure par mois à mater de la pornographie. Voilà les derniers chiffres de l’Arcom en 2023.  Le monstre social ce n’est pas un seul gamin avec une sexualité déviante, ils sont des milliers. » (p. 337). La société et l’absence ou l’insuffisance de protection des mineurs qui en font des « monstres » sont tout autant responsables.

Le procès permet aussi à l’accusé de s’exprimer et cette partie est réussie dans l’expression des différents points de vue. L’analyse des faits démontre toutefois que ces affaires de pédocriminalité ne sont jamais simples.

Ayant compris les retournements de situation, j’ai trouvé le roman moins exceptionnel qu’annoncé, mais la construction en imbrications fonctionne et invite à la réflexion au-delà du tout noir ou tout blanc.

 

Extraits :

p. 251 : « Un matin à la radio, je tombai sur une émission dédiée à Romain Gary et cette phrase de La Promesse de l’aube. La littérature est le dernier refuge, sur cette terre, de tous ceux qui ne savent pas où se fourrer. Ayant passé le plus clair de mon existence à chercher mon strapontin à moi dans un coin de ce monde, la formule a fait mouche. Si les auteurs sont ces errants sans cesse en quête d’un lieu où être, qu’en est-il de ceux qui peuplent leurs romans ? Si Gary était en face de moi, il pourrait répondre à cette question. Tout bien considéré, nos bibliothèques seraient des endroits bien infréquentables, truffés d’existences condamnées sans cela à errer dans les interstices. Un sas entre les hommes et les monstres. »

p. 352 : « L’amitié est un sentiment qui, comme l’amour, se nourrit du moindre signe. La plus petite attention marque l’intérêt de l’autre à votre égard. Et vous voilà récompensé. De ce point de vue, l’amitié est une drogue ».

 

Éditions Grasset, mars 2026, 403 pages, prix : 24 €, ISBN : 978-2-246-84610-9

 

 

Crédit photo couverture : © éditions Grasset

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L’homme qui écoutait battre le cœur des chats – Mathias Malzieu

26 Octobre 2025, 14:18pm

Publié par Laure

Je n’avais jamais lu Mathias Malzieu et j’ai été très touchée par ce roman. D’abord séduite par son style enjoué et son écriture travaillée sur les nombreux jeux avec les mots, j’ai été sensible au rôle donné à ces deux chats, June et Tornado (ou Tournedos pour June !) Entre humour et drame, leur présence et la mission portée par June sont essentielles. Parler de deuil prénatal est rare, et l’aborder sous cet angle en apparence fantaisiste l’est encore plus.

J’ai espéré aussi que l’on puisse sauver Tornado, atteint de la PIF (péritonite infectieuse féline), et si je me suis parfois un peu perdue dans les aspects imaginaires, c’est un conte merveilleux où la poésie triomphe que nous livre ici Mathias Malzieu, et ça fait un bien fou !

 

Extraits : 

p. 22 : « Leurs négociations poético-émotionnelles se sont soldées par le compromis suivant : ils auront des chats. Nous sommes donc une sorte de lot de consolation, un cadeau d’appoint qui sait attendre patiemment sans faire de crise d’adolescence. Deux enfants light, montés sur coussinets. »

p. 63 : « Celui-qui-se-croit-mon-maître fredonne « Bad Romance », la bouche pleine de croissant. Puis il entre dans un endroit vert et calme rempli de livres.  Peut-être le paradis. Le vieil enfant achète plusieurs recueils en deux exemplaires.

 Pour les lire deux fois ? lui demande gentiment la gardienne des livres.

Ronde et blonde. Appétissante comme une pomme de terre rissolée.

- Non, c’est pour mes chats. Ils adorent manger la poésie, c’est comme ça. J’ai beau leur donner des romans de gare, ils s’attaquent systématiquement à la poésie. Du coup, j’achète tout en double. »

p. 84 : « Le problème avec les poèmes, c’est qu’ils me donnent très intensément goût à la vie. Dévorer les livres ouvre le chant des possibles, éclaire des mondes invisibles et, tout à coup, je veux tout vivre et visiter. Je vibre et je veux vibrer encore. J’embarque dans le cockpit émotionnel de mes personnages préférés, et la notion de présent se dédouble. Le présent ce cadeau bleu ! »

 

Albin Michel, mai 2025, 200 pages, prix : 19.90 €, ISBN : 978-2-226-49672-0

 

 

Crédit photo couverture : ©Studio 22 / Le Turk – L’Usine à Merveilles / et éd. Albin Michel

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La route de Wakale - Solenn Honorine

9 Septembre 2025, 10:46am

Publié par Laure

 

Alix est ingénieure des eaux, à 27 ans elle est un peu perdue dans son couple. Elle s’engage dans une mission humanitaire pour Médecins sans Frontières, qui l’envoie au Nord-Kivu, une province de l’Est de la république démocratique du Congo. Elle découvre la réalité du terrain, " les pieds dans la merde et la tête dans les étoiles ", loin de ce qu’elle avait pu imaginer. Les tensions sont nombreuses, les dangers omniprésents, les situations dramatiques.

Je n’ai pas réussi à m’attacher au personnage que j’ai trouvé naïf et candide, trop égocentré, qui cherche à donner un sens à sa vie, mais il a manqué quelque chose, une profondeur dans le récit, un contexte géopolitique insuffisamment expliqué pour que je puisse réellement m’y intéresser. Je me suis ennuyée et n’ai pas été convaincue, ça arrive.

 

 

 

 

L’Archipel, septembre 2025, 272 pages, prix : 21 €, ISBN : 9782809852622

 

 

Crédit photo couverture : éditions de l’Archipel

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Du côté des vivants – Violaine Bérot

8 Septembre 2025, 10:12am

Publié par Laure

Greg Fontaine est encore jeune mais il a décidé d’arrêter la chimio. Il veut vivre ses derniers mois comme il l’entend. André Castillon est âgé, usé, il est temps pour lui de partir. C’est dans cette chambre 308 d’un hôpital que les deux hommes vont faire connaissance, partager des mots, des émotions, des petits plaisirs, entourés du passage des soignants, des amis, de la famille qui ne parviennent pas toujours à les comprendre, à se résigner, à accepter.

Le sujet est triste et pourtant le roman est d’une douceur et d’un réconfort étonnants, lumineux même. Avec sobriété, pudeur, douceur, en toute simplicité (les phrases sont courtes, économes, choisies) Violaine Bérot offre un roman touchant et juste sur l’importance de l’écoute, de la générosité, du respect de soi et de l’autre, de l’amitié, et par le ballet des personnages, différents points de vue, ainsi qu’un regard sur la situation de l’hôpital français aujourd’hui et sur la liberté de choix de sa fin de vie.

Un petit bijou d’humanité.

 

p. 72 : « Elle a terminé de nettoyer le sol de la chambre. Elle attaque la salle de bains. Elle voudrait ne plus croiser le regard de personne. Elle n’en peut plus de faire semblant. On ne devine rien des gens ni de leurs malheurs. On regarde quelqu’un, on invente sa vie, on se trompe. Chacun montre ce qu’il veut. Elle frotte le lavabo. L’eau tourne avant de s’en aller. Elle voudrait être comme l’eau, tourner et s’enfoncer. Elle est comme l’eau, plus rien ne tient debout, elle tourbillonne. Elle aimerait qu’un siphon l’avale. Mais non. »

 

Buchet-Chastel, août 2025, 165 pages, prix : 19 €, ISBN : 978-2-283-04106-2

 

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Âme brisée - Akira Mizubayashi

18 Août 2025, 14:42pm

Publié par Laure

Tokyo, novembre 1938. Un quatuor de musiciens répète Rosamunde de Schubert quand ils sont interrompus par des militaires. L’un d’entre eux brisera le violon de Yu Mizusawa. Rei, son fils caché dans une armoire face à la violence montante, en restera marqué à vie. Devenu luthier, il ne cessera de restaurer ce violon et avec lui la mémoire de son père.

Un joli roman sensible et doux, où l’amour, la solidarité, la loyauté, doublés de courage et de persévérance redonnent foi face à la cruauté et la bêtise dont l’homme est capable.

Nul doute que vous aurez envie d’écouter les morceaux de musique classique qui font la trame de ce roman.

L’auteur, japonais, a longtemps vécu en France et écrit directement en français. Son style, son écriture et ses personnages reflètent bien cette double culture.

 

 

 

Sont cités :

  • Rosamunde, quatuor à cordes de Frantz Schubert, opus 29, D. 804
  • Gavotte en rondeau, Partita n°3 en mi majeur de Jean-Sébastien Bach
  • Dites-moi comment vous allez vivre, de Genzburô Yoshino (disponible sous le titre Et vous, comment vivrez-vous ? aux éditions Picquier)
  • Le bateau-usine, de Takiji Kobayashi

 

 

Gallimard, coll. Folio, mai 2021, 256 pages, prix : 9 €, ISBN : 978-2-07-292121-6

 

 

Crédit photo couverture : ©Nagib El-Desouki / Arcangel Images (détail) / et Gallimard éd.

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Le livre de la rentrée – Luc Chomarat

12 Août 2025, 10:08am

Publié par Laure

J’avais découvert et apprécié Luc Chomarat en 2024 avec son roman, le fils du professeur (2021). Je le retrouve ici avec ce qui semble être son dada : mettre en scène l’écriture et le monde de l’édition.

L’éditeur Delafeuille (déjà présent dans deux de ses précédents romans mais aucun problème pour lire celui-ci sans les connaître) est sur une mauvaise pente professionnelle et doit trouver pour la rentrée littéraire d’automne le livre qui fera bondir les ventes de sa maison : un roman court (les lecteurs n’ont pas le temps), avec une femme moderne et combattive, bref, un récit formaté comme il faut pour que ça se vende. « LE livre de la rentrée » quoi, et si en plus il peut remporter un prix, ce sera encore mieux.

Delafeuille pense donc à Luc, un auteur qu’il connaît et qui justement est en train d’écrire un roman sur sa femme Delphine. La parfaite maîtresse de maison. Hum, pas le profil idéal de notre époque, surtout que Luc ne cache pas sa misogynie. Pourtant dès son arrivée dans la maison de l’auteur, accueilli par Delphine, il tombe sous son charme et que ce soit dans la vraie vie ou dans le manuscrit que Luc lui fait lire, cette femme devient vite son obsession.

Si l’on connaît un tant soit peu le monde du livre, on ne peut que se réjouir de tous ces/ses travers ironiquement décrits par l’auteur (tiens, Chomarat s’appelle Luc !), qui démontre très bien les enjeux commerciaux du livre, devenu depuis bien longtemps un produit comme un autre. Et quand il joue à insérer un roman dans le roman et à démonter les mécanismes de la fiction, le lecteur questionne nécessairement la place du vrai, du vraisemblable, de l’écriture, du pacte de lecture qu’il passe en tant que lecteur. Un lecteur de romans ne peut que se réjouir de cette mise en abyme et des questions qu’elle suscite. Là où ça se gâte un peu, c’est quand Chomarat en abuse en ajoutant un niveau supplémentaire et les quarante dernières pages gâchent un peu l’ensemble et risquent de perdre le lecteur néophyte : le mieux est souvent l’ennemi du bien.

Il n’en ressort pas moins un grand plaisir de lecture à cette construction satirique qui fait sourire l’initié. Le livre de la rentrée (2023) ne l’a sans doute pas été, mais j’ai aimé que l’auteur en joue.

 

Et je vais pouvoir retrouver Delafeuille dans l’Espion qui venait du livre (2014, réédité en 2022), le Dernier Thriller norvégien (2019), et je pourrais même aller faire un tour du côté du Polar de l’été (2017), nul doute que j’y trouverai le même plaisir complice. On notera d’ailleurs tout au long de la lecture de nombreux clins d’œil à des titres existants, auteurs vivants et salons littéraires. Le métaroman vous perdra … dans des envies de (re)lectures ! Tant qu’il y a consentement… 😉

 

Quelques extraits :

p. 22 : « Les personnages d’une fiction font un peu ce qu’ils veulent, il le savait bien. C’est un phénomène que connaissent seulement les romanciers, ceux qui s’adonnent à cette activité étrange qui consiste à bercer leurs contemporains d’histoires imaginaires, pour les aider à supporter la réalité. Très vite, les marionnettes créées par le romancier vivent leur propre vie, vont parfois jusqu’à contredire l’intrigue, disent leur propre texte. C’est une vraie difficulté. Les Anglo-Saxons ne parlent pas pour rien de character-driven plots. Ce sont bien eux, les personnages, qui dirigent l’histoire.

C’était d’ailleurs, peut-être, une des raisons pour lesquelles il avait du mal à faire exister la femme. On ne se refait pas. S’il avait du mal, dans la vie, à leur reconnaître leur autonomie, comment pourrait-il les laisser aller librement sur la page ? Question intéressante. »

 

p. 56-57 : « - Nous allons créer la surprise. Trouvez-nous un petit jeune, quelqu’un dont on n’a jamais entendu parler. Un garçon, ce sera original. Ou un vieux cheval de retour ? Quelque chose qui nous change de toutes ces femmes abusées.

Delafeuille prit le temps d’une gorgée de chardonnay. C’était le monde dans lequel il vivait, désormais.

- Mais, il nous faut une histoire, non ?

- Ah oui, une histoire… Bon, vous savez comme moi ce qui marche. Le capitalisme c’est pas bien, et ça il faut le dire, il faut avoir le courage de le signifier courageusement. Quoi d’autre ? La planète est en péril, d’après ce que j’ai entendu dire… Et puis les femmes, oubliez ce que j’a dit, les femmes qui en ont marre, c’est toujours une bonne idée… Et la maladie, le malheur sous toutes ses formes. Un peu de cul. Du cul féministe, évidemment. Je ne vais pas vous apprendre le métier.

- Non, bien sûr… Mais est-ce que nous n’avons pas envie de découvrir un bon texte ?

- Un bon texte est un texte qui se vend. Que voulez-vous, on ne fait pas de bonne littérature avec des bons sentiments. »

p. 97 : « - Je vais te dire ce que j’en pense : les livres qui parlent d‘écrivains qui écrivent des livres n’intéressent plus les gens, et c’est normal. Ils en ont trop bouffé, ces vingt dernières années.

- Oh, tu sais, depuis Montaigne… »

 

 

La manufacture de livre, août 2023, 235 pages, prix : 19.90 €, ISBN : 978-2-38553-004-4

(existe en poche)

 

 

Crédit photo couverture : ©Sébastian Kanzler / Deepol by Plainpictures / et éd. La manufacture de livres.

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