Les jardins d'Hélène

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Le sang des bêtes - Thomas Gunzig 

22 Novembre 2022, 14:01pm

Publié par Laure

Tom, la cinquantaine dépressive, tient un magasin de compléments alimentaires pour bodybuildés. Témoin de violences conjugales devant sa boutique il prend sous son aile une jeune femme perdue sans papiers, répondant au surprenant prénom de N7A. Enceta ? Non non N7A. Cette belle rousse affirme être une vache génétiquement modifiée pour avoir l’apparence d’une femme.

Autant dire que c’est un brin compliqué quand il la ramène chez lui, entre sa femme qui ne comprend pas, son père rescapé de la Shoah qui vient finir son cancer sur son canapé, et son fils largué par sa copine qui retrouve lui aussi sa chambre au foyer parental, tout cela le même jour.

Dès lors c’est absurde, burlesque et profondément réaliste - oui c’est paradoxal – mais tellement de réflexions contemporaines sur le spécisme, le bonheur, la vie de couple, la judéité, le genre et j’en passe se mêlent que le mélange en est vraiment réjouissant.  

Chaque chapitre porte le nom d’un muscle, Gunzig s’amuse (et nous rappelle sa belgitude par quelques septante et nonante, tout en portant un regard très pertinent sur le monde, et depuis Feel Good je le suis avec plaisir. Avec ce dernier roman, il ne me déçoit pas.

 

Extraits :

p. 125 : " - Je sais très bien qui je suis ! le coupa N7A. Je suis une vache génétiquement modifiée qui ressemble à une jeune femme et mon nom est un numéro de série !

- Voilà, fit Jade, elle sait très bien qui elle est et elle sait très bien ce qu'elle veut ! Mais évidemment, comme vous êtes un homme, quand une femme ne pense pas comme vous, c'est qu'elle a forcément tort et vous ne pouvez pas vous empêcher de lui expliquer... C'est ce qu'on appelle le "mansplanning" mais ça, votre esprit étroit ne l'accepte pas !"

 

p. 119 : "L'appartement de Jérémie et Jade se trouvait dans un quartier qui avait été, quelques années plus tôt, un quartier populaire. Le genre de quartier qui avait attiré la plupart de ses habitants "d'origine étrangère" avec les loyers bon marché qu'on y pratiquait alors. Il y avait des boucheries hallal, des boulangeries marocaines, des salons de thé dans lesquels des hommes taciturnes fumaient la chicha. Ce quartier évoquant le désordre et la désinvolture propres aux petites villes méditerranéennes avait, pendant des années, servi d'argument électoral à la fois aux partis de droite nationaliste mettant en garde la population contre un hypothétique "Grand remplacement" et aux partis de gauche militant pour la richesse de la diversité et ses supposés avantages pour la civilisation. Aucune de ces deux tendances n'avait envisagé que l'endroit changerait finalement de lui-même, sous l'effet d'une force contre laquelle les idéologies ne peuvent rien : l'économie. Une nouvelle génération de jeunes issus de la classe moyenne avait trouvé là un eldorado immobilier et ils s'y étaient installés, rénovant les appartements autrefois modestes en lofts, transformant les ateliers et les entrepôts en arrière-maisons avec jardin, prenant possession des épiceries et des cafés pour en faire des maisons dont les intérieurs célébraient les matériaux bruts et authentiques, les carrelages vintage et les coloris s'inspirant avec une ironie involontaire des tonalités venues d'Afrique ou du Moyen-Orient. Les prix au mètre carré s'étaient mis à grimper, , les gens "d'originaire étrangère" qui n'étaient pas encore propriétaires s'installèrent ailleurs et ceux qui l'étaient déjà revendirent leurs appartements minuscules en faisant d'importantes plus-values leur permettant de quitter ces rues et ces avenues pour profiter de leur retraite dans une banlieue aérée, comme n'importe quel bourgeois."

 

 

Au diable Vauvert, janvier 2022, 222 pages, prix : 16€, ISBN : 979-10-307-0452-5


 

 

Crédit photo couverture : © Olivier Fontvieille / offgraphisme  Illustration de couverture : ©image RMN-GP ; ©rawpixel.com / et éd. Au diable vauvert

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Les enfants des autres – Pierric Bailly

8 Novembre 2022, 13:37pm

Publié par Laure

Intéressante expérience de lecture que ce roman que j’ai abordé sans savoir de quoi il parlait, parce que je ne lis jamais les quatrièmes de couverture, choisi par hasard parce qu’une bibliothécaire l’avait placé en évidence sur une étagère de présentation, et parce que sans doute j’avais dû en entendre parler au moment de sa sortie.

Robert Ménétrier a le malheur d’être né au lendemain de la mort de son grand-père, c’est donc un hommage que de porter son prénom, mais au quotidien, il est Bobby, ou Bobinette pour ses collègues de travail. Bobby est père de trois garçons : Gaby, et les jumeaux Jimmy et Hugo. Il est en couple avec Julie, qui travaille à l’office de tourisme.

Quand un soir Bobby rentre chez lui, blessé au pouce par un accident du travail, il trouve Julie en train de se défouler sur son sac de frappe dans le garage, et il aperçoit dépasser de derrière la cuve à fuel les pieds de son meilleur ami Max. Aussitôt il imagine l’adultère et part passer le gros de sa colère dans la forêt voisine, près de Chevrotaine, Jura.

A son retour, un brin calmé, il demande à sa femme où sont les enfants, si leur journée s’est bien passée. Quels enfants ? Il fait le tour des chambres, et aucune pièce ne contient les meubles et affaires de ses enfants. Aucun signe de leur présence. Ce sont les voisins, Max et Alexa, qui ont ces enfants-là.

Le mystère est entier, le lecteur est ferré.

Mais il faudra une autre échappée en forêt pour que le roman prenne un tout autre tournant, Bobby est bien content de ne pas avoir d’enfants, tout occupé qu’il est à préserver sa liberté, et savourer son addiction aux opiacés qu’il a obtenu lors de sa blessure au pouce. Seraient-ce eux qui changent la donne ? Et on s’étonne en souriant de la pétillante Jeannette, sa grand-mère nonagénaire qui n’a pas dit son dernier mot.

Re-forêt, re-tournant.

On en sort un peu chamboulé, mais charmé, par cette tournure nouvelle dans la façon de construire un roman. On n’est sûr de rien, si ce n’est d’avoir passé un moment savoureux dans la ruralité franc-comtoise, à s’interroger sur la paternité, le couple et les aléas de la parentalité.

Étonnant, mais qui me donne vraiment envie de poursuivre ma découverte de cet auteur !

 

 

Éditions P.O.L, janvier 2020, 203 pages, prix : 18€, ISBN : 978-2-8180-4811-5

 

 

Crédit photo couverture : © éd. P.O.L

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Vers la violence - Blandine Rinkel

3 Octobre 2022, 10:18am

Publié par Laure

Lou vit un sentiment ambivalent à l'égard de son père, entre admiration, joie, et sidération face à sa violence, non pas physique mais c'est un sanguin explosif dans le verbe autant qu'un homme fantasque dans le quotidien. Il promet par exemple d'épouser sa fille quand elle sera grande. Policier, il est souvent absent, la mère est effacée, discrète. Lou va découvrir le drame familial vécu par son père avant sa naissance, et façonner sa vie d'adulte, tant professionnelle qu'amoureuse, en réaction au caractère de ce père singulier.


Faut-il tuer le père pour être soi ?


J'ai apprécié ce roman sans plus, loin de partager l'enthousiasme de la critique académique et audiovisuelle. Un sujet classique déjà vu, un traitement qualitatif, mais pas de coup de cœur pour ma part.


 A vous de voir 😉

 

 

Fayard, août 2022, 367 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-213-72212-2

 

 

Crédit photo couverture : éd. fayard

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Nous en resterons là – Chloé Lambert

24 Août 2022, 21:14pm

Publié par Laure

A 17 ans, souffrant de troubles alimentaires et de malaises dont aucun médecin ne la soulage, Margot commence une thérapie qui durera… 17 ans.

D’emblée le cœur du mal-être est décrit : Margot a été victime d’inceste de la part de son oncle à l’âge de 13 ans, sa tante et sa famille savait, mais personne n’a rien dit. C’est donc au psychiatre Achille Donnelheur qu’elle va se confier. Il est médecin, il la soigne en psychothérapie, ses séances hebdomadaires sont remboursées par la Sécu, il met des vérités sur ses maux (mots), elle va mieux. Mais ce même homme va dans un second temps, des années après, jouer un nouveau rôle, celui de psychanalyste freudien, le divan, les séances non remboursées, etc.

Les phénomènes traditionnels du parcours analytique sont décrits avec minutie par l’héroïne, le transfert, le contre-transfert et autres pièges qui montrent le danger de l’emprise (et le charlatanisme de la psychanalyse ?) On a souvent envie de la secouer, Chloé, mais la froideur clinique de l’ensemble ne joue pas en faveur de la victime, que je peine à comprendre et pour qui je n’ai pas d’empathie.

Néanmoins, si les sujets psy et l’introspection vous intéressent, ce premier roman ne manque pas de qualité dans l’écriture, agréable, précise, juste. Je regrette peut-être la tonalité monocorde qui ne nuance pas les étapes temporelles de l’analyse, même si le récit semble se placer une fois les dix-sept ans achevés, ce qui est alors cohérent.

 

 

Extrait p. 80 : « Cet homme est donc un parfait inconnu. Le facteur invisible d’une équation qu’il est censé m’aider à résoudre… Une telle asymétrie est unique dans l’histoire des relations humaines. En tout cas, dans l’histoire des miennes. Je suis celle qui ignore tout de lui ou presque, alors même que la place qu’il occupe dans ma vie est démesurée à force d’être devenue unique et essentielle. Sur sa présence, ses paroles, ses leçons, ses conseils, ses lois, sous ses yeux, je bâtis à grand-peine ma propre personne. Seul son jugement compte. Il est ma référence en tout, le régulateur de ma respiration, de ma santé et de mon identité. Je déborde de reconnaissance pour un type que je ne connais pas et dont je ne me souviens pas même du visage. Pour un type dont je suis le sujet d’étude. »

 

 

 

 

 

 

Éditions du Rocher, août 2022, 232 pages, prix : 18,90 €, ISBN : 978-2-268-10778-3

 

 

Crédit photo couverture : © éd. du Rocher

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Le livre des sœurs – Amélie Nothomb

19 Août 2022, 12:33pm

Publié par Laure

Que dire du dernier Nothomb ? C’est Nothomb qui fait du Nothomb ?

Écrit sous forme de conte, c’est l’histoire de deux sœurs qui grandissent dans un amour incommensurable l’une avec l’autre. Tristane (triste ?) est l’ainée, reléguée dans un monde de solitude tant elle ne doit pas déranger ses parents qui vivent un amour fusionnel dans lequel il n’y a pas de place pour des enfants ; elle brille par son intelligence précoce et la fulgurance de ses mots. On sait combien le vocabulaire est la marque de fabrique d’Amélie Nothomb et l’on s’en réjouit. Laëtitia (la joie en latin) est la petite sœur qui grandira avec Tristane pour maman, sœur et amie, c’est d’ailleurs pour elle que ses parents l’ont conçue.

On relèvera quelques passages piquants sur l’éducation et la parentalité, puis on se laissera emporter par l’histoire de ces deux sœurs hors normes et de leur cousine Cosette, dont la mère Bobette est une tante alcoolique et paresseuse, mais qui chérit Tristane, à l’opposé de l’indifférence maternelle.

Bref ça se laisse lire, c’est court, comme toujours chez Nothomb, ça n’a rien de réaliste mais les mots font leur effet, et si l’on sent que ce lien sororal peut faire écho à celui de l’autrice, j’ai trouvé la première partie bien plus réussie que la seconde, que j’ai trouvée plus convenue (pour ne pas dire ennuyeuse) avec une fin un peu expéditive.

Nothomb, on le lit pour le lire - une année sur trois environ pour ma part - par curiosité, parce que c’est vite lu, parce que j’ai aimé ses premiers romans (Les catilinaires, Hygiène de l’assassin, stupeur et tremblements), mais le rythme métronomique annuel, s’il est sa marque de fabrique, la dessert sans aucun doute. Un phénomène plus qu’un bon roman.

 

 

Albin Michel, août 2022, 198 pages, prix : 18,90 €, ISBN : 978-2-226-47636-4

 

 

Crédit photo couverture : © Nikos Aliagas et éd. Albin Michel

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Les chats éraflés – Camille Goudeau

8 Août 2022, 15:08pm

Publié par Laure

Soizic vit chez ses grands-parents sans vraiment connaître l’histoire de son enfance ni pourquoi sa mère, toujours vivante, n’a pas voulu d’elle. Personne n’en parle. Mais les grands-parents sont alcooliques, l’ambiance n’est pas folichonne, il est temps pour elle de prendre son envol et de trouver un job à la capitale. Mais Paris n’est pas l’eldorado que l’on croit quand on n’a pas le sou. Soizic deviendra donc bouquiniste sur les quais de Seine pour son cousin retrouvé là, tout en circulant de plan cul foireux en chambre de bonne miteuse. Le chemin vers l’âge adulte ?

Il n’est point question de chats dans ce roman, n’en déplaise au titre, qui renvoie sans doute à cette jeunesse cabossée qui grandit dans la débrouille sur des piliers fragiles.

On y visite un Paris tantôt touristique tantôt populaire où il se vend plus de tours Eiffel chinoises en plastique que de Proust en édition originale, les unes côtoyant l’autre dans ces grandes boîtes vertes de bord de Seine.

Il y a quelque chose d’attachant dans la plume de Camille Goudeau ; sans être un coup de cœur, c’est un premier roman français qui se lit volontiers, avec un brin de tendresse dans l’œil car Soizic se bat malgré son mal-être, ses troubles alimentaires et son orgueil, et grandir pour elle nécessitera peut-être de mettre de l’eau dans le vin de ses convictions. Le chat lèche ses plaies, à défaut de larmes.

 

Extrait p. 163 : « La marchandise s’épuise. Je vends quelques tours Eiffel, un Yourcenar à 5 euros, NRF. Catherine, rien du tout. C’est dû à la pauvreté des cerveaux, à la pauvreté tout court, à la grande mutilation de l’imaginaire, au dégoût des livres imposés par les profs de français et les parents stupides à leurs enfants. Le livre est compliqué, le livre est ennuyeux, le livre est élitiste, le livre est fait par des intellos méprisants, le livre ne m’aime pas, c’est un objet qui est fait pour ceux qui m’exploitent, le livre es trop difficile à lire, je ne veux pas l’ouvrir, on m’a toujours bien fait comprendre que le livre n’avait pas été écrit pour les gens comme moi. Je suis trop bête pour le livre. Les écrivains sont un amas d’inside jokes destinées à l’élite. Et puis d’abord les livres qu’on m’a obligé à lire à l’école, ils étaient chiants, ils ne me parlaient pas de moi, ils avaient un langage qui fermait la porte au nez du mien. L’élitisme. Qui a tué Jack London ? »

 

Gallimard, la Blanche, avril 2021, 266 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-07-293001-0

 

 

Crédit photo couverture : © Flore-Aël Surun / Tendance Floue (détail) / et éd. Gallimard

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Buveurs de vent - Franck Bouysse

25 Juillet 2022, 14:07pm

Publié par Laure

Au Gour noir, une vallée encaissée dans les montagnes, tous travaillent pour Joyce, propriétaire de la centrale hydroélectrique, homme dur et tyrannique. Rien ne lui échappe, il veut tout contrôler, avec ses sbires, jusqu’à la vie personnelle de ses employés.

Quatre jeunes gens, Marc, Matthieu, Luc et Mabel - la seule fille - forment une fratrie unie. Martin Volny, leur père, tout comme Elie le grand-père qui a perdu une jambe accidentellement travaillent aussi pour Joyce. Mabel aurait dû s’appeler Jean, tant la mère s’est vouée à Dieu jusqu’à l’obsession, elle ne manquera pas d’ailleurs de la chasser du foyer quand celle-ci osera s’affirmer dans sa liberté féminine et sexuelle.

Tous les personnages ont un caractère différent et attachant. Les personnages secondaires sont des piliers sombres et violents, la noirceur de leur monde croisera quelques morts.

Ce qui frappe d’emblée dans ce roman, c’est la beauté de l’écriture, puissante, précise, riche. J’appréhendais un peu de retrouver Franck Bouysse après le si beau Né d’aucune femme, mais j’ai aimé ces buveurs de vent (qui se suspendent dans le vide au viaduc pour happer l'air quand passe le train), leur lien, la force de leur attachement. Si l’amour entre eux est maladroit, le grand-père veille sur eux et leur avenir.

On peut regretter que la vie conjugale de Joyce soit peu développée alors que tous les éléments sont placés d’entrée, le sujet est introduit puis quasi oublié.

La fin est sombre et peut-être un peu rapide, et si l’on peut s’étonner du choix américain des prénoms dans un contexte qui ne l’est pas tant que cela (le barrage du Gour noir existe vraiment dans le Massif central en France !), l’ensemble n’en demeure pas moins puissant.

 

 

Le livre de poche, janvier 2022, 405 pages, prix : 8,20 €, ISBN : 978-2-253-07973-6

 

 

Crédit photo couverture : © Studio LGF ©Reyer Boxem / Hollandse Hoogte / plainpicture.

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Café sans filtre - Jean-Philippe Blondel

11 Mai 2022, 17:04pm

Publié par Laure

C’est sans doute le premier roman post covid que je lis qui aborde de biais la période des confinements et leurs sorties par la réouverture des cafés, réouverture sur la vie, le monde, les interactions sociales comme on dit.

Dans ce café de province, le Tom’s, en intérieur ou en terrasse, se succèdent quelques personnages, de passage ou habitués comme Chloé qui vient désormais y dessiner toute la journée, mais aussi le patron, son employé, la propriétaire précédente.

On retrouve avec bonheur ces tranches de vie dans lesquelles Blondel excelle quand il s’agit d’aborder l’intime ; certains personnages sont plus touchants que d’autres, chacun y verra une résonance personnelle avec l’un plus qu’un autre, mais tous sont à un moment de croisement, de changement dans leur vie, amoureuse, professionnelle, tous nous ouvrent leurs souvenirs ou le pourquoi de leur état présent.

J’ai aimé Chloé, Guillaume et surtout sa mère Françoise, Thibault et Pierre (doubles de l’auteur ?), quand Jocelyne, Fabrice et José m’ont laissée indifférente.

Que vous avaliez ce café en terrasse ou le dégustiez sur une chaise longue au soleil, ou encore sous un plaid avec une tasse de thé au fond du canapé, vous y retrouverez le Blondel des bons moments (il s’était un peu égaré à mon goût ces dernières années), celui des petits riens et des amours passées, une douce nostalgie et un sourire au coin des lèvres aujourd’hui.

 

Et je ne peux que citer ce passage :

p. 150 « C’est toujours difficile de donner un avis sur l’œuvre de quelqu’un quand on le connaît. Tout est biaisé (…) »  

****

p. 19/20 : "Je faisais défiler les photos de la vie des autres sur Instagram et sur Facebook. J'ai de la tendresse pour Facebook, ce réseau pour vieux qui se persuadent qu'ils peuvent rivaliser avec la jeunesse. Tous ces gens qui prennent en photo les plats qu'ils ont commandés et qui écrivent "miam" suivis de quatre points d'exclamation. Toutes ces citations, dont la moitié sont fausses, accompagnées de réflexions sur le sens de l'existence. C'est à peu près l'équivalent des romans-photos en noir et blanc que lisait ma grand-mère dans Modes de Paris"

 

L'Iconoclaste, avril 2022, 283 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-37880-284-4

Crédit photo couverture : Quintin Leeds - illustration Pierre-Emmanuel Lyet - et éd. L'Iconoclaste

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Les lumières d’Oujda – Marc Alexandre Oho Bambe

2 Mai 2022, 17:44pm

Publié par Laure

Il était amoureux, à Rome, quand il a été emprisonné puis expulsé dans son pays natal, le Cameroun. Mais c’est à Oujda, au Maroc, qu’il a rencontré la femme de sa vie, Imane, et sa sœur jumelle Leila, qui vit à Lille, en France. Le narrateur, dans une prose poétique proche du slam, dans une langue qui mêle quelques mots d’anglais au français et parfois d’un dialecte africain, raconte le sort des réfugiés, ces migrants qui trop souvent encore croisent la mort sur leur route maritime.

Réflexion poétique sur l’humanité, l’accueil, la liberté, la fraternité, la résilience, les lumières d’Oujda est aussi un beau roman d’amour. L’amour d’une mère morte trop tôt, d’une grand-mère, Sita, et d’une femme auprès de qui l’apaisement pourra éclore, enfin.

L’écriture, séduisante, hypnotique, entraine vers quelque chose de novateur dans la narration, c’est beau et triste, beau et lumineux, « car personne ne fuit le bonheur ». A découvrir, vraiment.

 

 

p.85/86 : « Bonjour mon frère, comment va ta douleur ?

Ainsi commençait le texte de rap offert par Yaguine et Fodé lors de notre première rencontre.

J’ai décidé de m’appuyer sur cette phrase pour commencer mes ateliers avec les fugees.

Mon idée est d’instaurer un silence en eux, autour d’eux, pendant chaque séance de poésie-thérapie.

Réapprendre à faire silence.

Et écouter ce qu’on entend de soi.

Choisir de le partager ou non.

Poser un regard sur son être.

Se parler.

S’écrire.

S’ouvrir.

Se demander comment on va.

Et où on est.

De son chemin.

Intérieur.

Son parcours, sa traversée.

De toutes les frontières, qui nous rapprochent ou nous éloignent. De nous. Du monde.

Je crois au pouvoir de la parole. Je crois à la résilience.

Par les mots.

Les nôtres.

Et ceux d’autres, aussi.

Tuteurs.

Professeurs

D’espérance.

Qui peuvent.

Nous aider, nous soigner, nous accompagner.

Sur la route de nous-mêmes. »

 

 

p.88 : « C’est pas l’homme qui prend la mer

C’est la mer qui prend l’homme [Dès que le vent soufflera, Renaud, 1983]

Les mots du chanteur ont une autre résonance en moi depuis que je travaille à l’asso. J’ai les images. De chaque naufrage. De chaque sauvetage. En mer. J’ai les images. De femmes, d’enfants et d’hommes. Elles et Ils. En ballottage. Toujours défavorable. Non définitivement, c’est pas l’homme qui prend la mer… »

 

p. 310/311 : « Depuis 2000, on estime à plus de trente cinq mille le nombre de femmes, d’enfants et d’hommes morts en Méditerranée, en essayant de passer. Les chiffres sonnent creux manifestement, pourtant ils sont implacables. Et on ne parle que de corps retrouvés. D’autres gisent pour toujours, sans sépulture, au fond de la mer qui meurt elle aussi.

D’un trop-plein de cadavres.

L’inaction des gouvernements du Nord et du Sud est à dénoncer, mais tant d’autres choses aussi, en question ici énoncée : pourquoi on part ?

Oui pourquoi ?

Pourquoi on prend tous ces risques ?

Pourquoi on s’en fout la mort à ce point ?

Pourquoi rien ne change, à part les saisons ? »

 

 

Calmann-Lévy, août 2020, 326 pages, prix : 19,50€, ISBN : 978-2-7021-6323-8

 

 

Crédit photo couverture : © tableau, série « Partir » / © Olga Yameogo / et éd. Calmann-Lévy

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Le Mal-épris – Bénédicte Soymier

25 Mars 2022, 21:43pm

Publié par Laure

Paul, terne, laid, frustré, s’éprend d’une voisine de palier, Mylène. Mais lorsqu’elle l’éconduit il ne s’en remet pas et jette son dévolu sur une nouvelle proie : Angélique, discrète collègue de travail qui élève seule son enfant. Elle emménage chez lui et l’engrenage de la violence conjugale s’enclenche. Pervers narcissique, les coups pleuvent. Angélique tente de fuir…

Le mécanisme de l’emprise sur la femme est finement décrit. C’est précis, effroyable. Fallait-il pour autant justifier par un cercle peut-être trop évident mais pas systématique : l’enfance battue auprès de parents mal-aimants ?

Ce premier roman frappe indéniablement par son style sec, précis, saccadé, qui plait ou rebute selon le lecteur. Après un début que j’ai trouvé ennuyeux à l’image du personnage principal, le récit prend une tournure peut-être trop attendue, celle du schéma aux exemples classiques des documentaires sur le sujet. Trop scolaire peut-être. Sur le même thème j’ai préféré La deuxième femme de Louise Mey.

 

 

Calmann-Lévy, janvier 2021, 244 pages, prix : 18,50 €, ISBN : 978-2-7021-8077-8

 

 

Crédit photo couverture : © Longing, 2012 © Julia Moniewski : et éd. Calmann-Lévy

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