Les jardins d'Hélène

romans francais-francophones

L’homme qui écoutait battre le cœur des chats – Mathias Malzieu

26 Octobre 2025, 14:18pm

Publié par Laure

Je n’avais jamais lu Mathias Malzieu et j’ai été très touchée par ce roman. D’abord séduite par son style enjoué et son écriture travaillée sur les nombreux jeux avec les mots, j’ai été sensible au rôle donné à ces deux chats, June et Tornado (ou Tournedos pour June !) Entre humour et drame, leur présence et la mission portée par June sont essentielles. Parler de deuil prénatal est rare, et l’aborder sous cet angle en apparence fantaisiste l’est encore plus.

J’ai espéré aussi que l’on puisse sauver Tornado, atteint de la PIF (péritonite infectieuse féline), et si je me suis parfois un peu perdue dans les aspects imaginaires, c’est un conte merveilleux où la poésie triomphe que nous livre ici Mathias Malzieu, et ça fait un bien fou !

 

Extraits : 

p. 22 : « Leurs négociations poético-émotionnelles se sont soldées par le compromis suivant : ils auront des chats. Nous sommes donc une sorte de lot de consolation, un cadeau d’appoint qui sait attendre patiemment sans faire de crise d’adolescence. Deux enfants light, montés sur coussinets. »

p. 63 : « Celui-qui-se-croit-mon-maître fredonne « Bad Romance », la bouche pleine de croissant. Puis il entre dans un endroit vert et calme rempli de livres.  Peut-être le paradis. Le vieil enfant achète plusieurs recueils en deux exemplaires.

 Pour les lire deux fois ? lui demande gentiment la gardienne des livres.

Ronde et blonde. Appétissante comme une pomme de terre rissolée.

- Non, c’est pour mes chats. Ils adorent manger la poésie, c’est comme ça. J’ai beau leur donner des romans de gare, ils s’attaquent systématiquement à la poésie. Du coup, j’achète tout en double. »

p. 84 : « Le problème avec les poèmes, c’est qu’ils me donnent très intensément goût à la vie. Dévorer les livres ouvre le chant des possibles, éclaire des mondes invisibles et, tout à coup, je veux tout vivre et visiter. Je vibre et je veux vibrer encore. J’embarque dans le cockpit émotionnel de mes personnages préférés, et la notion de présent se dédouble. Le présent ce cadeau bleu ! »

 

Albin Michel, mai 2025, 200 pages, prix : 19.90 €, ISBN : 978-2-226-49672-0

 

 

Crédit photo couverture : ©Studio 22 / Le Turk – L’Usine à Merveilles / et éd. Albin Michel

Voir les commentaires

La route de Wakale - Solenn Honorine

9 Septembre 2025, 10:46am

Publié par Laure

 

Alix est ingénieure des eaux, à 27 ans elle est un peu perdue dans son couple. Elle s’engage dans une mission humanitaire pour Médecins sans Frontières, qui l’envoie au Nord-Kivu, une province de l’Est de la république démocratique du Congo. Elle découvre la réalité du terrain, " les pieds dans la merde et la tête dans les étoiles ", loin de ce qu’elle avait pu imaginer. Les tensions sont nombreuses, les dangers omniprésents, les situations dramatiques.

Je n’ai pas réussi à m’attacher au personnage que j’ai trouvé naïf et candide, trop égocentré, qui cherche à donner un sens à sa vie, mais il a manqué quelque chose, une profondeur dans le récit, un contexte géopolitique insuffisamment expliqué pour que je puisse réellement m’y intéresser. Je me suis ennuyée et n’ai pas été convaincue, ça arrive.

 

 

 

 

L’Archipel, septembre 2025, 272 pages, prix : 21 €, ISBN : 9782809852622

 

 

Crédit photo couverture : éditions de l’Archipel

Voir les commentaires

Du côté des vivants – Violaine Bérot

8 Septembre 2025, 10:12am

Publié par Laure

Greg Fontaine est encore jeune mais il a décidé d’arrêter la chimio. Il veut vivre ses derniers mois comme il l’entend. André Castillon est âgé, usé, il est temps pour lui de partir. C’est dans cette chambre 308 d’un hôpital que les deux hommes vont faire connaissance, partager des mots, des émotions, des petits plaisirs, entourés du passage des soignants, des amis, de la famille qui ne parviennent pas toujours à les comprendre, à se résigner, à accepter.

Le sujet est triste et pourtant le roman est d’une douceur et d’un réconfort étonnants, lumineux même. Avec sobriété, pudeur, douceur, en toute simplicité (les phrases sont courtes, économes, choisies) Violaine Bérot offre un roman touchant et juste sur l’importance de l’écoute, de la générosité, du respect de soi et de l’autre, de l’amitié, et par le ballet des personnages, différents points de vue, ainsi qu’un regard sur la situation de l’hôpital français aujourd’hui et sur la liberté de choix de sa fin de vie.

Un petit bijou d’humanité.

 

p. 72 : « Elle a terminé de nettoyer le sol de la chambre. Elle attaque la salle de bains. Elle voudrait ne plus croiser le regard de personne. Elle n’en peut plus de faire semblant. On ne devine rien des gens ni de leurs malheurs. On regarde quelqu’un, on invente sa vie, on se trompe. Chacun montre ce qu’il veut. Elle frotte le lavabo. L’eau tourne avant de s’en aller. Elle voudrait être comme l’eau, tourner et s’enfoncer. Elle est comme l’eau, plus rien ne tient debout, elle tourbillonne. Elle aimerait qu’un siphon l’avale. Mais non. »

 

Buchet-Chastel, août 2025, 165 pages, prix : 19 €, ISBN : 978-2-283-04106-2

 

Voir les commentaires

Âme brisée - Akira Mizubayashi

18 Août 2025, 14:42pm

Publié par Laure

Tokyo, novembre 1938. Un quatuor de musiciens répète Rosamunde de Schubert quand ils sont interrompus par des militaires. L’un d’entre eux brisera le violon de Yu Mizusawa. Rei, son fils caché dans une armoire face à la violence montante, en restera marqué à vie. Devenu luthier, il ne cessera de restaurer ce violon et avec lui la mémoire de son père.

Un joli roman sensible et doux, où l’amour, la solidarité, la loyauté, doublés de courage et de persévérance redonnent foi face à la cruauté et la bêtise dont l’homme est capable.

Nul doute que vous aurez envie d’écouter les morceaux de musique classique qui font la trame de ce roman.

L’auteur, japonais, a longtemps vécu en France et écrit directement en français. Son style, son écriture et ses personnages reflètent bien cette double culture.

 

 

 

Sont cités :

  • Rosamunde, quatuor à cordes de Frantz Schubert, opus 29, D. 804
  • Gavotte en rondeau, Partita n°3 en mi majeur de Jean-Sébastien Bach
  • Dites-moi comment vous allez vivre, de Genzburô Yoshino (disponible sous le titre Et vous, comment vivrez-vous ? aux éditions Picquier)
  • Le bateau-usine, de Takiji Kobayashi

 

 

Gallimard, coll. Folio, mai 2021, 256 pages, prix : 9 €, ISBN : 978-2-07-292121-6

 

 

Crédit photo couverture : ©Nagib El-Desouki / Arcangel Images (détail) / et Gallimard éd.

Voir les commentaires

Le livre de la rentrée – Luc Chomarat

12 Août 2025, 10:08am

Publié par Laure

J’avais découvert et apprécié Luc Chomarat en 2024 avec son roman, le fils du professeur (2021). Je le retrouve ici avec ce qui semble être son dada : mettre en scène l’écriture et le monde de l’édition.

L’éditeur Delafeuille (déjà présent dans deux de ses précédents romans mais aucun problème pour lire celui-ci sans les connaître) est sur une mauvaise pente professionnelle et doit trouver pour la rentrée littéraire d’automne le livre qui fera bondir les ventes de sa maison : un roman court (les lecteurs n’ont pas le temps), avec une femme moderne et combattive, bref, un récit formaté comme il faut pour que ça se vende. « LE livre de la rentrée » quoi, et si en plus il peut remporter un prix, ce sera encore mieux.

Delafeuille pense donc à Luc, un auteur qu’il connaît et qui justement est en train d’écrire un roman sur sa femme Delphine. La parfaite maîtresse de maison. Hum, pas le profil idéal de notre époque, surtout que Luc ne cache pas sa misogynie. Pourtant dès son arrivée dans la maison de l’auteur, accueilli par Delphine, il tombe sous son charme et que ce soit dans la vraie vie ou dans le manuscrit que Luc lui fait lire, cette femme devient vite son obsession.

Si l’on connaît un tant soit peu le monde du livre, on ne peut que se réjouir de tous ces/ses travers ironiquement décrits par l’auteur (tiens, Chomarat s’appelle Luc !), qui démontre très bien les enjeux commerciaux du livre, devenu depuis bien longtemps un produit comme un autre. Et quand il joue à insérer un roman dans le roman et à démonter les mécanismes de la fiction, le lecteur questionne nécessairement la place du vrai, du vraisemblable, de l’écriture, du pacte de lecture qu’il passe en tant que lecteur. Un lecteur de romans ne peut que se réjouir de cette mise en abyme et des questions qu’elle suscite. Là où ça se gâte un peu, c’est quand Chomarat en abuse en ajoutant un niveau supplémentaire et les quarante dernières pages gâchent un peu l’ensemble et risquent de perdre le lecteur néophyte : le mieux est souvent l’ennemi du bien.

Il n’en ressort pas moins un grand plaisir de lecture à cette construction satirique qui fait sourire l’initié. Le livre de la rentrée (2023) ne l’a sans doute pas été, mais j’ai aimé que l’auteur en joue.

 

Et je vais pouvoir retrouver Delafeuille dans l’Espion qui venait du livre (2014, réédité en 2022), le Dernier Thriller norvégien (2019), et je pourrais même aller faire un tour du côté du Polar de l’été (2017), nul doute que j’y trouverai le même plaisir complice. On notera d’ailleurs tout au long de la lecture de nombreux clins d’œil à des titres existants, auteurs vivants et salons littéraires. Le métaroman vous perdra … dans des envies de (re)lectures ! Tant qu’il y a consentement… 😉

 

Quelques extraits :

p. 22 : « Les personnages d’une fiction font un peu ce qu’ils veulent, il le savait bien. C’est un phénomène que connaissent seulement les romanciers, ceux qui s’adonnent à cette activité étrange qui consiste à bercer leurs contemporains d’histoires imaginaires, pour les aider à supporter la réalité. Très vite, les marionnettes créées par le romancier vivent leur propre vie, vont parfois jusqu’à contredire l’intrigue, disent leur propre texte. C’est une vraie difficulté. Les Anglo-Saxons ne parlent pas pour rien de character-driven plots. Ce sont bien eux, les personnages, qui dirigent l’histoire.

C’était d’ailleurs, peut-être, une des raisons pour lesquelles il avait du mal à faire exister la femme. On ne se refait pas. S’il avait du mal, dans la vie, à leur reconnaître leur autonomie, comment pourrait-il les laisser aller librement sur la page ? Question intéressante. »

 

p. 56-57 : « - Nous allons créer la surprise. Trouvez-nous un petit jeune, quelqu’un dont on n’a jamais entendu parler. Un garçon, ce sera original. Ou un vieux cheval de retour ? Quelque chose qui nous change de toutes ces femmes abusées.

Delafeuille prit le temps d’une gorgée de chardonnay. C’était le monde dans lequel il vivait, désormais.

- Mais, il nous faut une histoire, non ?

- Ah oui, une histoire… Bon, vous savez comme moi ce qui marche. Le capitalisme c’est pas bien, et ça il faut le dire, il faut avoir le courage de le signifier courageusement. Quoi d’autre ? La planète est en péril, d’après ce que j’ai entendu dire… Et puis les femmes, oubliez ce que j’a dit, les femmes qui en ont marre, c’est toujours une bonne idée… Et la maladie, le malheur sous toutes ses formes. Un peu de cul. Du cul féministe, évidemment. Je ne vais pas vous apprendre le métier.

- Non, bien sûr… Mais est-ce que nous n’avons pas envie de découvrir un bon texte ?

- Un bon texte est un texte qui se vend. Que voulez-vous, on ne fait pas de bonne littérature avec des bons sentiments. »

p. 97 : « - Je vais te dire ce que j’en pense : les livres qui parlent d‘écrivains qui écrivent des livres n’intéressent plus les gens, et c’est normal. Ils en ont trop bouffé, ces vingt dernières années.

- Oh, tu sais, depuis Montaigne… »

 

 

La manufacture de livre, août 2023, 235 pages, prix : 19.90 €, ISBN : 978-2-38553-004-4

(existe en poche)

 

 

Crédit photo couverture : ©Sébastian Kanzler / Deepol by Plainpictures / et éd. La manufacture de livres.

Voir les commentaires

Un amour – Madeline Roth

24 Juin 2025, 15:24pm

Publié par Laure

Il y a des rencontres fortuites parfois, entre un texte et un lecteur. Une rencontre d’abord, entre une libraire et une bibliothécaire, un conseil qui d’emblée me convainc, et puis j’ai déjà lu Madeline Roth en littérature jeunesse, je suis ses chroniques de libraire également. Comme si d’emblée je ne pouvais que me lover dans son texte.

C’est l’histoire d’un amour, que l’on pourrait penser banal, déjà lu, et pourtant, c’est une histoire qui touche au cœur par sa justesse, sa sensibilité, sa description. C’est un amour inégal, solaire, l’amant place sa liberté au-dessus de tout, bien avant elle, l’amoureuse. Elle s’interroge, met des mots intimes et universels à la fois sur sa douleur. On pourrait faire sienne chacune de ses phrases.

En lisant ce court texte (80 pages à peine), on pense inévitablement à l’écriture d’Annie Ernaux (dans Passion simple notamment), à retourner faire un tour du côté de chez Barthes, et juste après, à l’envie de lire désormais tout Madeline Roth.

 

Extrait p. 22 : « Je n’ai jamais pensé que l’amour sauvait. L’amour peut beaucoup de choses, mais il ne sauve pas. On se sauve soi-même, et puis c’est tout. J’ai toujours raconté ma vie aux gens que j’avais envie d’aimer. Le plus souvent, pas tout de suite. Je n’attendais rien. J’écris des livres parce que très tôt, dans ma vie, je n’ai plus pu parler. On peut aider l’autre, par la parole, par la présence, mais on ne le sauve pas. Je crois que quand on a compris ça, on a compris beaucoup de choses. »

p. 72 : « Hier, je suis tombée sur un passage d’un livre du peintre Gérard Garouste, qui disait qu’il y avait deux catégories de personnes dans la vie : les Classiques et les Indiens. Son père était un Classique, lui était un Indien

Tu étais un Indien. Tu es un Indien. Et moi je suis une Classique. J’en suis persuadée. Je suis persuadée que ce qui m’a plu tout de suite chez toi, c’est tout ce qui me manquait, à moi. La façon que tu as d’aborder la vie. (…) »

 

Éditions Do, mai 2025, 79 pages, prix : 13 €, ISBN : 979-10-95434-60-3

 

 

Crédit photo couverture : © Serge Gutwirth et éditions Do

Voir les commentaires

Mon Père - Grégoire Delacourt

11 Avril 2025, 15:58pm

Publié par Laure

C’est l’histoire d’un père qui a n’a pas vu l’horreur que son fils vivait entre les mains du Père. Une histoire de pédophilie et de viols dans l’Église catholique, la douleur d’un enfant et de son papa qui réalise, et laisse exploser sa violence et sa haine à la cure, enfermé avec le prêtre coupable du vendredi soir jusqu’à la messe du dimanche matin. Un huis-clos mâtiné de parallèles aux textes bibliques et au naufrage du couple parental et de leur mariage.

La construction est habile entre temps de l’innocence et temps de la révélation ; et la fin rebat les cartes de manière inattendue, dans un nouveau temps du récit à des jours de là.

J’ai lu en début d’année le roman suivant de G. Delacourt, l’enfant réparé (2021), qui laissait entendre des liens avec celui-ci. Oui l’un peut éclairer l’autre. On notera d’ailleurs que dans mon Père, publié en 2019, l’abbé Pierre y était encore innocent : p. 136 « A la fin de sa vie, l’abbé Pierre confessait que la plénitude de Dieu n’avait pas toujours comblé sa solitude terrestre, que parfois la chaleur, les bras et la volupté de l’autre lui avaient manqué. Cela en a-t-il fait pour autant un prédateur ? Cela a-t-il fait triompher l’ennemi en lui-même ? ». On sait aujourd’hui que oui. La réalité dépasse parfois la fiction.

Un roman bref sur un sujet délicat, qui aurait mérité de mettre peut-être davantage à l’écart le mal-être du narrateur anéanti d’être trompé par sa femme, se plaçant ainsi trop au centre du récit.

 

 

JC Lattès, février 2019, 219 pages, prix : 18 €, ISBN : 978-2-7096-6533-9

 

 

Crédit photo couverture : © Mrs/Moment/Getty Images / et éd. JC Lattès

Voir les commentaires

Les bouchères - Sophie Demange

5 Avril 2025, 13:58pm

Publié par Laure

Un premier roman délicieusement tranchant !

Dans un quartier bourgeois de Rouen, trois jeunes femmes cabossées par la vie reprennent la boucherie du père de l’une d’entre elles, porté disparu depuis longtemps.

Elles modernisent, aiguisent, coupent, vendent, séduisent une clientèle aussi curieuse de bonne chère que de ragots locaux. 

Elles ont du caractère ces bouchères, et ne se laissent pas faire : le patriarcat n’a qu’à bien se tenir ! D’ailleurs quand il se tient mal, son malheur n’est pas loin. Si la première scène du genre est assez frappante, le lecteur se prend au jeu : c’est noir et mordant ! Car peu à peu des hommes du quartier disparaissent, le lecteur sait tout de leur sort et de ses causes, la police et les habitants un peu moins : ce point de vue place le lecteur dans une position privilégiée.

Ce roman dénonce les violences faites aux femmes, du sexisme ordinaire au viol, déroulant le passé douloureux des trois protagonistes, le présent laissant place à une vengeance… saignante. Tous les hommes ne sont pas des brutes et agresseurs, l’autrice a su composer également des personnages masculins plus “aimables”.  

 

Écouté dans la version audio lue par Rachel Arditi, j’ai beaucoup aimé le rythme et les intonations donnés par la comédienne.

 

 

 

 

Éditions de l’Iconoclaste, janvier 2025, 310 pages, prix : 20,90 €

Version audio éditée par Lizzie, texte lu par Rachel Arditi

 

Voir les commentaires

Les deux tilleuls – Francis Grembert

18 Février 2025, 11:38am

Publié par Laure

Dans une campagne du Nord de la France, à six kilomètres à peine de la Belgique, un petit garçon de 7 ans grandit dans l’insouciance et la joie des jeux en plein air, avec son petit frère François, de 3 ans son cadet. Jusqu’à ce 10 août 1969, où en rentrant de la messe, François se fait renverser par une voiture.

Plus de 50 ans après, l’auteur raconte, dans une langue élégante et ciselée, la fin abrupte de la complicité avec ce petit frère adoré ; il fait revivre l’enfance, mais aussi tout cette vie rurale, la ferme avec ses deux grands tilleuls, quelques animaux, un cheval avant l’arrivée du tracteur.

Pudique et touchant.

 

p. 16/17 : « J’ai de la chance. Ça, je le sais. Ma vie avec François, nos parents, nos grands-parents, et les animaux de la ferme, est la plus belle de toutes. Lequel de nous deux épatera l’autre ? Lequel sera la plus grande fierté de Claire et Gérard ? Je ne me suis pas posé ces deux questions le 10 août 1969 à midi passé, parce qu’il n’y avait pas de raison pour que je me les pose.

p. 33 : « En haut de la cour poussent deux grands tilleuls. Gérard les aime et s’en étonne. Comment peut-on aimer des arbres à ce point ? »

p. 42 : « Que veut dire « grièvement » ? Je ne connais que « gravement », c’est moins grave. Ou alors : c’est un mot pour tromper les enfants de sept ans. Je demande. On me dit que c’est la même chose. Je n’aime pas ça. On ment aux enfants avec des entourloupes de mots. »

p. 62/63 : « En haut de la tombe se dresse une croix où est inscrit : « François Grembert » C’est incroyable, c’est la chose la plus fantastique au monde, bien plus que toutes les prouesses de Zorro et de Rintintin réunis. C’est la littérature à son point ultime. On lit un nom et un prénom. Ça veut dire la mort. »

p. 101 : « Les livres sont aussi importants que les champs. Sans eux, je suis incomplet. »

 

Arléa, coll. La rencontre, janvier 2025, 102 pages, prix : 18 €, ISBN : 9782363083920

 

 

Crédit photo couverture : © Ion Andrescu, Enfant sur la pelouse, 1880 Camera-photo Arte Vnezia / Bridgeman Images / et éd. Arléa

Voir les commentaires

Requiem pour un chat - Olivier Bellamy

16 Février 2025, 15:39pm

Publié par Laure

Journaliste spécialiste de musique classique, Olivier Bellamy est aussi un amoureux des chats. Et tout maître d’un félin sait la souffrance et la tristesse quand celui tombe malade et quand il meurt. Ce sont de jolis passages que nous offre l’auteur sur sa relation à sa chatte Margot, sur son inquiétude, sur la perte. Le reste est plus anodin, en tout cas m’a moins intéressée, mais j’ai trouvé néanmoins intéressants et étonnants toutes les constructions autour de la lettre M, sa position dans les mots, et toutes les déclinaisons que l’auteur en fait.

Pas un grand livre, mais un joli moment sur la relation homme-animal.

p. 178 : « Pompéi a permis aux historiens de mieux connaître la vie des Romains en décryptant leurs occupations au moment d’être pétrifiés. Si un nouveau Vésuve survenait aujourd’hui, les trois quarts de la population seraient devant un écran. Tant de temps, d’évolution pour en arriver là, à cette navrante et désolante uniformité. »

p. 206 : « La beauté est odieuse loin de ceux qu’on aime »

 

 

Grasset, février 2018, 268 pages, prix : 19 €, ISBN : 978-2-246-81376-7

 

 

Crédit photo couverture : © Laporta/Leemage et éd. Grasset

 

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 > >>