Les jardins d'Hélène

essais - documents

Chez le véto - Béatrice Guelpa

22 Mars 2021, 11:31am

Publié par Laure

Béatrice Guelpa est journaliste à Genève, elle a couvert plusieurs conflits mondiaux, étonnant de la retrouver dans ce projet totalement différent ! Chez le véto rassemble les chroniques publiées initialement dans l’édition du Dimanche du journal suisse Le Matin.

Elle s’est installée dans la salle d’attente d’un cabinet vétérinaire qui soigne toutes sortes d’animaux, et elle a engagé la conversation avec les propriétaires d’animaux, ou les a simplement écoutés, car les gens parlent volontiers spontanément de leurs compagnons à deux ou quatre pattes, à plumes, à poils, à écailles ou tout nus pour le chat sphynx.

L’éventail est varié : des chiens et des chats bien sûr mais aussi des oiseaux très divers, des tortues, des serpents, des poules, des geckos, et même un cochon ! Je m’attendais à des brèves de véto du point de vue du soignant sur l’animal, pas du tout, le regard de la journaliste se porte quasi totalement sur l’humain propriétaire (ou parfois simplement chauffeur assurant le transport) et sur le lien de l’homme (et la femme) et de l’animal. Les portraits sont parfois surprenants, la nature humaine est vaste ! Les portraits les plus touchants à mon sens sont ceux qui évoquent la perte d’un animal, passée ou à venir, toute proche, quand le maitre ressort seul du cabinet, après des années de vie avec son animal.

Le format chroniques permet de grappiller de-ci delà une histoire, de ne pas forcément les lire dans l’ordre, même si par habitude je les ai lues comme un roman. A offrir en priorité aux amoureux des animaux, ou à déposer dans la salle d’attente de votre véto !

 

 

Ed. Favre, mars 2021, 173 pages, prix : 15 €, ISBN : 978-2-8289-1885-9

 

 

Crédit photo couverture : © Rodrigue / Dynamic19 / Editions Favre

Voir les commentaires

Devenir femme de mère en fille – Malvine Zalcberg

3 Février 2021, 09:36am

Publié par Laure

Comment devenir femme en explorant le lien mère-fille, le sujet m’intéressait.

Je ne m’attendais pas toutefois à cette approche : un corpus gigantesque d’exemples piochés dans le cinéma et la littérature, permettant d’en détacher rapidement un principe ou une idée.

Avantage : on peut facilement avoir envie de revoir tel ou tel film, la plupart sont très connus.

Inconvénient : si vous n’avez pas vu le film vous en connaitrez la fin ou l’enjeu avant de le voir.

Je me suis lassée à la moitié de l’ouvrage de cet enfilement d’exemples assez décousus là où j’aurais aimé un essai construit et riche, j’ai fait de la deuxième moitié une lecture plus rapide.

L’accessibilité ne doit pas non plus occulter le propos. L’approche psychanalytique sans explications est vaine, le propos reste extrêmement superficiel. J’attends d’une psychologue clinicienne et psychanalyste quelque chose de plus théorique tiré de son expérience et de ses études. Ou alors le corpus de films aurait dû être restreint et analysé plus en profondeur.

 

 

Albin Michel, Mai 2019, 448 pages, prix : 21,90 €, ISBN : 978-2-226-44263-5

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Albin Michel

 

Voir les commentaires

Coloc of duty : génération Greta - Jul

20 Octobre 2020, 08:20am

Publié par Laure

Cet ouvrage est une collaboration entre l'AFD (Agence Français du Développement) et le dessinateur Jul.
Il expose les 17 objectifs de développement durable (ODD) que 193 pays du monde se sont fixés d'ici 2030, sous l'égide de l'ONU.

Pour chacun des 17 objectifs il résume un état des lieux ou une évolution, avec un encart de chiffres complémentaires. C'est intéressant mais un peu indigeste et ça reste superficiel. Le lecteur choisira ou non de se renseigner sur l'un ou l'autre point en se dirigeant vers d'autres sources.

Les dessins de Jul et ses personnages volontairement stéréotypés ne sont pas vraiment drôles, ils illustrent et allègent le propos (tant dans la réflexion que dans la mise en page), sans être parvenus à me faire sourire.

 

 

Dargaud, janvier 2020, 72 pages, prix : 14 €, ISBN : 978-2-205-08488-7

 

 

Crédit photo couverture : Jul et éd. Dargaud

Voir les commentaires

Croire aux fauves – Nastassja Martin

10 Septembre 2020, 13:39pm

Publié par Laure

Nasstasja Martin est anthropologue, spécialiste des peuples arctiques. En août 2015, elle est attaquée par un ours dans les montagnes du Kamtchatka. Elle y laissera une partie de sa mâchoire.

Elle raconte ce qui a suivi, les opérations, en Russie puis en France, mais aussi son envie d’y retourner, sa relation presque mystique à l’animal. Cette expérience violente et traumatique la changera à jamais.

Autant j’ai apprécié le récit de sa reconstruction, du parcours hospitalier aux nombreuses opérations – elle n’hésite pas à être critique et certains passages sont ubuesques – autant je suis restée hermétique à la communion avec l’animal, les pensées animistes m’ont totalement échappé, j’aurais aimé peut-être que cette partie soit plus développée, explicitée. Je suis restée sur le bord du chemin.

 

 

 

Ed. Verticales, octobre 2019, 150 pages, prix : 12,50 €, ISBN : 978-2-07-284978-7

 

 

Crédit photo couverture : © Emmanuel Cerdan / éd. Verticales

Voir les commentaires

Après - Nikki Gemmell

17 Août 2020, 14:43pm

Publié par Laure

Traduit de l'anglais (Australie) par Gaëlle Rey


 

L'écrivain Nikki Gemmell offre dans cet Après une réflexion sur la perte brutale de sa mère, leur lien distendu, l'amour maternel, et l'euthanasie dans un pays où elle demeure illégale.

Son monde s'écroule lorsque la police vient lui annoncer sur le pas de la porte de le décès de sa mère. Elle se rend à la morgue reconnaitre le corps, et attend les résultats de l'autopsie car tout porte à croire qu'il s'agit d'un suicide. Depuis des années, sa mère, Elaine - qu'elle avait elle-même réécrit en Elaine -, ancienne mannequin, souffrait terriblement après une opération chirurgicale ratée. On connait les conséquences des opioïdes lorsque leur prescription n'est pas strictement encadrée, et l'addiction qu'ils entrainent.

Nikki Gemmell revient sur sa relation à sa mère, pas toujours heureuse ni sereine, sur la difficulté à accepter le choix de sa mère de mourir seule et dans le secret, et pose alors le débat non résolu de l'euthanasie ou du suicide assisté en cas de phase terminale d'une maladie ou de douleurs insurmontables et intraitables.

D'abord sceptique sur ce qu'allait pouvoir m'apporter ce récit personnel, je me suis laissée prendre dans les pensées de l'auteur, et l'ai accompagnée jusqu'à la fin de son livre, qui s'achève dans l'apaisement.

Les questions soulevées sont bien évidemment universelles, et inégalement traitées selon les pays quand il s'agit de la mort. La relation de Nikki à sa mère et à ses enfants, cette position entre deux générations, peut toucher tout un chacun également.


Un livre choisi au hasard d'un passage en bibliothèque, parce que j'avais aimé le premier roman traduit de l'autrice (La mariée mise à nu), et qui s'est révélé plus intéressant que je ne l'imaginais.

 

Extraits :

p. 95 : "je considère aujourd'hui tout ce qui s'est passé avant que la police ne vienne frapper à ma porte comme faisant partie de mon monde "d'avant". Un monde qui me semble très lointain. A la seconde où les policiers ont dit "C'est votre mère", mon existence a basculé dans un autre monde, le monde "d'après". Un monde beaucoup moins insouciant. Où j'évolue avec fragilité et déséquilibre. Mon état, désormais : démolie."


p. 118 : "Maintenant, elle n'est plus là. Je suis libérée d'elle, libérée de tout ça. Je n'ai plus besoin de rester ici. Désormais, je peux aller n'importe où, sans ancrage. La fin est un début et je ne le supporte pas. Je ne sais plus où est ma place.
J'ai besoin d'une bouffée d'air frais. De me cacher. De disparaître. De me reconstruire."


p. 148 : "Ce que j'ai appris : qu'un parent ne peut pas façonner la vie de ses enfants à sa manière, même s'il en nourrit un désir profond. Nous devons prendre du recul et les regarder évoluer, devenir la personne qu'ils sont censés être, que ça nous plaise ou non. Nous devons nous tenir à l'écart, les accepter, et les aimer."

[C'est une évidence pour moi mais comme j'aimerais que ce le soit davantage pour certains]


p. 303 : "Accepter le droit au choix individuel est signe de la maturité d'une nation. Dans une société moderne, la légalisation de l'euthanasie devient inévitable, car les individus qui la composent sont plus autonomes et déterminés dans leurs décisions."


p. 313 : "La souffrance devrait toujours ouvrir la porte à la sagesse."

 

 

Au diable Vauvert, janvier 2019, 335 pages, prix : 22 €, ISBN : 979-10-307-0242-2
 


 

Crédit photo couverture : Olivier Fontvieille/offparis.fr - Photographie de couverure : Sue Daniel - éd. Au diable Vauvert

Voir les commentaires

Le consentement – Vanessa Springora

9 Janvier 2020, 17:01pm

Publié par Laure

Le consentement est le récit autobiographique de V. dans sa relation amoureuse avec G, alors qu’elle avait 14 ans en 1986, et qu’il en avait déjà plus de 50.

 

La presse et les médias font le reste aujourd’hui : ils ont mis des noms sur V. et G, et dénoncé des actes qui vont à l’encontre de la loi. A l’époque tout le monde savait. Mais personne n'a rien dit. Depuis #MeToo la parole des femmes s’est libérée et c’est tant mieux. Mais…

 

Grasset (ou tout autre éditeur) s’engage-t-il désormais à publier tous les récits de toutes les femmes victimes de violences, sexuelles, physiques ou psychologiques ? ça va en faire du monde sur les tables des libraires. Accordera-t-il la même valeur à toutes les paroles de toutes les femmes ?

 

N’y a-t-il pas un opportunisme malsain à sortir aujourd’hui une affaire qui aurait dû se régler depuis bien longtemps devant les tribunaux et dans le cabinet d’un psychothérapeute ? Pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi mettre des noms là où Vanessa Springora n’en met pas ?

 

Les présentateurs télé et les éditeurs font aujourd’hui leur mea culpa. Et avant ? Ils étaient aveugles sourds et muets ? Aveuglés par un monde artistique parisianiste à vomir ?

 

On lit ici ou là que Vanessa Springora est courageuse et que son récit a ceci de plus qu’il a une vraie qualité littéraire. Rien qui se remarque en tout cas. Ce n’est pas mal écrit, ça ne se distingue pas non plus. La littérature a bon dos. N’est-ce pas déjà ce que l’on disait au moment des faits quand on voulait fermer les yeux sur le contenu des livres et journaux de G. ?

 

Vanessa Springora ainsi que son éditeur ont-ils émis le souhait de verser leurs droits d’auteur et bénéfices à des associations de protection de l’enfance ou de femmes ? Ce serait louable mais je n’ai à ce jour rien lu ou entendu dans ce sens.

 

Quant au contenu du livre, tout est dit dans la presse, les passages glauques ou sulfureux sont cités dans les meilleures feuilles, l’extrait de l’émission de Pivot où la canadienne Denise Bombardier est la seule à s’émouvoir de la situation tourne en boucle sur le net (et le passage est bien dans le livre), vous pouvez économiser 18 €.

 

J’ai voulu me faire mon propre avis. Eh bien je ne comprends toujours pas les raisons qui ont conduit à cette publication. Je souhaite juste que tout autre victime de n’importe quel autre prédateur sexuel puisse s’exprimer de la même façon, qu’on lui donne les mêmes moyens de le faire, y compris et surtout si elle n’est ni éditrice ni parisienne.

 

Extraits :

p.5/150 (numérique) : « Depuis tant d’années, je tourne en rond dans ma cage, mes rêves sont peuplés de meurtre et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence. : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre. »

 

p. 88/150 (numérique) : « G. n’était pas un homme comme les autres. Il avait fait profession de n’avoir de relations sexuelles qu’avec des filles vierges ou des garçons à peine pubères pour en retracer le récit dans ses livres. Comme il était en train de le faire en s’emparant de ma jeunesse à des fins sexuelles et littéraires. Chaque jour, grâce à moi, il assouvissait une passion réprouvée par la loi, et cette victoire, il la brandirait bientôt triomphalement dans un nouveau roman. »

 

p. 119/150 (numérique) : « Les écrivains sont des gens qui ne gagnent pas toujours à être connus. On aurait tort de croire qu’ils sont comme tout le monde. Ils sont bien pires.

Ce sont des vampires.

C’en est fini, pour moi, de toute velléité littéraire.

J’arrête de tenir mon journal.

Je me détourne des livres.

Plus jamais je n’envisage d’écrire. »

 

 

 

Grasset, janvier 2020, 216 pages, prix : 18 €, ISBN : 978-2-246-82269-1

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Grasset

 

Voir les commentaires

La vérité sur « dix petits nègres » - Pierre Bayard

8 Janvier 2020, 08:33am

Publié par Laure

Pierre Bayard, déjà coutumier du fait avec qui a tué Roger Ackroyd ? Enquête sur Hamlet et l’Affaire du chien des Baskerville, propose une résolution différente des Dix petits nègres d’Agatha Christie, en donnant la parole au véritable assassin (homme ou femme, la révélation n’arrivera qu’à la toute fin), et en démontrant en quoi la version donnée par Agatha Christie ne fonctionne pas.

 

Pas de crainte si vous n’avez pas lu l’œuvre originale ou si vous ne l’avez plus en tête, Pierre Bayard y revient largement, dans son déroulé, et avec de nombreux extraits, vous ne serez pas perdu.

 

Ici le personnage de l’assassin devient narrateur, doté d’une existence propre, échappant au contrôle de l’auteur, mais on sent trop souvent hélas la voix propre du critique écrivain, surtout dans tous les passages d’analyse littéraire. Passages qui sont ceux qui m’ont le plus intéressée, notamment toute la partie sur les illusions d’optique, les biais cognitifs et les formations de l’inconscient, et qui peuvent s’appliquer à bien d’autres œuvres. Il donne d’ailleurs plusieurs exemples dans la littérature policière classique.  C’est bien Pierre Bayard qui s’exprime alors, et non l’assassin.

 

Quant à la nouvelle solution proposée, elle me laisse assez perplexe aussi, un peu tirée par les cheveux, et au final, on n’a qu’une envie : relire l’original à la lumière de cette nouvelle grille.

 

La lecture nécessite souvent d’être bien concentré (ce n’est pas un roman) et j’ai trouvé l’ensemble un peu poussif, répétitif, et peu convaincant. Ses autres titres sur des résolutions alternatives sont peut-être plus réussis, si j’en crois des avis de lecteurs sur le net.

 

Je ne garderai donc hélas pas grand souvenir de ma lecture…

 

 

Les éditions de Minuit, janvier 2019, 164 pages, prix : 16 €, ISBN : 978-2-7073-4488-5

 

 

 

Crédit photo couverture : © Les éditions de Minuit

Voir les commentaires

Histoire d'une souffrance ordinaire - Florence Werquin

14 Novembre 2019, 10:08am

Publié par Laure

Le parcours d'une étudiante en médecine, qui si j'ai bien compris la fin de l'ouvrage, remonte à une vingtaine d'années, donc quelques points ont changé depuis, notamment les accès à l'internat avec ou sans concours. Mais là n'est pas l'essentiel.


L'auteure s'intéresse (et c'est ce qui m'a plu) à la dimension psychologique de la formation des médecins, entre formateurs et étudiants, entre soignants et patients. Si l'empathie et la bienveillance paraissent des évidences, elles sont encore très loin de l'être pour beaucoup. Est-on un bon soignant si l'on est seulement un bon technicien ?


De la première année à sa thèse en médecine générale - elle se réorientera plus tard vers la psychiatrie - elle évoque les souffrances "ordinaires" d'un étudiant en médecine, quand ce qu'il reçoit ne correspond pas nécessairement à ses valeurs, ou quand tout simplement la violence de certaines situations n'est pas suivie d'une possibilité de l'exprimer.


Je regrette les chapitres un peu courts sur un sujet aussi intéressant, mais le livre relève d'abord du témoignage, on pourra creuser davantage avec des essais plus pointus.

 

 

Extrait p. 161 :

"La médecine générale ne s'apprend pas à l'hôpital. A l'hôpital, on apprend à palper ou à écouter des organes, à faire un diagnostic et proposer un traitement bien ciblé. Il y a plein de médecins très  compétents et efficaces pour cela. En médecine générale, si on le veut bien, on voit les personnes dans leur globalité. On voit la famille quand elle existe ou ce qu'il en reste. On sait que les petits bobos racontent des choses. On soigne aussi les conséquences des maux plus graves. C'est une autre médecine, qui n'est malheureusement pas valorisée. Une médecine avec."

 

 

 

Michalon, novembre 2018, 173 pages, prix : 17 €, ISBN : 978-2-84186-901-5

 

 

 

Crédit photo couverture :  Ed. Michalon

 

Voir les commentaires

Vigile - Hyam Zaytoun

7 Mars 2019, 15:57pm

Publié par Laure

Ils se sont un peu disputés, des broutilles, ils ne peuvent plus continuer comme cela, ce qui peine la narratrice, c’est de se coucher ainsi. Dans la nuit, elle entend son compagnon émettre de drôles de bruits. Elle croit d’abord qu’il lui fait une mauvaise blague, il est en train de faire un infarctus massif.

Elle comprend l’urgence de la situation, appelle les secours en commençant le massage cardiaque tout en rassurant leurs enfants qui iront ouvrir la porte aux pompiers.

Trente longues minutes de réanimation avant qu’enfin les secours ne prennent le relais. Antoine sera immédiatement hospitalisé, dans le coma. Le pire est possible, au bout de quelques jours le corps médical laisse entendre qu’il y a peu d’espoir.

 

Écrit cinq ans après les faits, c’est le récit personnel de l’auteure, qui dit tout l’amour du couple, l’amour qu’elle porte à son conjoint, l’importance du soutien de l’entourage.

 

Rien de larmoyant, au contraire, un début très émouvant, un récit porté par une très belle écriture, auquel il manque toutefois un je ne sais quoi pour toucher à l’universel. Vigile souffre peut-être d’être une histoire trop personnelle, qui rappelle combien la vie est fragile et combien l’amour est source d’une force intérieure parfois insoupçonnée.

 

Un beau texte, parfois présenté comme un premier roman, identifié comme un récit sur sa page de titre, les avis divergent à ce sujet, peu importe, c’est une lecture aussi grave que stimulante, qui est avant tout une très belle histoire d’amour.

 

 

 

 

Le Tripode, janvier 2019, 124 pages, prix : 13 €, ISBN : 978-2-37055-185-6

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Le Tripode

Voir les commentaires

Raconte-moi la fin – Valeria Luiselli

5 Février 2019, 16:28pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Nicolas Richard

 

L’auteure, née au Mexique, a commencé à travailler comme interprète au tribunal de l’immigration de New-York au début de l’année 2015, en plein cœur de la crise des enfants migrants, des enfants isolés en provenance surtout du Guatemala, du Honduras, et du Salvador, qui fuient la violence des gangs.

 

Chaque enfant migrant entrant sur le territoire américain doit répondre à 40 questions qui permettent de comprendre son histoire, les raisons de sa fuite, les dangers auxquels il serait confronté si on le renvoyait chez lui, et de tester la véracité de son récit.

 

p. 51 : « Chaque enfant vient d’un endroit différent, d’une vie particulière, a vécu une palette d’expériences distinctes, mais leurs histoires suivent habituellement la même intrigue foireuse et prévisible.

                Qui correspond peu ou prou aux grandes lignes suivantes : les enfants partent de chez eux avec un coyote. Ils traversent tout le Mexique aux mains de ce coyote, sur La Bestia. Ils essaient d’échapper aux griffes des violeurs, des policiers corrompus, des soldats meurtriers et des gangs de la drogue qui risquent de les exploiter comme esclaves dans les champs de pavot ou de marijuana, quand ils ne les tuent pas d’une balle dans la tête avant de les enterrer dans des charniers. Si quelque chose se passe mal et qu’il arrive malheur à un enfant, le coyote n’est pas tenu responsable. Les enfants qui parcourent cet interminable chemin de croix jusqu’à la frontière U.S. se présentent aux agents de la Border Patrol et sont officiellement détenus. (Souvent par des agents de police qui leur disent des choses du genre : « Parle anglais ! Maintenant t’es en Amérique ! » On les met ensuite dans la glacière. Puis, plus tard, dans un refuge provisoire. Là, il faut qu’ils commencent à chercher leurs parents – s’ils ont des parents – ou les gens de leur famille qui feront pour eux office de référents. Par la suite, ils sont envoyés là où habitent leur référent. Et finalement, ils doivent se présenter au tribunal, où ils pourront tenter d’éviter l’expulsion – s’ils ont un avocat ».

 

Dans le meilleur des cas, car bien sûr ils n’ont aucun moyen de payer un avocat. Il faut donc en trouver un qui accepte de travailler gratuitement.

 

La procédure est longue, complexe, ubuesque, et fait froid dans le dos.

 

 

L’auteure choisit de la raconter par le prisme de son expérience personnelle, elle-même en attente de la fameuse green card pour avoir le droit de travailler sur le territoire états-unien, elle profite des 40 questions pour relater aussi son parcours et expliquer les faits et lois américaines.

 

C’est le titre qui m’a attirée au hasard d’un rayon de médiathèque : « raconte-moi la fin », c’est ce que lui demande à chaque fois sa petite fille quand elle parle de ses cas à la maison, est-ce que ça finit bien ? Parfois, mais c’est si compliqué. La plupart du temps, elle se contente de répondre : « Je ne sais pas encore comment ça finit ».

 

 

Valeria Luiselli est également romancière (L’histoire de mes dents, août 2017, éd. de l’Olivier) et donne à voir dans ce récit une réalité de l’immigration, qui loin de nous, informe et sidère.

 

 

 

p. 30/31 : "Les chiffres et les cartes racontent des histoires d’horreur, mais les histoires les plus horribles sont peut-être celles pour lesquelles il n’y a pas de chiffres, pas de cartes, pas de responsabilité possible, jamais de mots écrits ni prononcés. Et peut-être que la seule façon de garantir un minimum de justice – si tant est que cela soit possible – c’est d’entendre et d’enregistrer ces histoires encore et encore, afin qu’elles reviennent, toujours, nous hanter et nous faire honte. Car être conscient de ce qui se passe à notre époque et choisir de ne pas agir est devenu inacceptable. Parce que nous ne pouvons pas nous permettre de continuer à banaliser l’horreur et la violence. Parce que nous pouvons tous être tenus pour responsables si quelque chose se passe sous notre nez et que nous n’osons même pas regarder."

 

 

 

Éditions de l’Olivier, coll. Les feux, avril 2018, 125 pages, prix : 14,50 €, ISBN : 978-2-8236-1241-7

 

 

 

Crédit photo couverture : © cedric©scandella.fr

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 > >>