Les trophées de Constance & autres objets de désir - Nathalie Cachin
L'article du Buzz
Quinqua, bibliothécaire, avec thé et chats. Je dépose ici les marques que mes lectures ont tracées.
Vieilles peaux est un recueil de trois longues nouvelles, très différentes les unes des autres.
Dans la première, Postérité, une écrivain, Cressida Bloom, se met en quête d’un exécuteur testamentaire, quelqu’un qui s’occupera de ses archives, de ses inédits, et de son œuvre après sa disparition. Elle a une idée précise du profil de poste : un homme nécessairement, jeune…Mais les candidats ne sont jamais à la hauteur…
La seconde nouvelle, Marthe et Fernand, nous raconte le quotidien d’un couple marié depuis plus de 40 ans, quasi enterrés vivants dans leur routine, leurs habitudes monotones, avec la toute-puissance tyrannique de Madame sur Monsieur. Puis c’est la mort de l’un. Un jeune couple habite ensuite la maison. Même s’ils sont à peine trentenaires, ils suivent déjà le même chemin… C’est la nouvelle qui m’a le plus touchée, intimiste et mordante, piquant sans gêne les travers du couple.
La dernière nouvelle est atypique, Pas Moi. Une succession de fragments où l’écrivain se met dans la peau d’hommes ou de femmes divers et variés, qui commencent tous par je suis… Capacité extraordinaire du romancier à se jouer de nous en inventant tout ce qu’il veut. La conclusion est très belle : « Vous m’écoutez écrire, je vous regarde penser. Je ne suis pas moi. Je suis tous les autres. Les autres sont moi. Donc, il n’y a personne. Que moi. Et vous, peut-être. » Un exercice intéressant…au début, car j’avoue que j’ai trouvé cette nouvelle un peu trop longue, vite lassante.
Un tout qui mitige donc mon appréciation finale, mais qui se lit quand même rapidement et avec plaisir.
Lu aussi par : le buzz, Sébastien, Clarabel, Cuné
Le Dilettante, mars 2007, 222 pages, prix : 16 €
Ma note : 3,5/5
Crédit photo couverture : éd. Le Dilettante et Fnac.com
Crédit tout court : merci Clarabel !
Sélectionné pour le Prix Tam-Tam 2007, dans la catégorie J’aime Lire (7-11 ans), ce petit roman a remporté le Prix, décerné par les enfants qui ont voté via le magazine.
Lucas en a marre que son petit frère, de 4 ans son cadet, le suive partout et veuille tout faire comme lui. Mais depuis la mort de leur père, il n’a pas le cœur de rejeter ce petit frère envahissant, il l’a juste surnommé la Glu. Un soir, la Glu veut dormir avec son frère, parce que dans sa chambre, il entend du bruit, « quelqu’un qui respire ». Leur mère a un nouveau compagnon, Hugues, ce n’est pas le premier et Lucas pense que ce ne sera pas non plus le dernier. Pourtant, il est bien sympathique ce Hugues. Un soir Lucas, lassé par son frère pot de colle finit par aller lui piquer son lit, il se met aussi à trembler de peur quand il entend « le bruit ». Hugues saura prendre les choses en main, pour cette petite frayeur que je ne vous dévoile pas !
Alors même s’il râle ce grand frère, il ferait tout pour protéger son cadet !
Les autres titres sélectionnés pour ce prix en 2007 dans la catégorie J’aime Lire (7-11 ans) :
Ed. Thierry Magnier, coll. Petite Poche, mai 2007, 47 pages, prix : 5 €
Ma note : 3,5/5
Crédit photo couverture : éd. Thierry Magnier
Un court roman de la collection Petite
Poche de chez Thierry Magnier, pour lire comme les grands, dès 8 ans. Ce titre était sélectionné pour le Prix Tam-Tam 2007, dans la catégorie J’aime Lire (7-11 ans), avec 3 autres titres (voir plus bas).
Bintou a toujours rêvé de passer à la télé, mais maintenant que c’est chose faite, elle aurait préféré que ce soit pour d’autres raisons… Un matin, la Police arrive pour faire évacuer son immeuble, insalubre. Mais où vont-elles aller, toutes ces familles immigrées? L’expulsion est « ratée » car un comité du quartier, parents, enseignants, manifeste devant l’immeuble pour empêcher la Police d'accomplir sa mission.
Un court roman qui interroge sur notre société, la capacité de se mobiliser pour une cause ou au contraire l’immobilisme ou l’indifférence, et qui montre aussi l’importance de l’école pour ces enfants, leurs amitiés, leur intégration.
Un roman des villes ? Les enfants des campagnes seront-ils touchés, comprendront-ils de quoi il s’agit ? (Je pense aux élèves que je reçois régulièrement). A ne pas lire trop jeune peut-être, quand on connaît déjà un peu l’actualité autour de soi.
Les autres titres de la sélection (romans)Tam-Tam J’aime lire 2007 :
Ed. Thierry Magnier, oct. 2006, 47 pages, prix : 5 €
Ma note : 3/5
Crédit photo couverture : éd. Th. Magnier
Dans un pays en guerre, une ville imaginaire au bord d’un fleuve. Les hommes se rendent au Salon de la Barbière, un ancien bar à putes dans un quartier d’usines. Mira l’assiste et raconte cette histoire. Un étrange rituel, cruel, abominable : la Barbière, en plus de les raser, énuclée les hommes, oui, elle leur prend un œil, que Mira range ensuite dans une boîte, yeux qui seront apportés en offrande au Grand Ob, le maître de la ville, qui en garantit alors la paix. L’offrande sacrificielle s’accompagne d’un rituel sexuel violent (mais jouissif) pour Mira.
Un jour, le capitaine Dragon vient au salon. La Barbière l’épargne et le prenant pour amant, elle épargnera tous les hommes. Mira s’interroge sur la disparition de son frère à la guerre, et quand elle comprend que Dragon en est responsable, elle se venge, en l’attirant dans des soirées sexuelles pour le moins particulières.
Ob, n’ayant plus d’offrandes, en réclame une, inédite : les larmes d’une femme n’ayant encore jamais pleuré. Il n’y en a qu’une dans cette ville… comment faire pour faire pleurer la Barbière ? Mira s’en charge, et la vengeance de son frère accomplie, s’en va.
Un conte sombre et fantastique, noir, qui vous glace. Des illustrations qui mériteraient d’être vues en grand format, sous leur forme originale (mais à ne pas mettre sous tous les yeux) et qui participent totalement du récit en le complétant. Pas d’érotisme habituel, mais une fable dérangeante sur le sexe et la mort, une barbarie douloureuse à laquelle, non, je ne goûte pas.
Sur le site de l’éditeur : là
Clarabel me disait que ce livre a obtenu le prix Sade 2007, ce qui aurait pu être tout à fait vrai, tant il est sombre et trouble, mais qui ne l’est pas. Il faisait néanmoins partie de la dernière sélection.
Les Impressions nouvelles, coll. Traverses, oct. 2007, 89 pages, prix : 19 €
Ma note : 3/5
Crédit photo couverture : © Ch. Mollet et éd. Les Impressions nouvelles.
Pour mémoire : le tome 1 est ici, le tome 2, là.
Ah ! la suite tant attendue des aventures d’Aya et de ses amies à Yop’City, dans cette Côte d’Ivoire tout en couleurs, y compris au niveau du langage !
Dans ce troisième tome, le grand jour de l’élection de Miss Yopougon est arrivé, une élection bien différente de celle que j’avais imaginée d’ailleurs ! Les filles se précipitent chez Inno,
le coiffeur, tout ce petit monde fourmille d’excitation en attendant la soirée. Quant à Ignace, le père d’Aya, il se débat pour sauver son mariage, car sa femme goûte peu à l’idée de partager sa
vie avec sa maîtresse et les deux enfants qu’il a eus avec elle. Le père de Bintou veut prendre une deuxième épouse qui a l’âge de sa fille, la France fait toujours rêver, l’homosexualité est
toujours un sujet tabou, … Bref, un tome dans la lignée des deux précédents, toujours aussi plaisant, riche d’histoires, dans lequel on réalise en souriant que les femmes ont toujours une
longueur d’avance sur les hommes pour mener leur monde ;-)
C’est toujours frais, pétillant, joyeux malgré tous les soucis, et le traditionnel bonus ivoirien en fin de volume ajoute au charme de cette Afrique haute en couleurs, avec un langage pittoresque, des recettes de cuisine, et quelques confessions d’Aya et de son auteure.
Un troisième album qui répond à toutes les questions des précédents, mais un quatrième tome ne serait pas impossible, un jour peut-être ?
Gallimard, coll. Bayou, 2007, 126 pages, prix : 15,90 €
Ma note : 4/5
Crédit photo couverture : éd. Gallimard et Amazon.fr
Le petit Poucet, vous connaissez tous : on vous l’a lu enfant, ou vous l’avez lu vous-même à vos enfants. Mais le petit Poussé, vous connaissez ? C’est presque le même mais revu de façon joliment impertinente. Et moi j’adore. Ça commence ainsi : « il était un bois… » [page suivante] « où coupaient du bois un bûcheron et une bûcheronne qui s’étaient reproduits à une allure vertigineuse. » Ce couple de bûcherons a 7 enfants, et pas de bol, 7 garçons. Le tout dernier, c’est le Petit Poussé, surnommé ainsi car tout le monde le pousse tout le temps, même les animaux. (et Petit, parce qu’il est petit, voyons). Après, on retrouve l’histoire plus classique : les vilains parents les abandonnent dans la forêt, mais comme les chutes du Petit Poussé ont laissé des traces, les enfants retrouvent leur maison. Au deuxième essai, ça se gâte : « Mais malheureusement, les sangliers s’étaient roulés partout et avaient effacé toutes les traces. Zut alors ! » Après, ça se complique. Y a un ogre, des lieus noirs (les poissons) qui foutent le souk avec les bottes de sept lieues, le Petit Poussé (le nôtre) qui rencontre le Petit Poucet (l’Autre), et si c’est délirant, faut quand même réussir à suivre hein J
Un bel album, au format carré adéquat, avec plein de pages (circa 156 p. dit ma notice bibliographique, y en a un qui a dû s’amuser à les compter vu que le livre n’est pas paginé), des dessins très colorés, plutôt modernes et stylisés, et qui répondent parfaitement au texte. Si j’aime moyen les illustrations, j’adore le conte détourné ! Mais l’ensemble est d’une cohérence telle qu’on est obligé d’aimer le tout !
Cet album s’adresse à des enfants déjà grands, parce qu’il suppose des connaissances : le conte classique d’abord (et pas seulement le Petit Poucet, d’autres aussi !), c’est mieux pour apprécier le coup de balai, et puis un tas d’autres référentiels, l’orthographe entre autres (Poussé/Poucet, lieu/lieue) et le vocabulaire des cours de récré, pour exemple cet extrait : « Il nous suffit de suivre les traces provoquées par mes chutes répétées et nous arriverons chez nos géniteurs. Devant l’incompréhension générale, il leur tint à peu près ce langage : suivez-moi, je connais le chemin ! – cool… firent les frères, qui étaient bien braves, mais un peu limités au niveau du vocabulaire. » Sur ce la chouette pique sa crise dans son tronc d’arbre : « c’est pas bientôt fini ce boucan ! Bande de débiles ! » (Car elle a, elle aussi, un vocabulaire assez limité).
Bref, impertinent vous disais-je. Et en cela génialissime. Bravo M. Beck ! J’en veux encore !
Ed. Naïve, 2007, prix : 15 €
Ma note : 4,5/5
Crédit photo couverture : éd. Naïve et Amazon.fr