Les jardins d'Hélène

romans etrangers

L’été des oranges amères – Claire Fuller

9 Juillet 2020, 09:35am

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Mathilde Bach

 

Le roman s’ouvre sur les derniers jours d’une femme à l’hôpital. Au fil des visites du personnel médical et d’un ancien vicaire qu’elle a connu plus jeune, Frances Jellico remonte dans ses souvenirs jusqu’à l’été 1969, où elle fut chargée de faire l’inventaire patrimonial et architectural d’un manoir délabré perdu dans la campagne anglaise. A sa grande surprise elle n’est pas seule, la bâtisse est occupée par un couple étrange, Cara et Peter, sympathiques mais de plus en plus intrigants.

 

Frances découvre un judas dans le plancher de sa chambre, qui lui permet d’espionner le couple dans la salle de bain juste en dessous. Petit à petit, Peter et Cara vont devenir amis avec Frances, l’emmener partout avec eux, partager leurs souvenirs.

 

Le roman tient dans son atmosphère, étrange, lourde, mystérieuse. Il ne se passe pas grand-chose et les confessions de Cara sont troublantes, fabule-t-elle ? Que s’est-il réellement passé ? Que cache ce charme discret qui vire à l’emprise ?

 

La fin inattendue offre un retournement intéressant et permet de reconsidérer l’ensemble du roman, qui sans cela j’avoue m’a souvent ennuyée. Mais avec ce nouveau regard, l’intrigue déploie toute son ampleur et démontre le talent de l’auteur.

 

Un roman que j’ai trouvé toutefois un cran en dessous de son précédent, Un mariage anglais.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Stock, coll. la cosmopolite, juin 2020, 416 pages, prix : 22,50 €, ISBN : 978-2-234-08714-9

 

 

 

 

Crédit photo couverture : © photographie : © AKG Images / Getty images, et éd. Stock

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Les livres d’Emmett Farmer – Bridget Collins

16 Mars 2020, 18:18pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Dominique Defert

 

Emmett travaille à la ferme de ses parents et se remet d’une maladie qui l’a laissé très affaibli lorsqu’il reçoit une lettre le conviant à devenir apprenti enlivreur auprès d’une vieille dame, qui va lui enseigner les rudiments de son art et de la fabrication des livres dans son atelier.

Il lui est impossible de refuser. Ainsi démarre sa nouvelle vie auprès de Seredith. « La femme était vieille et squelettique, avec des cheveux blancs, un visage parcheminé, des lèvres presque aussi pâles que ses joues. »

 

Elle lui explique ainsi son métier : « On enlivre ce dont les gens ne veulent plus se rappeler. Ce qui est trop lourd à porter. On met leurs souvenirs là où ils ne peuvent plus faire de mal. Ils nous livrent leurs souvenirs. Et on les délivre. Voilà notre travail ! »

Elle exerce gratuitement, dans un souci altruiste, alors que d’autres ont vu l’intérêt d’un business dans cet art de la thérapie, proche de la fantasy dans ce roman bien évidemment, mais qui peut faire penser aux amnésies traumatiques, à la psychothérapie et à la psychanalyse.

 

Emmett apprend ce métier jusqu’à ce qu’il découvre un livre à son nom, montrant qu’il a lui-même été enlivré. Et c’est par le biais d’un retour en arrière que l’autrice nous livrera les souvenirs qu’il a enfermés dans son livre. Une belle histoire d’amour contrariée, et refusée par sa famille.

 

Les récits de fantasy ne sont pas ma tasse de thé, mais j’ai été séduite dès le départ par celui-ci, par l’écriture, l’histoire, les personnages secondaires qui gravitent autour d’Emmett. Et j’ai aimé l’idée que dans cette histoire, des faussaires attirés par le gain créentt de toute pièce de faux livres, fausses histoires d’enlivrés qu’on appelle alors … des romans !

 

Une sortie plutôt réussie de ma zone de confort !

 

Je vous le conseille si vous aimez les atmosphères mystérieuses sans date mais un brin denses et troubles, les histoires d’amour somme toute classiques et les sujets originaux…

 

Les Livres d’Emmett Farmer est le premier roman de Bridget Collins qui écrivait auparavant pour la jeunesse.

 

 

 

JC Lattès, octobre 2019, 526 pages, prix : 22 €, ISBN : 978-2-7096-6180-5

 

 

 

Crédit photo couverture : © Manon Bucciarelli et éd. JC Lattès

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Le petit garçon qui voulait être Mary Poppins – Alejandro Palomas

13 Janvier 2020, 11:01am

Publié par Laure

Traduit de l’espagnol par Vanessa Capieu

 

Guillermo, le plus souvent appelé Guille, a 9 ans et une imagination débordante. A son institutrice il répond lors d’un exercice qu’il voudrait plus tard être Mary Poppins, parce que son mot magique supercalifragilisticexpialidocious peut changer la vie. Ses dessins, riches de détails, sont surprenants et alertent son enseignante. Le petit garçon semble heureux dans son monde imaginaire, mais cette attitude cache-t-elle quelque chose ? le père, convoqué, se referme sur lui-même et refuse le dialogue. Il n’apprécie guère les jeux « féminins » de son fils. Et cette maman disparue, en voyage longue durée pour le travail, qu’en est-il réellement ?

 

C’est à travers un roman choral qui donne la parole tantôt au petit garçon tantôt à la psychologue scolaire, à l’enseignante, ou encore au père que le fil de l’intrigue se dénouera.

 

Si le lecteur comprend assez vite l’enjeu du roman (et la raison de l’absence maternelle), la réussite du roman tient dans son cheminement, sa douceur, sa bienveillance, son attention à l’autre, et l’expression des émotions de chacun. Le roman fait également un pas de côté en évoquant le mariage forcé dans d’autres cultures à travers le personnage de la petite Nazia, qui ne pourra participer au spectacle final et jouer le fameux rôle de Mary Poppins, pour des raisons dramatiques.

 

Sans être un grand roman, un hijo (de son titre original que je trouve plus adapté) offre un agréable moment de lecture, qui émeut sans être larmoyant. Une réussite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cherche-Midi, janvier 2020, 224 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-7491-5863-1

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd Le Cherche Midi

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Les mutations – Jorge Comensal

30 Août 2019, 19:57pm

Publié par Laure

Traduit de l’espagnol (Mexique) par Isabelle Gugnon

 

Ce premier roman d’un auteur mexicain est une découverte originale et colorée d’une littérature que je connais peu. Ramón, avocat, est atteint d’une tumeur rare à la langue, qui nécessite son ablation. C’en est fini de sa situation professionnelle et financière par la même occasion. Plus que sa femme et ses enfants adolescents, c’est sa femme de ménage qui se soucie le plus de lui et lui offre un perroquet, qu’il prénomme Bénito, un curieux oiseau qui n’a que des injures salaces dans son vocabulaire. Sa femme craint que le volatile ne soit dangereux en apportant des maladies dans la maison, mais Ramón négocie de le conserver en acceptant d’aller voir une thérapeute, psy spécialisée dans l’accompagnement des malades du cancer, elle-même ancienne malade.

 

Tous les personnages qui gravitent autour de lui sont hauts en couleur et le roman prend des allures de tragi-comédie. Rien de triste en dépit du sujet, au contraire, on se surprend à sourire régulièrement, les ambitions des personnages qui se révèlent y étant pour beaucoup. J’imaginais une place plus importante pour ce volatile rutilant en couverture, et j’ai surtout aimé les monologues intérieurs de Ramón s’adressant à la bestiole, dévoilant ses pensées sans fard.

 

Original et séduisant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les escales, août 2019, 208 pages, prix : 19,90 €, ISBN : 978-2-3656-9449-0

 

 

 

Crédit photo couverture : © Hokus Pokus créations et éd. Les escales

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Longue sécheresse – Cynan Jones

16 Août 2019, 14:05pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Pays de Galles) par Mona de Pracontal

 

L’une des vaches de Gareth a disparu. Elle est sur le point de vêler. Inquiet, il part à sa recherche alors que le pays connait une vague de canicule et de sécheresse inhabituelles. Ce parcours sera aussi pour lui celui de l’introspection, le retour sur l’histoire de sa famille, de son couple, de ses enfants, son amour de la terre et des animaux.

 

C’est un roman choral, sa femme Kate livre également ses pensées et secrets, la chronologie est parfois secouée, tout comme leur amour.

 

Il est beaucoup question de maternité, de naissance et de mort, tant chez les animaux que chez les humains.

 

C’est un roman qui déploie la rudesse du monde paysan avec pudeur mais sans en voiler les souffrances, qui dit les douleurs de chacun dans une langue sobre et belle. J’ai beaucoup aimé.

 

 

 

 

Ed. Joëlle Losfeld, octobre 2010, 130 pages, prix : 15,90 €, ISBN : 978-207-078777-7

 

 

 

Crédit photo couverture : © Paul Abbitt / Millenium Images, Londres. / et éd. Joëlle Losfeld

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Les fleurs sauvages – Holly Ringland

5 Août 2019, 11:47am

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Australie) par Anne Damour

 

Illustrations intérieures de Edith Rewa Barrett

 

La petite Alice Hart, neuf ans, vit une enfance malheureuse, en proie à la violence extrême de son père, dont sa mère est victime également. Après un tragique incident, orpheline, elle est recueillie par sa grand-mère, qu’elle ne connait pas. Celle-ci recueille d’ailleurs des femmes que la vie a détruites, et c’est par le biais de la culture et du langage des fleurs sauvages qu’elles pansent leurs blessures morales.

Ce n’est qu’une courte introduction à cette saga foisonnante qui nous présente un personnage attachant, de l’enfance jusqu’à l’âge adulte, qui traversera bien des drames avant de trouver l’apaisement. Résilience, bienveillance sont les mots qui viennent contrebalancer toutes les violences subies. Le pouvoir des livres n’est pas oublié, tout premier refuge de la petite Alice.

 

Une grande fresque romanesque qui prend place dans divers paysages et offre notamment une large place aux terres et traditions aborigènes, qui emporte dans le sillon affectif lié à son héroïne, une grande et belle histoire de femmes et de vie, malgré quelques longueurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

Éditions Mazarine / Librairie Arthème Fayard, mai 2019

 

 

Crédit photo couverture : © Hazel Lam, HarperCollins Design Studio

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Dunbar et ses filles – Edward St Aubyn

10 Juin 2019, 14:05pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par David Fauquemberg

 

Dunbar est un octogénaire multimillionnaire dont les biens sont convoités par ses filles Megan et Abigail. Tout est permis, elles n’ont aucun scrupule tant leur avidité est grande. Elles ont placé leur père dans une pension de luxe, car celui-ci a tendance à perdre la tête en raison de son âge avancé.

 

Mais il aura suffisamment de lucidité pour s’enfuir avec un acolyte aussi dérangé que lui, et leur fuite vaudra quelques sourires. Le plan des filles sera déjoué par leur demi-sœur Florence, que Dunbar avait renié devant son désintérêt pour l’argent.

 

Magouilles financières et cupidité d’un côté, amour sincère et désintéressé de l’autre. Ce roman bien sombre laisse peu d’espoir sur la nature humaine. Quelques passages l’égayent au départ, lorsque Dunbar slalome entre démence et lucidité, mais le milieu m’a semblé bien longuet et répétitif pour tout ce qui a trait au monde des finances. La fin aurait mérité d’être plus développée.

 

Une lecture mitigée.

 

 

 

 

 

 

 

 

Grasset, coll. En lettres d’ancre, mars 2019, 283 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-246-81937-0

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Grasset

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Un mariage sur écoute – John Jay Osborn

23 Avril 2019, 14:42pm

Publié par Laure

Traduit de l’américain par Marc Amfreville

 

Steve et Gretchen sont un couple ordinaire, parents de deux jeunes enfants, en pleine crise conjugale et d’adultère. Ils fréquentent une thérapeute conjugale, et c’est le huis-clos de ces séances dans son cabinet qui sont livrées au lecteur, dans un roman quasi entièrement dialogué entre les trois personnages. Le lecteur accède aussi aux pensées immédiates de la thérapeute Sandy, aux méthodes parfois surprenantes. Parviendront-ils à sauver leur mariage ?

 

Le lecteur est témoin de l’incompréhension et de la difficulté à communiquer au sein du couple. Le cheminement choisi par Sandy se révèle plutôt brillant, du moins il happe le lecteur au départ, et peut paraître plus ronronnant à d’autres moments.

On pensera inévitablement à la série « en analyse » (in treatment, diffusée au début des années 2010)

 

A lire uniquement si vous ne craignez pas de décortiquer jusqu’à la moelle le fonctionnement d’un couple. Plus subtil qu’il n’y paraît.

 

 

Ed. de l’Olivier, janvier 2019, 221 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-8236-1403-9

 

 

 

Crédit photo couverture : © Cyril Magnier / cedric@scandella.fr / éd. de l’Olivier.

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Défense de nourrir les vieux - Adam Biles

19 Mars 2019, 14:14pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Bernard Turle

 

Ce qui m'a attirée vers ce roman, c’est bien évidemment son titre. La couverture a un petit air irrévérencieux mais j’avoue accorder peu d’importance aux couvertures. Mais ce titre !

 

Dorothy (dite Dot ou Dotty), 74 ans, décide d’elle-même de s’installer aux Chênes Verts, la maison de retraite où se trouve déjà son mari. Très vite le lecteur a l’impression d’avoir mis les pieds dans un asile de fous, tant les situations et les personnages, que ce soit du côté des soignants ou des pensionnaires, sont déjantés.

 

Il y a du bon, voire du très bon dans ce roman, mais beaucoup de dérangeant aussi, ce qui tempère la lecture, et en a même fait abandonner certains. Je me suis accrochée, voulant savoir de quoi il en retournait, et comment cette histoire abracadabrante finirait.

 

L’humour est noir, très noir, et les situations de démence sont poussées à l’extrême. Les soignants, appelés « amis-soignants », sont tout aussi ravagés que les vieillards, et le directeur détient sans doute la palme d’or.

 

Âmes sensibles s’abstenir, il y a quelques scènes vraiment atroces, qui relèvent du roman d’horreur. Mais elles sont tellement décalées qu’elles ne peuvent relever que de la fiction pure.

 

Le point positif, c’est la construction astucieuse, l’insertion de magazines dont le récit décrit la folie du capitaine Rugles, du moins le monde dans lequel il se croit, prisonnier d’un camp nazi, avec une seule idée en tête : s’évader.

 

La réflexion ensuite : sous couvert de fiction absurde et (trop) déjantée, on ne manquera pas de penser à la façon dont on traite nos vieux aujourd’hui, aux moyens alloués (à leur absence surtout, ou insuffisance), à leurs désirs, leurs besoins, leurs attentes.

 

Malgré un choix de narration et de fiction audacieux, on trouve parfois le temps long, un peu répétitif, avec le risque de se perdre, la démence n’est pas contagieuse mais elle est quelque peu déstabilisante !

 

Un premier roman (traduit en français) déroutant qui mérite tout de même qu’on s’y attarde…

 

 

Adam Biles est également traducteur et responsable des rencontres à la librairie anglophone Shakespeare and Company à Paris.

 

 

 

 

Grasset, coll. en lettres d’Ancre, avril 2018, 521 pages, prix : 23 €, ISBN : 978-2-246-81334-7

 

 

 

Crédit photo couverture : © Getty Images et éd. Bernard Grasset.

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La fin d’où nous partons – Megan Hunter

2 Février 2019, 11:40am

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Aurélie Tronchet

 

Un premier roman étonnant par sa forme, des phrases courtes, rarement plus de trois lignes toujours entrecoupées de blanc, bref mais profond néanmoins, évocateur, poétique parfois.

 

Une femme accouche alors que Londres est sous l’eau, submergée par une crue apocalyptique. Il faut fuir. L’exil s’organise. Elle est séparée de son mari. Le lecteur accompagne cette femme et son enfant durant une année, leur relation forte dans un contexte de migration forcée, la survie dans les camps de réfugiés, l’espoir de retrouver le père de son enfant.

 

C’est un beau roman sur le lien maternel, la vie dans un environnement hostile, agréable à lire, qui peut laisser un peu sur sa faim mais qui se découvre comme une respiration, tant il tire sa force de sa forme épurée. Il mêle également de nombreux passages en italique inspirés de textes mythologiques ou religieux qui accentuent son côté poétique.

 

 

 

Quelques extraits :

 

p. 81 : « On nous dit de ne pas paniquer, la consigne la plus susceptible de provoquer la panique que l’homme connaisse ».

 

p. 84 : « Moi, Z, O, C. Nous dormons d’un œil, alignés, les bébés ventousés à nos mamelons. Ils ont six mois."

 

Ils ont appris à se tenir assis ici, dans cet endroit du pas-assez. Ils ont redressé leur dos. Ils ont commencé à essayer d’attraper notre pain. »

 

p. 96 : « Quand tu as un enfant, la peur est transférée, aurait pu me dire ma mère.

D’une certaine manière, elle est multipliée, aurait-elle pu dire. »

 

p. 123 : « Je bois l’air frais comme de l’alcool, chaque gorgée est une froideur qui m’attire et m’enserre la taille. »

 

 

 

 

 

Gallimard, coll. Du monde entier, février 2018, 169 pages, prix : 16,50 €, ISBN : 978-2-07-270152-8

 

 

 

Crédit photo couverture : © plainpicture / Glasshouse / chiei kurimoto / et éd. Gallimard

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