Les jardins d'Hélène

romans etrangers

Crimes - Ferdinand von Schirach

14 Août 2011, 13:31pm

Publié par Laure

 

Nouvelles traduites de l'allemand par Pierre Malherbet

 

crimes-copie-1.jpgNoté suite à un article élogieux dans la presse, j'avoue au final avoir été très déçue.

Toutes les nouvelles relatent un crime, du point de vue de l'avocat qui a eu à traiter l'affaire (et qui n'est autre que l'auteur).

La première nouvelle est excellente, incisive, pas un seul mot de trop, elle ouvre parfaitement l'idée d'un recueil très littéraire, mettant en scène ce vieil homme qui après une vie de harcèlement moral de la part de son épouse finit par la tuer, sans rompre la promesse qu'il lui avait faite de ne jamais la quitter. La chute apporte un plus sans constituer à elle seule le sel de l'histoire, ce qui à mes yeux est une qualité complémentaire. Hélas je n'ai pas retrouvé ce ton dans les dix autres nouvelles, qui sont beaucoup plus proches du fait divers relaté avec distance et froideur. Annoncées comme réelles, ces histoires souffrent alors de n'avoir pas su trouvé leur juste place : dans un recueil de fiction, ou récit journalistique de fait divers ?

Ce livre plaira peut-être davantage aux amateurs d'histoires vraies, façon passions criminelles.

 

Gallimard, coll. Du monde entier, mars 2011, 215 pages, prix : 17,50 €

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Crédit photo couverture : © d'après photo Joerg Buschmann / Millennium Images, Londres, et éd. Gallimard.

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L'obscurité du dehors - Cormac McCarthy

28 Juillet 2011, 15:12pm

Publié par Laure

Traduit de l’américain par François Hirsch et Patricia Schaeffer

 

obscurite-du-dehors.jpgC’est l’histoire terrible et sombre d’un inceste et d’une quête éperdue à travers un paysage quasi apocalyptique (déjà, en 1968, on avait la même atmosphère de désolation et d’obscurité que dans la Route). Rinthy Holme est sur le point d’accoucher, seule dans leur cabane au fond des bois loin de tout voisinage, et elle demande à son frère Culla d’aller chercher la sage-femme. Celui-ci refuse, car cela ferait jaser. On comprend vite la situation d’inceste et l’on assiste horrifié à l’accouchement difficile et solitaire de la jeune femme (quelle force narrative dans le récit de McCarthy !) Epuisée elle s’endort et son frère part abandonner le bébé dans les bois, à son réveil il lui annoncera qu’il était mort. Mais ne retrouvant pas son corps, elle est persuadée qu’il l’a donné à ce colporteur qui passait parfois et qui est passé ce jour-là.

Rinthy n’aura de cesse de retrouver son bébé alors que Culla fuit de son côté.

Quelle horreur et quel talent se dégagent à la fois de ce roman profondément noir de McCarthy ! Dans ces bois opaques et denses, au milieu de nulle part, des êtres miséreux et parfois difformes errent en n’ayant pour communication que la violence et la barbarie. Alternant la narration de la quête de Rinthy et du parcours de Culla, on assiste à des scènes presque surréalistes d’une noirceur éprouvante, se demandant quelle sera la chute et si la lumière sera à l’orée du bois. McCarthy traduit à merveille dans son écriture la pauvreté matérielle et intellectuelle de ces hommes, et multiplie les références bibliques, le Bien et le Mal, le péché originel, le mensonge, l’expiation. Un roman sans espoir mais dont la force montre à quel point Cormac McCarthy est – vraiment – un grand écrivain.

 

Un passage pris au hasard (qui n’a rien d’horrible) :

p. 129 : « Il continua une fois que le soleil fut couché. Il n’y avait plus de maisons. Plus tard une lune se montra et la route se déroulait devant lui, crayeuse et vaporeuse à travers les bois obscurs. Les pépieuses des marais se taisaient invariablement à son approche et recommençaient derrière lui comme s’il s’était déplacé dans du vide insonorisé. Il tenait un bâton à la main et il en tâtait chacune des petites ombres couchées à plat ventre à travers lesquelles il passait mais sa route ne contenait que des formes des choses.

Quand il arriva à Preston Flats la ville lui parut non seulement déserte mais abandonnée, comme balayée et décimée par la peste. Il s’arrêta au centre de la place où les empreintes de l’activité humaine étaient visibles tout autour de lui, fossilisées dans la boue sèche. Il tournait sur lui-même, personnage d’amphithéâtre dans ce désert labouré par la lune, enchaîné à une ombre qui se débattait violemment dans la poussière »

 

Actes Sud, 1991 pour la traduction française, 235 pages, prix : 20 €

(Existe en poche)

Titre original : Outer Dark, première édition en 1968

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Crédit photo couverture : © Actes Sud

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Maudit soit le fleuve du temps - Per Petterson

12 Juillet 2011, 14:06pm

Publié par Laure

Traduit du norvégien par Terje Sinding

 

maudit-soit-le-fleuve-du-temps.jpgJ’avais noté ce titre lors du Salon du Livre de Paris 2011 consacré aux littératures nordiques. Depuis, j’ai lu surtout des avis négatifs de lecteurs, me dissuadant presque de l’ouvrir ! La faute à qui ? A une quatrième de couverture qui fait une promesse qu’elle ne tient pas. Le lecteur qui aurait choisi ce livre sur cette annonce de contact rétabli entre une mère malade et son fils qui affronte un divorce restera en effet sur sa faim. On ne peut pas dire que la communication s’établisse, bien au contraire, c’est plutôt une cohabitation forcée et vaine.

La mère d’Arvid, à l’annonce du cancer qui la frappe, décide de partir quelques jours dans sa maison de famille au Danemark. Elle embarque immédiatement sur le ferry qui part d’Oslo. Quand il l’apprend, Arvid, trente sept ans, confronté de son côté à la fin de son couple et au divorce, la rejoint  au Danemark. Il n’a jamais été très intime avec sa mère, un peu comme un enfant maladroit, encombrant, trouvant mal sa place dans la fratrie, dont la mère n’aurait jamais bien su s’il était devenu adulte et autonome ou pas. Au fil de ces deux cent et quelques pages, c’est surtout la vie d’Arvid qui nous est racontée, son travail à l’usine, son engagement maoïste, sa petite amie, mais de son couple et de son divorce on ne saura rien, pourquoi, comment, l’auteur ne nous donne pas les clés. De même dans la vie de la mère, son passage douloureux sur une petite île avec un de ses enfants, on ne saura pas grand-chose. Et si mère et fils se retrouvent, ce n’est pas dans l’échange, mais plutôt dans les faits supportés tels qu’ils sont, chacun portant ses peines sans s’en ouvrir à l’autre.

Si je conçois donc la déception des lecteurs qui attendaient ces retrouvailles mère-fils - car il faut bien reconnaître que même l’issue du roman n’est que promesse avortée - j’ai tout de même beaucoup aimé ce texte, ces allers-retours constants entre présent et passé, enfance, jeunesse, relation à la fratrie, au travail, et la cocasserie de certaines scènes !

Maudit soit le temps qui passe en effet, et qui laisse finalement chacun sur le bord de la route, avec ses fêlures, sa fierté, et qui dit avec pudeur ici les échanges espérés qu’il est parfois déjà trop tard de voir aboutir.

 

Gallimard, juin 2010, 234 pages, prix : 18,50 €

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Crédit photo couverture : © « d’après photo © Plainpicture / Elextrons 08 » et éd. Gallimard

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Un silence brûlant – Kate Jennings

11 Juin 2011, 10:05am

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Australie) par Sabine Porte

 

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Bref roman aux chapitres très courts et au style sec et percutant qui revient sur le parcours d’un couple qui ne semblait pas fait pour s’assortir. Rex est fermier, Irene s’occupe de leurs deux enfants, Boy et Girlie. L’irritation d’Irene dans cette vie qui l’étouffe finit par jaillir et c’est ailleurs qu’elle va séduire. Le roman se resserre sur l’atmosphère étouffante au sein du couple, et l’abnégation de Rex à accepter cela, dans le silence et le mépris grandissant de son épouse. Etrange roman qui condense en si peu de mots l’ensemble d’une vie et la chute d’un couple, sur fond de décor australien. Troublant, mais pas suffisamment marquant non plus, trop aride sans doute, malgré un premier chapitre incisif et prometteur :

 

« Tu es aimé de tous. Brave homme. Honnête. Mais déçu. Qui ne le serait pas ? Cette femme. Ces enfants. Ta femme. Tu l’aimes et tu la chéris. Tu aimes la regarder par la fenêtre à son insu traverser uen rue ou un pâturage, comme un étranger qui ne saurait rien d’elle. Tu admires ses cheveux souples, son sourire languide, ses jambes musclées, son allure assurée. Si c’était ta femme, tu serais empli d’orgueil.

   C’est ta femme. Elle te méprise. Elle n’est que froideur, regards impassibles, apartés sarcastiques. Constamment. Elle t’émascule de l’infaillible lame de son mépris. (…)     

   Toutes les raisons d’être déçu, donc, quoique cela suppose des attentes, et que des attentes, tu n’en as jamais vraiment eu. »

 

Le récit reprend à la troisième personne plus loin, pour reprendre ce « tu » à la toute fin seulement mais du côté d’Irene cette fois. Une économie de style qui laisse malheureusement le lecteur trop en retrait.

 

Ed. des Deux Terres, février 2005, 181 pages, prix : 18,50 €

Existe en poche (Folio, 6,80 €)

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Crédit photo couverture : © Photonica / et éd. des Deux Terres

 

 

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Je suis un ange venu du Nord - Linn Ullmann

14 Mai 2011, 14:15pm

Publié par Laure

Traduit du norvégien par Hege Roel-Rousson et Pascale Rosier

 

je-suis-un-ange-venu-du-nord.jpgAprès une vie professionnelle et amoureuse bien remplie, Isak Lövenstad, gynécologue obstétricien renommé, se retire dans sa vieille maison d’Hammarsö. Isak a toujours aimé les femmes, épouses, maîtresses, il a eu trois filles nées de trois mères différentes, trois filles qu’il réunissait tous les étés pour les grandes vacances, dans cette fameuse maison d’Hammarsö. Puis tout s’est arrêté, que s’est-il-donc passé au cours de cet été 1979 pour que chacun reprenne sa route sans jamais revenir à Hammarsö ?

Seule sa fille aînée, Erika, a gardé un contact régulier avec lui. Ses deux demi-sœurs, Laura et Molly, ont pris leurs distances. Elles décident de se revoir et de rendre visite à leur vieux père, veuf et isolé. Au fil de la narration, c’est toute leur enfance et leur adolescence qui s’ouvrent au lecteur, les étés avec les amis du coin, les jalousies, les jeux, l’éveil des sens… Il y a le personnage très important de Ragnar, « l’ange venu du Nord », l’amoureux, l’ami, le souffre douleur, le nœud du secret et du drame dans la chaleur de l’été sur l’île scandinave, dans l’intimité des jeux troubles et cruels.

Si le roman prend le temps de dénouer le drame, il s’arrête hélas un peu trop vite, car rien ne sera dit du retour des filles auprès du père, seul compte le voyage, et le retour en mémoire des faits. Par bien des aspects, la violence des relations entre adolescents, la force des climats (chaleur, neige, tempête), ce roman m’a souvent rappelé la lecture récente de cet autre été nordique de Rax Rinnekangas dans la lune s’enfuit.

 

De belles découvertes à poursuivre dans la littérature nordique !

 

Actes Sud, septembre 2010, 363 pages, prix : 23 €

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Crédit photo couverture : © Jock Sturges et éd. Actes Sud

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Les jeux de la nuit – Jim Harrison

12 Mai 2011, 10:44am

Publié par Laure

Traduit de l’américain par Brice Matthieussent

 

les-jeux-de-la-nuit.jpgBien que Jim Harrison soit l’un des plus grands écrivains américains actuels, j’avoue, je ne l’avais encore jamais lu avant ce recueil de trois nouvelles. Elles donnent d’ailleurs une excellente idée de l’écriture et du talent de l’auteur.

J’ai beaucoup aimé la première nouvelle, La fille du fermier,  l’histoire de la jeune Sarah qui grandit dans le Montana et s’éveille peu à peu à la sensualité, de son amitié avec le vieux Tim, et la volonté farouche de la jeune fille de se venger du drame qui lui arrive une nuit de fête. Les lieux, les paysages, le climat, l’atmosphère tiennent une grande place dans ce récit, comme un personnage à part entière de l’histoire. Cette première nouvelle m’a vraiment donné envie de découvrir davantage cet auteur.

En revanche les deux nouvelles suivantes m’ont moins plu : Chien Brun, le retour suppose que le personnage est déjà apparu ailleurs, et ses préoccupations libidineuses et alcooliques m’ont assez vite lassée. Je n’ai pas accroché du tout. La dernière nouvelle, qui porte le titre du livre, retraçant l’histoire de Samuel qui se transforme en loup-garou les nuits de pleine lune suite à une morsure de louveteau m’a moyennement plu également.

Trois novellas (longues nouvelles ou courts romans), trois personnages forts et hors du commun, un résultat de lecture mitigé pour moi mais qui me donne néanmoins l’envie de garder un œil sur cet auteur !

 

Lu dans le cadre du Club Testeurs d’Amazon.

 

Flammarion, septembre 2010, 333 pages, prix : 21 €

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Crédit photo couverture : nuit de pleine lune @Clive Druett ; Papilio / Corbis

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La lune s'enfuit – Rax Rinnekangas

26 Avril 2011, 07:12am

Publié par Laure

Traduit du finnois par Jean-Michel Kalmbach

 

la lune s'enfuitSous la chaleur d'un été solaire en Finlande, dans le poids d'une religion omniprésente, Lauri, en vacances chez ses cousins Léo et Sonja, va se brûler les ailes dans un éveil des sens aussi lumineux que tragique. Il ne faut point trop en dire de cette histoire secrète entre ces deux frère et sœur et leur cousin, qui paieront cher leur bref élan vital, coupable et interdit, mais que l'auteur nous décrit avec une telle évidence naturelle dans les mots de Lauri que le lecteur ne se pose même pas en censeur. A travers trois grandes parties, la joie – le chagrin – l'expiation, l'auteur laisse dans l'esprit du lecteur la marque profonde d'un blé en herbe brûlé par le soleil et le drame, usant d'une écriture magnifique, simple, évidente.

 

Bien que publié il y a vingt ans déjà en Finlande, La lune s'enfuit est le premier roman de Rax Rinnekangas traduit en français, et j'espère sincèrement qu'il y en aura d'autres, car c'est une talentueuse plume à découvrir.

 

p. 29 « Léo et Sonja étaient des créatures engendrées par quelque étrange vent de la nuit. Il ne pouvait en être autrement, tant ils étaient différents de leurs parents. Ils avaient l’esprit bohémien. Quand ils étaient ensemble, ils avaient, l’un comme l’autre, une totale liberté de conscience, débarrassée des chaînes de la religion ou de l’éducation. Certes, vu de l’extérieur, ils faisaient exactement ce que l’on attendait d’eux. Ils se recueillaient chaque jour avec leurs parents, les accompagnaient souvent aux assemblées du village et participaient tous les ans aux grandes fêtes piétistes organisées dans le pays – ils connaissaient sans doute au moins une centaine de cantiques et de prières par cœur. Mais, à l’intérieur d’eux-mêmes, ils possédaient un univers qui n’appartenait qu’à eux, et où aucun adulte n’avait sa place.

Lorsque je les connus mieux, ils me transmirent les clés de leur monde. (…) »

 

Lu dans le cadre du Club Testeurs d'Amazon.

 

Phébus, mars 2011, 146 pages, prix : 17 €

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Crédit photo couverture : © Craig Tuttle, Tire Tracks Winding Through Wheat Field, 2000, / Corbis et éd. Phébus.

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Rose - Tatiana de Rosnay

2 Mars 2011, 16:01pm

Publié par Laure

 Traduit de l'anglais par Raymond Clarinard

 

rose-tdr.jpg1868 à Paris. Rose prend la plume pour écrire une longue lettre à son époux Armand, décédé dix ans auparavant. Elle se terre dans leur maison tant aimée de la rue Childebert, maison vouée à la destruction du fait des travaux d'embellissement de Paris par le baron Haussmann, préfet de la ville sous Napoléon III, qui a la folie des grandeurs et des grands boulevards. Les actes d'expropriation et les dédommagements financiers n'y changeront rien : Rose ne veut pas quitter sa maison.

Mais avant que les travaux de destruction ne commencent, elle doit se confier à Armand, lui confesser ce lourd secret qu'elle n'a pas eu la force de lui révéler de son vivant. Mais sa longue lettre est aussi l'occasion de revisiter leur bonheur, leur rencontre, la naissance de leurs enfants, la difficulté que Rose a à aimer de manière égale ses deux enfants, sa belle-mère Odette qui l'aime comme sa fille, les amis qui lui sont chers et qui l'ont soutenue à la mort d'Armand : Alexandrine, la fleuriste, M. Zamaretti le libraire, la comtesse de Vresse ; et de découvrir une page méconnue de l'histoire sur l'évolution de Paris. 

Si j'avais des doutes sur ma capacité à apprécier un roman historique (ce n'est pas ma tasse de thé), j'ai vite oublié mes craintes pour me laisser emporter par ce roman à l'écart de la frénésie moderne, au charme légèrement suranné, où la lenteur de la plume conduit le rythme. Tatiana de Rosnay sait à merveille raconter une histoire et vous faire vivre avec ses personnages. On croirait sentir le parfum des roses et des fleurs de la boutique d'Alexandrine, revivre l'amitié de ces deux femmes si différentes, balayer la poussière des travaux incessants et démesurés, qui ont fait de Paris ce qu'elle est aujourd'hui. 



p. 52 « Comment pourrais-je jamais quitter cette maison, mon amour ? Cette haute maison carrée, c'est ma vie. Chaque pièce a une histoire à raconter. Retranscrire l'histoire de ce lieu sur le papier est devenu un besoin terrible, irrépressible. Je veux écrire afin que nous ne soyons pas oubliés. Oui, nous les Bazelet de la rue Childebert. Nous avons vécu ici, et en dépit des embûches que le sort nous a réservées, nous y avons été heureux. Et personne, écoutez-moi bien, personne ne pourra jamais nous l'ôter. »  

p. 88 : « Le préfet et l'empereur rêvaient d'une cité moderne. Une très grande cité. Et nous le peuple de Paris, n'étions que des pions dans cette gigantesque partie d'échecs. »

 

 J'ai aimé :

- le roman épistolaire au long cours

- la parenthèse hors du temps, j'ai vécu dans une bulle quelques heures avec les personnages

- la fin, assumée et sans équivoque (j'ai horreur des fins ouvertes où le lecteur doit imaginer ce qu'il veut et de préférence le meilleur), je me demandais sincèrement jusqu'où irait l'auteur, si il y aurait un revirement ou pas. La tension allait croissant, vraiment ! Non seulement j'ai eu la réponse que j'imaginais, mais avec une surprise en plus.

 

J'ai un doute :

- sur le secret confessé, enfin pas tant sur le secret lui-même que sur les conséquences qu'il a eu sur la vie de Rose, j'ai un peu de mal à y adhérer, même si elle s'en justifie au détour d'une phrase. (C'est énigmatique mais je ne veux pas trop en dévoiler)

 Nul doute que Rose séduira son lectorat !

 

A lire : l'article de Véronique B. sur le blog de Cultura   

A voir : la vidéo de Tatiana qui présente son roman :

 

 

 

Ed. Héloïse d’Ormesson, mars 2011, 247 pages, prix : 19 €

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Crédit photo couverture : © Cédric Porchez et éd. Héloïse d'Ormesson.

 

 

 

  

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Le catalogue des adieux - Marina Mander (texte), Beppe Giacobbe (illustrations)

14 Février 2011, 15:42pm

Publié par Laure

 

Traduit de l'italien par Marc Voline

 

catalogue des adieuxVéro m'en avait parlé lors de notre rencontre au salon du livre jeunesse de Montreuil, et j'ai dû mal comprendre, car je croyais qu'il s'agissait d'un album jeunesse. Suite à son billet très enthousiaste, je me suis mise en quête du Graal, et je confirme toute la beauté de ce livre !

Je me donc suis fourvoyée en pensant que c'était un album pour les enfants au vu de la couverture seule et du nom de l'éditeur. Non, ce n'est pas un album jeunesse, mais comme l'indique le sous-titre « un roman pour images », un roman épistolaire au charme poétique qui vient illustrer à son tour par les mots les belles illustrations de la page qui fait face.
Une éditrice est en quête d'un auteur particulier : "recherche rédacteur de sexe masculin pour catalogue de lettres d'adieu (ruptures amoureuses, excuses en belle prose et autres aménités)", un ouvrage de référence pour ceux qui veulent quitter. Peter Faraway, riche d'expériences dans le domaine des départs, lui répond. Entre eux débute une correspondance pas loin d'être amoureuse, mais qui face à l'intransigeance de Nina, reste platonique. Le travail de Peter nourrit le catalogue de Nina...
On se surprend à le lire à voix haute, pour savourer cette prose poétique absolument parfaite. Tout est travaillé jusque dans la pagination qui joue aussi des lettres archivées par les dates référencées, les illustrations (dont je ne suis pas toujours fan) sont en belle adéquation avec le texte (ce qui m'amène à les reconsidérer), on a envie d'en recopier grand nombre de pages...

Quelques extraits :
« Le contraire de l'amour, ce n'est pas la haine, c'est l'adieu ».

p. 109 : « Mon amour,
Je comprends l'état d'âme qui est le tien,
je le comprends, excuse-moi encore de t'avoir déçue.
Mais je ne suis qu'un homme, comme tant d'autres.
Adieu »

p. 113 : « Mon amour,
Je ne suis qu'un homme comme tant d'autres,
léger et superficiel,
Si léger que je me volatilise toujours.
Adieu ».

p. 115 : « Editions Plaisance, 34, rue de Plaisance, 75014 Paris
Paris, le 2 juin 1993
Cher Peter,
Nous ne voudrions pas assommer les lecteurs
avec toutes ces excuses.
Et l'histoire de l'homme comme tant d'autres...
tant de sincérité n'est pas crédible !
N'avez-vous donc jamais aimé
une « femme comme tant d'autres » ?
Sincèrement,
Nina

p. 137 : « En amour, il n'existe pas de formule infaillible,
nous procédons toujours par essais et erreurs.
Toi l'essai, moi l'erreur.
Adieu. »

p. 125 : « Ne m'attends pas cette nuit.
J'ai pris le large une fois de plus.
Adieu »

Et la fin remet le tout en perspective... Un bien riche et bel album pour les grands que nous sommes !
Un bémol sur le prix (26 € quand même), mais il les vaut largement. A garder en idée cadeau !

 

Editions du Rouergue, mars 2008, 221 pages, prix : 26 €

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Crédit photo couverture : © Beppe Giacobbe et éd. du Rouergue

 

 

 

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Ce livre va vous sauver la vie – A.M. Homes

4 Janvier 2011, 16:49pm

Publié par Laure

 

Traduit de l’américain par Yoann Gentric

 

ce livre va vous sauver la vieRichard Novak, la cinquantaine, a tout pour lui : une splendide villa à Los Angeles, beaucoup d’argent qu’il se contente de gérer chaque jour sur Internet, une vie réglée comme du papier à musique que d’autres organisent pour lui : ménage, coach, diététicienne, …. Il n’a plus besoin de travailler et observe la vie depuis sa baie vitrée. Il n’a pas tout réussi puisqu’il est séparé de sa femme et de son fils Ben, un grand adolescent qu’il n’a pas revu depuis longtemps. Alors quand il croit mourir lors d’un malaise qui le conduit aux urgences, il se décide enfin à regarder sa vie autrement, et à sortir de son petit monde aseptisé.

Des événements tous plus étonnants les uns que les autres vont lui arriver, il va se retrouver héros malgré lui, et rendre bien des services à des gens aussi différents qu’un vendeur de donuts, une mère de famille déprimée en révolte, un acteur de cinéma…

Ce roman est réellement étonnant, original, surprenant, touchant, on n’est jamais loin de l’absurde et tout prend des airs assez loufoques. On observe le changement de cet homme le sourire au coin des lèvres et on applaudit l’imagination fertile de l’auteur qui ne ménage pas les scènes cocasses. (Le stage de retraite silencieuse est un morceau d’anthologie !)

J’ai peut-être trouvé le dernier quart du livre un peu ronronnant, car si tout suit son chemin, on se demande où il va finir par conduire. La fin est une queue de poisson déstabilisante, à moins qu’elle ne soit à la hauteur de l’ironie portée sur les extravagances de l’Amérique ici décrite.

 

Une interrogation sur le titre également, qui est le même en anglais (this book will save your life), ce n’est donc pas affaire de traduction : on ne voit pas bien le rapport sinon que ce livre peut vous amener à reconsidérer à tout moment votre façon de voir votre vie ? (ou faut-il voir un lien avec l’histoire du manuscrit final ?)

 

Actes Sud, septembre 2008, 445 pages, prix : 23 €

Existe en Babel poche, août 2010, prix : 9,50 €

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Crédit photo couverture : © 8 :30 pm, 2008 © Tom McKinley et éd. Actes Sud.

 

 

 

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