Les jardins d'Hélène

romans etrangers

Pêche – Emma Glass

15 Novembre 2018, 08:39am

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Claro

 

Ce premier roman d’Emma Glass est bref (125 pages tout juste) mais stupéfiant de maîtrise, d’originalité dans l’écriture et le rythme. Sans doute faut-il souligner ici tout particulièrement le travail du traducteur (et Claro semble ici une évidence), tant cela n’a pas dû être facile d’avoir un tel rendu, rythmé, mélodieux, poétique parfois. Très réussi en tout cas.

 

La narratrice a subi un viol (du moins semble-t-il), ne s’en ouvre pas à ses parents (plus occupés à s’aimer bruyamment et à s’occuper du bébé), mais va devoir affronter de nouveaux démons et vivre avec.

L’histoire, extrêmement imagée, peut dérouter parfois. Mais l’ensemble est si bien tenu, poussé jusqu‘au bout de la métaphore, basculant dans un fantastique étonnant, qu’on ne peut qu’admirer le talent de l’autrice.

 

 

Tout est travaillé, les titres de chapitre, les prénoms des personnages, jusqu’à l’image de couverture.

 

 

 

Dans les remerciements, l’autrice salue « l’influence et l’intelligence supérieure de Gertrude Stein, James Joyce, Dylan Thomas, Kate Bush et Justin Vernon. La beauté de vos mots m’étourdit ».

Ceux d’Emma Glass aussi.

 

 

A lire pour sortir des sentiers battus.

 

 

 

Flammarion, août 2018, 125 pages, prix : 14 €, ISBN : 978-2-0814-4313-6

 

 

 

Crédit photo couverture : © Geoff McFetridge, « Put on » (2008) et éd. Flammarion

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La somme de nos folies - Shih-Li Kow - #MRL18#Rakuten

9 Novembre 2018, 11:16am

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Malaisie) par Frédéric Grellier

 

C’est la première fois que je participe aux matchs de la rentrée littéraire de Rakuten (anciennement Priceminister) et j’ai reçu ce roman, séduite et attire par la critique de Leiloona

 

« A Lubok-Sayong, l’eau est un vrai problème. Simplement parce qu’il y en a trop ». Ainsi commence ce premier roman singulier, aux accents aussi pittoresques que rocambolesques.

 

Tantôt par la voix d’Auyong, vieil homme retraité d’une conserverie de litchis, tantôt par celle de Mary Anne, orpheline adoptée par Beevi, personnage central du roman, c’est la vie de cette petite communauté qui nous est narrée, à mi-chemin entre légendes et réalité quotidienne.

 

Ça commence fort, avec la libération d’un poisson dépressif, l’adoption de Mary Anne dont les nouveaux parents meurent sur la route le jour même de son départ avec eux, ça continue toujours joyeusement – malgré les apparences – avec le décès d’un américain tué par un poisson mystérieux sur le lac alors que le couple était en résidence à la chambre d’hôtes de Beevi…

 

La somme de nos folies est un roman foisonnant, coloré, multiculturel, mêlant les origines malaises, indiennes et chinoises, aux personnages romanesques uniques, drôles, truculents. Beevi est une conteuse hors pair pour séduire et embrouiller les clients de son gite, on ne sait jamais si elle dit vrai. Les personnages secondaires ont une densité forte également, et sont tout autant attachants.

 

Des passages plus graves aussi disent beaucoup d’un mode de vie, de choix entre modernité et traditions.

 

 

 

J’ai beaucoup aimé ce premier roman, qui vient d’ailleurs de recevoir le prix de Premier roman étranger 2018.

 

 

 

Extrait p. 114 : « De temps en temps, je préfère m’interrompre pour vous décrire les gens avant que vous n’ayez une fausse image en tête. Peut-être imaginez-vous Mami Beevi comme une petite bonne femme enjouée, qui trottine avec son mouchoir coincé sous une bretelle de soutien-gorge, mais en fait elle a très mauvais caractère et pas sa langue dans sa poche, elle est sèche come une trique, et tous les matins elle se met du khôl aux yeux, genre peinture de guerre. Mami peut être follement amusante quand elle est de bonne humeur, malheureusement ça n’arrive pas souvent. »

 

p. 157 : « Mami était une conteuse hors pair. Elle avait le sens de l’épopée et n’oubliait aucun détail mais elle ne se mettait jamais en scène, comme moi en ces lignes.

 

 

 

Un grand merci à l’équipe de Rakuten France et à ma marraine Leiloona / Bricabook pour cette découverte d’une littérature malaise peu connue et pourtant délicieuse !

 

 

 

 

Ed. Zulma, août 2018, 366 pages, prix : 21,50 €, ISBN : 978-2-84304-830-2

 

 

 

Crédit photo couverture : © David Pearson et éd. Zulma

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Asymétrie – Lisa Halliday

25 Octobre 2018, 08:50am

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Hélène Cohen

 

Alice a vingt-cinq ans, elle est assistante d’édition, vit à New-York, et tente de lire sur un banc quand elle est abordée par un homme bien plus âgée qu’elle. Ainsi débute sa relation amoureuse avec Ezra Blazer, de près de cinquante ans son ainé, célèbre écrivain que la critique a identifié ici comme étant Philip Roth, l’auteure ayant eu une relation avec lui pendant quelques années. Cette première partie, intitulée Folie, est fraiche, tendre, drôle, on sourit aux propos d’Ezra Blazer, à ses difficultés liées à l’âge, on apprécie son humour, sa gentillesse et son érudition. L’asymétrie du titre serait-elle celle de ce couple ?

 

Arrive une deuxième partie – autre asymétrie du monde ? – intitulée Furie, qui n’a strictement rien à voir avec la première. Amar Jaafari est docteur en économie, de double nationalité irako-américaine, et il se rend en Irak pour retrouver son frère qu’il n’a pas vu depuis des années. Il est arrêté à l’aéroport d’Heathrow, à Londres, où il devait faire une escale de quelques jours chez un ami. Malgré l’attention aimable avec laquelle il est traité, on devine aisément qu’il est soupçonné de terrorisme et que son séjour sur le sol britannique est compromis. Le récit alterne les faits vécus à l’aéroport et le récit de sa vie jusque-là.

 

Une troisième et brève dernière partie vient clore le roman, sous la forme d’une interview retranscrite d’Ezra Blazer, sur sa défense de sa vie privée et, clin d’œil à Roth, son amertume d’avoir toujours été recalé au Nobel de Littérature.

La critique a souvent loué la construction brillante de ce roman, et si la 4ème de couverture annonce que l’interview d’Ezra Blazer « fournit la clé de ce puzzle littéraire bouleversant », j’avoue peiner à comprendre en quoi cette partie réunit et explique les deux précédentes.

 

Je suis restée perplexe, tout en reconnaissant le plaisir que j’ai eu à lire chaque partie séparément.

 

 

Sans doute faut-il mieux connaître les romans et les idées de Philip Roth, ainsi que la littérature américaine (Blazer cite et offre à Alice de nombreuses références), sans quoi il peut être difficile de vraiment comprendre ce roman.

J’ai imaginé dans la deuxième partie une critique de la politique américaine envers l’Irak, et le décalage avec la vie amoureuse d’Alice, asymétrie entre son bonheur simple et la réalité du monde ?

 

 

Piquant, intéressant, plaisant, mais un peu déroutant.

 

 

 

Gallimard, coll. Du monde entier, août 2018, 341 pages, prix : 21,50 €, ISBN : 978-2-07-272879-2

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Gallimard

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La facture – Jonas Karlsson

31 Août 2018, 08:12am

Publié par Laure

Traduit du suédois par Rémi Cassaigne

 

 

Imaginez-vous recevoir une facture de 5 700 000 couronnes (soit environ 600 000 euros) à payer, une nouvelle taxe calculée sur l’indice du bonheur vécu. Le bonheur est donc devenu imposable. Mais alors pourquoi cette somme exorbitante quand on est simple employé de vidéo-club à mi-temps, célibataire sans enfants et qu’on ne possède rien ?

 

Notre héros va bien sûr se renseigner auprès de l’émetteur de cette facture et chercher à en faire baisser le montant en justifiant de la banalité de sa vie. Las ! Elle ne fera qu’augmenter !

 

Kafkaïen, absurde, c’est un court roman vraiment drôle mais qui pointe la valeur de la vie, et ce qu’est le bonheur, qui et comment l’estime-t-on ?

 

On sourit, on plaint ce pauvre homme, on dénigre l’absurdité de l’administration, on espère que la relation qu’il noue avec Maud va évoluer…. Une lecture amusante qui fait réfléchir aux petits bonheurs quotidiens et à leur prix !

 

 

 

 

 

Existe en poche chez Babel Actes Sud depuis février 2018, au prix de 6,90 € :

 

 

 

 

Actes Sud, juin 2015, 188 pages, prix : 17 €, ISBN : 978-2-330-05099-3

 

 

 

Crédit photo couverture : © Eijo Ojala et éd. Actes Sud

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Seul le grenadier – Sinan Antoon

27 Août 2018, 13:49pm

Publié par Laure

Traduit de l’arabe (Irak) par Leyla Mansour

 

 

A Bagdad, Jawad apprend le métier séculaire de son père, qui consiste à laver les morts dans la tradition chiite, avant leur ensevelissement. Mais en parallèle il se prend de passion pour l’art, la sculpture notamment, et rêve d’en faire son métier.

 

Roman d’apprentissage qui éclaire à la fois sur un parcours familial traditionnel et la réalité historique et politique d’un pays traversé par les guerres, Jawad ne sortira pas indemne de ce chemin, et sacrifiera bien des idéaux. Mais pouvait-il en être autrement ?

 

Une belle narration, un personnage attachant, j’ai beaucoup aimé cette incursion dans la littérature irakienne que je ne connais pas du tout (et dont on entend peu parler) !

 

 

Extrait p. 117 : « La salle était noire comme une tombe, seule une faible lueur filtrait à travers la fenêtre. Je suis sorti dans le jardin et me suis accroupi devant le grenadier que mon père aimait beaucoup. Il avait bu les eaux de la mort des décennies durant et le voilà près de boire l’eau s’écoulant de son corps. Nous étions complètement étrangers l’un à l’autre. C’est seulement maintenant que je m’en aperçois. Les fleurs écarlates du grenadier commençaient à s’épanouir. Petit, j’en mangeais les fruits goulûment, quand mon père les cueillait et les rapportait à la maison. Mais je n’y avais plus touché dès que j’avais compris comment cet arbre se nourrissait. J’ai entendu le déversement de l’eau à l’intérieur. Quelques secondes plus tard, je l’ai vue apparaître dans la rigole qui la conduisait depuis la salle jusqu’au pied de l’arbre. »

 

 

 

Actes Sud, février 2017, 315 pages, prix : 22 €, ISBN : 978-2-330-05795-4

 

 

 

Crédit photo couverture : © l’arbre, Béatrice Boissegur / coll. privée © Béatrice Boissegur / Bridgeman Images / éd. Actes Sud

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Un mariage anglais – Claire Fuller

6 Août 2018, 11:40am

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Mathilde Bach

 

 

 

« Depuis la fenêtre du premier étage de la librairie, Gil Coleman aperçut sa défunte femme sur le trottoir d’en face »

Voilà un incipit bien intrigant !

 

Gil Coleman essaie de rattraper sa femme Ingrid, disparue depuis onze ans et dix mois, probablement morte noyée, mais ce faisant il fait une mauvaise chute et se retrouve à l’hôpital. Sa fille ainée, Nan, est appelée à son chevet. Elle joint à son tour sa petite sœur de cinq ans et demi sa cadette.

 

Le roman va alterner les lettres écrites à son mari par Ingrid en 1992, dispersées dans des romans (les titres ne sont pas choisis au hasard, la liste est reprise à la fin de l’ouvrage), racontant son mariage de son point de vue, et le temps présent où les filles prennent soin de leur père et se demandent s’il perd la tête ou si leur mère serait réellement vivante ?

 

Tout est parfait dans ce roman : le ton, la composition, l’histoire, le suspens, la psychologie… Un vrai régal de lecture. De 1979 à 1992, la vie du couple racontée par Ingrid dans une correspondance à sens unique, bien au-delà de ce que les apparences pourraient laisser croire, une vérité peu agréable à entendre, qui dit beaucoup de ce que l’on tait, de la condition de la femme, de la maternité, des faux-semblants, des choix…. Et puis ce temps présent, en 2004, avec une incertitude jusqu’à la dernière ligne quant à la mort d’Ingrid….

 

Une histoire familiale intime réellement bien menée, prenante, habile, et intelligente.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi je l’ai choisi : Parce que j’avais lu beaucoup de critiques positives et qu’on le voyait un peu partout sur la blogosphère. Parce qu’il était dans la liste des titres proposés au Challenge lecture de Netgalley. Parce que Charlotte a confirmé sa qualité au dernier club lecture « Lire au Mans »

 

Où et comment je l’ai lu : en service de presse numérique de la part de Netgalley, sur ma vieille liseuse Sony, avec quelques coupures, des BD intercalées, des jours sans lecture (les soirées en famille sur la terrasse !), et l’envie, juste après, de lire son premier et précédent roman !

 

 

 

Stock, coll. La Cosmopolite, mai 2018, 448 pages, prix: 22 €, ISBN : 978-2-234-08329-5

 

 

 

Crédit photo couverture : © Robert Reader / Millenium Images, Royaume-Uni / et éd. Stock

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Cinq ami(e)s au soleil – Emma Sternberg

30 Juin 2018, 11:06am

Publié par Laure

En rentrant chez elle, Linn, la trentaine, retrouve son amoureux en fâcheuse posture avec une de ses amies. Son petit monde s’écroule, d’autant qu’elle travaille dans l’entreprise de ses beaux-parents, et ne se voit pas continuer comme si de rien n’était. Elle décide de partir sur le champ, mais c’est à ce moment-là que sonne un exécuteur testamentaire qui lui annonce qu’elle vient d’hériter d’une maison d’une valeur de 11 millions de dollars dans les Hamptons, sur l’île de Long Island, dans l’état de New-York, d’une vieille tante qu’elle n’a même pas connue.

 

Elle quitte l’Allemagne avec un maigre bagage, va aller de surprise en surprise en découvrant la beauté du lieu mais aussi que cette gigantesque bâtisse est toujours habitée par cinq retraités qu’elle ne veut pas mettre à la porte.

 

On pourrait penser, après ce postulat peu crédible, (et je l’ai pensé très fort) que tout est cousu de fil blanc, qu’elle va trouver un moyen de sauver la maison, que tout ce petit monde va vivre ensemble, et qu’elle va bien sûr tomber amoureuse du fils d’une pensionnaire qui vient faire quelques menus travaux.

 

Eh bien oui et non, car le déroulement de l’intrigue fut plutôt une bonne surprise, et se veut un brin plus complexe qu’attendu. On y côtoie le monde de l’art, des personnalités sans scrupules, des hésitations sincères de la part de l’héroïne, un cheminement plus retors qu’imaginé ; je me suis plutôt laissé prendre au jeu.

 

Un roman feel-good certes, mais qui emprunte des voies moins convenues que prévues : un bon premier roman allemand à conseiller pour une lecture détente.

 

 

 

 

L’archipel, juin 2018, 393 pages, prix : 22 €, ISBN : 978-2-8098-2441-4

 

 

 

Crédit photo couverture : © ph. iStock et éd. de l’Archipel

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Réveiller les lions – Ayelet Gundar-Goshen

23 Mai 2018, 10:15am

Publié par Laure

Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz

 

 

A Beer-Sheva, en Israël, Ethan Green est neurochirurgien. Une nuit en sortant du travail, alors qu’il éprouve le besoin de rouler un peu avant de rentrer chez lui, il renverse accidentellement un migrant, érythréen. Il tente de lui porter secours mais quand il réalise que l’homme est mort, il prend la fuite.

 

Très vite, Sirkitt, la femme du défunt lui rend visite : il avait bêtement perdu son portefeuille sur les lieux de l’accident. Commence alors un chantage où elle lui demandera de soigner toutes les nuits des réfugiés sans papiers. Liath, la femme d’Ethan, est flic, et enquête sur ce délit de fuite.

 

Comment Ethan va-t-il pouvoir mentir sur tous les fronts, au travail comme auprès de sa famille qu’il ne veut pas perdre, d’autant qu’il a deux enfants qu’il adore, Yali et Itamar ?

 

Coupable, Ethan est à la merci de Sirkitt et ne peut se dérober. S’ouvre alors un éclairage intéressant sur un monde clandestin, où bandes rivales s’affrontent. Proche du polar et du roman social, le roman s’enlise un peu dans sa partie centrale, notamment quand il esquisse le désir et l’attirance entre les deux personnages principaux.

 

 

L’ensemble tient en haleine jusqu’au bout et se lit agréablement sans déplaisir.

 

 

 

Presses de la cité, septembre 2017, 412 pages, prix : 22,50 €, ISBN : 978-2-258-13384-6

 

 

 

Crédit photo couverture : © Cavan Images / Plainpicture / et éd. Presses de le Cité

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Dans les angles morts – Elizabeth Brundage

18 Mars 2018, 19:07pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cécile Arnaud

 

 

23 février 1979 à Chosen, état de New-York : en rentrant de l’université où il travaille, George Clare retrouve sa femme Catherine assassinée, une hache plantée dans le crâne. Leur petite fille de trois ans, Franny, est restée seule avec le corps.

 

Un an auparavant, dans cette même ferme, un couple s’était donné la mort, laissant trois jeunes enfants orphelins. La maison porterait-elle en elle une malédiction ?

(p.78 : "La maison était maudite. C'est ce que les gens disaient. Personne n'en voulait")

 

Bien qu’il soit immédiatement suspecté par la police, George se réfugie chez ses parents sans être inquiété outre mesure. L’aspect policier n’est pas l’élément principal du roman même si le lecteur aura bien toutes les clés au fil de sa lecture.

 

Le récit prend le temps de s’installer, se déroule lentement, pour mieux embarquer son lecteur par d’habiles retours en arrière et un panorama de personnages secondaires riches à la psychologie fouillée. L’auteur prend soin de visiter, avec l’air de ne pas y toucher, tous les angles morts qui occultent la vérité, et déconstruit peu à peu l’image du couple et plus particulièrement du mari. La construction, les analyses très fines, le mensonge permanent sont des éléments aussi brillants que glaçants.

 

Plus on approche de la fin du roman et plus on ralentit sa lecture pour ne pas le quitter trop vite : et si c’était aussi à cela qu’on mesurait un grand roman ?

 

 

Le voici enfin mon coup de cœur de la sélection roman du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2018, celui qui a ce je-ne-sais-quoi de plus abouti que les autres dans l’écriture, une ambition réussie autant dans l’histoire que dans la forme narrative, qui se traduit par un vrai plaisir de lecture, qui vous prend dans son cocon et que vous ne voulez pas quitter. Enfin un roman qui sort du lot !

 

 

 

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2018

 

 

 

C’est le premier traduit en français d’Elizabeth Brundage, souhaitons que les précédents le soient et qu’elle en ait un cours !

 

 

 

Quai Voltaire, janvier 2018, 516 pages, prix : 23,50 €, ISBN : 9782-7103-8381-9

 

 

 

Crédit photo couverture :  © Mike Dober / Arcangel Images / et éd. Quai Voltaire / La table ronde

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La salle de bal – Anna Hope

21 Janvier 2018, 22:10pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Elodie Leplat

 

Début 1911, dans le Yorkshire, Ella Fay est internée à l’asile de Sharston pour avoir cassé une vitre dans la filature où elle travaille depuis l’âge de douze ans. Mais elle se défend, ce n’est pas pour autant qu’elle est folle !

 

Elle sympathisera avec Clem, une femme qui s’émancipait un peu trop par la lecture au goût des hommes de son entourage. Leur amitié réciproque leur sera précieuse.

 

John Mulligan, quant à lui, est irlandais, il est interné pour « mélancolie », une dépression après avoir perdu sa femme et sa fille. Il creuse des tombes et travaille aux champs avec son ami Dan Riley, qui l’appelle « Mio Capitane ».

 

L’asile vit en autarcie, les femmes travaillent à la blanchisserie, et les hommes aux travaux extérieurs. Ils vivent dans des pavillons séparés et ne se rencontrent jamais, à l’exception du vendredi, dans la salle de bal, où le médecin Charles Füller, plus musicien que docteur, est persuadé que la musique adoucit les mœurs et peut guérir ou aider les malades à aller mieux. C’est là que John et Ella tomberont amoureux, mais ce n’est guère permis…

 

Un beau roman classique, qui évoque les prémices de l’eugénisme en Angleterre, Churchill avait d’ailleurs pris position pour la stérilisation des « déficients ».

 

Le personnage de Charles est intéressant, toujours sur le fil, trouble, ambivalent, aux actes souvent en contradiction avec ses désirs, basculant finalement vers des choix qu’il rejetait au départ, pour la lumière de la reconnaissance ?

 

Le sort réservé aux patients internés pour des motifs totalement abusifs aujourd’hui fait froid dans le dos, et les « soins » prodigués, les scènes de gavage notamment sont difficilement soutenables.

 

 

J’ai trouvé quelques longueurs et un peu d’ennui au milieu du roman, contrairement à un très bon début et une très bonne fin (qui ose n’être pas aussi facile qu’on aurait pu l’imaginer), mais globalement je l’ai beaucoup aimé, pour l’audace et la détermination de ses personnages, et pour son sujet : l’internement et ses dérives.

 

 

 

 

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2018

 

 

 

 

 

 

Gallimard, coll. Du monde entier, septembre 2017, 388 pages, prix : 22 €, ISBN : 978-2-07-268872-0

 

 

 

Crédit photo couverture : © Elisabeth Ansley / Trevillion Images / et éd. Gallimard

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