Les jardins d'Hélène

romans etrangers

Le bruit de tes pas - Valentina d'Urbano

27 Septembre 2013, 07:25am

Publié par Laure

Traduit de l’italien par Nathalie Bauer

 

Le roman s’ouvre sur un enterrement, le 24 juin 1987. Beatrice raconte…

C’est une histoire d’amitié forte qui se mue en amour, celle de deux enfants qui se sont rencontrés quinze ans auparavant. Bea et Alfredo habitaient le même immeuble, une espèce de squat dans la banlieue romaine. Un quartier où les logements sont occupés illégalement, où la police et les médecins n’osent plus aller. Alfredo est battu par son père, ivre la plupart du temps. À l’étage juste en dessous, Beatrice est plutôt heureuse avec son grand frère et ses parents (qui l’ont eu très jeune, sa mère avait 16 ans). Très vite Bea et Alfredo vont devenir inséparables, au point que tous les appellent « les jumeaux » Mais à l’adolescence, Bea aimerait bien qu’Alfredo la regarde autrement, et celui-ci a sombré dans la drogue dure. Bea tente tout pour l’en sortir.

 

Il y a de très beaux passages, des moments forts (l’avortement clandestin d’une copine de Bea), un espoir, une lutte perdue d’avance, une atmosphère, celle d’un quartier, dans les années de plomb en Italie. Des personnages qui ont une épaisseur, des drames qui s’enchevêtrent. C’est un premier roman de qualité, Valentino d’Urbano a un ton, une plume agréable à suivre, mais je n’ai pas trouvé l’histoire exceptionnelle non plus. Agréable, mais pas inoubliable … (c’est déjà pas si mal !)

 

 

Ed. Philippe Rey, septembre 2013, 237 pages, prix : 19 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © ritA Scaglia / Picturetank et éd. Ph. Rey

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Esprit d'hiver - Laura Kasischke

27 Août 2013, 13:04pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Aurélie Tronchet.

 

Je n’avais encore jamais lu Laura Kasischke, et ce n’est pas faute d’en entendre beaucoup de bien ! L’erreur est réparée, et je confirme tout le bien qu’on en dit ! (Je me réjouis d’avoir donc encore tous ses précédents romans à découvrir).

 

Le jour de Noël, quelque part dans le Michigan, Holly se réveille plus tard que d’habitude. C’est un peu la panique à bord, elle a un repas à préparer et beaucoup d’invités qui vont arriver. Sa fille Tatiana dort encore, et son mari se lève en vitesse pour aller chercher ses parents à l’aéroport. Dès lors, plus rien ne se passera comme prévu.

Holly est obsédée par une phrase qui lui revient sans cesse à l’esprit : « Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux », elle voudrait l’écrire, et prendre le temps de noter ce que cela lui évoque. Mais il faut faire vite, rattraper le temps perdu, composer avec l’humeur maussade de son adolescente enfin réveillée, et préparer ce fichu repas.

Tout se joue dans le huis-clos de l’appartement, sur cette journée de Noël, avec des retours sur le passé de Holly, de son couple et surtout l’adoption de leur fille dans un orphelinat russe quand elle avait deux ans. Les éléments extérieurs se déchaînent, le blizzard (qui vu de l’intérieur ressemble à une journée de neige ordinaire) empêche toute circulation, les invités annulent les uns après les autres, le mari se retrouve coincé à l’hôpital avec ses parents (sa mère a eu un problème de santé, sombrant soudainement dans la confusion) : tout est étrange aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur et le récit se recentre sur les échanges entre Holly et Tatiana. Pourquoi son ado a-t-elle choisi ce jour-là pour avoir ce comportement déroutant, pourquoi change-t-elle sans cesse de vêtements…

Ce roman est fascinant par l’ambiance et la tension qu’il crée, et explose dans une fin aussi inattendue que grandiose. Une fin qui remet en perspective tout ce qui a été dit jusque là, et qui donne sens aussi aux détails que le lecteur pouvait trouver étrange sans vraiment les comprendre.

Pour une première lecture de cet auteur, je suis totalement séduite !

 

(Attention à ne pas faire la même erreur que moi : à peu près à mi-lecture, je ne sais pas pourquoi j’ai machinalement feuilleté le livre pour voir ce qu’il me restait de pages, et j’ai vu que les dernières pages étaient écrites dans une typographie différente. Ce qui m’a bien sûr attiré l’œil et j’ai lu ces dernières pages. Cette fin terrassante qui donne une nouvelle lecture du récit. Mais qui gâche tout aussi si on la lit avant d’y être ! C’est d’autant plus idiot que normalement ça ne m’arrive jamais – je connais des lecteurs qui vont systématiquement lire les fins – je ne suis pas de ceux-là)

 

 

Ed. Christian Bourgois, août 2013, 283 pages, prix : 20 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Ch. Bourgois.

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Une chanson pour Ada – Barbara Mutch

7 Août 2013, 16:46pm

Publié par Laure

Traduit de l'anglais par Françoise du Sorbier

 

une chanson pour adaAda naît en 1930 à Cradock house, fille d'une bonne noire dans une famille de Blancs, les Harrington.

p. 14 : « Cradock se situe dans le Karoo, la grande région semi-désertique où l'on arrive dès que l'on s'éloigne assez du collier de montagnes vertes aux versants abrupts qui bordent la côte, et que l'on s'enfonce vers l'intérieur. Le Karoo est une région pénible à traverser avant d'atteindre Johannesburg (…) »

L'apartheid en Afrique du Sud est donc la toile de ce roman qui s'attache à décrire la vie exceptionnelle d'Ada, de sa naissance à la vieillesse, et le lien particulier qui l'unit à Cathleen, la propriétaire de Cradock House. Enceinte de son maître, elle accouche d'une enfant métisse et par honte s'enfuit. La place de ces enfants métisses est aussi au cœur du livre, ainsi que la musique qui unit Ada et Cathleen.

Attachant, le roman se fait par moments un peu trop gentillet (bien sûr que l'histoire sera belle avec juste quelques ressorts bien placés, bien sûr que les différents liens d'attachement sont forts et définitifs, que les méchants sont toujours méchants et les gentils très gentils), c'est bien construit, maîtrisé, et cela rappelle par bien des aspects le succès de La couleur des sentiments, de Kathryn Stockett : populaire, roman détente idéal pour l'été, belle histoire, fond historique réaliste …

A lire si vous cherchez un roman d'évasion avec une « belle histoire », la saga d'une maison et de deux familles opposées par leur couleur de peau et leur rang social.

p. 220 : « J'avais eu la sottise de mettre au monde une enfant métisse dans un univers où les seules possibilités étaient le noir et le blanc. Dans le monde blanc, elle pourrait même être utilisée contre le maître pour le conduire en prison. Madame en était-elle consciente ? »

 

Lu dans le cadre du Club Testeurs d'Amazon

 

Presses de la Cité, mai 2013, 410 pages, prix : 21,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Ed. Presses de la Cité

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Ce qui restera de nous – Mark Gartside

14 Juillet 2013, 19:27pm

Publié par Laure

Traduit de l'anglais par Isabelle D. Philippe

 

« Ce qui restera de nous, c'est l'amour », extrait d'un poème de Philip Larkin cité par le narrateur.

ce qui restera de nousGraham Melton rencontre Charlotte Marshall, il est d'une famille de travaillistes, elle est issue d'une famille bourgeoise et conservatrice. Comment imposer à leurs parents leur volonté de se voir parce qu'ils s'aiment tout simplement ? C'était en 1985 en Angleterre, Thatcher était au pouvoir. Mais ils se sont aimés coûte que coûte et ils ont eu un fils, Michael. En 2009, Graham élève seul son fils, devenu adolescent qui fréquente à son tour une fille qui n'est pas du même milieu social que lui.

C'est Graham qui raconte leur histoire, histoire d'amour dramatique, histoire de papa solo, histoire de résilience, par un aller-retour maîtrisé entre passé et présent.

C'est ce que je pourrais appeler un bon roman d'été : rien de nouveau sous le soleil car l'histoire est assez attendue, mais la lecture en est rapide et plaisante. Un bon gros roman d'amour et de famille pas trop niais, qui sait placer ses ressorts, un peu de sensibilité et un fond d'actualité (il s'inscrit dans son époque, on se souvient de quelques événements). L’Angleterre n'a à mon sens que peu d'incidence sur l'histoire, les désaccords politiques et de classe, la crise économique auraient pu se trouver ailleurs dans le monde. Quant au vécu des personnages, il est universel, entre amours et malheurs, c'est la vie !

Quelques maladresses de traduction ici ou là, parfois un peu trop littérales : « C'était un tic que je lui avais déjà vu, mais j'ignorais jusqu'à ce jour qu'elle le faisait après le sexe ; (...) ». En français on dirait plutôt après l'amour, non ?. Ce premier roman, souvent comparé à ceux de David Nicholls, vaut surtout pour la qualité de sa construction et il saura toucher un large public (plutôt féminin?) en quête de romans d'amour et de société dans l'air du temps.

 

Lu dans le cadre du Club testeurs d'Amazon.

 

Belfond, mai 2013, 429 pages, prix : 20,50 €

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Crédit photo couverture : © Fabrice Lerouge – Onoky – Getty Images, illustration ADT et éd. Belfond.

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Le manuscrit retrouvé - Paulo Coelho

26 Mai 2013, 17:54pm

Publié par Laure

 

traduit du portugais (Brésil) par Françoise Marchand Sauvagnargues

 

manuscrit-retrouve.jpgL'argumentaire éditeur était alléchant (en même temps, c'est le but des 4èmes de couv' hein) :

14 juillet 1099. Alors que les croisés sont aux portes de la ville, les habitants de Jérusalem se pressent autour d’un homme mystérieux connu sous le nom du Copte pour entendre ses derniers enseignements. La foule, composée de chrétiens, de juifs et de musulmans qui vivaient jusqu’alors en parfaite harmonie, s’apprête à livrer combat et la défaite semble imminente. Mais, loin de toute stratégie guerrière, c’est une véritable leçon de vie qui leur est dispensée. Le Manuscrit retrouvé est une invitation à repenser notre humanité qui pose une question d’une brûlante actualité : quelles valeurs subsistent lorsque tout a été détruit ?

Je ne sais pas pourquoi, manuscrit, aspect historique, j'ai pensé à Umberto Eco. Naïve que j'étais de croire que ce roman (?) de Coelho (dont je voulais aussi comprendre le succès auprès des lecteurs) était un bon roman historique avec une bonne intrigue. Rien de tout cela, le manuscrit n'est que prétexte à une suite de préceptes mystiques qui me laissent absolument indifférente.

Faut-il en supporter des pages pour lire des dogmes d'une telle banalité :

« Personne ne peut revenir en arrière, mais tout le monde peut aller de l'avant. », et j'en passe, tout est de cet acabit. Pour le coup, on ne peut plus mensongère que cette 4ème de couv. Cette fois c’est décidé, je n'ouvrirai plus de Paulo Coelho.

 

Flammarion, mai 2013, 177 pages, prix : 17 €

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Crédit photo couverture : © Labrand. Psicologia de Marcas SL. / éd. Flammarion

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Et la vie dans tout ça, Verna ? - Judith Freeman

13 Mai 2013, 12:20pm

Publié par Laure

 

Traduit de l'américain par Hugues Leroy

(Titre original : the chinchilla farm)

 

et-la-vie-verna.jpgà 34 ans, Verna voit sa vie s’effondrer lorsque son mari Leon la quitte pour une autre. Mais elle reprend du poil de la bête en entassant ses affaires dans le vieux van qu'elle va tirer jusqu'à Los Angeles : grand changement quand on vit dans une communauté mormone de l'Utah !

Un long road movie semé d'histoires colorées, de l'auto-stoppeur Duluth aux membres de la famille éparpillés qui ont tous une histoire particulière, en particulier sa belle-sœur Inez, qui n'a pas vraiment de chance dans la vie. Des retrouvailles avec cette belle-sœur qui mèneront Verna et son nouvel équipage jusqu'au Mexique.

Des personnages attachants, intéressants, des traditions et des décors « dépaysants », de multiples petites histoires au sein du roman pour dire la reconstruction d'une femme quand elle se retrouve face à elle-même.

Une traversée mémorable des grands espaces américains pour une nouvelle entrée dans la vie d'une femme somme toute « comme une autre ».

 

Albin Michel, collection Terres d'Amérique, octobre 1999 (oui parfois je lis des vieux trucs !), 346 pages, prix : 20,15 € (Existe en poche)

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Crédit photo couverture : © Cathy Saksa et éd. Albin Michel

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Une fille, qui danse - Julian Barnes

28 Février 2013, 16:08pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Jean-Pierre Aoustin

 

une-fille-qui-danse.jpgJe n’avais jamais lu Julian Barnes, j’ai abordé celui-ci sur la foi d’un bon bouche-à-oreille, sans rien savoir de l’histoire, ni lire la 4ème de couverture (ce que je ne fais d'ordinaire jamais et qui de toute façon, en numérique, est bien cachée au fond du fichier ^^), et bien m’en a pris, j’ai trouvé là avec certitude mon premier très bon roman de l’année 2013.

J’y ai tout aimé, l’écriture, l’histoire, les personnages intrigants pour certains, ambitieux, la construction, les pièces du puzzle qui s’emboîtent les unes après les autres, et une fois la dernière page tournée, les premières phrases anodines de la première page qui font pleinement sens. Aucun détail gratuit, Julian Barnes est un virtuose.

Sur le contenu de l’histoire, eh bien je crois qu’on l’apprécie vraiment en le découvrant vierge de tout résumé, faites simplement confiance au bouche-à-oreille qui poursuit son chemin.

 

Facile, me direz-vous. "Elle s'est pas foulée". Peut-être. Mais le plaisir n’en est que meilleur. Lisez-le !

 

Mercure de France, février 2013 (1er DL nov. 2012), 192 pages, prix : 19 €

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Crédit photo couverture : © éd. Mercure de France

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Les trois lumières - Claire Keegan

23 Janvier 2013, 11:23am

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Irlande) par Jacqueline Odin

 

les-trois-lumieres.jpgDans le Wexford, au fin fond de l’Irlande, une petite fille est confiée par ses parents à un autre couple sans enfants, le temps que sa mère accouche d’un nouvel enfant qui vient accroître une famille déjà nombreuse. D’abord intimidée, la petite va découvrir peu à peu l’attention qu’on lui porte, l’amour qu’on peut donner, et une vie bien différente de la sienne.

L’économie de moyens ne fait pas l’aridité du texte : que de choses suggérées en si peu de pages ! Le récit laisse entendre bien plus qu’il ne dit, en laissant planer des zones d’ombre, y compris dans la famille d’accueil, si bien que le lecteur ne peut jamais relâcher son attention : un nouveau drame couve-t-il, quand cela va-t-il basculer ? ou l’apaisement heureux est-il un bonheur simple à savourer tant qu’il est présent ? Le lecteur chemine sur une route inconnue au même rythme que la réflexion de l’enfant. p. 20 : « Pourquoi est-il parti sans même me dire au revoir, sans jamais préciser qu’il reviendrait me chercher ? »

p. 52 « Alors que nous marchons sur la route, il y a dans l’air le goût d’une chose plus sombre, d’une chose qui pourrait arriver et s’abattre et changer la situation »

Jusque dans la fin qui offre tous les possibles, le lecteur ne saura jamais vraiment. A lui de choisir sans doute…

Si j’ai aimé tout particulièrement l’atmosphère de cette nouvelle, la force de ses personnages, la concision des propos qui révèle tant de non-dits, j’en demeure toutefois un peu « frustrée », il en manque trop encore, l’auteur n’en dit vraiment pas assez pour que l’histoire me satisfasse pleinement, mais c’était bien le but sans doute, laisser le lecteur troublé, séduit, mais entre deux eaux. Un très beau texte en tout cas.

  

(Première parution en français chez Sabine Wespieser en 2011)

 

Éd. 10-18, août 2012, 87 pages, prix : 6,10 €

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Crédit photo couverture : © Mélanie Wintersdorff- Photo Ricardo Demurez / Trevillion Images / et éd. 10-18.

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(Juste une citation)

3 Décembre 2012, 20:36pm

Publié par Laure

extraite du très bon roman de Louise Erdrich, la Chorale des maîtres bouchers, Albin Michel, janvier 2005, 467 pages, traduction d'Isabelle Reinharez. Un monument, d'une richesse et d'une qualité rares sur la longueur.

 

chorale des maitres bouchers« p. 366 : "Elle avait toujours beaucoup lu, surtout depuis qu'elle avait perdu Clarisse. Mais désormais c'était une obsession. Depuis sa découverte de la réserve de livres à l'étage du dessous, sur son lieu de travail, elle avait été mêlée à une foule invraisemblable de gens et à leurs faits et gestes. Elle lisait Edith Wharton, Hemingway, Dos Passos, George Eliot, et pour le réconfort, Jane Austen. Le plaisir de ce genre de vie - livresque, pouvait-on dire à son avis, une vie passée à lire - avait donné à son isolement un caractère riche et même subversif. Elle habitait un personnage réconfortant ou terrifiant après l'autre. Elle lisait E.M. Forster, les sœurs Brontë, John Steinbeck. Qu'elle garde son père drogué à côté de la cuisinière, qu'elle soit sans enfant, sans mari et pauvre, comptait moins dès lors qu'elle prenait un volume en main. Ses erreurs y disparaissaient. Elle vivait avec une énergie inventée." »

 

(retour de Montreuil, que de monde même en journée professionnelle, tables rondes - intéressantes - sur la lecture en mutation, le numérique, tout ça toussa)

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Cinquante nuances de Grey - E.L. James

11 Novembre 2012, 15:39pm

Publié par Laure

 

(tome 1 de la trilogie Fifty shades)

Traduit de l'anglais par Denyse Beaulieu

 

cinquante-nuances-de-Grey.jpgNous y voilà... que puis-je bien penser du dernier best-seller à la mode ? (si tant est que quelqu'un en ait quelque chose à faire de ce que j'en pense )

A moins de vivre sur la planète Mars, vous avez déjà dû lire des cinquantaines d'articles sur le sujet, je ne vais donc pas vous faire l'affront de vous le re-résumer, de la genèse fanfiction de Twilight à la mise en place marketing que l'on sait. Je l'ai lu. Jusqu'au bout. Et très franchement, je m'attendais à pire.

C'est une gentille romance avec tous les codes du genre, qui séduira les lectrices habituelles des collections Harlequin et autres romans sentimentaux.

 

On dit que c'est très mal écrit : alors on devrait avoir l'honnêteté de dire aussi que 80% de la production littéraire actuelle est très mal écrite. C'est écrit dans une langue correcte (si vous voulez du très mal écrit, allez voir ), certes avec des phrases très simples, très courtes, au vocabulaire restreint, et les phrases avec subordonnées relatives ou autres tournures complexes sont sans doute à chercher à la loupe. Comme du Marc Levy ou n'importe quel roman grand public aujourd'hui, il ne faut pas fatiguer le lecteur à réfléchir (j'en sais quelque chose, je passe mon temps à répondre à la demande : vous n'auriez pas un roman facile à lire qui ne prend pas la tête? - et dont on a entendu parler sinon je ne suis pas crédible dans mon conseil). Les éditeurs d'aujourd'hui produisent donc ce que (la plupart des) gens attendent. Certes l'auteur a des tics de langage fort agaçants parce que trop récurrents : merde alors, à plus bébé, ou devenus désuets dans notre culture comme doux jésus ! et dont on pourrait se passer mais rien de pire que la plupart de ce qui se vend.

 

L'intrigue et ses ressorts sont prévisibles. Comme dans les romans de Marc Levy. Ce n'est donc pas pire, et ce serait peut-être même meilleur, si on s'en tient au registre donné.

Ce n'est donc pas du Jérôme Ferrari, on est bien d'accord, mais ce n'est pas plus mauvais que tout ce qui se vend en masse actuellement. Je pourrai donc me permettre de ricaner doucettement quand je lirai dans les mêmes colonnes qui le flinguent sur ce point-là des billets élogieux sur du roman de masse qui s'éloigne un peu trop de Proust stylistiquement parlant. Et comme ils sont légion, ce sera enfantin.

 

On dit que c'est du porno, ou au contraire, que c'est tout ce qu'il y a de plus soft. Je suis du deuxième clan : si l'on écarte les quelques accessoires et orientations SM (et encore même là ça reste très soft), les scènes de sexe sont tout ce qu'il y a de plus banal, dans une histoire d'amour normale. Le côté domination-soumission est là pour faire monter la sauce (euh, mauvais choix d'expression) et tenir en haleine sur la personnalité torturée du mâle - pourquoi il en est venu là, et pour le savoir, il faudra lire le tome 2, voire même le 3, c'est malin hein. Ceux qui s'offusquent des galipettes décrites n'ont jamais dû ouvrir un roman de littérature érotique de leur vie (y a pas de honte à cela non plus, mais avant de crier au loup...) Pas de quoi fouetter un chat. Un écart de culture entre le mummy porn et la littérature érotique française ?

 

Bref, beaucoup de bruit pour rien. Ou pas grand-chose.

 

Ce qui me semble réellement critiquable avec ce roman, c'est la mise en place, et le buzz marketing qui en a été fait (et la preuve que ça marche, tout le monde a un avis dessus) Je n'en reviens d'ailleurs toujours pas que l'auteur soit passée chez Busnel. Mince, à la grande librairie quoi ! Mais il faut bien que Busnel fasse de l'audimat s'il veut que son émission continue à exister, alors la noblesse de la littérature, hein, elle tient à quoi ? Quelques best-sellers bien vendus qui font survivre d'autres choix plus engagés et audacieux. Laissez les midinettes rêver au Prince Charmant, elles ne font de mal à personne, et replongez-vous dans Joyce, vous je ne sais pas, mais moi Ulysse, je n'en suis toujours pas venue à bout. Au fond, on en revient toujours au même, la légitimité du populaire, le jugement de valeur élitiste, etc. etc.

En ce qui me concerne, les Pléiade de Joyce (James) et Cohen (Albert) côtoient ma table de nuit comme EL James, les premiers sont justes plus durables, dans tous les sens du terme... et autrement marquants.

 

 

JC Lattès, octobre 2012, 560 pages, prix : 17 €

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Crédit photo couverture : © éd. JC Lattès

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