Les jardins d'Hélène

20 ans

17 Février 2026, 08:06am

Publié par Laure

17 février 2006 – 17 février 2026

Ce blog a aujourd’hui 20 ans, ce qui en âge d’internet, en vaut bien une éternité.

 

Image générée par l'IA, vous ne croyez quand même pas que j'allais acheter des cupcakes et des tulipes en plastique :-D

 

Il est un peu à l’abandon depuis quelques années, les échanges entre lecteurs passionnés ont disparu, mon temps consacré aux billets est devenu peau de chagrin.

Il y a 20 ans nous étions une poignée, et nous avions fini par bien nous connaître, sans même nous rencontrer. Nous étions libres de nos écrits et nous étions enthousiastes et sincères.

Ces dix dernières années, j’ai souvent été interrogée, en tant que bibliothécaire, par des étudiant.e.s en métiers du livre qui avaient choisi pour sujet de mémoire la prescription littéraire sur les réseaux.

J’ai toujours ces mêmes réponses critiques qui les surprennent. (Ceux qui m’interrogent aujourd’hui sont plus jeunes que mes propres enfants, et n’ont rien connu des blogs littéraires, un truc de boomer à leurs yeux).

Les sites participatifs se font de l’argent sur le dos de leurs lecteurs rédacteurs, si par exemple nous souhaitons enrichir nos catalogues de bibliothèques publiques des avis de tel grand site, ledit site nous facture (cher) son service, pour diffuser sur la requête d’un titre ces critiques que vous lecteurs y mettez gratuitement.

A titre personnel, je consomme beaucoup de contenu littéraire sur Instagram et YouTube. Enfin je consommais, car aujourd’hui je m’en détache, et aux lecteurs lambdas je préfère quelques auteurs, ou quelques rares comptes audacieux.

Les influenceurs littéraires sont des outils marketing qui montrent bien plus qu’ils ne présentent. Combien de bookhauls, de mises en scène, d’annonces de futures sorties, pour combien de retours de lecture riches et intéressants parce qu’argumentés ?

Quel intérêt ai-je à regarder quelqu’un me déballer les colis du jour, me montrer des couvertures, et pire, me lire des quatrièmes de couverture ? Ne faites-vous même plus l’effort de la lire avant pour me la résumer en 2 phrases à votre manière ? ça demande trop d’effort ? Quel intérêt – et quel ennui ! – que cette lecture en direct et à voix haute d’une 4e de couv forcément commerciale, quand je peux en quelques minutes la découvrir dans n’importe quelle librairie, en ville ou sur le net ?

Ce qui semble toujours surprendre ces étudiants des métiers du livre biberonnés aux réseaux sociaux, c’est que je conclus toujours que ces « influenceurs » n’influencent en rien mes achats en tant que professionnelle. A la quantité je préfère la qualité, j’en reviens toujours aux vraies critiques littéraires dans la presse, qu’elle soit professionnelle (Livres Hebdo, Page des Libraires, Kibookin, Lecture Jeune, etc.) ou non (Le Monde, Télérama, etc.). Sans oublier la radio. (Je pourrais citer la télé mais je ne l’allume jamais).

Quant aux sorties, tous les éditeurs sont sur le web aujourd’hui, et les libraires font bien leur job, ce ne sont pas les influenceurs qui m’informent d’une parution.

J’ai découvert en ce début d’année une blogueuse vraiment intéressante, tant ses chroniques sont nourries, argumentées, intelligentes. Elle a d’ailleurs écrit d’excellents billets sur ce que sont les réseaux sociaux du livre aujourd’hui.

Je ne peux que vous rediriger vers elle : Aude bouquine, blog littéraire. Et elle assume – et mérite amplement – le complément de « blog littéraire ». Elle ne vous vend pas le montage photo d’un bouquin perdu entre des fleurs en plastique made in China et des tasses fleuries achetées pour l’occasion, mais elle vous parle de de ses lectures. Vraiment. Et si elle annonce des sorties littéraires, elle a changé son prisme. Tout comme elle se réinterroge dans son bilan annuel de lectures.

Je vous invite à lire ces trois billets :

Quant au bilan annuel de lectures, vous aurez remarqué (ou pas) que je n’en ai pas fait cette année.

Quel sens cela a-t-il encore de vous dire que j’ai lu tant de livres ? Le seul détail qui me distinguait des autres, et seul Laurent (In cold blog pour les anciens, the autist reading ensuite, qui semble avoir basculé tous ses comptes en privé) l’avait remarqué et l’attendait, c’est le prix de mes lectures.

Si j’avais acheté les 99 romans et BD que j’ai lus en 2025, j’aurais dépensé 1816,69 €.

Mais parce que je fréquente les bibliothèques et achète finalement assez peu à titre personnel autrement que pour des cadeaux, je n’ai dépensé pour mes lectures que 86,90 €.

Je ne reçois pas de services de presse, mais j’ai accès aux plateformes professionnelles d’épreuves. Elles ne me sont finalement que peu utiles, car je n’éprouve pas de plaisir particulier à lire en avant-première, et je lutte de plus en plus contre la péremption d’un roman 3 semaines après sa sortie. Oui, 3 semaines, c’est souvent sa durée de vie en librairie, s’il ne décolle pas immédiatement, il sera dans les retours, les cartons de nouveautés arrivant tous les jours. En bibliothèque, nous sommes moins soumis à cette pression, et encore, les lecteurs savent bien nous la mettre, quand ils nous réclament leur Mélissa da Costa ou leur Michel Bussi le jour de leur sortie. Ça, ce n’est pas notre boulot. Bien sûr que nous les achèterons, mais nous ne sommes pas des librairies gratuites. Lisez nos chartes des collections et nos politiques documentaires, et la loi Robert. Pas de pression, ni politique, ni idéologique, ni commerciale. Si vous êtes impatients, allez voir les libraires, ils ont besoin de vous.

Alors oui j’ai lu en 2025, à peu près comme d’habitude, peut-être un peu moins, quelle importance, et 2026 commence loin de la lecture, pour toutes sortes de raisons, le travail ayant trop envahi ma vie ces derniers mois.

J’aimerais revenir au blog, aux lectures choisies indépendamment de leur actualité, retrouver un échange simple et sincère avec les lecteurs du web.

En 2025, j’ai découvert, grâce à ma libraire, Madeline Roth, que je ne connaissais qu’en littérature ados, et que j’ai savouré en littérature générale. Je la suis depuis sur Instagram. Elle y parle de ses lectures et de cinéma comme j’aime à la lire, et ses romans me parlent plus que de raison.

Je suis restée fidèle aussi à Alice Ferney, à Blondel et Jérôme Attal, (curieusement je ne les ai pas chroniqués), et pour les autres, il ne m’en reste pas grand-chose.

Consommer moins pour consommer mieux ?

 

En 2025, j’ai aimé, j’ai souffert, j’ai pleuré

J’ai rêvé, j’ai fait des cauchemars

J’ai lu, j’ai écrit (ailleurs qu’ici), j’ai rêvé

J’ai hésité, je n’ai pas osé, j’ai regretté.

J’ai mis des roses sur des cercueils, j’ai pleuré (Estelle, 52 ans ;  Georges, 65 ans)

J’ai pris un mois de vacances, ça ne m’était jamais arrivé, je n’ai pas bougé

J’ai passé 48h à Belle-Ile en mer, un peu plus à Karlsruhe, et des poignées d’heures à Paris.

Je me suis adaptée à tout, toujours, tous les jours, avec fatigue et rage parfois.

J’ai hésité encore, je n’ai pas regretté.

J’ai tenu un nouveau-né dans mes bras,

Je suis devenue grand-mère,

J’ai pleuré, de joie et d’amour.

 

En 2006, à la création de ce blog qui prenait le relais de mes notes sur Zazieweb et Critiques Libres, Mosquito, ma petite dernière, fêtait ses 5 ans. Dimanche, dans quelques jours, Constance de son vrai prénom, fêtera ses 25 ans.

En 2026, j’aimerais retrouver la littérature, le choix de mes lectures, m’éloigner du travail et me protéger de sa toxicité, revenir au cinéma, dormir, écrire, prendre soin – d’abord – de moi.

Belles lectures, ici ou ailleurs, bande de lecteurs 😊

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Mort d'une libraire - Alice Slater

6 Février 2026, 19:17pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Nathalie Peronny

Deux libraires à l’opposé l’une de l’autre : Roach est fascinée par le true crime, ces livres relatant des affaires criminelles souvent glauques tandis que Laura aime la poésie et en écrit, écorchée par le décès de sa mère assassinée par un serial killer. Elle va devenir l’objet de fascination de Roach, qui va pénétrer peu à peu sa vie intime, à la recherche de détails sordides. L’une paraît vulgaire quand l’autre est délicate et raffinée, il va sans dire que leurs goûts littéraires sont à l’opposé également, et que les pratiques de Roach sont bien peu déontologiques à la librairie.

Un roman noir où l’intrusion dans l’intime va loin, effraction de l’âme et des lieux, où les coups bas s’enchainent sans que jamais l’autrice n’oublie d’y glisser une pointe d’ironie. Addictif !

J’ai été quand même agacée au départ par un tic de langage : le mot normies revient incessamment, c’en est pénible, même s’il contribue bien à définir les pensées du personnage de Roach, qu’on trouve assurément détestable.

La construction donne la parole alternativement à Roach et à Laura à chacun des chapitres. Cela crée une routine, simple certes, mais efficace. Quelques longueurs parfois, une fin un peu inattendue dans son dernier rebondissement, j’ai passé un bon moment !

 

Extraits :

p. 101 : "Je n’ai finalement pas lu les autres livres de ma mère, mais j’ai réussi à faire le deuil de sa bibliothèque quand j’ai compris le véritable pouvoir de la lecture. Ce ne sont pas les livres physiques, les livres en tant qu’objets, qui comptent. Les pages que ma mère a touchées, tournées, pliées et lues ne m’inspirent pas la même révérence que l’écharpe qu’elle portait l’hiver ou la trace de son écriture. Les livres eux-mêmes n’ont pas plus de signification que les rues qu’elle arpentait, les tasses dans lesquelles elle buvait, les draps dans lesquels elle dormait. Les mots sont bien plus puissants. Quelque part entre l’encre imprimée sur la page et leur résonance en moi s’étendait une plaine que ma mère avait aussi explorée par la pensée, et ce paysage existait dans n’importe quel exemplaire, qu’elle l’ait tenu ou non entre ses mains. Tel est le pouvoir de la lecture.

Dès lors, je me suis montrée beaucoup moins tatillonne avec mes livres. Aujourd’hui, j’écorne joyeusement leurs pages, j’abîme leurs couvertures, je les fourre sans ménagement dans mon sac, leur laisse des traces de doigts, des taches de vin, de café ou d’eau du bain. Je les perds, je les prête, je les donne. Je ne dis pas qu’ils n’ont aucune valeur, mais mon amour pour eux ne s’étend qu’aux mots qu’ils contiennent, à la magie qui palpite entre leurs lignes. Je crois que c’est ce qui fait de moi une bonne libraire. Je vends une marchandise, certes. Des choses, des objets. Mais pas seulement. Je vends aussi de la magie. »

 

p. 189 « Tu me trouves dure, je sais. Mais ma poésie vise à honorer la mémoire des femmes oubliées et elle débarque en mode groupie de tueurs en série pour décortiquer mes textes et chercher qui se cache derrière, comme si c’était un jeu ou une énigme croustillante à résoudre. »

 

 

Le livre de poche, avril 2025, 473 pages, prix : 9,90 €, ISBN : 978-2-253-25306-8

 

 

Crédit photo couverture : © Studio LGF

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