Août 2026 en couvertures...
En août, j'ai vu :
Quinqua, bibliothécaire, avec thé et chats. Je dépose ici les marques que mes lectures ont tracées.
En août, j'ai vu :
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Février 2005. Fabrice Cami et sa femme Clara sont tous deux enseignants, parents de deux filles de 6 et 4 ans. Un brin débordés et épuisés, comme tous les jeunes parents. A trente-huit ans, Fabrice est au faîte de sa carrière (il est prof dans un lycée) et a déjà publié quatre romans qui rencontrent un beau succès d’estime. Lorsqu’il se retranche dans sa petite pièce minuscule, nul n’a le droit de le déranger. « Il écrit ». Enfin depuis quelque temps, il lit, surtout. Sur Internet. Un phénomène nouveau a vu le jour : des passionnées de lecture – oui ce sont surtout des femmes – partagent leurs coups de cœur sur la toile : c’est le début de la blogosphère littéraire. « Elles étaient libraires, bibliothécaires, documentalistes, professeures, même si on trouvait aussi dans cet univers virtuel des étudiantes, une avocate, deux photographes, trois généralistes à la retraite, une infirmière – un inventaire à la Prévert. Et puis des auteurs, bien sûr – et là, le masculin l’emportait sur le féminin. Des auteurs comme lui, en mal de reconnaissance. Des auteurs dont les noms restaient inconnus du grand public et qui traînaient, le soir, à la recherche d’avis sur leurs œuvres, de signes d’attachement, d’indication prouvant que cela n’était pas un immense gâchis.
La blogosphère, comme toutes les nouveautés virtuelles, était alors un univers à la fois addictif et vaporeux, règne des pseudonymes plus ou moins alambiqués. » (p.15)
C’est en surfant ainsi qu’il tombe sur le blog de la mystérieuse Lady W. Elle se dit écrivaine et relate sa vie parisienne ainsi que ses échanges piquants avec son éditeur. Mais il n’y a pas que Fabrice qui est accro à son blog, Kevin aussi, jeune étudiant de dix-huit ans, poète à ses heures, qui tient lui-même un blog intitulé « Vu du bout de ma lorgnette ». Et puis il y a Hélène, bibliothécaire, « une fidèle des fidèles, elle aussi. » Hélène est divorcée, seule avec trois enfants encore jeunes, « Elle se bat au quotidien pour tout tenir de front. Le travail, l’éducation des enfants, le ménage, les courses, même le bricolage – elle se dit parfois qu’elle aurait dû devenir plombier. Elle se voit comme une Mère Courage, la tête haute et le verbe fort. » (p. 29) Pour elle, « La découverte de la blogosphère avait été une vraie révélation. Hélène avait eu l’impression d’être Alice, au fond du trou, trouvant la petite clé qui permettrait d’ouvrir sur le jardin merveilleux et cruel de la Reine du jeu de cartes. » (p. 32)
Elle s’était d’ailleurs elle-même lancée dans l’aventure du blog. « Elle avait opté pour un nom évocateur de paix et de douceur – A l’ombre du laurier -, Laure étant son deuxième prénom. (p. 34)
Et pour parfaire le quatuor, il y a Chloé. Journaliste dans une émission culturelle à Radio France. « Chloé ne se rappelle plus le dernier roman qu’elle a lu jusqu’au bout. Pour l’émission, bien sûr, elle feuillette. Et puis elle a Juliette, qui, elle, travaille sur l’exemplaire reçu, corne certaines pages, stabilote des passages, et glisse un résumé. C’est un jeu de dupes où personne n’est dupe. L’auteur suppute que celle qui l’interviewe ne connaît que les grandes lignes de l’histoire qu’il a racontée et fait avec. » (p. 46)
Ces quatre-là, à un tournant de leur vie personnelle, vont se rencontrer autour d’une idée folle : partir en quête de cette mystérieuse Lady W. En route pour San Sebastian, au volant de la 206 verte de Fabrice. Le voyage est le temps de l’observation chère à Blondel de l’intimité de ses personnages, de leur rapport à la vie.
Les lecteurs les plus fidèles aimeront les clins d’œil à Accès direct à la plage, à This is not a love song, à Café sans filtre, au Passager de l’été, et à d’autres sans doute, voici pour ceux qui me viennent en tête.
C’est un roman hommage à l’écriture aussi (qui écorche d’une griffe à peine sortie la vanité des écrivains, mais leur vertige face à la page blanche également), à la lecture, à la littérature et à ses passeurs. Qui parfois se rencontrent, dans ce roman, sur la toile, ou dans la vie. Bibliothécaires et journalistes reçoivent les auteurs, partagent leurs coups de cœur.
Un roman qui aborde l’anonymat du web, l’incertitude de qui se cache derrière son écran et un pseudo qui ne veut rien dire.
C’est un roman plus confidentiel, qui touchera d’abord les dinosaures du web, ces blogueurs du début des années 2000, un temps que les moins de vingt ans etc., les tiktokeurs d’aujourd’hui n’y comprendraient goutte.
Une nostalgie pas si mélancolique car on rit souvent dans les dialogues enlevés de ce voyage improbable.
Et la fin, vingt ans plus tard, mars 2025 dans le temps de la fiction, est une belle réussite. Travaillée, intéressante, intelligente. Délicate, et pleine de sens. On retrouve le Blondel qui a fait grandir tant d’adolescents, pour qui l’homosexualité n’est plus un sujet timide aujourd’hui et c’est tant mieux.
Je les quitte à regret et espère de tout cœur qu’ils sauront éveiller votre curiosité. Quant aux blogueurs de la première génération dont je suis, ils ne pourront que s’y retrouver avec bonheur ! Lady W., quand vous voulez ! 😊
Extraits :
« - Mais alors, pourquoi tu es venu, si tu penses que tu serais mieux en famille ?
Bonne question. J’imagine que c’est une sorte de tournée d’adieu silencieuse. Je reste quelques jours avec des gens qui ont été importants pour moi et qui comptent dans la chaîne de la littérature. La jeunesse, les médiathèques, les journalistes. » (p. 120)
« Et l’autofiction ?
Fabrice tique, et Kevin ne peut s’empêcher de sourire.
Ils ont déjà échangé à ce sujet. Fabrice n’arrive pas à comprendre exactement de quoi il retourne. Il a l’impression d’écrire des romans du quotidien, se basant sur des éléments de fiction ou des récits empruntés à des amis, ses voisins, les membres de la famille de sa femme, et de les mélanger avec des bribes d’autobiographie. L’ensemble crée un univers parallèle mais familier dans lequel l’intrigue se meut… » (p. 146/147)
Acheté avec plaisir en librairie indépendante le jour de sa sortie, à l’encre bleue, loin de chez moi. Où toute la famille a fait des emplettes, et où nous avons bien amusé la libraire avec nos 5 paiements successifs, chacun trouvant toujours un livre et une jolie carte à ajouter. J’adore cette famille a dit la libraire, et nous nous adorons cette librairie, où je reviendrai quand je serai chez ma fille, tout le personnel y est très accueillant et la librairie bien agréable. (Et ô danger, il y a la fourmi juste à côté, où nous y avons laissé quelques passages de CB aussi !)
(Lu sur épreuves numériques pro en mai 2026)
Éditions Buchet-Chastel, 20 août 2026, 203 pages, prix :20.00 €, ISBN : 978-2-283-04185-7
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Le récit d’un père et de sa fille adolescente face à la dépression sévère de celle-ci, ses tentatives de suicide, l’impuissance d’une famille, les limites du système hospitalier, le pire comme le meilleur, et le refrain de cette chanson des Beatles Obladi, Oblada (le sens est donné à la fin de l’ouvrage)
Un roman graphique au vrai sens du terme : un récit illustré, sans cases et sans bulles, tout de noir et de blanc, très géométrique, très travaillé dans ses dispositions texte / image, un très bel ouvrage qui mérite sa place dans les débats et les témoignages sur la santé mentale des jeunes.
Des élans poétiques et des références musicales qui parleront aux parents (quadra-quinqua)
Extraits :
« La réalité, c’est que nous, la société, l’école, le monde, les médias - appelez ça comme vous voulez – on avait échoué à lui faire prendre conscience qu’avant toute chose, la valeur des gens se mesure à l’attention qu’ils portent aux autres. »
« Et puis je me dis qu’on vit dans un monde où on n’acclame que les gagnants. Qu’il n’y a de place que pour ceux qui sautent, courent, plus loin que les autres. Où la compétition est devenue le moteur suprême, partout, tout le temps. Mieux, différent, toujours mieux, toujours différent. Moi, moi, moi, partout, nous, nous, nous, nulle part. Singulier, jamais pluriel. Un monde où chacun finit seul devant son écran. Un monde où l’on accorde plus de valeur à un poing levé qu’à une main tendue. Pas étonnant que sur les Champs-Elysées défilent seulement des sportifs et des militaires.
Ou le cercueil de Johnny.
EST-CE QUE CE MONDE EST SÉRIEUX ? »
Hachette, mars 2026, 256 pages, prix : 19,95 €, ISBN : 978-2-01-725107-1
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Crédit photo couverture : © Mathieu Persan et éd. Hachette
Traduit du norvégien par Marina Heide
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Publié dans sa langue originale en 2023, l’auteur, d’origine croate, avait alors 19 ans.
C’est un texte pour le moins étonnant, qui peut dérouter par sa forme et son langage, mais qui offre dès ses premières pages une certaine poésie, mêlée à la violence de la rue, où l’adolescence – du moins celle qui est décrite - n’est que deal et drogues, bastons et meurtres. L’écriture est ici lumière d’une vie sans avenir, d’un avenir qu’ivor, le narrateur, veut se construire malgré tout.
Des fragments, tantôt vers libres tantôt récit plus long, qui soudent l’amitié entre « frères », qui disent la tristesse impuissante des mères face à une jeunesse invincible, les amours maladroites étouffées avant d’éclore.
Il y a quelque chose de touchant dans ce texte, entre légèreté et drame.
Le travail de traduction n’a pas dû être aisé, restituant un argot de banlieue mêlant norvégien, arabe et d’autres langues, qu’il n’est pas toujours aisé non plus de décrypter, mais dont le sens dans le contexte s’imagine.
Extraits :
p. : 142 : « papa
en primaire, quand on avait comme devoir
décris ta famille, raconte ton enfance,
j’inventais toujours des histoires, valait mieux
mentir que de me retrouver avec la rédaction la plus courte de la classe genre mort, en prison,
sais pas, sais pas »
p. 184 : « différente
j’ai dit à marco, cette fille est différente,
je veux bien la traiter, pas la blesser
comme les autres, et marco a fait frère, elle,
elle est peut-être différente, mais pas toi »
p. 306 : « caoutchouc brûlé et cuir cramé
y’a des choses qu’on dit à personne comme
que le cash les meufs les fringues les montres
peuvent bien partir en fumée dans le feu de la
saint-jean si y’a moyen d’effacer les larmes
de maman »
Actes Sud, coll. Lettres scandinaves, février 2026, 316 pages, prix : 18.00 €,
ISBN : 978-2-330-21587-3
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Crédit photo couverture : ©DR / éditions Actes Sud
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Dans un hameau isolé, Emily vit seule avec sa chienne Loyse dans la maison de sa grand-mère décédée. Elle reçoit le courrier d’un notaire lui demandant de réagir à la vente prévue de cette maison qu’elle occupe de longue date.
Le lecteur comprend que la situation familiale est tendue, que la maison se vendra quoi qu’elle fasse. Tout se joue entre les non-dits de l’histoire et l’omniprésence de la nature ; les femmes de l’histoire sont placées sur le même plan que les chiennes, les végétaux, les pierres, les insectes.
J’ai fini par trouver longues et ennuyeuses ces descriptions extrêmement précises de la nature, alors que je cherchais des réponses aux ellipses de l’histoire. Que s’est-il passé avec le père ? Ce n’est pas l’objet du roman. La blessure de la chienne à la vulve et la blessure au genou d’Emily, ce sang qui coule, ces éléments sont sans doute métaphoriques d’une violence patriarcale enfouie.
Le livre est ambitieux, original, se lit bien, mais m’a laissé sur ma faim. Même si la fin laisse peu de place au doute, il m’a manqué trop de choses, c’est l’humain qui m’intéressait davantage, je suis donc passée un peu à côté de ce projet quasi organique.
Un texte qui ne laisse pas indifférent, mais qui n’est pas parvenu à me séduire totalement.
Éditions de Minuit, janvier 2026, 179 pages, prix : 18,00 €
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Crédit photo couverture : © Les éditions de Minuit
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Les animaux font la queue et ça n’avance pas. Il y a le canard avec sa cagoule qui gratte (cf. super cagoule), le corbeau Répétou qui rend fou (cf le répétou), quelques autres palmipèdes et autres oiseaux. Ils n’en peuvent plus d’attendre. Alors c’est pas ce blanc bec avec son porte-voix qui hurle « service premium ! » qui va griller la file, non mais.
Mais que peut-il bien livrer d’ailleurs, et pour qui il se prend-il avec sa tenue officielle ? A moins que ce ne soit un sauveteur en uniforme ? L’adulte lecteur pensera tout de suite au service premium d’un GAFA, quand les animaux perdant patience le remettront vertement à sa place. C’est que ça devient urgent cette affaire, et les mouches qui arrivent devraient vous donner une idée de la chute.
C’est drôle comme toujours avec Louchard, ça aiguillonne là où il faut, la patience, le vivre-ensemble, l’immédiateté, le toujours plus, et même le tacle au service public, l’urgence n’est peut-être pas celle que vous imaginez 😉
On en redemande !
(dès 3 ans)
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Seuil jeunesse, août 2025, 40 pages, prix : 9.90 €, ISBN : 979-10-235-2156-6
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Crédit photo couverture : © Antonin Louchard et éd. Seuil jeunesse