Les jardins d'Hélène

Le passage – Mathieu Persan

14 Août 2026, 11:06am

Publié par Laure

Le récit d’un père et de sa fille adolescente face à la dépression sévère de celle-ci, ses tentatives de suicide, l’impuissance d’une famille, les limites du système hospitalier, le pire comme le meilleur, et le refrain de cette chanson des Beatles Obladi, Oblada (le sens est donné à la fin de l’ouvrage)

Un roman graphique au vrai sens du terme : un récit illustré, sans cases et sans bulles, tout de noir et de blanc, très géométrique, très travaillé dans ses dispositions texte / image, un très bel ouvrage qui mérite sa place dans les débats et les témoignages sur la santé mentale des jeunes.

Des élans poétiques et des références musicales qui parleront aux parents (quadra-quinqua)

 

Extraits :

« La réalité, c’est que nous, la société, l’école, le monde, les médias - appelez ça comme vous voulez – on avait échoué à lui faire prendre conscience qu’avant toute chose, la valeur des gens se mesure à l’attention qu’ils portent aux autres. »

 

« Et puis je me dis qu’on vit dans un monde où on n’acclame que les gagnants. Qu’il n’y a de place que pour ceux qui sautent, courent, plus loin que les autres. Où la compétition est devenue le moteur suprême, partout, tout le temps. Mieux, différent, toujours mieux, toujours différent. Moi, moi, moi, partout, nous, nous, nous, nulle part. Singulier, jamais pluriel. Un monde où chacun finit seul devant son écran. Un monde où l’on accorde plus de valeur à un poing levé qu’à une main tendue. Pas étonnant que sur les Champs-Elysées défilent seulement des sportifs et des militaires.

Ou le cercueil de Johnny.

EST-CE QUE CE MONDE EST SÉRIEUX ? » 

 

Hachette, mars 2026, 256 pages, prix : 19,95 €, ISBN : 978-2-01-725107-1

 

 

Crédit photo couverture : © Mathieu Persan et éd. Hachette

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Tah l'époque - Oliver Lovrenski

10 Août 2026, 18:31pm

Publié par Laure

Traduit du norvégien par Marina Heide

 

Publié dans sa langue originale en 2023, l’auteur, d’origine croate, avait alors 19 ans.

C’est un texte pour le moins étonnant, qui peut dérouter par sa forme et son langage, mais qui offre dès ses premières pages une certaine poésie, mêlée à la violence de la rue, où l’adolescence – du moins celle qui est décrite - n’est que deal et drogues, bastons et meurtres. L’écriture est ici lumière d’une vie sans avenir, d’un avenir qu’ivor, le narrateur, veut se construire malgré tout.

Des fragments, tantôt vers libres tantôt récit plus long, qui soudent l’amitié entre « frères », qui disent la tristesse impuissante des mères face à une jeunesse invincible, les amours maladroites étouffées avant d’éclore.

Il y a quelque chose de touchant dans ce texte, entre légèreté et drame.

Le travail de traduction n’a pas dû être aisé, restituant un argot de banlieue mêlant norvégien, arabe et d’autres langues, qu’il n’est pas toujours aisé non plus de décrypter, mais dont le sens dans le contexte s’imagine.

 

 

 

Extraits :

p. : 142 : « papa

en primaire, quand on avait comme devoir

décris ta famille, raconte ton enfance,

j’inventais toujours des histoires, valait mieux

mentir que de me retrouver avec la rédaction la plus courte de la classe genre mort, en prison,

sais pas, sais pas »

 

p. 184 : « différente

j’ai dit à marco, cette fille est différente,

je veux bien la traiter, pas la blesser

comme les autres, et marco a fait frère, elle,

elle est peut-être différente, mais pas toi »

 

p. 306 : « caoutchouc brûlé et cuir cramé

y’a des choses qu’on dit à personne comme

que le cash les meufs les fringues les montres

peuvent bien partir en fumée dans le feu de la

saint-jean si y’a moyen d’effacer les larmes

de maman »

 

 

Actes Sud, coll. Lettres scandinaves, février 2026, 316 pages, prix : 18.00 €,

ISBN : 978-2-330-21587-3

 

 

Crédit photo couverture : ©DR / éditions Actes Sud

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Les habitantes - Pauline Peyrade

4 Août 2026, 17:25pm

Publié par Laure

Dans un hameau isolé, Emily vit seule avec sa chienne Loyse dans la maison de sa grand-mère décédée. Elle reçoit le courrier d’un notaire lui demandant de réagir à la vente prévue de cette maison qu’elle occupe de longue date.

Le lecteur comprend que la situation familiale est tendue, que la maison se vendra quoi qu’elle fasse. Tout se joue entre les non-dits de l’histoire et l’omniprésence de la nature ; les femmes de l’histoire sont placées sur le même plan que les chiennes, les végétaux, les pierres, les insectes.

J’ai fini par trouver longues et ennuyeuses ces descriptions extrêmement précises de la nature, alors que je cherchais des réponses aux ellipses de l’histoire. Que s’est-il passé avec le père ? Ce n’est pas l’objet du roman. La blessure de la chienne à la vulve et la blessure au genou d’Emily, ce sang qui coule, ces éléments sont sans doute métaphoriques d’une violence patriarcale enfouie.

Le livre est ambitieux, original, se lit bien, mais m’a laissé sur ma faim. Même si la fin laisse peu de place au doute, il m’a manqué trop de choses, c’est l’humain qui m’intéressait davantage, je suis donc passée un peu à côté de ce projet quasi organique.

Un texte qui ne laisse pas indifférent, mais qui n’est pas parvenu à me séduire totalement.

 

 

Éditions de Minuit, janvier 2026, 179 pages, prix : 18,00 €

 

 

Crédit photo couverture : © Les éditions de Minuit

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Service Premium – Antonin Louchard

2 Août 2026, 17:55pm

Publié par Laure

Les animaux font la queue et ça n’avance pas. Il y a le canard avec sa cagoule qui gratte (cf. super cagoule), le corbeau Répétou qui rend fou (cf le répétou), quelques autres palmipèdes et autres oiseaux. Ils n’en peuvent plus d’attendre. Alors c’est pas ce blanc bec avec son porte-voix qui hurle « service premium ! » qui va griller la file, non mais.

Mais que peut-il bien livrer d’ailleurs, et pour qui il se prend-il avec sa tenue officielle ? A moins que ce ne soit un sauveteur en uniforme ?  L’adulte lecteur pensera tout de suite au service premium d’un GAFA, quand les animaux perdant patience le remettront vertement à sa place. C’est que ça devient urgent cette affaire, et les mouches qui arrivent devraient vous donner une idée de la chute.

C’est drôle comme toujours avec Louchard, ça aiguillonne là où il faut, la patience, le vivre-ensemble, l’immédiateté, le toujours plus, et même le tacle au service public, l’urgence n’est peut-être pas celle que vous imaginez 😉

On en redemande !

(dès 3 ans)

 

 

Seuil jeunesse, août 2025, 40 pages, prix : 9.90 €, ISBN : 979-10-235-2156-6

 

 

Crédit photo couverture : © Antonin Louchard et éd. Seuil jeunesse

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