Les jardins d'Hélène

Août 2025 en couvertures...

31 Août 2025, 18:01pm

Publié par Laure

En août, j'ai lu : 

(Pour la première fois de ma carrière, 4 semaines de congés !)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En août, j'ai vu :

 

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Âme brisée - Akira Mizubayashi

18 Août 2025, 14:42pm

Publié par Laure

Tokyo, novembre 1938. Un quatuor de musiciens répète Rosamunde de Schubert quand ils sont interrompus par des militaires. L’un d’entre eux brisera le violon de Yu Mizusawa. Rei, son fils caché dans une armoire face à la violence montante, en restera marqué à vie. Devenu luthier, il ne cessera de restaurer ce violon et avec lui la mémoire de son père.

Un joli roman sensible et doux, où l’amour, la solidarité, la loyauté, doublés de courage et de persévérance redonnent foi face à la cruauté et la bêtise dont l’homme est capable.

Nul doute que vous aurez envie d’écouter les morceaux de musique classique qui font la trame de ce roman.

L’auteur, japonais, a longtemps vécu en France et écrit directement en français. Son style, son écriture et ses personnages reflètent bien cette double culture.

 

 

 

Sont cités :

  • Rosamunde, quatuor à cordes de Frantz Schubert, opus 29, D. 804
  • Gavotte en rondeau, Partita n°3 en mi majeur de Jean-Sébastien Bach
  • Dites-moi comment vous allez vivre, de Genzburô Yoshino (disponible sous le titre Et vous, comment vivrez-vous ? aux éditions Picquier)
  • Le bateau-usine, de Takiji Kobayashi

 

 

Gallimard, coll. Folio, mai 2021, 256 pages, prix : 9 €, ISBN : 978-2-07-292121-6

 

 

Crédit photo couverture : ©Nagib El-Desouki / Arcangel Images (détail) / et Gallimard éd.

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Le livre de la rentrée – Luc Chomarat

12 Août 2025, 10:08am

Publié par Laure

J’avais découvert et apprécié Luc Chomarat en 2024 avec son roman, le fils du professeur (2021). Je le retrouve ici avec ce qui semble être son dada : mettre en scène l’écriture et le monde de l’édition.

L’éditeur Delafeuille (déjà présent dans deux de ses précédents romans mais aucun problème pour lire celui-ci sans les connaître) est sur une mauvaise pente professionnelle et doit trouver pour la rentrée littéraire d’automne le livre qui fera bondir les ventes de sa maison : un roman court (les lecteurs n’ont pas le temps), avec une femme moderne et combattive, bref, un récit formaté comme il faut pour que ça se vende. « LE livre de la rentrée » quoi, et si en plus il peut remporter un prix, ce sera encore mieux.

Delafeuille pense donc à Luc, un auteur qu’il connaît et qui justement est en train d’écrire un roman sur sa femme Delphine. La parfaite maîtresse de maison. Hum, pas le profil idéal de notre époque, surtout que Luc ne cache pas sa misogynie. Pourtant dès son arrivée dans la maison de l’auteur, accueilli par Delphine, il tombe sous son charme et que ce soit dans la vraie vie ou dans le manuscrit que Luc lui fait lire, cette femme devient vite son obsession.

Si l’on connaît un tant soit peu le monde du livre, on ne peut que se réjouir de tous ces/ses travers ironiquement décrits par l’auteur (tiens, Chomarat s’appelle Luc !), qui démontre très bien les enjeux commerciaux du livre, devenu depuis bien longtemps un produit comme un autre. Et quand il joue à insérer un roman dans le roman et à démonter les mécanismes de la fiction, le lecteur questionne nécessairement la place du vrai, du vraisemblable, de l’écriture, du pacte de lecture qu’il passe en tant que lecteur. Un lecteur de romans ne peut que se réjouir de cette mise en abyme et des questions qu’elle suscite. Là où ça se gâte un peu, c’est quand Chomarat en abuse en ajoutant un niveau supplémentaire et les quarante dernières pages gâchent un peu l’ensemble et risquent de perdre le lecteur néophyte : le mieux est souvent l’ennemi du bien.

Il n’en ressort pas moins un grand plaisir de lecture à cette construction satirique qui fait sourire l’initié. Le livre de la rentrée (2023) ne l’a sans doute pas été, mais j’ai aimé que l’auteur en joue.

 

Et je vais pouvoir retrouver Delafeuille dans l’Espion qui venait du livre (2014, réédité en 2022), le Dernier Thriller norvégien (2019), et je pourrais même aller faire un tour du côté du Polar de l’été (2017), nul doute que j’y trouverai le même plaisir complice. On notera d’ailleurs tout au long de la lecture de nombreux clins d’œil à des titres existants, auteurs vivants et salons littéraires. Le métaroman vous perdra … dans des envies de (re)lectures ! Tant qu’il y a consentement… 😉

 

Quelques extraits :

p. 22 : « Les personnages d’une fiction font un peu ce qu’ils veulent, il le savait bien. C’est un phénomène que connaissent seulement les romanciers, ceux qui s’adonnent à cette activité étrange qui consiste à bercer leurs contemporains d’histoires imaginaires, pour les aider à supporter la réalité. Très vite, les marionnettes créées par le romancier vivent leur propre vie, vont parfois jusqu’à contredire l’intrigue, disent leur propre texte. C’est une vraie difficulté. Les Anglo-Saxons ne parlent pas pour rien de character-driven plots. Ce sont bien eux, les personnages, qui dirigent l’histoire.

C’était d’ailleurs, peut-être, une des raisons pour lesquelles il avait du mal à faire exister la femme. On ne se refait pas. S’il avait du mal, dans la vie, à leur reconnaître leur autonomie, comment pourrait-il les laisser aller librement sur la page ? Question intéressante. »

 

p. 56-57 : « - Nous allons créer la surprise. Trouvez-nous un petit jeune, quelqu’un dont on n’a jamais entendu parler. Un garçon, ce sera original. Ou un vieux cheval de retour ? Quelque chose qui nous change de toutes ces femmes abusées.

Delafeuille prit le temps d’une gorgée de chardonnay. C’était le monde dans lequel il vivait, désormais.

- Mais, il nous faut une histoire, non ?

- Ah oui, une histoire… Bon, vous savez comme moi ce qui marche. Le capitalisme c’est pas bien, et ça il faut le dire, il faut avoir le courage de le signifier courageusement. Quoi d’autre ? La planète est en péril, d’après ce que j’ai entendu dire… Et puis les femmes, oubliez ce que j’a dit, les femmes qui en ont marre, c’est toujours une bonne idée… Et la maladie, le malheur sous toutes ses formes. Un peu de cul. Du cul féministe, évidemment. Je ne vais pas vous apprendre le métier.

- Non, bien sûr… Mais est-ce que nous n’avons pas envie de découvrir un bon texte ?

- Un bon texte est un texte qui se vend. Que voulez-vous, on ne fait pas de bonne littérature avec des bons sentiments. »

p. 97 : « - Je vais te dire ce que j’en pense : les livres qui parlent d‘écrivains qui écrivent des livres n’intéressent plus les gens, et c’est normal. Ils en ont trop bouffé, ces vingt dernières années.

- Oh, tu sais, depuis Montaigne… »

 

 

La manufacture de livre, août 2023, 235 pages, prix : 19.90 €, ISBN : 978-2-38553-004-4

(existe en poche)

 

 

Crédit photo couverture : ©Sébastian Kanzler / Deepol by Plainpictures / et éd. La manufacture de livres.

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L'étourbillon - Flore Servais

9 Août 2025, 11:06am

Publié par Laure

La narratrice, dont on ne connaîtra le prénom qu’à la toute dernière ligne, emménage avec son père dans un village isolé. Elle porte un lourd passé, qu’on découvre au fil du texte : le décès de la maman, la perte d’un frère, le deuil impossible du père, et ce « Il » en italique, dont on perçoit qu’il a été malveillant sans immédiatement comprendre qui il est vraiment et ce qu’il a fait, tout en se doutant qu’il est question d’agression sexuelle.

Elle entre dans l’adolescence, solitaire, écorchée vive, et l’école retrouvée (son père a mis du temps à  essayer de reprendre pied) lui permet de se faire une amie, Maggie, à qui elle aura pourtant du mal à parler de sa douleur profonde. C’est d’ailleurs le plus souvent dans le silence qu’elle se mure volontairement.

L’étourbillon, c’est cette spirale de caisses posées dans sa chambre, empilées en spirale pour laisser un passage, léguées par un ami libraire de son père, mort lui aussi, dont on apprend qu’il était l’ex de sa mère. Elles contiennent des livres qu’il a mis de côté soigneusement pour elle, sur le deuil notamment, mais aussi une boite de velours au contenu plus intime.

L'étourbillon, c’est sans doute aussi ce tourbillon d’émotions vives qui secouent la narratrice, au parcours de vie plus que dramatique. D’ailleurs, elle trouvera dans les caisses des ouvrages de celui qu’elle appelle Boris, sur la résilience. L’adulte lecteur sait la référence à Cyrulnik, et la résilience, c’est bien ce dont la jeune fille a besoin, mais cela peut-il s’apprendre ? Il faut en passer par l’expérience pour la vivre. Elle l’expliquera très bien au demeurant.

Un premier roman émouvant, mais peut-être un peu trop elliptique, un bref paragraphe en donnera toutes les clés ou presque à la fin, mais peut-être arrive-t-il trop tard dans le récit. La souffrance est vive, le propos intéressant, et comme dans tout roman destiné aux ados, l’espoir est au bout du chemin.

A conseiller à celles et ceux qui aiment les romans intimistes, les histoires de vie, et à qui le deuil ne fait pas peur, ou qui auraient besoin de s’y confronter dans un roman miroir.

 

Extrait :

p. 62 : « Je suis tombée sur un livre tout à l’heure, un certain Boris je sais plus quoi, il parle de résilience ! C’est la capacité de certains matériaux à reprendre leur forme d’origine, si j’ai bien compris d’après le Petit Robert. Mais lui, il en parle pour les humains.

Capacité à reprendre forme humaine après un traumatisme ?

Je l’ai mis sous mon oreiller, j’y comprends rien mais il me rassure.

En tout cas, il parle des acteurs de résilience ou quelque chose comme ça, il dit que pour les traumatisés la meilleure façon de « résilier » c’est de trouver un humain adulte potable et aidant. Donc, il faut que je trouve quelqu’un, parce que papa clairement c’est pas la peine et que moi j’ai besoin de parler, de vivre, d’apprendre, je suis une jeune fille quoi ! Je veux bien être en deuil – apparemment c’est pas tellement un truc de vieux, ça arrive à tout âge – donc je veux bien, mais fait pas exagérer, je vais pas arrêter de vivre, il se passe trop de trucs intéressants.

Mais dis Boris, ça se trouve où un acteur de résilience ? Et c’est quoi un traumatisme ? »

 

A partir de 12 ans.

 

Alice éditions, coll. Tertio, janvier 2023, 186 pages, prix : 13.00 €, ISBN : 978-2-87426-518-1

 

 

Crédit photo couverture : © Gaëlle Vejlupek et Alice éd.

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