L'étourbillon - Flore Servais
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La narratrice, dont on ne connaîtra le prénom qu’à la toute dernière ligne, emménage avec son père dans un village isolé. Elle porte un lourd passé, qu’on découvre au fil du texte : le décès de la maman, la perte d’un frère, le deuil impossible du père, et ce « Il » en italique, dont on perçoit qu’il a été malveillant sans immédiatement comprendre qui il est vraiment et ce qu’il a fait, tout en se doutant qu’il est question d’agression sexuelle.
Elle entre dans l’adolescence, solitaire, écorchée vive, et l’école retrouvée (son père a mis du temps à essayer de reprendre pied) lui permet de se faire une amie, Maggie, à qui elle aura pourtant du mal à parler de sa douleur profonde. C’est d’ailleurs le plus souvent dans le silence qu’elle se mure volontairement.
L’étourbillon, c’est cette spirale de caisses posées dans sa chambre, empilées en spirale pour laisser un passage, léguées par un ami libraire de son père, mort lui aussi, dont on apprend qu’il était l’ex de sa mère. Elles contiennent des livres qu’il a mis de côté soigneusement pour elle, sur le deuil notamment, mais aussi une boite de velours au contenu plus intime.
L'étourbillon, c’est sans doute aussi ce tourbillon d’émotions vives qui secouent la narratrice, au parcours de vie plus que dramatique. D’ailleurs, elle trouvera dans les caisses des ouvrages de celui qu’elle appelle Boris, sur la résilience. L’adulte lecteur sait la référence à Cyrulnik, et la résilience, c’est bien ce dont la jeune fille a besoin, mais cela peut-il s’apprendre ? Il faut en passer par l’expérience pour la vivre. Elle l’expliquera très bien au demeurant.
Un premier roman émouvant, mais peut-être un peu trop elliptique, un bref paragraphe en donnera toutes les clés ou presque à la fin, mais peut-être arrive-t-il trop tard dans le récit. La souffrance est vive, le propos intéressant, et comme dans tout roman destiné aux ados, l’espoir est au bout du chemin.
A conseiller à celles et ceux qui aiment les romans intimistes, les histoires de vie, et à qui le deuil ne fait pas peur, ou qui auraient besoin de s’y confronter dans un roman miroir.
Extrait :
p. 62 : « Je suis tombée sur un livre tout à l’heure, un certain Boris je sais plus quoi, il parle de résilience ! C’est la capacité de certains matériaux à reprendre leur forme d’origine, si j’ai bien compris d’après le Petit Robert. Mais lui, il en parle pour les humains.
Capacité à reprendre forme humaine après un traumatisme ?
Je l’ai mis sous mon oreiller, j’y comprends rien mais il me rassure.
En tout cas, il parle des acteurs de résilience ou quelque chose comme ça, il dit que pour les traumatisés la meilleure façon de « résilier » c’est de trouver un humain adulte potable et aidant. Donc, il faut que je trouve quelqu’un, parce que papa clairement c’est pas la peine et que moi j’ai besoin de parler, de vivre, d’apprendre, je suis une jeune fille quoi ! Je veux bien être en deuil – apparemment c’est pas tellement un truc de vieux, ça arrive à tout âge – donc je veux bien, mais fait pas exagérer, je vais pas arrêter de vivre, il se passe trop de trucs intéressants.
Mais dis Boris, ça se trouve où un acteur de résilience ? Et c’est quoi un traumatisme ? »
A partir de 12 ans.
Alice éditions, coll. Tertio, janvier 2023, 186 pages, prix : 13.00 €, ISBN : 978-2-87426-518-1
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Crédit photo couverture : © Gaëlle Vejlupek et Alice éd.
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