Les jardins d'Hélène

Love languages – James Albon

30 Juillet 2026, 09:11am

Publié par Laure

Scénario, dessin et couleur : James Albon

Traduction de l’anglais : Basile Béguerie

Sarah Huxley est anglaise, et occupe un poste à responsabilité à Paris. Elle a un bel appartement, vit confortablement, mais face à la barrière de la langue qu’elle apprend chaque jour un peu plus, elle reste tristement seule. En croisant un matin à la boulangerie Ping, une jeune chinoise expatriée comme elle, jeune fille au pair, leur solitude respective va déboucher peu à peu sur une belle histoire, naturelle, simple, évidente.

Le travail sur la langue, tant dans la traduction que dans l’effet personnel qu’il produit sur les individus expatriés est très bien exploité. Le langage, son incompréhension ou ses tâtonnements, tantôt en anglais, tantôt en français ou mandarin, parfois réécrit phonétiquement (ce qui interpelle au départ pour le lecteur francophone) montre bien à quel point il conditionne la relation à l’autre.

Les approches culturelles sont également intéressantes, l’humour qui tombe à plat quand on n’en partage pas les références, les collègues de travail « lourdingues », tout concourt à faire de cet album une belle surprise.

Sans oublier le dessin, pop, explosif dans ses couleurs et dans son hors cadre, qui joue sur toutes les exploitations possibles de la page, cases, bien rangées ou non, absence de cases entre deux, pleines pages, et qui surprend agréablement par le dynamisme qu’il provoque.

Je ne sais plus comment je suis arrivée à cette BD (pourquoi je l’avais notée dans mes acquisitions), et si j’étais réfractaire à l’ouvrir, le dessin ne me tentant pas spécialement, j’ai fait une très belle découverte et j’ai beaucoup aimé, tant le scénario que le dessin. Comme quoi, il faut toujours rester curieux !

 

Extraits :

p. 31 : « Ce qu’il y a de bien avec les musées, c’est qu’ils offrent une activité tout à fait acceptable pour les célibataires le week-end, on ne subit pas l’angoisse sociale d’un déjeuner seul au restaurant, on ne dépend pas de la météo et cela vous confère une aura fort respectable lorsque vous en parlez le lundi matin avec l’équipe au moment du checkpoint « cohésion et déploiement de l’engagement stratégique.

Mais ce qu’il y a d’embêtant avec les musées, c’est qu’ils sont bien trop pleins d’œuvres d’art, dont la plupart n’ont pas l’air terribles du tout. Ceci étant, j’imagine que cet avis esthétique en dit bien plus sur moi que sur la qualité intrinsèque des œuvres en question. »

 

p. 85 : « J’ai arrêté les rencards… les applis, c’est un boulot à plein temps. Je passe mes journées à écrire des platitudes à des sociopathes au bureau. Et le soir, une fois chez moi, il faut que j’écrive de nouvelles platitudes à un autre genre de sociopathes. »

 

p.86-87 : « C’est comme « aimer », ça veut dire à la fois « like » ou « love ». - Mais alors, « je t’aime », ça veut dire « I like you » ou « I love you » ? Comment tu fais la différence ? – C’est une question de contexte, « je t’aime », ce n’est pas la même chose que « je t’aime bien ». Mais en réalité je crois que le français entretient le flou juste pour nous compliquer la vie. Et en cantonais ? záu gwóng dong wah ? « ngóh oí léi », c’est « i love you » ? – ouais, mais on le dit jamais. Ça sonne hóu yuhk màh, hmmm,… très cucul. Comme dans un drama coréen. – Alors comment tu dis à quelqu’un que tu l’aimes ? – Je ne sais pas ! ngóh mhz i la. La personne le sait, c’est tout. »

 

Glénat, avril 2026, 164 pages, prix : 24,00 €, ISBN : 978-2-344-07235-6

 

 

Crédit photo couverture : © James Albon et éditions Glénat

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