Quinqua, bibliothécaire, avec thé et chats. Je dépose ici les marques que mes lectures ont tracées.
La dernière des Wilberforce – Julia Kerninon
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Waldo a 27 ans et c’est à contrecœur qu’il se rend à la fête que sa mère organise en ce dernier samedi du mois d’août. Une fête qui commémore un douloureux anniversaire : celui de la disparition d’Annabel, dix ans plus tôt, un dernier samedi d’août également.
C’est au cours de cette soirée que les protagonistes vont dénouer peu à peu le fil de leur passé, de leur installation sur cette presqu’île au milieu des dunes, jusqu’au drame, et jusqu’à ce soir qui verra éclater la vérité.
Jamais épigraphe n’aura été aussi juste à l’issue de la lecture : « La maîtrise du langage n’est atteinte que lorsqu’on est en mesure de reconnaître ce qui est implicite, et non seulement ce qui est dit », William Feaver. Car tout l’art de l’autrice est là, dans la composition de son roman, où tous les indices sont semés mais ne se comprennent réellement qu’à la toute fin, dans ces personnages qui jamais ne disent véritablement, mais qui par leur mal-être insinuent un secret.
Deux familles se côtoyaient par le biais de leurs enfants du même âge, qui petits, avaient passé un pacte de « jumeaux cosmiques » : les Wilberforce d’un côté avec Annabel et Olivia, de deux sa cadette, les Schnabel de l’autre, avec Adam et Waldo. Il y a aussi Naomi, d’un deuxième mariage, « elle était Naomi, l’enfant de la colère, la dernière des Wilberforce ». Ils ont grandi ensemble, d’abord le temps des vacances, puis durablement quand la famille Schnabel s’installe sur la presqu’île. Quand arrive l’adolescence et ses premiers émois, les rapports se troublent. Annabel disparaît, elle est retrouvée morte noyée. L’enquête tourne court.
C’est le soir de cette fête organisée par Diane, romancière reconnue, mère de Waldo, que sonne l’heure de la vengeance.
C’est habilement amené, romanesque à souhait, et si la première moitié s’installe doucement, la seconde est implacable : la lecture devient addictive jusqu’à la dernière ligne.
Si certains éléments peuvent paraître forcés, les différentes voix et temps de l’histoire complexes alors que la scène ne se déroule que le temps d’une soirée, je n'ai pas boudé le plaisir romanesque d’une intrigue bien menée.
Extraits :
(p. numérique 14/225) : « une mère qui écrit, c’est une malédiction. Il ne savait jamais sur quoi elle allait écrire, il le découvrait uniquement quand le livre était publié. »
(p. numérique 33/225) : Comme les mots croisés que compose son père, « les choses ne doivent pas sembler évidentes, tu dois pousser le lecteur à chercher dans la mauvaise direction, le plus longtemps possible » "Je t’ai confié tous mes secrets, fils. Garde-les bien" Il se demandera bien lesquels. Seule la fin le dira.
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Ed. L’Iconoclaste, août 2026, 278 pages, prix : 21,50 e, ISBN : 978-2-37880-594-4
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Crédit photo couverture : © éd. L’Iconoclaste
La première phrase du premier livre – Philippe Besson
Je crois que je n’avais jamais lu Philippe Besson,[ah bah si en fait, mais je n'avais pas accroché, ce blog a plus de mémoire que moi], j’avais juste vu le film adapté de son roman Arrête avec tes mensonges, que j’avais beaucoup aimé.
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J’ai choisi ce dernier roman pour son titre, m’attendant à un retour sur son parcours d’écrivain, comment et pourquoi il en était arrivé à l’écriture. Ce n’est pas vraiment cela. L’écriture n’occupe que très peu de place dans le roman, à peine quelques très belles pages à la fin. A peine.
Le roman se veut plutôt la biographie de l’auteur, centrée sur les années 1970-80-90. Un choix qui en fait un roman générationnel, si vous avez à peu près son âge (ce qui est mon cas, j’ai cinq ans de moins), vous y retrouverez nombre de références et donc de souvenirs. Car il inscrit son histoire dans son époque, politique (tous ces ministres oubliés depuis, ah oui !), sociale, marquée par les années Sida, littéraire et culturelle. J’avais moi-même été très marquée par les romans d’Hervé Guibert qu’il cite à plusieurs reprises.
Le titre est donc un peu trompeur. Ça reste une lecture agréable mais qui est avant tout l’autobiographie de l’auteur.
Extraits :
« Dans l’automne de mes dix ans, j’ai compris que la mort n’était pas une idée. J’ignorais évidemment qu’elle me frôlerait à plusieurs reprises, et surtout qu’elle emporterait, lors de la décennie suivante, tant de mes amis, de mes amants, dans le plus bel âge, qu’elle provoquerait tant de manque, et donc d’écriture. » (p. 29/134 en numérique)
« (…) l’écriture, ça ne se partage pas, ça n’appartient qu’à soi, c’est la solitude, une solitude immense, terrible et magnifique à la fois. » (p. 127/134)
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Julliard, septembre 2026, 238 pages, prix : 21 €, ISBN : 978-2-260-05768-0
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Crédit photo couverture : © Valérie Gautier et éd. Julliard
L’affaire Petit Prince – Clémentine Beauvais
Premier tome de la série Pierre Bayard DéteXtive privé.
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Le lecteur adulte et un brin littéraire se régalera. Pour le public cible (12-15 ans ?), j’ai quelque doute, même si je rêve bien sûr qu’au-delà de la simple enquête en apparence farfelue, le jeune lecteur ait la curiosité de s’ouvrir à la lecture des classiques, à la lecture tout court, et d’en saisir tous les jeux possibles.
Car c’est bien de cela dont il s’agit. Clémentine Beauvais joue avec le langage et l’intertextualité comme personne. Ici, la référence à l’œuvre de Pierre Bayard est évidente, et va bien au-delà. L’incipit est d’ailleurs le suivant : « à qui parler des livres que l’on n’a pas crus ? » Vous connaissez ce best-seller de Pierre Bayard « Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? », sans compter tous ses ouvrages analyses d’une œuvre ?
Le plaisir est textuel, le plaisir est réel, mais voilà ; touchera-t-il réellement les ados ? Car on ne va pas se mentir, c’est quand même un brin élitiste. Bien que plusieurs niveaux de lecture soient tout à fait possibles, la simple enquête à la Sherlock Holmes peut tout aussi bien faire l’affaire. Le choix est ambitieux et il vaut toujours mieux tirer vers le haut.
Qu’est-ce donc que cette affaire Petit Prince ? Pierre Bayard, célèbre déteXtive privé accompagné de son assistante Édith (dont vous découvrirez la personnalité par un joli jeu créatif) et aidé par le fils de la concierge, Midi-Pile, et son amie skateboardeuse Bas-de-Casse, va enquêter sur un mystère relevé dans le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, publié en 1945. Mais l’individu qui vient lui demander son aide disparaît mystérieusement avant même d’atteindre l’étage où habite Bayard. Seuls indices laissés : le dessin d’un chapeau au rez-de-chaussée, et un chapeau dans l’escalier. Souvenez-vous du chapeau dessiné dans le Petit Prince, n’était-ce pas plutôt un boa qui avait avalé un éléphant ? C’est parti pour l’enquête !
Qu’est-ce qu’un détXtive privé vous demandez-vous ? « C’est un Lecteur Spécialiste pour Elucider un Mystère dans un Grand Classique de la Littérature ». Si vous appréciez cette enquête, trois autres suivent : Enquête sur Peter Pan, Code petite Sirène, le dossier Pinocchio.
Les clins d’œil qui m’ont régalée : les références aux élus de l’Académie Française, la BNF, et tout cela (et je suis certainement loin d’avoir tout repéré !) :
P. 30 « (…) elle a dû passer juste devant toi dans la cour, et puis on a attendu, attendu, elle n’est jamais venue… Tu as vu quelqu’un traverser la cour, toi ? » Là normalement vous avez la chanson en tête pour la journée, Zaï zaï zaï zaï, je vous laisse le choix entre Joe Dassin et la BD de Fabcaro.
p. 37 : « (…) que j’étais un traître, un charlatan, un cancre même pas capable de distinguer un zeugme d’une métonymie.
- Et c’était vrai ? demanda Minuit-Pile.
- Pure calomnie ! barrit Bayard. Mais j’ai quand même dû prendre la porte et une retraite anticipée. » Les fidèles du Masque et La Plume auront vite repéré le zeugm(a) dans ce passage.
p. 46 : « Et ils observèrent Minuit-Pile ouvrir la porte en verre de la cabine téléphonique qu’il avait convertie en boîte à livres.
C’était une cabine abandonnée, du moins de l’avis de Minuit-Pile qui en avait pris possession quelques mois plus tôt sans trop demander à la municipalité ce qu’elle en pensait. Il faut dire que la situation était devenue critique ; tout l’immeuble avait entendu la gardienne proférer une terrible menace :
- Va entasser ces bouquins ailleurs ou je les jette à la poubelle !
Minuit-Pile pouvait se montrer très obéissant quand l’enjeu était vital, et la cabine téléphonique du coin de la rue était devenue une boîte à livres le matin même. » Venez que je vous embrasse Clémentine, pour faire partie des bénévoles qui gèrent quelques boites à livres du coin, la poubelle, c’est juste le bon mot.
Tout comme le vrai Pierre Bayard qu’elle crédite largement, Caroline Beauvais est comme dans tous ses textes érudite et drôle, et ça fait du bien.
Sarbacane, avril 2025, 259 pages, prix : 14,90 €, ISBN : 979-10-408-0640-0
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Crédit photo couverture : éd. Sarbacane
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