Les jardins d'Hélène

Rafael, derniers jours - Gregory Mcdonald

8 Décembre 2008, 14:17pm

Publié par Laure

Traduit de l’américain par Jean-François Merle

 

Repéré sur le site de Jean-Marc Laherrèreson article m’a laissé croire qu’il ne fallait pas passer à côté de ce livre, et ouachh, quel coup de poing dans la figure !

Rafael est un pauvre type, alcoolique, illettré, qui vit dans une sorte de bidonville entre l’autoroute et la décharge publique. Père de 3 très jeunes enfants, il vit là en communauté avec sa femme, le reste de sa famille et d’autres gens comme eux. Impossible de trouver un job pour des gens comme eux, et le peu de ferraille qu’ils récupèrent à la décharge ne suffit pas à faire vivre tout le monde. Mais Rafael est content, il vient de trouver un job : 300 dollars payés d’avance, le solde (30 000 $ en tout) le contrat rempli. Le contrat ? Tourner dans un snuff movie, ces films où la torture et la mort ne sont pas simulées mais bien réelles, pour le plaisir de quelques déséquilibrés fans du genre. Sa vie contre une heure de torture et 30 000 $. D’emblée l’auteur prévient, en préambule du roman, que le chapitre 3 sera difficile à lire, éprouvant, difficilement soutenable, mais qu’il sert le propos général du livre. En effet dans ce chapitre, le producteur du film décrit par le menu toutes les tortures qui seront infligées à Rafael. Et Rafael signe.

Mais le plus insoutenable dans ce livre, c’est l’impuissance du lecteur face à la manipulation des uns, la complicité tacite des autres, et la naïveté de Rafaël. Bien sûr que sa femme ne touchera jamais les 30 000 $, mais seul le lecteur le comprend, et il faut le suivre dans sa fierté toute neuve dépenser son avance en cadeaux symboliques pour ses enfants, robes pour sa femme et une risible dinde. Il faut encaisser la pauvreté de ces familles et la dignité de Rafael, et les tripes qui se nouent au fil des pages.

Court roman (190 pages), il se lit d’une traite, et d’ailleurs il faut le lire d’une traite, pour en accuser toute la force.

 

Titre original : The Brave, © Gregory McDonald, 1991, © 1996 pour la traduction française chez Fleuve Noir.

 

10-18, 190 pages, juin 2005, prix :6,50 €

Ma note :


Crédit photo couverture : © Karnil Vojnar / photonica et éd. 10-18

(PS : et contrairement à ce que je disais en marge (blog-it), ce 10-18 là est lisible sans arracher les pages, même si les marges sont petites, elles existent et la typographie est correcte. Il semble que seuls les pavés classique souffrent d’une densité maximale).

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M

Chère Hélène, je viens de relire avec grande émotion "Rafael, les derniers jours", un livre inoubliable. Une histoire très noire, mais tellement flippante où le réalisme du récit nous brûle les
boyaux, à chaque page. Inoubliable !
Félicitations Hélène pour ton blog et à bientôt MIC.


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F
J'aime bien qu'un roman me pousse ;a réflchir et m'interpelle.  Je note.
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K
Malgré ton commentaire très positif... ce n'est pas pour moi... pas du tout!  Je n'ai pas la force pour lire certaines choses et je crois que je vais faire des cauchemars juste à y penser... je suis teeellement pas faite forte!!
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L

Alors oublie, vite :-) il y a tant d'autres choses à lire, de toute façon !


L
J'avais déjà noté ce titre et je souhaitais rebondir sur ton edit: J'ai remarqué que les classiques souffraient d'éditions au rabais, c'est quand même fort dommage quand on sait qu'ils ont déjà du mal à trouver preneur!!!
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L

oui, d'autant qu'ils sont souvent imposés aux collégiens / lycéens peu enthousiastes alors si en plus l'objet ne fait pas envie !


N
damned, je suis reconnue... (zut ;))
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J
je l'ai lu il y a 2 ans, je crois qu'il m'a "traumatisé" et rien que d'y penser, j'en ai des frissons.
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L

et oui, parmi les centaines d'histoires qu'on lit, il y en a quelques unes qui méritent de rester... Pour ma part pas par traumatisme mais parce que c'est un bon
bouquin ;-))


N
fichtre.... je note, en tremblant un peu, mais ce que tu en dis me donne diablement envie..
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L

ah bah tiens, tu as changé de prénom ? est-ce l'influence du chat d'emeraude ou du sapin et du foie gras ? ;-))


I
Et finalement, le chapitre 3 n'est peut-être pas le plus violent du roman... émotionnellement parlant.Je garde un souvenir très vivace de ce livre.
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L

oui, c'est exactement cela ICB, le chapitre 3 n'est pas le plus violent... c'est un livre uppercut, mais c'est bien qu'il en existe qqs uns comme ça.


P
la photo des nuques est très à la mode sur les couvertures
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L

mmh oui, mais là quand on connaît l'histoire, c'est pas glamour du tout une nuque....


L
Malgré ton enthousiasme, je ne suis pas tentée. Les mots "insoutenable", "éprouvant", "difficile" m'arrêtent. :/
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L

oui, je te comprends, il y a des moments où on n'a pas envie de cela...