Les jardins d'Hélène

essais - documents

Quand la lecture devient voyage

4 Août 2006, 14:07pm

Publié par Laure

Je profite de l’été un peu plus creux au travail (pas d’accueils de classes !) pour lire enfin quelques livres professionnels. Je ne vais donc pas vraiment parler de ce livre qui n’intéressera que les bibliothécaires et les enseignants, mais j’en garderai juste quelques notes pour mémoire. Ce livre propose de monter une animation intéressante (le fameux voyage-lecture) dans un partenariat intéressant avec les enseignants, plaçant l’enfant au cœur de la lecture, en dehors des productions écrites obligatoires ou rasoirs, et nous sortant nous, bibliothécaires de notre rôle parfois énervant de simples fournisseurs de l’éducation nationale.

Bref ce livre m’a remis du baume au cœur, ne serait-ce qu’en rappelant que malgré tout notre bon vouloir, nous en oublions trop souvent que notre tâche principale devrait d’abord être, pour devenir de bons passeurs, conseillers, médiateurs ou initiateurs du livre, la lecture ! C’est tout bête mais à force de pédaler au quotidien le nez dans le guidon parce qu’il faut bien avancer et parce qu’on nous en demande toujours plus (trop ?), on en oublie aussi que parfois ça fait du bien de se poser pour réfléchir un peu à ce que l’on fait ! (et on ne lit jamais au travail !)

Si monter un voyage lecture demande un gros investissement  (en temps et en concertation) au départ, il me semble pour le moins passionnant et payant en retour.

Si d’ailleurs vous avez idée de titres de romans pour des enfants de CM1-CM2 (9-10 ans) sur le thème de la mer, n’hésitez pas à me laisser un commentaire (parce que je trouve toujours vos idées meilleures que les miennes !!)

Le voyage-lecture, bibliothèques et écoles associées, ou comment vivre avec douze livres une histoire commune de lecture, par Véronique-Marie Lombard

Ed. Du Cercle de la Librairie, sept.2003, 93 p. ISBN 2-7654-0865-3, prix : 25 €

Ma note :4,5/5

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Tant qu'il y aura des livres - Laurence Santantonios

29 Juillet 2006, 09:18am

Publié par Laure

D’abord enthousiaste à la lecture de ce livre, le soufflé est un peu trop vite retombé. Au début j’apprenais plein de choses, ensuite beaucoup moins ! Je suis donc beaucoup plus proche de l’avis de Flo que de celui de Cuné. Peut-être parce que travaillant dans le milieu du livre, j’ai déjà lu une bonne part de ces infos dans des articles professionnels. C’est néanmoins un très bon livre pour un public néophyte qui voudrait un aperçu complet mais compréhensible et clair du monde l’édition, des librairies et des bibliothèques.

Je vous livre quand même les passages qui m’ont plu, comme ça, sans logique particulière, dans le sens de lecture, c’est tout :

(tous les passages en bleu-vert sont des citations de l’ouvrage) 

4000 nouveaux livres paraissent chaque mois. 

Les éditeurs détruisent des millions de livres chaque année (104 millions plus les 2 millions pilonnés par les bibliothèques françaises)

18% seulement des Français sont de gros lecteurs, c’est-à-dire qu’ils lisent plus de 20 livres par an. (nous c’est par mois ou presque, nous ne sommes pas normaux, mais vous le saviez déjà !) 

La crise du disque (celle de la vidéo bientôt ?) libère de la place pour le livre. En 1995, Virgin avait fait 14% de son chiffre d’affaires avec le livre et 65% avec la musique. En 2004, les chiffres étaient de 25,5% avec le livre et 31% avec la musique. 

Sur la différence entre livre soldé et livre d’occasion (ça fait du bien de le rappeler) :

Le solde est principalement un palliatif au pilon. Le livre d’occasion est une manière de donner une seconde vie à des livres qui ont déjà été achetés et lus.  

Le directeur d’une grande maison d’édition généraliste constatait que l’édition de littérature générale voue à la destruction (déstockage, pilonnage) à peu près la moitié de ce qu’elle fait imprimer. (p.147)

Cette remarque de François Taillandier à propos de la réédition en format de poche : « La réédition en format de poche veut dire que les éditeurs jugent que ça vaut le coup, que l’ouvrage peut trouver un deuxième souffle, un public que l’édition première n’a pas atteint.

Combien de fois a-t-on entendu : « je l’achèterai quand ça sortira en poche… » Au passage, les lecteurs qui disent cela devraient songer que si tout le monde réagit comme eux, cela n’arrivera jamais… » (p.150-151) 

En général, un livre de poche est réimprimé à partir de 300 exemplaires vendus par an.

Et pour finir, une citation qui fait chaud au cœur des bibliothécaires :

p.220 : les bibliothèques [publiques] sont les gardiennes du trésor (…) Les livres n’ont pas de meilleures maisons pour vieillir en beauté que les bibliothèques.

Et j'aurais pu citer d'autres passages sur la passion de beaucoup de libraires, j'ai aimé qu'elle cite Lirabur, la petite librairie qui a lancé son Prix du Livre oublié (et qui a son blog), la part énorme des diffuseurs dans le circuit, etc.

Bartillat, mars 2005, 240 p. ISBN 2-84100-339-6, prix : 18 €

Ma note : 3/5

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Comment élever un ado d'appartement ? - Anne de Rancourt

8 Juillet 2006, 09:04am

Publié par Laure

L’éleveuse auteur de ce guide est expérimentée : elle a 4 spécimens mâles à la maison, ce qui lui a permis tout loisir d’observation sur une longue période.

Au final, tout parent d’adolescent, mâle ou femelle – les deux genres sont étudiés – n’apprendra pas grand-chose de neuf sur le comportement de l’espèce (il vit avec !), mais passera son temps de lecture à sourire en pensant : « oui, c’est exactement ça, j’ai le même à la maison ». Ce livre permettra donc l’aération profitable des neurones surmenés de la mère de famille (ou du père, s’il possède le chromosome « lecture », c’est moins sûr) en lui offrant un temps d’humour assuré et le recul nécessaire à la dédramatisation de son enfer domestique et éducatif quotidien.

La mère étant un spécimen par nature empathique et altruiste, elle offrira ce petit bouquin à ses copines dotées d’un élevage similaire.

Et puis avouez que la couverture est géniale et donne déjà le ton : l’ado en boîte de conserve ! J’y avais d’abord vu une boîte de soda, compagne de l’ado d’intérieur par excellence, lequel vous offre en plus le rot en direct live, vous savez comme quand il était petit et que vous lui tapotiez le dos pour que ça sorte après les tétées. Ben là plus la peine, au contraire, vous vous échignez en vain à calmer ses spontanéités digestives.

Une tempérance sur la fin : la comparaison poussée avec la race canine m’a un peu agacée.

Je ne ferai qu’une mise en garde concernant ce livre : il a des chances d’être éphémère, car l’ado d’intérieur est une espèce en voie de mutation constante, ce qui est vrai en 2006 ne le sera peut-être plus en 2008, alors faites vite, lisez-le tout de suite !

PS : pour ma part je ne possède que la version « débutante » du spécimen (10-12 ans) mais je vous assure que je suis une bonne éleveuse : tout correspond !

PS 2 : ça marche tout pareil avec un ado de maison, si vous êtes dépourvu d'appartement, car l'ado ne s'aventure jamais à mettre un orteil dans le jardin, c'est contraire à son éthique.

 

L’avis de Tatiana : ici

Ed. Chiflet & Cie, janvier 2006, 123 p., ISBN 2-35164-002-0 , prix : 9,50 €

Ma note : 4/5 

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Il n'est jamais trop tard pour pardonner à ses parents - Maryse Vaillant

6 Juin 2006, 16:22pm

Publié par Laure

Plus que l'envie de partager ce petit bouquin quand même très spécifique, je souhaite juste garder une petite trace quelque part de ma lecture.

Etoffé de cas cliniques qui constituent des exemples, ce petit livre fait bien le tour de la question du pardon filial : que pardonner (mais a-t-on seulement le droit de juger ses parents ?), la gravité de la faute n’est pas toujours égale à la proportion de la souffrance, pourquoi pardonner ? et comment le faire ?

Les chapitres sont conçus de la même façon : un cas pratique, un développement. Je regrette simplement que le développement ne soit pas toujours en lien direct avec le témoignage qui le précède, que le cas donné en exemple ne soit pas analysé plus en détails et donc plus approfondi. J’ai bien apprécié toutefois la comparaison du cheminement du pardon avec le travail de deuil : le réquisitoire ou le refus et la colère, l’inventaire ou le chagrin et les larmes, puis l’acceptation.

 

Un regard mitigé peut-être parce que ce n’est pas exactement ce que je cherchais comme ouvrage mais puisqu’il me passait souvent entre les mains au travail, j’ai fini par y jeter un œil. Mais comme le dit aussi l’auteur, chaque cas est unique et chaque réaction est tellement personnelle qu’il est assez difficile finalement de théoriser sur le sujet. C’est néanmoins fait avec intelligence.

 

Pocket, oct.2004, 247 p., ISBN 2-266-12424-2

Ma note : 2,5/5

 

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La fabrique du crétin : la mort programmée de l'école - Jean-Paul Brighelli

18 Mai 2006, 12:30pm

Publié par Laure

D’abord, ne pas faire le contresens : il ne s’agit pas d’une fabrique de crétins ou à crétins, mais de la fabrique DU crétin. « Le Crétin dont il s’agit n’est pas le produit de la fabrique, mais son ingénieur, son directeur, son patron. », dixit le préfacier Bernard Lecherbonnier.

Ce livre, qui prend des allures de pamphlet, est aussi excellent qu’affolant. Depuis l’avènement de la Nouvelle Pédagogie, c’est l’hécatombe : éradication du savoir, faillite organisée de l’enseignement, renoncement à la culture, l’école s’épuise juste à formater par le bas des « apprenants » qui seront ouvriers malléables et corvéables à merci pour une industrie immédiate. L’honnête homme et la littérature ont disparu, tout au plus mettra-t-on sur le même plan une biographie d’une star loftstorienne et une œuvre de Racine.

Je me suis souvent surprise à rire (jaune) : phrases mordantes, humour, ironie, et constat effarant dont il faut bien convenir qu’il est réaliste. Et l'auteur a toutes les compétences pour prétendre savoir de quoi il cause. La licence d’aujourd’hui équivaudrait au bac d’il y a 15 ans. Nos enfants ne savent plus écrire une ligne sans 5 fautes d’orthographe, au mieux. Mais ils savent utiliser Internet. Génial. La preuve, mon fils (en 6ème) étudie l’Odyssée sur Internet en ce moment. Ah bon, mais vous avez un livre ? des extraits photocopiés à lire ? Non non on cherche sur Internet ; y a un groupe qui travaille sur le voyage d’Ulysse, un groupe qui travaille sur les femmes dans l’Odyssée, etc. Ah. Mais vous faites quoi exactement ? Ben on cherche sur Internet. Re-ah. Pauvre Homère. Idem pour ma fille, qui est en CM1. Elle passe plus de temps scolaire à faire de la danse contemporaine et des sorties diverses et variées qu’à apprendre sa table de 9. Reste Mosquito, qui du haut de sa Moyenne Section, est aujourd’hui à la ferme pour aller voir la tonte des moutons, et demain elle continuera d’apprendre à écrire son prénom en attaché, tout en sachant compter jusqu’à 50. Et en 6ème, elle n’en saura guère plus. Suis cynique, hein, mais lisez ce bouquin, et vous comprendrez !

Certes l’auteur ne propose pas de solutions (c’est l’objet d’un second livre paru récemment) et on pourrait l’accuser de nostalgie outrancière du bon vieux temps si ses arguments n’étaient pas aussi efficaces et vérifiés.

A lire, vraiment. Mais cela fera-t-il bouger en haut lieu, où politiciens et didacticiens savent mieux que les enseignants ce qu’il faut faire ?

Ed. JC Gawsewitch, sept. 2005, 218 p., ISBN 2-35013-035-5, prix : 16,90 €

Ma note : 4,5/5

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