Les jardins d'Hélène

essais - documents

Santé, le grand fiasco – Véronique Vasseur et Clémence Thévenot

9 Décembre 2013, 08:13am

Publié par Laure

Cet ouvrage signé Véronique Vasseur, médecin à l’hôpital Saint-Antoine à Paris (souvenez-vous de Médecin-chef à la prison de la Santé) et Clémence Thévenot, journaliste, dresse un état des lieux sidérant de la santé publique aujourd’hui en France. Le beau modèle de la sécurité sociale créé en 1946 ne peut plus perdurer et ce n’est pas une énième petite réforme qui changera les choses en profondeur. Quand nous réveillerons-nous et accepterons-nous d’y réfléchir et d’en débattre ?

 

L’ouvrage passe en revue tous les dysfonctionnements, gaspillages, exemples consternants de gâchis monumentaux, consumérisme outrancier (« je cotise j’y ai droit »), mains lourdes des praticiens, lobbying des laboratoires pharmaceutiques acoquinés avec l’État, scandale du Mediator, etc. En soi vous n’apprendrez pas grand-chose de neuf pour peu que vous suiviez l’actualité (et que vous habitiez un désert médical comme moi où le délai d’obtention d’un rendez-vous chez un ophtalmo est aujourd’hui de 12 mois, 6 mois chez un dermato, impossible chez un gynéco (ne prennent plus de nouveaux patients) et que vous pourriez prendre des cours de roumain en allant chez le généraliste), d’autant que les bonnes feuilles de l’ouvrage avaient été publiées dans le Point au moment de sa sortie, mais l’accumulation des situations décrites (tristement réelles) ne peut que faire prendre conscience du pessimisme de l’avenir, et du changement colossal qu’il faudrait mettre sur les rails. Alors pourquoi on ne change rien, à part dérembourser de plus en plus de produits sans que les économies réalisées, de minuscules gouttes d’eau, parviennent à combler le gigantesque trou ? Parce que ce serait impopulaire. Et que lorsque l’on veut être élu, on ne peut pas se permettre d’être impopulaire. Et parce que tout le monde devrait se remettre en questions, élus, soignants, mais aussi malades « consommateurs » qui ont remplacé la notion de santé par les notions de bien-être et de confort.

L’ouvrage est très facile à lire, à la limite du langage parlé parfois, pas de verbiage alambiqué, c’est simple et direct. Dix grandes parties (ah, la CMU, l’AME, l’ALD, leurs contradictions et leurs aberrations, tout un poème !, les fraudes – de toutes parts, etc.) qui offrent chacune une introduction simple, et deux ou trois chapitres de développement.

J’hésite souvent à parler des docs que je lis, parce qu’il s’agit souvent d’un choix très personnel mais celui-ci nous concerne tous… Salutaire, mais vain ?

 

p. 35 : « Mais le gouvernement continue d’éviter les réformes aux allures de suicide électoral. La prudence des élus est responsable de la lente dégradation qui ronge notre système. »

 

Flammarion document, septembre 2013, 306 pages, prix : 19 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Flammarion

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Ça n’a pas l’air d’aller du tout ! Olivia Hagimont (et Christophe André)

19 Juillet 2013, 08:53am

Publié par Laure

(ou comment les crises de panique me sont tombées dessus)

 

ça n'a pas l'air d'aller du tout !Olivia Hagimont est illustratrice, mariée et mère de deux enfants, la trentaine, une vie tout ce qu’il y a de plus normale. Quand soudain les crises de panique lui tombent dessus. Les vraies, ce trouble anxieux récurrent avec sensation de mort imminente, consultation des urgences et écart peu à peu de toute vie sociale pour éviter toute situation qui pourrait entraîner une nouvelle crise. Les attaques de panique sont une maladie bien connue des psychiatres, qui ont les remèdes adéquats (médicaments au départ, puis psychothérapie comportementale). (Les généralistes sont plus rares à faire immédiatement le diagnostic, on vous balade souvent de spasmophilie en tétanie en passant par stress et anxiété)

Bien sûr chaque cas est particulier et il ne sera pas forcément nécessaire de se faire interner volontairement en HP comme l’auteur pour s’en sortir, mais son ouvrage est excellent à plus d’un titre :

- il explique bien, clairement, et de manière juste

- il dédramatise et fait sourire

- la BD est sympa, scénario et dessins, tout se tient (ça donne envie d’aller voir ce qu’Olivia Hagimont a fait d’autre)

Ce qui est encore plus intéressant peut-être (la BD est un témoignage personnel), c’est la quinzaine de pages en postface rédigées par le médecin psychiatre Christophe André : il explique le mécanisme des crises, les façons de les gérer, de vivre avec, et de s’en débarrasser, ou du moins, de les accepter et de les maîtriser. Il écarte toutes les idées reçues et bêtises fréquemment entendues sur le sujet, et des pistes de lecture et de sites internet sont proposés en fin d’ouvrage pour ceux qui souhaiteraient aller plus loin.

 

Un ouvrage qui allie humour, dédramatisation et explications simples, intelligentes et professionnelles.

A lire par tous ceux qui en souffrent, ou par leur entourage souvent démuni.  

 

Odile Jacob, mai 2012, 95 pages, prix : 14,90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Olivia Hagimont et éd. Odile Jacob

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Publique ou privée : quelle école pour nos enfants ? - Bruno Poucet et al.

25 Octobre 2012, 07:54am

Publié par Laure

 

Médiateur : Bruno Poucet

Contradicteurs : Gérard Aschieri (FSU), Patrick Roux (FNEP)

 

Egalité des chances ou liberté de choix ?

 

publique-ou-privee-quelle-ecole.jpgJe mesure combien il est difficile de parler d'un ouvrage documentaire (sans en recopier la moitié) alors que je l'ai pourtant trouvé bien conçu et intéressant. Lu dans le cadre de l'opération la Voie des Indés proposée par Libfly, j'avais pris le soin de choisir un thème qui m'intéressait vraiment. Vivant dans l'ouest de la France où l'enseignement privé est particulièrement répandu (c'est bien simple dans mon petit village de 2000 habitants, nous avons tout en double : deux maternelles, deux primaires et deux collèges avec à chaque fois le choix privé ou public. Choix qui va de pair avec des querelles de parents aussi passionnées que virulentes, chacun expliquant son choix avec bien souvent des arguments de mauvaise foi. Cela va même parfois jusqu'à des gens qui ne se côtoient pas dans la rue, persuadés que l'autre est dans l'erreur !), je suis parfois prise à parti, travaillant régulièrement avec les deux types d'établissement.

 

L'intérêt de ce petit ouvrage est de dépassionner le débat, et de confronter deux contradicteurs spécialistes du sujet, tout en rappelant quelques notions historiques et chiffrées.

Le modérateur introduit notamment le sujet par un rappel historique et législatif. On trouvera aussi une bibliographie pour aller plus loin.

Les deux contradicteurs ne m'ont pas convaincue de la même manière, les arguments de Gérard Aschieri (FSU) sont clairs et bien étayés : est-il normal que l'Etat finance à près de 80 % un enseignement privé alors que ce dernier n'a pas les mêmes obligations, notamment en matière d'égalité sociale ? L'entre-soi et le communautarisme qui ne vont pas dans le sens de la réussite contrairement à ce que l'on pourrait croire, la concurrence privé-public souvent véhiculée par un bouche à oreille fondé sur de mauvais critères sont bien expliquées. En face, Patrick Roux, défenseur de l'enseignement privé indépendant (c'est-à-dire hors contrat, faiblement représenté et touchant essentiellement le supérieur) m'a semblé user d'arguments parfois clichés et peu démontrables (comment peut-on éduquer des enfants dans le public alors qu'on a affaire à des profs peu impliqués qui ne sont là que pour la sécurité de l'emploi et les vacances, alors que dans le privé la menace d'être viré – tant pour les élèves que pour les profs - accroitraient la motivation), et se situer sur un domaine difficilement comparable (celui de la formation professionnelle privée).

Les annexes chiffrées et les repères chronologiques en fin d'ouvrage sont intéressants à rappeler.


Une collection à surveiller, qui propose d'autres titres (nos retraites : répartition ou capitalisation ?, les réseaux sociaux sont-ils nos amis ?, agriculture biologique, espoir ou chimère ?, faut-il renoncer au nucléaire ? - ces deux derniers annoncés pour février 2013) où l'abondance d'informations peut nécessiter parfois de revenir à des documents synthétiques et surtout, objectifs.

 

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éd. Le Muscadier, collection le choc des idées, juin 2012, prix : 9,90 €

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Crédit photo couverture : © Espelette et éd . Le Muscadier

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Aimer lire : une passion à partager - Emmanuel Pierrat

15 Octobre 2012, 07:49am

Publié par Laure

 

aimer-lire.jpgEt c'est bien ce que fait Emmanuel Pierrat dans ce livre : partager sa passion. Très grand lecteur (il n'aurait besoin que de très peu d'heures de sommeil), Emmanuel Pierrat est multicasquette : avocat spécialiste du droit d'auteur et de la propriété intellectuelle, romancier, essayiste, spécialiste et auteur de littérature érotique, éditeur, bibliophile, tout cela ne découle-t-il pas de sa passion première : la lecture ?

Découpé en 10 chapitres assez brefs, l'auteur rappelle comment il a grandi en dévorant les ouvrages de la bibliothèque Elsa Triolet de Pantin (très beau chapitre sur les bibliothèques!) , mais il aborde aussi la relecture, la bibliophilie, les librairies, le numérique, le partage de ses lectures (l'importance de l'acte d'offrir un livre), la lecture à voix haute, etc.

Certes on pourra dire qu'un grand lecteur passionné n'apprendrait pas énormément de choses à la lecture de cet ouvrage, mais il est à prendre comme une gourmandise à déguster, en tout cas c'est ainsi que je l'ai savouré. Et comme tout ouvrage sur les livres et la lecture, vous rebondirez inévitablement sur un titre ou un autre, noterez telle idée de lecture ou relecture, c'est un puits sans fond, mais ô combien enrichissant.

 

Editions DuMesnil, mai 2012, 138 pages, prix : 14,50 € 

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Crédit photo couverture : © Fotolia.com et éd. Dumesnil

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C'est qui Catherine Deneuve ? - Dominique Resch

9 Octobre 2012, 14:01pm

Publié par Laure

c-est-qui-catherine-deneuve.jpgGrande déception pour moi à la lecture de ce livre que je voyais encensé un peu partout comme un bon titre de la rentrée littéraire. Recueil de chroniques (et non roman comme je l’avais à tort compris) d’un professeur de français et histoire-géo dans un lycée professionnel des quartiers nord de Marseille, l’auteur essaie de montrer avec humour que si enseigner n’est pas toujours simple, ces élèves-là sont aussi attachants, curieux et méritent qu’on leur accorde attention et énergie (mais en douterait-on d’ailleurs ?)

J’ai été gênée par un petit côté donneur de leçons, « voyez comme je fais moi et comme ça marche », alors que j’imagine que ce n’était pas l’objectif premier de l’auteur. Plus que sur les élèves, j’ai trouvé que le récit se recentrait systématiquement et un peu trop sur le professeur. Sans compter de longues et ennuyeuses digressions (j’ai fini par sauter des paragraphes), notamment sur le GPS, sans intérêt aucun. Quelques rappels à un ouvrage précédent (Mots de tête, 2011, même éditeur) qui j’imagine était de la même veine, et l’on pourrait penser sans peine que ces « perles » de métier continueront de se multiplier. Hormis une logique temporelle (1ère chronique en début d’année, dernière en fin d’année), je n’ai pas trouvé de fil non plus entre les textes, sinon le retour – toujours -  sur le professeur.

Le seul passage que j’aie vraiment trouvé pertinent est celui sur le parallèle entre ce que l’on attend des élèves et les débordements de ceux qui nous gouvernent : comment rester crédible ? des réactions intéressantes de la part de ses élèves !

Un récit très personnel, un peu trop bavard en détails hors sujet, qui n’a pas réussi à me séduire.

 

p. 142 « Il ne me reste plus qu’une solution pour sauver le monde envahi par la bêtise : devenir Zorro pour massacrer les imbéciles.

Prof, quoi. »

 

Hum.

 

Merci à Solenn qui en a fait un livre voyageur.

 

Autrement Littératures – août 2012 – 184 pages – prix : 15 €

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Crédit photo couverture : © Flore-Aël Surun / tendance floue / éd. Autrement.

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Pendant qu'ils comptent les morts – Marin Ledun et Brigitte Font Le Bret

8 Juillet 2012, 16:20pm

Publié par Laure

 

(Entretien entre un ancien salarié de France Télécom et une médecin psychiatre)

 

pendant-qu-ils-comptent-les-morts.jpgJe connaissais Marin Ledun en tant qu'auteur de romans policiers, j'ignorais qu'il avait été chercheur en sociologie des usages au Centre de Recherche et de Développement de France Télécom. C'est en tant que salarié de France Télécom souffrant du nouveau management mis en place par l'entreprise lors de sa privatisation qu'il rencontre la psychiatre Brigitte Font Le Bret, qui reçoit les salariés qui vont mal.

S'intéressant toujours au fonctionnement interne de l'entreprise et au traitement médiatique qui est fait de la vague de suicides à France Télécom, quelques années après avoir démissionné, Marin Ledun décide de recontacter cette psychiatre pour analyser ce qui s'est passé et en faire un livre d'entretien. Ils ont la volonté de comprendre. « Qu'il soit bien clair que l'objet, ici, n'est pas et n'a jamais été la question du suicide en soi, mais bien celle de la cécité vis-à-vis des pratiques managériales et des nouvelles formes d'organisation du travail. Ou comment des vies sont sacrifiées chaque année sur l'autel de la rentabilité. » (p. 15) Et en ce sens, ce livre est salutaire, passionnant et éclairant.

Les auteurs expliquent comment sont infantilisés, isolés, et surveillés en permanence les salariés. Comment on leur donne des objectifs irréalisables, comment on les détruit intérieurement en leur imposant des mobilités forcées, des postes qui n'ont rien à voir avec leurs compétences, etc.

La psychiatre apporte des explications intéressantes sur la distinction entre dépression et souffrance au travail (on a pu lire souvent que ceux qui s'étaient suicidés étaient déjà dépressifs ou avaient des problèmes personnels), elle démontre bien comment c'est cette nouvelle gestion des ressources humaines qui leur a été fatale.

Les auteurs relatent aussi l'attitude des clients consommateurs (le fameux client roi), et de toute cette urgence de la société aujourd'hui qui ne tolère plus la moindre panne ou défaillance quelques heures. Comment les clients eux-mêmes participent de cette violence dans des propos outranciers, façon « je n'en dis pas plus parce que sinon vous allez vous suicider », quand ce n'est pas directement « allez donc vous suicider ! ».

L'entretien porte essentiellement sur France Télécom mais on peut l'extrapoler à d'autres entreprises qui fonctionnent de la même manière.

La postface de Bernard Floris apporte un éclairage historique intéressant sur l'évolution du management et de l'organisation du travail, du taylorisme au management par la menace. Au-delà, c'est toute une réflexion sur notre société du profit qui est engagée. « Quand refuserons-nous de vivre et travailler ainsi ? » conclut Bernard Floris.

 

 

La Tengo éditions, avril 2010, 164 pages, prix : 15,50 €

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Crédit photo couverture : © Olivier Brut et La Tengo éditions.

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Juste après dresseuse d'ours - Jaddo

3 Décembre 2011, 11:06am

Publié par Laure

(Les histoires brutes et non romancées d’une jeune généraliste)

 

jaddo.jpgEn guise de préambule, le pourquoi du comment j’ai acheté ce livre. Lorsque ma fille était en 3ème, l’an dernier donc, il fallait absolument qu’elle mette un métier sur ses fiches d’orientation. Sauf qu’à 14 ans, elle ne savait fichtrement pas ce qu’elle voulait faire plus tard, et bonne élève, toutes les portes lui étaient encore ouvertes. Comme de toute évidence elle a un goût plutôt prononcé pour les sciences, on a bien essayé de gruger, en mettant bac s, tu parles, c’est un métier qu’ils veulent dans leurs petites cases et cervelles bornées, pas un vague « études supérieures mais on sait pas encore lesquelles ». Alors on a fait les tests sur le site internet du collège (je dis « on » parce qu’on a tellement éclaté de rire à la lecture de ses résultats que j’ai fait le test aussi, et que j’ai obtenu sensiblement les mêmes réponses – alors que moi je ne suis pas matheuse pour deux sous, loin s’en faut.) : les résultats furent édifiants, les métiers qui correspondaient à son profil étaient dans l’ordre (alphabétique visiblement) : bûcheron, cavalier de la garde républicaine, coiffeur, infirmière, maçon, médecine (notez qu’il n’est pas écrit « médecin ») et je ne sais plus quoi de  tout aussi varié et farfelu. Alors pour avoir la paix, on a mis « médecine » sur la fiche de 3ème, tout en commençant à réfléchir à cette éventualité. On vit dans un désert médical rural, on a une super généraliste mais qu’on a dû suivre à 30 km, autant dire qu’on ne va pas consulter pour une grippe ou une gastro vu qu’on n’est pas trop en état de conduire, et que tous les rares autres dans le coin, tu sais ce qu’il y a sur l’ordonnance avant même d’y aller, consultation en 7 minutes chrono le temps de remplir le chèque compris, et de toute façon ils ne t’écoutent pas. Bref. Je lui ai offert ce livre. Elle l’a lu dans la journée, me l’a redonné pour que je le lise, en me disant : « au moins maintenant je suis sûre d’une chose, je ne ferai jamais médecine »

Pourquoi donc ? Parce que médecin, c’est soigner les gens, ce n’est pas se battre avec 36000 absurdités économico-politiques et j’en passe. Je lui ai passé tout Winckler derrière, ce qui n’a fait que la conforter dans son verdict : elle ne fera pas médecine. Ce qu’elle veut maintenant, tenez-vous bien, c’est être technicienne dans la police scientifique (vous savez, les experts, pour quelqu’un qui ne regarde pas ou peu la télé, au secours), pour savoir si le poil trouvé sur la scène de crime, c’est un poil humain, un poil d’ours, ou un poil de pull angora teint en rose. Tu vois, Jaddo, si t’avais pas voulu dresser les ours on n’en serait pas là. Des poils d’ours… argh.

 

Fin du préambule. Venons-en au livre.

 

Jaddo, c’est d’abord l’auteur d’un blog, qui chronique son quotidien de jeune médecin généraliste remplaçante, mais qui revient aussi sur ses études, son externat, son internat, les grands chefs, et les malades, tout le monde en prend pour son grade, et c’est justifié. De ce blog un éditeur a fait un livre, préfacé par Martin Winckler, car bien sûr on ne peut s’empêcher de penser à la maladie de Sachs, aux trois médecins, etc. Ce qui ressort de ce livre, outre l’humour et la sensibilité de la perception des situations, c’est l’absurdité, l’agacement, la colère, la bêtise. On pense médecine humaniste et égale pour tous, on gère des trucs invraisemblables. Le livre de Jaddo remet un peu d’humanité et de bon sens là où il n’y en a plus guère, et c’est salutaire. On devrait offrir ce livre à tous les patients (pardon, clients consommateurs qui y ont droit parce qu’ils cotisent) et à tous les décideurs.

Un bon moment « tranches de vie », agréable à lire et qui vous ouvre les yeux.

 

Moi je crois que c’est pour lutter contre tout cela justement que ma fille devrait faire médecine, parce que je suis pas sûre qu’il y ait de l’avenir dans les poils d’ours (à moins qu’on les clone), mais bon, à 15 ans et en classe de 2nde, je dis surtout qu’elle a toute la vie devant elle et encore au moins 2 ans avant de faire un premier choix. (Parce que pour avoir un fils en terminale, je vous confirme que le choix se fait au plus tard en janvier février, c’est-à-dire bien avant le bac). Et que même si elle fait coiffeuse de poney avec les bûcherons, c’est bien aussi.

 

Fleuve noir docs, octobre 2011, 292 pages, prix : 14,90 €

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Crédit photo couverture : © Boulet et éd. Fleuve noir.

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Légume vert - Philippe Vigand

23 Octobre 2011, 15:05pm

Publié par Laure

 

legume-vert.jpgPhilippe Vigand est atteint du locked-in-syndrom depuis vingt ans, suite à un accident vasculaire cérébral. Il est tétraplégique, n'a plus l'usage de la parole, la tête qui penche de côté, et la bouche qui bave en permanence. Il consent à dire qu'il est un légume, avec humour,  il veut bien être un légume vert, « parce que c'est bon pour la santé. » Car son cerveau lui, fonctionne bien.

 

Vu un peu partout comme un témoignage extraordinaire rempli d'humour et une belle leçon de vie, je ne dois pas avoir lu le même livre, car je n'y ai pour ma part retenu qu'un ensemble d'anecdotes en lien avec un quotidien forcément matériellement compliqué, quant à l'humour, il est souvent plein d'aigreur. L'auteur se plaint sans cesse du regard misérabiliste des gens, ou de leur compassion, ou de la gêne de ceux qui détournent le regard (il reconnaît le paradoxe), il veut qu'on le regarde normalement. Alors je vais être honnête jusqu'au bout : je ne vois pas l'intérêt de ce livre. Avais-je besoin de cette lecture pour savoir qu'il y a plein d'idiots (pour ne pas dire autre chose) parfaitement valides qui se garent chaque jour sur les places de parking réservées aux handicapés, et que c'est compliqué d'aller au concert et de prendre l'avion pour visiter le monde quand on est atteint de son handicap, mais que bien sûr il en a tout fait le droit ? Je ne l'aurais pas imaginé toute seule, sans blague ?

J'ai quand même appris qu'il y avait 500 personnes atteintes de locked-in-syndrom en France. Faut-il pour autant en faire 499 autres livres de cet acabit (pour rester dans le même type d'humour)? L'écriture peut être un élément fort pour poursuivre sa vie dans ces conditions, ou pour informer humblement, mais là, je trouve le résultat un peu vain.

 

Anne Carrière, avril 2011, 151 pages, prix : 14,90 €

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Crédit photo couverture : © Thierry Müller, illustration Pacco, et éd. A. Carrière.

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Nos vies romancées - Arnaud Cathrine

6 Octobre 2011, 07:02am

Publié par Laure

nos-vies-romancees.jpgJ’aime beaucoup les romans d’Arnaud Cathrine. Je n’ai donc pas pu m’empêcher d’acheter ce nouvel ouvrage sur ses « livres de chevet », ces fameux auteurs qui l’ont accompagné et construit.

Ici, point de liste des cent livres qu’il faut avoir lus, le choix est restreint, puisqu’il se limite à six titres ou auteurs : Frankie Addams, de Carson McCullers, Françoise Sagan, les Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, Mars de Fritz Zorn, Sarah Kane, et Jean Rhys.

Si Cathrine s’explique en ouverture de sa volonté d’écrire dans une démarche personnelle mais pas forcément intime, c’est peut-être ce qui m’a laissée trop à l’écart de son texte, car j’ai souvent eu l’impression d’une analyse littéraire poussée, plus que de l’expression d’un rapport intime au texte, en effet. Si pour certains auteurs il m’a donné envie de les découvrir (notamment le théâtre de Sarah Kane), beaucoup d’autres passages m’ont paru plus proches d’un quasi cours universitaire par lequel je ne me sentais pas du tout concernée. (Peut-être aurait-ce été plus profitable si j'avais lu les auteurs en question avant)

Pour avoir rencontré plusieurs fois Cathrine dans des échanges publics en médiathèque notamment, je préfère l’écouter parler de ces auteurs et de leur lecture que le lire sur le même thème.

Je vais rester davantage fidèle à ses romans.

 

Lire le début de l’ouvrage : sur le site de l’auteur 

L’avis d’Antoine, d’Art souilleurs  

 

Stock, septembre 2011, 206 pages, prix : 18,50 €

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Crédit photo couverture : © éd. Stock.

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Alzheimer mon amour - Cécile Huguenin

16 Septembre 2011, 09:51am

Publié par Laure

alzheimer-mon-amour.jpgCe livre est le récit intime et personnel de Cécile Huguenin, qui a connu cette dure et cruelle épreuve d’accompagner son mari Daniel atteint d’une forme aggravée de la maladie d’Alzheimer. Elle retrace leur parcours, sa lutte, sa présence indéfectible, sa force combattive, et sa vision des soignants rencontrés.

L’écriture est plaisante et soignée, travaillée, entrecoupée des poèmes de son mari. C’est une histoire personnelle qui dès lors n’appelle pas la critique. Toutefois je me suis fait la même réflexion tout au long du livre : j’ai souvent pensé au récit de Marie-Dominique Arrighi sur sa récidive de cancer du sein, avec en tête ce dont elle s’excusait presque constamment : la chance d’avoir une aisance financière et intellectuelle (elle était journaliste à Libé), de pouvoir faire face et questionner, d’avoir les moyens et l’audace de le faire. Mais quid de tous les autres, qui n’ont pas ces ressources, que ce soit l’aisance de communication, la ténacité à questionner et obtenir des réponses, et tous les frais financiers collatéraux … Cécile Huguenin a tous ces moyens, mais n’en fait jamais la réflexion : j’ai trouvé presque indécent le chapitre à Madagascar, où certes elle se défend de faire vivre là-bas quelques familles qu’elle a embauchées pour se faire aider, les passe-droits, cette aisance financière un peu trop arrogante. Bien sûr sa conduite n’est dictée que par son amour pour son mari et sa lutte féroce pour l’entourer au mieux, mais cela m’a gênée, car pour une personne qui le peut, combien d’autres ne le peuvent pas, et se retrouvent dans le dénuement le plus total ?

De même la dernière partie montre l’endroit idéal pour accompagner la fin de vie des malades, où humanité et respect sont les valeurs défendues. Puisse ce chapitre faire réfléchir et bouger les décisions économico-politiques de santé publique, on peut rêver, ou espérer. Mais ce n’est pas encore une généralité.

 

Aussi de ce livre plus que le témoignage « Alzheimer » je préfère garder deux choses : c’est d’abord et avant tout pour moi le récit d’une très belle histoire d’amour, fidèle et indéfectible, jusqu’au bout. Ce que je retiens également c’est un détour de la dernière partie qui dit simplement l’importance du respect de la personne : continuer toujours et encore à s’adresser au malade et à le regarder, plutôt que comme trop souvent, s’adresser à son accompagnant, en niant tout simplement la présence de l’autre pourtant vivant.

 

Si ce livre peut apporter un témoignage d’espoir aux familles tristement concernées (et c’est d’une actualité croissante, on le sait bien), non pas d’espoir de guérison, mais simplement de respect et d’humanité, et enfin d’apaisement, c’est déjà une très bonne chose.

 

 

Ed. Héloïse d’Ormesson, juin 2011, 124 pages, prix : 14 €

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Crédit photo couverture : © Emiliano Ponzi / Magnet Reps et éd. EHO

 

 

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