Les jardins d'Hélène

essais - documents

Vigile - Hyam Zaytoun

7 Mars 2019, 15:57pm

Publié par Laure

Ils se sont un peu disputés, des broutilles, ils ne peuvent plus continuer comme cela, ce qui peine la narratrice, c’est de se coucher ainsi. Dans la nuit, elle entend son compagnon émettre de drôles de bruits. Elle croit d’abord qu’il lui fait une mauvaise blague, il est en train de faire un infarctus massif.

Elle comprend l’urgence de la situation, appelle les secours en commençant le massage cardiaque tout en rassurant leurs enfants qui iront ouvrir la porte aux pompiers.

Trente longues minutes de réanimation avant qu’enfin les secours ne prennent le relais. Antoine sera immédiatement hospitalisé, dans le coma. Le pire est possible, au bout de quelques jours le corps médical laisse entendre qu’il y a peu d’espoir.

 

Écrit cinq ans après les faits, c’est le récit personnel de l’auteure, qui dit tout l’amour du couple, l’amour qu’elle porte à son conjoint, l’importance du soutien de l’entourage.

 

Rien de larmoyant, au contraire, un début très émouvant, un récit porté par une très belle écriture, auquel il manque toutefois un je ne sais quoi pour toucher à l’universel. Vigile souffre peut-être d’être une histoire trop personnelle, qui rappelle combien la vie est fragile et combien l’amour est source d’une force intérieure parfois insoupçonnée.

 

Un beau texte, parfois présenté comme un premier roman, identifié comme un récit sur sa page de titre, les avis divergent à ce sujet, peu importe, c’est une lecture aussi grave que stimulante, qui est avant tout une très belle histoire d’amour.

 

 

 

 

Le Tripode, janvier 2019, 124 pages, prix : 13 €, ISBN : 978-2-37055-185-6

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Le Tripode

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Raconte-moi la fin – Valeria Luiselli

5 Février 2019, 16:28pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Nicolas Richard

 

L’auteure, née au Mexique, a commencé à travailler comme interprète au tribunal de l’immigration de New-York au début de l’année 2015, en plein cœur de la crise des enfants migrants, des enfants isolés en provenance surtout du Guatemala, du Honduras, et du Salvador, qui fuient la violence des gangs.

 

Chaque enfant migrant entrant sur le territoire américain doit répondre à 40 questions qui permettent de comprendre son histoire, les raisons de sa fuite, les dangers auxquels il serait confronté si on le renvoyait chez lui, et de tester la véracité de son récit.

 

p. 51 : « Chaque enfant vient d’un endroit différent, d’une vie particulière, a vécu une palette d’expériences distinctes, mais leurs histoires suivent habituellement la même intrigue foireuse et prévisible.

                Qui correspond peu ou prou aux grandes lignes suivantes : les enfants partent de chez eux avec un coyote. Ils traversent tout le Mexique aux mains de ce coyote, sur La Bestia. Ils essaient d’échapper aux griffes des violeurs, des policiers corrompus, des soldats meurtriers et des gangs de la drogue qui risquent de les exploiter comme esclaves dans les champs de pavot ou de marijuana, quand ils ne les tuent pas d’une balle dans la tête avant de les enterrer dans des charniers. Si quelque chose se passe mal et qu’il arrive malheur à un enfant, le coyote n’est pas tenu responsable. Les enfants qui parcourent cet interminable chemin de croix jusqu’à la frontière U.S. se présentent aux agents de la Border Patrol et sont officiellement détenus. (Souvent par des agents de police qui leur disent des choses du genre : « Parle anglais ! Maintenant t’es en Amérique ! » On les met ensuite dans la glacière. Puis, plus tard, dans un refuge provisoire. Là, il faut qu’ils commencent à chercher leurs parents – s’ils ont des parents – ou les gens de leur famille qui feront pour eux office de référents. Par la suite, ils sont envoyés là où habitent leur référent. Et finalement, ils doivent se présenter au tribunal, où ils pourront tenter d’éviter l’expulsion – s’ils ont un avocat ».

 

Dans le meilleur des cas, car bien sûr ils n’ont aucun moyen de payer un avocat. Il faut donc en trouver un qui accepte de travailler gratuitement.

 

La procédure est longue, complexe, ubuesque, et fait froid dans le dos.

 

 

L’auteure choisit de la raconter par le prisme de son expérience personnelle, elle-même en attente de la fameuse green card pour avoir le droit de travailler sur le territoire états-unien, elle profite des 40 questions pour relater aussi son parcours et expliquer les faits et lois américaines.

 

C’est le titre qui m’a attirée au hasard d’un rayon de médiathèque : « raconte-moi la fin », c’est ce que lui demande à chaque fois sa petite fille quand elle parle de ses cas à la maison, est-ce que ça finit bien ? Parfois, mais c’est si compliqué. La plupart du temps, elle se contente de répondre : « Je ne sais pas encore comment ça finit ».

 

 

Valeria Luiselli est également romancière (L’histoire de mes dents, août 2017, éd. de l’Olivier) et donne à voir dans ce récit une réalité de l’immigration, qui loin de nous, informe et sidère.

 

 

 

p. 30/31 : "Les chiffres et les cartes racontent des histoires d’horreur, mais les histoires les plus horribles sont peut-être celles pour lesquelles il n’y a pas de chiffres, pas de cartes, pas de responsabilité possible, jamais de mots écrits ni prononcés. Et peut-être que la seule façon de garantir un minimum de justice – si tant est que cela soit possible – c’est d’entendre et d’enregistrer ces histoires encore et encore, afin qu’elles reviennent, toujours, nous hanter et nous faire honte. Car être conscient de ce qui se passe à notre époque et choisir de ne pas agir est devenu inacceptable. Parce que nous ne pouvons pas nous permettre de continuer à banaliser l’horreur et la violence. Parce que nous pouvons tous être tenus pour responsables si quelque chose se passe sous notre nez et que nous n’osons même pas regarder."

 

 

 

Éditions de l’Olivier, coll. Les feux, avril 2018, 125 pages, prix : 14,50 €, ISBN : 978-2-8236-1241-7

 

 

 

Crédit photo couverture : © cedric©scandella.fr

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Le livre-échange - Mariannig Le Béchec, Dominique Boullier et Maxime Crépel

5 Novembre 2018, 14:44pm

Publié par Laure

Le livre-échange : Vies du livre & pratiques des lecteurs

 

Un indispensable qui aborde de manière fouillée tout ce qui a trait aux échanges sur le livre : la prescription, qu’elle relève de la conversation ou de la mise en avant pour focaliser l’attention sur tel ouvrage, et tout ce qui se passe après la lecture d’un livre : la revente, le don, etc. et la parole orale ou écrite qui en prolonge le partage.

 

Chaque partie est vue sous le prisme de l’édition traditionnelle mais également sous celui du numérique, qu’il s’agisse de l’édition, de la lecture ou de la critique (blogs, booktube, …)

 

Enfin un ouvrage qui place les blogs à leur juste place (du ressenti, rien que du ressenti, qui relève de l’affectif et de l’intime, contrairement à la critique professionnelle qui relève de l’étude du langage), mais qui malgré toute sa rigueur dans la démarche se veut nécessairement déjà daté : les enquêtes remontent au début des années 2010, et la blogosphère évolue bien vite…

 

Un ouvrage intéressant et complet !

 

 

(trouvé par hasard en médiathèque !)

 

 

Page 164 : « Les blogueurs littéraires sont des lecteurs réguliers, mais souvent sur des genres spécifiques (littérature étrangère, science-fiction, polar, jeunesse, etc.). La conversation-livre peut et même doit s’appuyer sur une expérience de lecture singulière et intime, c’est ce qui fait sa valeur. Sur les blogs, on ramène du « hors-livre » (son expérience de vie) dans le livre, c’est obligatoire. […] Il existe une interconnaissance dans la blogosphère littéraire francophone. Des liens d’amitié se tissent entre blogueurs littéraires actifs et, de manière plus occasionnelle, des rencontres en face à face sont organisées. La conversation entre les blogueurs se fait sur un registre de conversation libre et intime. »

 

 

Page 167 : « La professionnalisation des booktubeurs et booktubeuses se traduit alors par une volonté d’acquérir des revenus dépendants d’une notoriété calculée en nombre de vues et nombre d’abonnés. Si les maisons d’édition françaises soulignent le peu d’intérêt sur les ventes [c'est moi qui souligne], même si elles leur adressent des ouvrages, les éditeurs et les libraires d’Outre-Atlantique payent les booktubeurs, qui semblent avoir un impact sur les ventes et s’apparentent donc au schéma des leaders d’opinion, tant recherchés en marketing. »

 

 

 

 

C&F éditions, coll. Culture numérique, mars 2018, 284 pages, prix : 22 €, ISBN : 978-2-915825-76-3

 

 

 

Crédit photo couverture : © détails de l’herbier lombard (c.1440) de la bibliothèque de Nicholas Joseph Foucault (1643-1721) conservé au British Museum (Sloane collection, 4016) dont les numérisations sont mises à disposition sans restriction (public domain) / et C&F éditions.

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Soixante jours – Sarah Marty

11 Octobre 2018, 15:52pm

Publié par Laure

Ils sont quinze kurdes, hommes et femmes, avec des enfants et un bébé, à fuir la Turquie en guerre, en prise avec un passeur qui leur vend du rêve à prix d’or et ne leur fera connaître que des situations inhumaines. Le voyage qui devait durer cinq jours en durera soixante, et il est parfois bien difficile de lire l’accumulation à peine croyable de ce que ces hommes et ces femmes ont enduré.

 

Le groupe est porté par Yoldas, un maçon, qui racontera son histoire à l’auteure quand il se trouvera chez elle à reconstruire un mur en région parisienne.

 

Cette histoire vraie est si effroyable qu’elle ne peut qu’induire un autre regard sur les migrants.

 

Incontournable sur ce sujet.

 

 

 

Extrait p. 129 : « - Comment tu fais, toi ? lui demande Cevdet. Il y a une force en toi, quelque chose d’indéfinissable.

Yoldas sourit, son regard se perd.

- Elle est en moi.

Cevdet cherche et attrape son regard. Il ne veut rien perdre de lui.

- Qui est en toi ?

- une femme qui m’attend quelque part, une femme que je ne connais pas, mais qui aimera l’homme que je suis.

Cevdet rit.

- C’est tout ? Juste le rêve d’une histoire d’amour !

- Oui, mais c’est l’amour qui tient les hommes debout, Cevdet, et c’est la haine qui les fait tomber. Il ne faut jamais oublier ça. »

 

 

 

Denoël, mai 2018, 277 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-207-14225-7

 

 

 

Crédit couverture : © Constance Clavel / photo : Martins Zemlickis / Unsplash

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Qu’est-ce qui vous amène ? – Sylvie Dellus

15 Août 2018, 16:58pm

Publié par Laure

Complément de titre : L’état de santé des Français vu par leurs généralistes

 

Excellent état des lieux de la médecine générale en France, qui décrit bien les mutations, les problématiques et les enjeux actuels de cette profession, tout en dressant un portrait de l’état de santé français.

 

Le livre alterne des infographies, des données statistiques informatives et des témoignages de généralistes, souvent en fin de carrière, mais il y a des témoignages de jeunes praticiens aussi.

 

L’ouvrage donne la parole à tous (le chapitre homéopathe n’est pas oublié) et montre également l’inquiétude et la complexité des débats face à la vaccination (à noter que le livre a été écrit juste avant la loi sur les 11 vaccins obligatoires)

 

Il met en avant l’évolution du métier de généraliste notamment pour la jeune génération (rythme de travail, tendance accrue à la dé-prescription quand écoute, bon sens et conseils suffisent, ce qui tend à orienter vers une médecine préventive plutôt que curative), l’exigence souvent agressive des patients qui savent tout grâce à Internet (et veulent leur médoc à tout prix), les liens avec l’industrie pharmaceutique, et l’émergence de maladies sociétales et environnementales :  explosion du nombre de cancers, obésité et diabète, burn-out dus à la pression au travail, retombées psychologiques des attentats, etc.

 

Extrait p. 9 : "à quoi sert de subventionner des locaux flambants neufs, si les médecins ne veulent pas installer leur famille dans un coin perdu, loin des écoles et des hôpitaux ?"

 

sur le trop vite tout le temps :

p. 139 : "Les enfants sont surbookés. Ils ont plein d'activités et pas un moment pour rêver. A peine sortis du ventre de leur mère, on les met à trois mois à la crèche, en collectivité. On considère qu'il faut les stimuler tout le temps. Mais pourquoi ? Du coup, on a des enfants très agités. Pas mal sont hyperactifs. Et ils ont beaucoup de difficultés d'apprentissage. Il y a de plus en plus de gosses qui voient un orthophoniste pour des problèmes d'écriture et de lecture. Et pourtant, la plupart ont des parents qui leur donnent une éducation." (Dr Mireille Lambertin-Martinez, 61 ans, Vedène (Vaucluse))

 

l'avenir :

p. 256 : "Dès son installation, elle a, comme beaucoup de jeunes médecins, fixé un cadre strict à son activité. Sa ligne de conduite : ne pas se laisser envahir : "Les patients s'attachent très facilement à leur médecin généraliste. On devient vite indispensable, irremplaçable. Mais moi, j'ai peur du burn-out. C'est un problème présent dans la profession et autour de moi. Si on s'attache trop, si on ne prend pas de recul, si on ne met pas de barrière, ça peut vous bouffer. Je ne trouve pas d'autre mot que ... bouffer."

Alors deux jours par semaine, elle confie les clés de son cabinet à son remplaçant. Cette organisation lui permet de se consacrer à la fois à ses deux enfants et à la recherche : "J'adore mon métier de médecin généraliste, mais écouter les gens tous les jours de la semaine, ce serait dur. J'ai besoin de faire une pause. Varier mon activité entre le cabinet et la fac me permet de rester à la page. Je voulais faire du social et de la science. La médecine générale réunit les deux. J'ai une chance folle." (Dr Raphaëlle Delpech, 33 ans, Bagneux (Hauts-de-Seine))

 

 

Un ouvrage à recommander à tous ceux qui s’intéressent au sujet.

 

 

 

 

Pourquoi je l’ai choisi : parce que je vis dans un désert médical, que je n’ai ni gynéco ni dermato ni pédiatre (personne ne prend de nouveaux patients depuis….15 ans), que le délai pour l’ophtalmo est de 12 à 15 mois et qu’il faut l’avoir vu depuis plus de 5 ans pour avoir droit à un rendez-vous, les secrétaires sont des cerbères efficaces, pour des lunettes il renvoie vers l’orthoptiste, ils travaillent ensemble et c’est très bien ; 2 mois en moyenne pour le dentiste : le temps de faire une indigestion de clous de girofle ; [parce] que j’ai une généraliste en or mais elle est à 30 km (ça exclut donc les grippes à 40 ° et les gastro qui au fond guérissent bien toutes seules, la problématique à ce niveau-là n'est pas médicale mais légale : si on ne peut physiquement aller bosser... il faut un arrêt de travail), et last but not least : que j’ai une fille externe en médecine.

 

 

Où et comment je l’ai lu : acheté d’occasion sur un site bien connu de vente en ligne. Comme neuf jamais ouvert à prix ridiculement bas, ça sent le SP revendu. C’est hélas devenu la norme. Lu en vacances, chez moi :-)

 

 

 

 

 

Les Arènes, novembre 2017, 273 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-35204-688-2

 

(j'enlève une demi étoile parce que je regrette la fin abrupte et l’absence de conclusion)

 

 

Crédit photo couverture : © Illustration : Jochen Gerner. Couverture : Sara Deux / et éd. Les Arènes

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A Juliette – Fabienne Le Clauze

19 Mai 2018, 14:05pm

Publié par Laure

Fabienne Le Clauze, mariée, est mère de trois filles : Emma(nuelle), Camille, et Juliette. Juliette a quatorze ans lorsqu’elle met fin à sa vie en se jetant sous un train le samedi 2 janvier 2016.

 

Comment survivre à la mort de son enfant ? Comment se reconstruire après la mort de son enfant ?

 

Ce récit est celui d’une mère après le drame, forcément touchant, bouleversant, éprouvant. Il n’est pas dans l’ordre des choses pour un parent de perdre son enfant. Face à un suicide, la culpabilité est maîtresse, même si tout un chacun tente de vous expliquer que non, vous n’êtes pas coupable.

 

Le témoignage de cette maman est sans fard, elle ne cache rien de sa perdition, d’avoir délaissé ses deux filles ainées, de s’être éloignée de son mari, comme coupée du monde et de toute sensation autre que sa douleur insurmontable.

 

C’est par des échanges avec le journaliste Patrick Poivre d’Arvor (qui a perdu sa fille Solenn dans les mêmes conditions) et plus tard des ateliers d’écriture, qu’elle parviendra peu à peu à reprendre le dessus et publiera ce témoignage, à valeur thérapeutique. Il accompagnera sans aucun doute tous les parents qui ont vécu un tel drame. C’est aussi une façon de garder Juliette toujours vivante dans les cœurs.

 

p. 155 : « « C’est le début d’un long travail d’écriture qui donnera naissance à ce témoignage. Aline B. m’encourage aussi, je vais donc poursuivre avec le stage autobiographique, puis d’autres modules. Je ne vais écrire que sur toi, ma Juliette. Je vais en verser des larmes, encore et encore, relire, travailler. Mais, toujours avec toi ! »

 

J’ai été émue surtout au début du livre, j’ai suivi son parcours au cours duquel c’est surtout le temps qui allège à peine un peu la peine, compris son besoin viscéral de connaître le plus de détails, le chemin différent de son mari, les souffrances avouées plus tard des filles aînées, mais j’ai été un peu agacée aussi parfois (un certain niveau de vie à Rambouillet entre psychiatres, leçons de piano et club d’aviation, les enfants précoces à haut potentiel, les échanges avec Patrick Poivre d’Arvor qui signe une très courte préface – puissent les mères éplorées qui ne sont pas nées du même côté de la barrière trouver les mêmes appuis et la même force par l’écriture ?)

 

 

Un récit tragique et vrai.

 

 

 

Flammarion, mai 2018, 236 pages, prix : 18 €, ISBN : 978-2-08-143166-9

 

 

 

Crédit photo couverture : © Ackleyroadphotos/iStock et éd. Flammarion

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Dîner avec Edward - Isabel Vincent

8 Avril 2018, 14:24pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Amérique du Nord) par Anouk Neuhoff

 

Pour aider une amie, la narratrice accepte de dîner chez le père de cette dernière, qui ne se remet pas de la mort de sa femme. Elle-même impuissante face au naufrage de son couple, elle va trouver auprès du vieil homme nonagénaire douceur et réconfort lors des somptueux dîners qu’il cuisine pour elle.

 

Le roman (je ne comprends vraiment pas ce que ce roman sirupeux fait en catégorie documents), dont les titres de chapitres constituent les menus offerts par Edward, se veut bienfaisant par un partage de souvenirs et de coups de blues.

 

Quels ennui et vide abyssal dans ce récit aussi creux que les huitres servies !

 

« Un sens de l’humour sans faille, une solide philosophie de l’existence […] Jalonné de préceptes de savoir-vivre, un petit précis d’optimisme et de gourmandise, un magnifique texte sur le pouvoir de la résilience et la force de l’amitié » : celui qui a rédigé la quatrième de couverture n’a pas dû lire le même livre que moi car je n’ai retrouvé aucun de ces éléments dans ces interminables dîners avec Edward. Juste un récit sans intérêt.

 

J’ai rarement été aussi sévère, c’est peut-être le livre de trop dans ce Prix Elle, mais ce n’est pas parce que les livres de développement personnel et autres feel-good books sont à la mode qu’il faut publier tout et n’importe quoi….

 

 

 

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2018, catégorie Documents

 

 

 

 

 

Presses de la Cité, avril 2018, 188 pages, prix : 17 €, ISBN : 978-2258-14507-8

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Presses de la Cité.

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En camping-car – Ivan Jablonka

11 Mars 2018, 16:20pm

Publié par Laure

Ivan Jablonka, historien et écrivain, raconte ici ses souvenirs d’enfance de vacances en famille dans le combi Volkswagen de ses parents, ainsi que l’histoire de ce véhicule mythique devenu symbole d’une génération et d’un mode de vie.

 

Les vacances en camping-car, à sillonner l’Europe, c’était avant tout un symbole de liberté et de découverte extraordinaire.

 

Le récit est plaisant, mais vaut surtout pour l’analyse sociologique de ce type de vacances dans les années 1980-90.

 

J’ai été gênée par le fait que l’auteur revienne à de nombreuses reprises sur la question de sa judéité, si je l’entends pour l’histoire de ses grands-parents sur lesquels il a déjà écrit, je ne vois pas bien le rapport avec le sujet de ce texte-ci.

 

Un ouvrage à offrir aux amoureux des combi Volkswagen et d’une époque révolue, celle du camping sauvage, sans quoi le récit risque d’être assez vite oublié.

 

 

Quelques extraits :

p. 67 : « Notre bonheur ne dépendait pas des achats (on avait tout à la maison), mais de notre mise à distance de la société de consommation. Les biens n’avaient pas d’attrait, puisque nous les possédions déjà. La simplicité était devenue notre luxe. En ce sens, le camping-car était postindustriel. »

 

p. 115 : « Si les moqueries de mes camarades me mettaient mal à l’aise, c’est parce que je sentais qu’elles visaient bien plus que des vacances : notre identité familiale, notre mode de vie, notre « style », la personnalité de mes parents, donc l’éducation que je recevais d’eux. Partir un camping-car révélait un certain niveau de revenus, mais aussi l’absence de traditions familiales et de racines ; un certain capital culturel, mais aussi un manque de savoir-vivre, une inclination au ridicule, mais aussi une liberté d’esprit, une capacité de détachement, par fierté ou indifférence au qu’en-dira-t-on. »

 

 p. 120 : « La façon dont mes parents ont élu et pratiqué le camping-car illustre le génie de la bourgeoisie à diplômes : le pressentiment que l’essentiel, pour réussir à l’école, ne s’apprend pas à l’école ».

 

 

 

 

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2018, catégorie Documents.

 

 

 

 

 

 

Seuil, coll. La librairie du XXIème siècle, 172 pages, prix : 17 €, ISBN : 978-2-02-136161-2

 

 

 

Crédit photo couverture : © archives de l’auteur et éd. du Seuil

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Les sœurs Brontë : la force d’exister – Laura El Makki

31 Janvier 2018, 11:47am

Publié par Laure

Issues d’une famille pauvre mais aimante, les trois sœurs Brontë sont toutes trois écrivains.

 

Cette biographie de Laura El Makki retrace leur histoire familiale, à une époque où l’espérance de vie était de vingt-cinq ans, à cause de la tuberculose et de la mauvaise qualité de l’eau.

 

Leur famille fut rudement éprouvée : 6 enfants rapprochés, les deux filles aînées décèdent rapidement, un seul garçon, qui sera très proche dans les jeux et le parcours littéraire et artistique de ses sœurs Charlotte, Emily, et Anne. Leur mère meurt très tôt, à l’âge de 38 ans, la petite dernière n’a que 20 mois. Leur père en revanche, mourra à l’âge de 84 ans et aura surmonté la mort de ses six enfants.

 

Ce que j’ai trouvé le plus intéressant dans cette biographie, ce sont les parallèles faits entre la vie personnelle et les romans de Charlotte et Emily, expliquant tel ou tel personnage ou lieu.

 

Je regrette un ton un peu trop froid et détaché de la part de la biographe, peut-être un peu trop neutre, sans passion aucune.

 

Je trouve inutiles les 30 pages de notes finales, pour la simple raison que les renvois sont pénibles quand ils ne sont pas faits en bas de page. Je ne les ai donc pas lues. Elles serviront néanmoins à des étudiants ou lecteurs qui ont vraiment besoin d’approfondir le sujet.

 

Sans le prix ELLE je n’aurais jamais lu cet ouvrage mais j’ai apprécié de pouvoir resituer des romans devenus des classiques dans une histoire familiale singulière, loin de la vie mondaine, à une époque où la maladie laissait peu de chances de longévité, et où la place de la femme était inexistante. Intéressant, cette biographie donne envie de se replonger dans les œuvres des sœurs Brontë, ce qui est toujours plaisant quand une lecture en appelle une autre.

 

 

 

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2018

 

 

 

 

 

Ed. Tallandier, novembre 2017, 317 pages, prix : 20,90 €, ISBN : 979-10-210-2437-3

 

 

 

Crédit photo couverture : © Maria Heyens / Arcangel

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Les Passeurs de livres de Daraya – Delphine Minoui

18 Janvier 2018, 15:52pm

Publié par Laure

C’est en octobre 2015 que Delphine Minoui, grand reporter spécialiste du Moyen-Orient a un premier échange par Skype avec Ahmad Moudjahed, jeune syrien de 23 ans. Ahmad est descendu pour la première fois dans la rue en mars 2011, au début de la révolution syrienne.

 

Il vit à Daraya, « une prison à ciel ouvert à seulement sept kilomètres au Sud-Ouest de Damas » (p.31), une ville fantôme qui est passée de 250 000 habitants avant la révolution à 12 000 habitants en 2015, dont 2000 combattants.

 

Fin 2013, des amis d’Ahmad l’appellent pour exhumer des livres d’une maison en ruines. P. 17 : « Au cœur de la guerre, l’idée lui paraît saugrenue. A quoi bon sauver des livres quand on n’arrive pas à sauver des vies ? Il n’a jamais été grand lecteur. Pour lui, les livres ont le goût du mensonge et de la propagande ».

Mais dès lors, les livres sauvés des décombres pour constituer une bibliothèque secrète deviennent le symbole de leur liberté, et d’une forme de résistance. Il n’est pas question de piller, les jeunes résistants notent autant que possible les noms des propriétaires à l’intérieur des ouvrages, dans l’espoir de pouvoir les restituer après la guerre.

 

 

« Lire pour s’évader. Lire pour se retrouver. Lire pour exister …

Chez les jeunes de Daraya, c’est encore plus que ça. Là-bas, dans l’enclave syrienne, la lecture est aussi un acte de transgression. C’est l’affirmation d’une liberté dont ils ont été si longtemps privés. » (p. 51)

 

La bibliothèque secrète occupe une bonne place au début du livre mais elle laisse assez vite la place à l’histoire plus large du conflit de cette ville assiégée. C’est toute l’horreur des bombardements, du gaz sarin et du napalm, quotidien d’une population et des activistes qui luttent. Fragilité des moyens de communication aussi en temps de guerre, peur, famine, ce document est avant tout un récit des terreurs imposées par le régime de Bachar al-Assad sur la ville.

 

La bibliothèque, aussi surprenante et noble soit cette idée, est un prétexte presque anecdotique au reportage global de Delphine Minoui sur la ville de Daraya. Il était néanmoins nécessaire et important d’entendre – de lire – cette parole de résistants, leur réalité quotidienne, et le courage de ces hommes. Instructif et intéressant.

 

 

 

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2018, catégorie Documents

 

 

 

Seuil, octobre 2017, 157 pages, prix : 16 €, ISBN : 978-2-02-136302-9

 

 

 

Crédit photo couverture : © Ahmad Moudjahed / et éd. du Seuil

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