Les jardins d'Hélène

essais - documents

Lire, vivre et rêver – Collectif sous la direction d'Alexandre Fillon

28 Septembre 2015, 19:53pm

Publié par Laure

Le titre, la couverture, et le projet initié par le journaliste littéraire Alexandre Fillon invitent tout amateur de lecture à découvrir ce recueil. Le journaliste a convié 21 écrivains à parler de leur lien à la librairie, de l'importance de ce(s) lieu(x) du livre dans leur vie.

 

Vingt et un auteurs confient donc leur rencontre avec un libraire ou un lieu, mais aussi de fait leur rapport au livre et à la lecture. Nul doute que cet ouvrage vous donnera envie de noter les titres cités par les uns et les autres !

 

Les premiers récits d'Olivier Adam et Dominique Barbéris (le classement est tout simplement alphabétique) font tout d'abord la part belle aux bibliothèques publiques, car avant de pouvoir fréquenter les librairies, ils ont d'abord été de grands lecteurs, enfants puis étudiants, qui n'avaient pas nécessairement le pouvoir d'achat qui va avec … l'achat en librairie justement.

Jean-Philippe Blondel nous apprend qu'il a rencontré celle qui est devenue sa femme dans une librairie. Nina Bouraoui et Arnaud Cathrine sont ceux dont j'ai le plus surligné de lignes dans leur texte. Pour d'autres, je suis passée plus vite. Ou les récits ne m'ont pas touchée, parfois trop historiques d'une maison ou d'un mouvement en particulier.

Catel et Jean Muller proposent en BD le récit familial de la librairie Gutenberg à Strasbourg.

 

J'ai aimé également l'humour et la lucidité de David Foenkinos, qui s'il se défend de faire un éloge mortuaire, est bien réaliste tout de même :

 

« Shafran n'échappe pas à la condition actuelle de nombreux libraires. On parlait avec lui de la fermeture récente de celle d'Emmanuel Delhomme, combattant passionné et passionnant dépourvu des mots maintenant. Jean-Paul n'est même plus certain de pouvoir continuer son association à l'avenir, et de faire venir des écrivains. L'intérêt pour les livres se réduit comme une peau de Shafran. Après tant d'énergie, il paraît lucide : « Si je ferme, on me pleurera deux jours. » Quand je voulais écrire sur lui, je pensais à tous nos bons moments, l'idée que la vie littéraire pouvait être une aventure festive, mais voilà que les derniers mois ressemblent à une agonie. Une agonie pudique et élégante. Une rupture en silence. Les librairies ferment souvent sans furie. C'est la fin d'une époque qui se dessine. Les gens lisent moins, et cela n'intéresse pas toujours les municipalités d'investir dans des manifestations littéraires. A quoi bon continuer ? Quelques irréductibles soutiens continuent de motiver cet Astérix des romans. Ce livre sur les libraires qu'on aime ne doit pas être l'éloge nostalgique d'un monde perdu. Allez faire un tour dans la librairie la plus proche de chez vous! Comme ça, tout de suite, histoire de voir que ça existe bien réellement. Et tâtez votre libraire. Physiquement. C'est toujours ça de gagné face au virtuel. » David Foenkinos, page 125

 

Et cette phrase de Nina Bouraoui que j'ai notée sans même voir qu'elle figurait sur la quatrième de couverture (je ne les lis jamais) :

p. 65 : « Les livres forment des ponts entre ceux qui les défendent et ceux qui les écrivent. Des ponts qu'aucune dynamite ne pourra faire tomber. Des ponts qui lient deux rives différentes, jamais opposées. »

 

p. 74 : « Ce que l'on vient chercher dans une librairie est souvent si intime qu'il me semble toujours impudique de devoir s'en ouvrir à quiconque, fût-ce à son libraire (je me soigne). Dans une librairie, pas le choix : nous sommes nous-mêmes, au plus près de nous-mêmes, déraisonnablement nous-mêmes. Une présence en librairie me semble aussi essentielle (pour soi) que délicate (à exposer). Comment parler d'un livre (le demander) sans se dévoiler ? » Arnaud Cathrine

 

p. 78 : « Qu'il soit lié à la question de la gestion des stocks ou pas, le boxon en librairie est une sublime invention : il y a là un trésor caché à découvrir (retour au Club des Cinq). » Arnaud Cathrine.

 

Alors avant qu'il n'y en ait plus, écoutons une fois encore les écrivains nous dire combien ils aiment lire, vivre et rêver.

 

Les Arènes, septembre 2015, 221 pages, prix : 17 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Vincent Mahé et éd. Les Arènes

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Je m'appelle Livre et je vais vous raconter mon histoire – John Agard

13 Janvier 2015, 10:00am

Publié par Laure

Illustré par Neil Packer, traduit de l'anglais par Rose-Marie Vassallo

 

Curieux ouvrage publié par un éditeur jeunesse (Nathan) mais qui s'adresse à vrai dire à tous, à partir de 11/12 ans. Je m'appelle Livre est une histoire du livre (et de l'écriture) de la naissance des tablettes sumériennes en argile à l'ebook d'aujourd'hui, racontée sous une forme romanesque, à la première personne, par un personnage nommé « Livre » (cf. titre)

 

Le récit s'intercale d'illustrations (en noir) de Neil Packer que personnellement je n'ai pas appréciées plus que cela, et de poèmes et citations variées ayant trait bien sûr au livre.

 

Je reste mitigée sur cet ouvrage, je ne suis pas convaincue par la forme choisie, malgré l'humour, je trouve les tournures de phrases parfois un peu bizarres, du fait de ce choix de narration. Un documentaire illustré de photographies aurait été plus efficace, mais aurait perdu par là-même son originalité.

 

Je me demande si ce livre trouvera son public (et lequel?), autrement qu'auprès des amoureux de la lecture. L'objet est soigné, couverture en carton rigide, jaquette en relief, sobre, il est en cela un bel hommage.

 

L'histoire du livre à travers les siècles étant pour partie un élément indissociable de mon job, je n'y ai pour ma part rien appris, gageons donc que l'intérêt sera bien présent pour les jeunes et les novices qui souhaiteraient en savoir un peu plus. Le livre numérique n'est pas descendu en flammes mais poliment vu comme un cohabitant, ami du narrateur.

 

Quelques extraits :

 

p. 42 « Les Grecs nommèrent le papyrus byblos, du nom du port de Byblos par lequel ils importaient cette plante en provenance d’Égypte. Écrit plus tard avec un i, ce mot est à l'origine de quantité d'autres mots me concernant, moi, Livre. Mon préféré est peut-être « bibliophile », amateur de beaux-livres. »

 

p. 113 : « Lorsque j'entends des politiciens parler de fermer une bibliothèque publique par mesure d'économie, je leur flanquerais bien un coup sur la tête. Et je peux faire mal, avec ma reliure. »

 

 

Nathan, janvier 2015, 140 pages, prix : 13,90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Neil Packer et éd. Nathan

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20 bonnes raisons d'arrêter de lire - Pierre Ménard

12 Janvier 2015, 12:38pm

Publié par Laure

Autant vous le dire tout de suite, l'objectif visé par le titre ne sera pas atteint, bien au contraire, il est totalement contre-productif !

 

En 26 courts chapitres et beaucoup d'humour et d'exemples, l'auteur démontre en quoi lire est inutile, dangereux, et pourquoi cela rend laid, pédant, snob, fou et j'en passe.

 

Beaucoup de références à Charles Dantzig (pourquoi lire ? (Grasset, 2010), et dictionnaire égoïste

de la littérature française (Grasset, 2005)) ainsi qu'à Proust....

Lire détruit la vue et rend insomniaque, on s'en doute, mais rend chauve aussi (si si!), et surtout, fainéant :

p. 22 : « à y regarder de près, la vie d'un grand lecteur n'est pas si différente de celle d'un malade en phase terminale : se lever, s'allonger (pour lire), déjeuner, s'étendre (pour lire), dîner, lire, se coucher. Les lecteurs sont des incurables. »

Mais lire tue, aussi :

p. 53 « Lire, c'est s'enfermer dans un monde imaginaire ; un monde qui n'est pas gouverné par la Providence, si imprévisible, mais par la main de l'écrivain. Un monde qui n'est pas la vraie vie, mais qui s'en donne l'apparence, tout en étant sa négation. À force de lire des romans à l'eau de rose, Mme Bovary croit que le grand amour existe. Elle cherche à vivre sa vie comme un livre. Elle en détruit son mariage, avant de détruire sa vie, en s'empoisonnant. »

 

Vite, fuyez, tant qu'il est encore temps.

Lire c'est ennuyeux, les livres c'est nul, les lieux où l'on lit, les livres qui sont faits pour ne pas être lus … bref, que du bonheur pour le lecteur déjà sérieusement atteint. Car bien évidemment, à contre-courant, c'est bien un éloge de la lecture que nous offre Pierre Ménard. S'il est parfois un peu bavard ou ennuyeux, on le pardonne aisément, tant son pamphlet pour nous faire arrêter de lire n'est absolument pas …. convaincant !

 

À offrir à tous ceux dont vous voulez encourager le vice !

 

 

 

Cherche midi, mars 2014, 126 pages, prix : 12 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Miguel Navarro / Getty Images / et éd. Du Cherche-midi

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La mode, une histoire de styles - Alexandra Black

14 Novembre 2014, 08:23am

Publié par Laure

Illustrations d'Alexander Lloyd et Vanesa Hamilton, traduit de l'anglais par Marie Baird-smith, conseiller : Alexandre Samson, responsable des recherches au Palais Galliéra, musée de la Mode de la Ville de Paris.

 

Il est rare que je lise un documentaire in extenso, mais celui-ci m'a vraiment passionnée au point de le lire réellement du début à la fin. Il faut dire que c'est un domaine que je ne connais pas plus que cela, et sans doute la maquette, la richesse des illustrations, la multiplicité des propos assez courts ont pesé dans la balance.

De l'Antiquité à nos jours, en passant par les grandes reines et actrices de cinéma, jusqu'aux actuelles imprimantes 3D qui permettent de créer des chaussures et autres objets inédits, c'est une histoire de la mode passionnante pleine d'anecdotes, j'ai appris plein de choses, notamment sur toute la (très longue) période avant le XX ème siècle, où là forcément, la mode est plus proche de nous.

 

J'ai peut-être trouvé un peu fouillis la construction du livre (hormis la chronologie historique) mêlant de-ci de-là des encarts plus éloignés. Plutôt destiné aux adolescentes, ce livre peut réellement plaire à tous, notamment pour l'intérêt de sa partie « histoire de la mode ». Une agréable découverte.

 

 

Nathan, novembre 2014, 160 pages, prix : 14,90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Nathan

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Molière à la campagne - Emmanuelle Delacomptée

26 Août 2014, 13:28pm

Publié par Laure

Le récit d’une jeune enseignante, tout au long de son année de stage, entre la classe de 4ème dont elle a la charge en français, et la formation à l’IUFM (qui a changé de nom depuis).

Tout juste lauréate de concours, sans permis de conduire et donc sans voiture, la jeune femme, citadine francilienne, est nommée professeur stagiaire au fin fond de la Normandie. On peut y voir, au départ notamment, avec un renversement sur la fin, une légère condescendance dans son approche du territoire rural.

2 aspects principaux dans ce récit : la vacuité culturelle et éducative des élèves, (et rien à voir avec la campagne, les comportements et discours décrits sont les mêmes que ceux de banlieue ou de n’importe où en France !) Le niveau est affolant, mais elle s’attache à ses bougres et tente de faire de son mieux pour ne pas les noyer davantage. Deuxième aspect : la formation initiale et pratique des enseignants : une calamité jargonnante qui ne les prépare en rien à la réalité du terrain, mais à un point tel que c’en est sidérant.

 

Un énième récit sur la difficulté du métier d’enseignant ? Celui-ci vise plutôt à démontrer l’inadéquation de la formation des professeurs, qui s’ils ont un excellent bagage universitaire dans leur discipline, restent démunis en pratique face à l’agressivité, au manque de respect, au désintérêt des élèves, etc.

 

On pourra reprocher à l’ouvrage de ne voir que le noir (ou alors tout est noir ?) : par exemple, il n’y a jamais 100 % de cancres petits caïds dans une classe, or dans le récit, on n’en est pas loin (un seul bon élève anxieux apparaît de temps en temps). De même côté formation, il ne doit quand même pas y avoir que des tuteurs dépressifs et des profs qui remplacent systématiquement le mot « parents » par « géniteurs d’apprenants » sous prétexte qu’il faut théoriser ?

 

Propos ordinaires de jeunes enseignants :

p. 64 : « - Je voudrais savoir comment faire lire des élèves qui écoutent Skyrock à longueur de journée.

- Pendant que j’essaie de les intéresser à la Princesse de Clèves, ils préfèrent feuilleter Closer sous les tables…, renchérit Alexandre discrètement.

- Et moi j’enseigne le latin, se plaint Romain. Ça suppose d’avoir envie de connaître les cas grammaticaux, Tacite, Tite-Live ou Pline le Jeune, de s’intéresser aux guerres puniques ou aux rois étrusques ! L’autre jour un élève a confondu Hannibal, l’allié des Carthaginois, avec Hannibal Lecter : il pensait qu’il dévorait ses adversaires ! »

 

L’enjeu de cette année de stage pour l’enseignant est la titularisation : bienvenue dans le grand bain, redoublement pour se donner un peu plus de temps et s’aguerrir, ou démission pour certains.

L’année des désillusions ou l’envie de se battre pour transmettre un savoir, a minima.

 

Conclusion réaliste de l’inspecteur, p. 257-258 :

« - Allez, allez, vous faites dans les sentiments, c’est très gentil, mais ne soyons pas naïfs… Ils ne se sentent pas concernés par tout ça, vos élèves. Je ne sais pas ce qu’ils deviendront, mais il faut leur souhaiter bonne chance. C’est beaucoup plus facile pour les fils d’avocats, de sénateurs ou d’enseignants. Ils sont tranquilles eux… Mais les petits gamins comme ceux que vous aviez cette année, c’est pas nous qui changerons leur destin.

            Devant mon air interloqué, Fernand reprend, un ton plus bas :

- Je ne dis pas qu’on n’essaie pas, attention ! Mais entre nous, on n’y arrive pas… Vous le voyez bien, vous n’êtes pas dupe quand même… ? Qui l’ignore encore ? ça fait quarante ans que je travaille dans le système… C’est devenu trop lourd, trop immobile tout ça… On manque d’audace pour faire des changements de fond qui ne plaisent pas à tout le monde ! Alors on joue aux savants, on utilise des mots compliqués pour donner l’impression qu’on maîtrise… On invente des petites réformes qui font de mal à personne… Et pendant ce temps, le niveau dégringole… Alors on gonfle les notes pour que ça se remarque pas trop. Vous avez bien vu avec vos élèves ? ça y est, c’est fini, la plupart des portes sont fermées ! Ils ne feront pas ce qu’ils veulent… C’est comme ça… Enfin, il faut garder de l’espoir, vous commencez le métier, me dit-il en se redressant soudainement. J’espère que je ne vous démotive pas trop. Ce n’est pas le but… Bonne chance pour la suite, mademoiselle, conclut-il en me serrant la main. Battez-vous comme vous pouvez. […] »

 

Des propos lucides. En tout cas qui correspondent pile à ce que je vois avec mes 4ème (je ne suis pas enseignante mais j’interviens en collaboration avec les enseignants de français et les profs-doc sur certains projets en littérature jeunesse)

Je n’ouvre pas le débat, il est quasi sans fin et toujours passionné. Parce qu’on a tous été élèves, qu’on est souvent parent d’élèves. On a tous un avis sur l’éducation à la française, les modèles d’autres pays, la société, etc. D’ailleurs, à peine ce livre refermé, on a débattu pendant une heure avec mes enfants. Ça n’a pas été reposant, mais c’est sans doute le point de départ évident de ce livre : discuter ! Critiquer, défendre ses idées, souhaiter des solutions. Mais c’est pas en changeant de ministre tous les 6 mois avec une réformette pour chacun qu’on y arrivera…

 

 

 

Flammarion, août 2014, 263 pages, prix : 16,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. JC Lattès           

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Alors voilà : les 1001 vies des Urgences – Baptiste Beaulieu

27 Janvier 2014, 21:20pm

Publié par Laure

J'ai dans mon agrégateur de flux RSS quelques blogs de médecins, mais pas celui de Baptiste Beaulieu qui porte le nom de son livre : alors voilà. Je ne ferai donc pas de comparaison avec son blog - que je ne connaissais pas - , comme j'ai pu en lire sur des billets ici ou là, je m'arrêterai au livre seul.

Alors voilà est un recueil de perles de métier, enfin c'est comme cela que je l'ai perçu. Avec des anecdotes drôles et d'autres plus tristes, des ironiques ou des cyniques, et un fil conducteur qui lie le récit : une même patiente que l'on suit sur les sept jours de cette immersion aux Urgences (et quelques autres étages de l'hôpital). Si j'avais aimé le livre de Jaddo, Juste après dresseuse d'ours, je suis un peu plus réservée sur celui-ci, qui reste trop en surface des historiettes, là où sa consœur se voulait plus piquante sur le système par la réflexion qu'elle sous-tendait. Pas grave, mais ça limite le récit à la rubrique « perles de métier » comme on connait tous quelles que soient nos professions.

Léger, et assez vite oublié.

 

Fayard, octobre 2013, 380 pages, prix : 17 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Paul Raymon Cohen et Librairie Arthème Fayard.

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Ma mère, mon bourreau - Julie Gregory

27 Janvier 2014, 20:50pm

Publié par Laure

Traduit de l'américain par Emilie Rofas

 

Ce titre avait ceci pour m'intéresser qu'il traite du syndrome de Münchhausen par procuration, ou comment une mère, invente des maladies à sa fille et l'amène consulter des tas de médecins qu'elle juge incompétents, comment elle maltraite violemment tant physiquement que psychologiquement sa fille parce qu'elle est atteinte de cette maladie psychiatrique que personne d'emblée n'irait déceler, puisqu'elle ne consulte pas pour elle mais pour les pseudo maladies de sa fille. Maligne et manipulatrice.

Le récit est celui de l'enfant devenue grande, adulte, elle revient sur tout ce qu'elle a enduré.

Hormis les quelques pages de préface explicatives écrites par un médecin décrivant le syndrome de Münchhausen par procuration, on est bien là dans un témoignage façon histoires vraies, qui émouvra dans les chaumières. Dommage toutefois que l'auteur devenue adulte ne prenne pas davantage de recul pour tenter d'analyser, le récit est sans doute une bonne thérapie pour elle (et se borne à cela), mais pour le lecteur il a surtout un côté malsain offrant voyeurisme et sensationnalisme. Des faits, narrés pour émouvoir, mais sans tentative d'aller au-delà pourtant, le sujet est intéressant (on aimerait comprendre le mécanisme de cette maladie), mais il se limite à une histoire comme il en existe tant d'autres (oui, je pèse mes mots). Je ne dis pas que les faits ne sont pas graves, je dis qu'ils relèvent du témoignage qui n'éclaire pas davantage.

 

Extrait : «Je l'écoute énumérer la liste de mes symptômes et devine qu'elle en a inventé certains. Assise au bord de la table d'examen, les yeux rivés sur mes genoux, je sens alors les mots de la vérité monter dans ma gorge, envahir ma bouche et se bousculer pour sortir ; je les sens qui s'écrasent les uns contre les autres et finissent par se briser contre mes dents – les mots de la vérité que je n'ai pas le droit de dire. […]

Clic. Faux, je n'ai pas mal à la gorge tous les jours. C'était juste hier. Clac. Je n'avais pas 39°C de fièvre hier soir.

Clic, clac. Faux, je ne vais pas à l'infirmerie tous les jours. »

 

 

(Titre original : Sickened, New-York 2003)

L'Archipel 2006 pour la traduction française

 

Archipoche, mars 2011, 320 pages, prix : 7,65 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Archipel

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Le plaisir du sucre au risque du prédiabète – Dr Réginald Allouche

22 Décembre 2013, 20:14pm

Publié par Laure

Un essai vraiment intéressant sur les dangers du sucre, mal de notre société de surconsommation à l'alimentation industrielle, et ses conséquences : à moins d'avoir une hygiène de vie parfaite et une alimentation ultra saine, nous sommes tous en situation de prédiabète, qui va droit dans le mur du diabète de type 2 si nous ne modifions pas notre alimentation.


Une première grande partie explique notre appétence pour le sucre et le fonctionnement en 3 zones liées de cet ingrédient sur le cerveau, le métabolisme (système digestif) et la flore intestinale. Cette première partie théorique est parfois un peu ardue du fait d'un vocabulaire technique hermétique, mais assez passionnante. Une autre partie propose un auto-test (à prendre avec précaution car on n'a pas forcément tous les éléments en main, notamment ceux qui requièrent des analyses de laboratoire) - mais de toute façon on sait qu'on est concerné, test qui est ensuite commenté et illustré de cas concrets.
Une dernière grande partie s'intéresse aux solutions, et rappelle les différents besoins et différences des aliments (les bons et les mauvais), pas mal de choses que l'on sait déjà sur les graisses, l'index glycémique des aliments, et la nécessité d'une activité physique, mais qui rappelées ici dans une logique de prise en main de soi, est parfaitement adaptée.

Un livre qui fiche quand même sacrément la trouille et redonne envie de faire attention, décortiquer les étiquettes, et jeter les 3/4 de nos placards.

Un bémol sur les "produits leurres", qui restent flous, et dont il semblerait que l'auteur soit à l'origine (Laboratoires Kot, simplement signalé en 4ème de couv. il me semble, jamais dans le livre), mais qui me gêne un peu côté déontologie.

 

Odile Jacob, octobre 2013, 227 pages, prix : 21,90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Milena Boniek/PhotoAlto/Corbis et éd. Odile Jacob.

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Santé, le grand fiasco – Véronique Vasseur et Clémence Thévenot

9 Décembre 2013, 08:13am

Publié par Laure

Cet ouvrage signé Véronique Vasseur, médecin à l’hôpital Saint-Antoine à Paris (souvenez-vous de Médecin-chef à la prison de la Santé) et Clémence Thévenot, journaliste, dresse un état des lieux sidérant de la santé publique aujourd’hui en France. Le beau modèle de la sécurité sociale créé en 1946 ne peut plus perdurer et ce n’est pas une énième petite réforme qui changera les choses en profondeur. Quand nous réveillerons-nous et accepterons-nous d’y réfléchir et d’en débattre ?

 

L’ouvrage passe en revue tous les dysfonctionnements, gaspillages, exemples consternants de gâchis monumentaux, consumérisme outrancier (« je cotise j’y ai droit »), mains lourdes des praticiens, lobbying des laboratoires pharmaceutiques acoquinés avec l’État, scandale du Mediator, etc. En soi vous n’apprendrez pas grand-chose de neuf pour peu que vous suiviez l’actualité (et que vous habitiez un désert médical comme moi où le délai d’obtention d’un rendez-vous chez un ophtalmo est aujourd’hui de 12 mois, 6 mois chez un dermato, impossible chez un gynéco (ne prennent plus de nouveaux patients) et que vous pourriez prendre des cours de roumain en allant chez le généraliste), d’autant que les bonnes feuilles de l’ouvrage avaient été publiées dans le Point au moment de sa sortie, mais l’accumulation des situations décrites (tristement réelles) ne peut que faire prendre conscience du pessimisme de l’avenir, et du changement colossal qu’il faudrait mettre sur les rails. Alors pourquoi on ne change rien, à part dérembourser de plus en plus de produits sans que les économies réalisées, de minuscules gouttes d’eau, parviennent à combler le gigantesque trou ? Parce que ce serait impopulaire. Et que lorsque l’on veut être élu, on ne peut pas se permettre d’être impopulaire. Et parce que tout le monde devrait se remettre en questions, élus, soignants, mais aussi malades « consommateurs » qui ont remplacé la notion de santé par les notions de bien-être et de confort.

L’ouvrage est très facile à lire, à la limite du langage parlé parfois, pas de verbiage alambiqué, c’est simple et direct. Dix grandes parties (ah, la CMU, l’AME, l’ALD, leurs contradictions et leurs aberrations, tout un poème !, les fraudes – de toutes parts, etc.) qui offrent chacune une introduction simple, et deux ou trois chapitres de développement.

J’hésite souvent à parler des docs que je lis, parce qu’il s’agit souvent d’un choix très personnel mais celui-ci nous concerne tous… Salutaire, mais vain ?

 

p. 35 : « Mais le gouvernement continue d’éviter les réformes aux allures de suicide électoral. La prudence des élus est responsable de la lente dégradation qui ronge notre système. »

 

Flammarion document, septembre 2013, 306 pages, prix : 19 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Flammarion

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Ça n’a pas l’air d’aller du tout ! Olivia Hagimont (et Christophe André)

19 Juillet 2013, 08:53am

Publié par Laure

(ou comment les crises de panique me sont tombées dessus)

 

ça n'a pas l'air d'aller du tout !Olivia Hagimont est illustratrice, mariée et mère de deux enfants, la trentaine, une vie tout ce qu’il y a de plus normale. Quand soudain les crises de panique lui tombent dessus. Les vraies, ce trouble anxieux récurrent avec sensation de mort imminente, consultation des urgences et écart peu à peu de toute vie sociale pour éviter toute situation qui pourrait entraîner une nouvelle crise. Les attaques de panique sont une maladie bien connue des psychiatres, qui ont les remèdes adéquats (médicaments au départ, puis psychothérapie comportementale). (Les généralistes sont plus rares à faire immédiatement le diagnostic, on vous balade souvent de spasmophilie en tétanie en passant par stress et anxiété)

Bien sûr chaque cas est particulier et il ne sera pas forcément nécessaire de se faire interner volontairement en HP comme l’auteur pour s’en sortir, mais son ouvrage est excellent à plus d’un titre :

- il explique bien, clairement, et de manière juste

- il dédramatise et fait sourire

- la BD est sympa, scénario et dessins, tout se tient (ça donne envie d’aller voir ce qu’Olivia Hagimont a fait d’autre)

Ce qui est encore plus intéressant peut-être (la BD est un témoignage personnel), c’est la quinzaine de pages en postface rédigées par le médecin psychiatre Christophe André : il explique le mécanisme des crises, les façons de les gérer, de vivre avec, et de s’en débarrasser, ou du moins, de les accepter et de les maîtriser. Il écarte toutes les idées reçues et bêtises fréquemment entendues sur le sujet, et des pistes de lecture et de sites internet sont proposés en fin d’ouvrage pour ceux qui souhaiteraient aller plus loin.

 

Un ouvrage qui allie humour, dédramatisation et explications simples, intelligentes et professionnelles.

A lire par tous ceux qui en souffrent, ou par leur entourage souvent démuni.  

 

Odile Jacob, mai 2012, 95 pages, prix : 14,90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Olivia Hagimont et éd. Odile Jacob

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