Les jardins d'Hélène

essais - documents

Que reste-t-il de la culture française ? – Donald Morrison, suivi de Le souci de la grandeur – Antoine Compagnon

11 Avril 2009, 15:52pm

Publié par Laure

Traduit de l’américain par Michel Bessières.

 

La polémique est née d’une couverture de Time magazine de novembre 2007 annonçant la mort de la culture française. Le journaliste américain, Donald Morrison, vivant en France depuis 5 ans, a déclenché un tollé général avec son article, qui loin de vouloir enterrer la spécificité culturelle de la France, en démontrait simplement l’affaiblissement de sa portée sur le reste du monde.

Il revient ici sur cet article et ses arguments, explique qu’il n’a pas choisi le titre qui a fait scandale en une, qu’il n’en a même pas eu connaissance avant parution, et redéploie dans cet essai son jugement : « il règne bien en France une extraordinaire vitalité culturelle, ce qui a changé, c’est qu’elle ne rayonne plus guère à l’étranger »

Loin de moi l’idée d’opposer des arguments à l’auteur, bien d’autres bien mieux placés et bien plus compétents l’ont fait. Néanmoins Morrison ne fait que relever ce qui me paraît des évidences, et le scandale n’est que le résultat d’un pays (le nôtre !) qui ne tolère pas la critique. Vous savez, le village de petits gaulois qui résiste…

Je me suis intéressée tout particulièrement à la question de la littérature française (davantage qu’au cinéma, théâtre, arts et architecture aussi évoqués dans ce livre) et y ai noté des choses intéressantes, là encore, pas révolutionnaires, que Morrison relève avec humour.

 

p. 42 : « En moyenne, chaque année, les 10 000 éditeurs que compte le pays (d’après le Syndicat national de l’édition) mettent en circulation 60 000 nouveaux titres dans tous les genres. Toutefois, la presse et le public vont s’intéresser aux 1000 à 2000 romans publiés au cours de ces deux rentrées, et à un nombre équivalent d’autres nouveautés – principalement des essais – en dehors de ces deux périodes. On peut considérer que ce corpus constitue la littérature française contemporaine. En France, ces livres vont trouver des lecteurs, susciter des discussions dans les émissions télévisées, les magazines et les dîners. Hors de France, ils vont laisser à peu près tout le monde indifférent

Seule une fraction de cette production sera susceptible d’éveiller la curiosité des éditeurs étrangers et moins d’une dizaine de ces romans paraîtront aux Etats-Unis. »

 

p. 48 : « L’Amérique est le pays d’origine d’un tiers de l’ensemble des traductions vendues en France ».

 

p. 50 : « 27% des livres qui sont publiés dans le monde le sont en anglais, 12% en allemand, et 8% en français. »

 

p. 51 : « plus de 900 prix littéraires sont attribués chaque année en France. » (Comment voulez-vous vous y retrouver ?!)

 

p. 52 : « Le problème tient à la littérature française elle-même, devenue ésotérique, distante du monde réel et donc difficile à exporter. »

 

p. 56 : « L’autofiction est un vaste problème en France, m’avouait François Busnel, directeur éditorial du magazine Lire, en 2007 dans son bureau envahi par les livres. « J’estime que 70% des 727 romans de cette rentrée relèvent de cette démarche. Si la littérature ne doit pas se cantonner à mes problèmes personnels, alors elle devient un exercice ardu, qui implique des recherches, le développement de personnages universels. Mais si je peux raconter une histoire d’amour, mes trajets en métro, ma rupture, alors tout devient plus facile. Avec le structuralisme et le nouveau roman, la littérature est devenue une sorte de thérapie. Si bien que tout le monde estime pouvoir écrire aujourd’hui. » (Il est bien ce Busnel quand même !) « Anne Carrière, directrice de la maison d’édition qui porte son nom, dresse le même constat : « le premier conseil que j’aimerais donner aux jeunes auteurs est : « arrêtez de confier vos misères à la plume », écrivait-elle dans Lire en avril 2007. Les trois quarts des manuscrits que je reçois sont des psychothérapies, non des romans. Et, franchement, vos petits problèmes personnels n’intéressent personne. »

 

p. 65 : (en littérature comme dans le cinéma) : « trop d’emphase intellectuelle, de manque d’action, la priorité est accordée aux relations entre les individus aux dépens des interrogations sociales ou politiques. »

 

p. 103 : « le déclin culturel français a une autre cause : le système scolaire. Naguère réputé pour sa rigueur, il est aujourd’hui sous le feu des critiques. On lui reproche d’accorder la priorité à l’épanouissement individuel aux dépens de l’acquisition des connaissances. »

 

Le souci de la grandeur est une réponse (qui va surtout dans le même sens) du professeur au Collège de France, Antoine Compagnon. Il m’a fait sourire avec ce paragraphe :

 

p. 140 : « de retour à Paris après la bataille, je trouvai dans mon courrier pas mal de lettres – bien plus nombreuses que lorsque je m’exprime dans les journaux sur les universités, la recherche ou l’école - , qui s’en prenaient à ma tribune du Monde. Pour la plupart, les auteurs étaient animés par un antiaméricanisme assez franc, endémique en France. Une de mes phrases les avait spécialement fâchés, celle où, donnant acte à Donald Morrison de l’attrait modeste du roman français contemporain, j’avouais que je lisais « le dernier Philip Roth, Pynchon ou DeLillo plus volontiers que la dernière autofiction germanopratine, facétie minimaliste, ou dictée post-naturaliste. » La moutarde en était montée au nez de mes interlocuteurs, mais c’était surtout l’allusion à Philip Roth qui les avait indignés – je fais l’hypothèse que les deux autres noms ne leur disaient rien- , et ils m’opposaient tel ou tel écrivain français rare, gentil et inoffensif au nom de la défense de la langue française : « je donnerais tous les pavés indigestes de Roth, dont je n’ai jamais pu finir aucun, pour quelques pages touchantes de Paul Maçon sur un crépuscule de Châteauroux », m’écrivait l’un deux. » (C’est sûr qu’avec ça, la littérature française va rayonner hors de nos frontières !)

 

Ceci dit Compagnon ayant un peu moins d’humour sur la longueur que Morrison, son article m’a paru un brin soporifique au final. Pauvres universités françaises laissées à l’abandon, langue française en recul dans le monde, culture liée à l’Etat (subventions) ce qui est un plus grand mal qu’un bien, etc. souvent des redites de Morrison. La culture française n’est pas morte, il faudrait juste qu’elle accepte d’être un peu secouée de temps en temps. Sinon tout le monde ronfle à l’intérieur des frontières, alors à l’extérieur pensez donc, on nous laisse dormir.

(Quel écrivain français aujourd’hui, écrivant en français, a réellement du souffle pour séduire un public international ?)

 

Denoël, septembre 2008, 204 pages, prix : 13 €

Ma note :

Crédit photo couverture : éd. Denoël


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Mon roi - Nicolas Pelletier

24 Janvier 2009, 11:23am

Publié par Laure


Depuis quelques temps déjà, lorsque j’aborde une nouvelle lecture, je ne lis jamais les quatrièmes de couv’ ni les prières d’insérer, j’entre dans le texte, directement.
Et le premier chapitre de ce roi m’a un peu rebutée, un langage haché qui me déplaisait, mais je ne savais pas du tout dans quoi j’allais entrer. Ça ne dure que quelques pages, et très vite on revient en arrière : 1978. Nicolas a 13 ans, il est le fils cadet d’une fratrie de 7, il vit dans un milieu aisé : père Directeur Général d’Indosuez, mère Ministre du gouvernement de Raymond Barre. Ils passent Noël au ski, grande station des Alpes. Leur père les a rejoints, mais il ne sent pas bien, migraineux, fatigué, normal se dit-on avec ce genre de vie très remplie. Et c’est l’accident vasculaire cérébral, l’hémiplégie, l’aphasie, la volonté extraordinaire du père pour s’en sortir et redevenir comme avant. C’est cet après que nous narre l’auteur, avec un détachement suffisant pour ne pas mettre le lecteur trop mal à l’aise. Car dans ce genre de témoignage, que voulez-vous dire ?

Au-delà du récit du quotidien, d’un quotidien qui peut basculer du jour au lendemain et n’être plus jamais comme avant, c’est avant tout une belle déclaration d’amour d’un fils à son père, un fils un peu tenu à l’écart au départ, parce que trop jeune sans doute, mais qui n’a jamais voulu perdre sa complicité et sa relation à son père. Hommage au père, donc, qui a toujours refusé de se laisser abattre ; sentiment de malaise à l’égard de l’épouse qui a du mal à vivre cette nouvelle réalité, et perd souvent patience ou semble dure : c’était peut-être tout simplement trop dur pour elle ; le personnage attachant de la bonne entièrement dévouée à Monsieur, et qui semble apporter de la gaieté à ce monde, quelques passages impudiques sur l’éveil à la sexualité de l’auteur que j’ai d’abord trouvés malvenus mais qui trouvent leur place en se raccrochant habilement au handicap du père…

Le récit d’une bataille contre le sort et d’un sincère amour filial.

 

« Main dans la main, mon père et moi nous sommes forgés un autre monde, une illusion plus précieuse que la vie. » (4ème de couv, lue après, donc !)

 

Monique Pelletier, son épouse, et mère de Nicolas donc, avait déjà écrit un livre sur ce drame :  La ligne brisée, au Seuil, en 1995.

 

L’avis de Cuné

 

Merci à Tatiana pour la recommandation ;-)
 

Fayard, janvier 2009, 311 pages, prix : 17,90 euros

Ma note :



Crédit photo couverture : éditions Fayard

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Comment devenir un brillant écrivain alors que rien (mais rien) ne vous y prédispose – Aloysius Chabossot

11 Décembre 2008, 10:53am

Publié par Laure

Aloysius Chabossot tient un blog a priori pas mal du tout, mais que j’avoue honteusement ne pas lire. Chabossot se présente comme un professeur émérite à la retraite, âgé de 58 ans, binocles et grande barbe grise. C’est bien sûr un canular. Le problème, c’est qu’une fois qu’on a fini ce bouquin, on se demande réellement qui se cache derrière ce pseudo, en tout cas quelqu’un qui connaît à merveille littérature et monde de l’édition.

J’ai triché, j’ai emprunté son livre en bibliothèque municipale : il dit lui-même que ça ne compte pas, il faut l’acheter ! Au début de ma lecture, c’était pas gagné, je trouvais qu’il en faisait un peu trop côté humour. Et puis à vrai dire je ne me sens pas concernée par ce bouquin non plus, puisque je n’écris pas, et ne cherche donc pas à être publiée (je me satisfais très bien d’être lectrice !), mais comme je m’intéresse à la création littéraire et à ses dessous, c’était une curiosité tentante.

Pour ce qui est des règles d’écriture, des conseils pour trouver un éditeur, bref, tout ce qui peut vous aider à réussir votre rêve, je n’ai rien appris, j’ai suivi suffisamment de formations en métiers du livre  pour connaître un peu tout cela. Et puis c’est souvent question de bon sens : si vous écrivez du polar, vous n’allez pas adresser votre manuscrit à un éditeur de poésie, et si vous n’avez jamais lu un livre de votre vie, vous êtes un peu mal barré. En revanche, plus j’avançais dans ma lecture et plus j’y trouvais du plaisir, et ça, c’est la bonne cerise sur le gâteau. Mention particulière pour les deuxième et troisième parties sur les différents genres littéraires et la construction romanesque, qui relèvent davantage de l’analyse et de la critique littéraire, mais en langage clair !

Et puis je l’avoue, je partage les mêmes points de vue que Chabossot du début à la fin, même si on peut finir par considérer comme un peu facile de toujours tirer sur Lévy et Musso. (N’empêche qu’il a raison dans sa façon de le dire et en plus c’est drôle, tout comme l’on voit très vite ses partis pris en matière d’éditeurs, et je ne parle là que des grandes maisons parisiennes connues). Car il ajoute en annexe en fin d’ouvrage un contrat de maison à compte d’auteur, où franchement, il faut le lire pour le croire ! (Rien que pour cela, il faut lire ce bouquin !)

Et puis, et puis… ce qui m’a rendu ce Chabossot sympathique, c’est qu’il semble être copain avec Blondel (Jean-Philippe). Car citer Blondel dans les procédés stylistiques alors qu’il y a sans doute des milliers d’autres exemples,  J , et à la fin, les deux compères déjeunent ensemble, et Chabossot nous en remet une couche sur Blondel et on apprend plein de choses  qui illustrent à merveille le livre : il faut parfois essayer pendant plus de 20 ans avant d’être publié, ce qui, plumitifs en herbe, vous laisse encore le temps de voir venir.

Du coup, on s’interroge vraiment sur l’identité de ce Chabossot. Il est presque né le même jour que Blondel, un an plus tôt : un écrivain ami ? Ce cher Chabossot a donc 45 ans, et non 58 comme il veut nous le faire croire. (Oui je commence à être une lectrice aguerrie et je sais utiliser les ressources à ma disposition !)

Tout ça pour dire qu’au final, cette « méthode Chabossot » (comme le précise le bandeau de couverture) sera sans doute utile à tous les écrivains en devenir et qui y croient, mais qui sont encore peu au fait des pratiques de l’édition, et pour tous les autres comme moi, il offrira un bon moment de lecture, et franchement, mieux vaut lire cette amusante méthode qu’un mauvais roman !

 

Je vous laisse avec le pacte de lecture :

p.87-88 : « Le seul fait d’entreprendre la lecture d’un roman sous-entend de la part du lecteur l’acceptation tacite du pacte que lui propose l’auteur. Que dit ce pacte ?

« L’auteur X s’engage à raconter une histoire au lecteur Z afin de le distraire, l’amuser, l’amener à réfléchir, l’effrayer, l’exciter, l’émouvoir, flatter son sens esthétique (rayer les mentions inutiles, plusieurs réponses sont possibles). De plus, il mettra tout en œuvre pour que le lecteur apporte suffisamment de crédit à cette histoire afin qu’elle soit vraisemblable, dans un univers donné. En échange de quoi, le lecteur Z s’engage à croire ce que lui raconte l’auteur X. »

On le voit, les obligations du lecteur, comparées à celles de l’auteur, sont tout à fait raisonnables. C’est un peu normal : il a payé, il ne va tout de même pas se farcir tout le boulot. Pourtant, bon nombre d’écrivains en devenir ignorent jusqu’à l’existence de ce pacte. En conséquence, ils s’autorisent à raconter n’importe quoi (…) »

 

Ed. Milan, janvier 2008, 265 pages, prix : 14 €

Ma note :



Crédit photo couverture : éd. Milan.

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Les tribulations d'une caissière - Anna Sam

24 Juillet 2008, 12:41pm

Publié par Laure

Voilà typiquement ce que j’appellerais un livre « zéro risque » à l’achat. Vous savez exactement ce que vous allez y trouver, ni plus, ni moins.

Anna Sam est diplômée universitaire mais n’ayant pas trouvé d’emploi dans son domaine et ayant comme tout le monde besoin de vivre, elle a exercé pendant 8 ans le métier de caissière. Elle en connaît donc un rayon, si je puis me permettre. Que trouverez-vous dans ce livre ? quelques dessous du métier : le temps partiel imposé et le salaire médiocre, la batterie de chefaillons,  l’uniforme moche et informe made in China dont la couture craque au premier mouvement, un crédit temps de pause de 3 minutes par heure travaillée, autrement dit vous aurez dix-huit minutes de pause après 6 heures non stop derrière votre tiroir-caisse, l’humiliante pause pipi qu’il faut demander par téléphone à sa chef si on n’arrive pas à attendre la pause règlementaire, et bien sûr, toutes les perles du métier, celles qui vous font ricaner ou vous donnent des envies de meurtre quand vous êtes en relation avec un public. Alors vous saurez tout sur le client lambda qui ne raccroche jamais son téléphone portable surtout pas devant une caissière, celui qui vous drague, celui qui essaie de faucher, celui qui vous raconte sa vie, celui qui vient toujours à la fermeture, ou se rue sous les rideaux métalliques dès l’ouverture. Bref, le client n’est jamais content, il est toujours grossier et malpoli, quand ce n’est pas ivre ou agressif.

Certes, des clients qui vous font un sourire, vous disent bonjour et vous souhaitent bonne journée, il y en a (très très rarement d’après la caissière), mais bien sûr ceux-là ne sont pas intéressants, puisqu’ils sont normaux (si tant est que la norme n’est pas encore devenue le mépris, si l’on en croit ce livre) et donc ne vous feront pas rire.

C’est vite lu, pas spécialement bien écrit (style oral quoi), mais ça plaît au public : parce qu’il est toujours amusant de ricaner (des autres), parce que c’est du vécu, etc.

Dénichées sur overblog (http://caissierenofutur.over-blog.com), ces chroniques ont été réunies en tribulations chez un éditeur. Ça se trouve en tête de gondoles dans les hypermarchés qui ne sont pas rancuniers. Si toutefois cela apporte à l’auteur un meilleur revenu que son salaire d'ex caissière, pourquoi pas.

No futur, mais no surprise non plus.

 

 

Stock, juin 2008, 190 pages, prix : 15.50 €

Ma note : 2,5/5

Crédit photo couverture : © Atelier Didier Thimonier – et Getty Images / éd. Stock

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100 romans de première urgence pour (presque) tout soigner – Stéphanie Janicot

1 Juillet 2008, 12:26pm

Publié par Laure

A la manière des paquets de cigarettes sur lesquels il est écrit en gros « fumer tue », il est écrit ici que « lire guérit ». Stéphanie Janicot s’est donc amusée à jouer les bons docteurs pour en toute occasion vous proposer un roman qui soignera vos maux.

Je dis « s’est amusée » car tout est vraiment léger dans ce livre, l’idée, l’approche, le ton. Je n’avais rien à soigner (ou rien envie de soigner) mais un bon bouquin qui m’en conseille 100 autres, forcément, ça me tente toujours. Ainsi que vous soyez déprimée, moche ou aveugle, vous trouverez la solution en conseils romanesques dans ce Vidal littéraire made by Janicot. (Toutefois si vous êtes aveugle l’auteur ne dit pas comment vous la lirez).

Soyons honnêtes, ce livre n’est rien de plus qu’une liste des 100 romans qu’il faut avoir lus dans votre vie, des 100 incontournables qu’on vous conseille un peu partout, classiques que vous avez lus adolescents ou que vous avez notés depuis tant les livres sont connus. Bon d’accord, il y a quelques titres récents, et je n’ai pas pu m’empêcher d’en noter 2 ou 3, mais dans l’ensemble, rien de nouveau sous le soleil.

Que penser alors de l’approche ? Résumés allégés et symptômes vite décrits dans un langage simple et qui se veut amusant, j’ai souvent pensé au cours de ma lecture que l’auteur s’adressait à ses lecteurs de Muze (elle est journaliste à Bayard Presse), soit des jeunes gens de 15-25 ans. En tout cas le ton y est, ça se veut moderne, facile et léger. Mais peut-on être léger en tout ? Vous avez été violée ? : lisez lucky d’Alice Sebold, et d’autres exemples du même ordre. Si tel est votre cas, je ne suis pas sûre que vous soyez en état d’en rire. Même si c’est de l’humour. Alors contentons-nous de parler d’une compilation de 100 romans incontournables, et ce ne sera déjà pas si mal !

 

Et puis le lecteur est sollicité pour envoyer ses suggestions à lireguerit@albin-michel.fr, un tome 2 verra ainsi peut-être le jour.

A offrir à ceux qui manquent vraiment d’idées et qui n’ont jamais cliqué sur un blog littéraire de leur vie, pour les autres, déjà gagnés à la boulimie de lecture, continuez sans rien changer.

Au pire, empruntez le bouquin à une copine, allongée sur la plage, pourquoi pas…ouvert sur les yeux, ça protège du soleil.

 

Elles l’ont lu (et je suis tout à fait d’accord avec elles) :  

Amandameyre, Yspaddaden, et plus enthousiaste : Clarabel (que je remercie pour le prêt !)

 

Albin Michel, mars 2008, 226 pages, prix : 15 €

Ma note : 3/5

Crédit photo couverture : éd. Albin Michel.

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Au monde (Ce qu'accoucher veut dire) - Chantal Birman

15 Juin 2008, 13:54pm

Publié par Laure

Il ne m’est jamais facile de parler d’un essai ou document, car lorsque je l’ai choisi, je l’ai fait pour des raisons toutes personnelles qui me touchent au cœur, c’est une lecture qui m’engage bien plus intimement qu’un roman. Je parle là bien sûr des documents que je choisis, et non de ceux que j’ai pu lire dans le cadre de Prix Littéraires, qui m’étaient donc « imposés ».

 

Ce livre de Chantal Birman, écrit en collaboration avec Sophie Troubac, est une vision complète et réaliste du métier de sage-femme. Un métier qui a toujours existé, et qui connaît aujourd’hui les restrictions de santé publique que l’on sait : sous-effectifs, etc.

Le livre de Chantal Birman est passionnant, empreint d’une humanité constante qui force l’admiration, ah comme j’aurais aimé accoucher avec elle ! Car s’il y a des récits de cas, de nombreux exemples, il y a aussi beaucoup de réflexion sur le métier lui-même, aspects philosophiques, physiques, psychologiques, sur cet accompagnement de la mère pour ce moment qui changera à tout jamais sa vie.

Bien sûr il y a des cas douloureux, viols, incestes, malformations, accouchements sous X, bien sûr il y a la réalité de la douleur et son acceptation ou non par chacune, il y a ce qu’on avait idéalisé et ce qu’on vit réellement, mais tout cela fait partie de la vie et de la naissance, moment où l’on n’est jamais aussi proche autant de la vie que de la mort.

Un ouvrage sublime, magnifique, où l’on sent toute la dignité que cette sage-femme accorde aux femmes (et aux pères), sans jamais oublier une profonde humanité ancrée en elle.

Un livre que tous peuvent lire, hommes, pères ou non, femmes ayant déjà donné la vie ou non, et bien sûr, un livre que tout le corps médical devrait avoir lu.

 

Ed. de la Martinière, février 2003, 350 pages, prix : 18 €

Ma note : 5/5

Crédit photo couverture : © Elisabeth Ferté et éd. de la Martinière.

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Le corset invisible - Eliette Abécassis et Caroline Bongrand

21 Mai 2008, 16:31pm

Publié par Laure

Les deux romancières que sont Eliette Abécassis (La Répudiée, 2000 ; Qumran, 2001 ;… ; Un heureux événement, 2006) et Caroline Bongrand (Le souligneur, 1993 ; Pitch, 2000 ; etc.) nous livrent dans cet essai à quatre mains un « manifeste pour une nouvelle femme française », un panorama de ce que vit la femme actuellement, pas si libérée que cela par le féminisme. Ou plutôt si elle a perdu certains carcans, elle s’est aliéné bien d’autres contraintes, la conduisant au défi quotidien et permanent de devoir être parfaite sur tous les plans : femme, épouse, mère, salariée, dans son corps, etc.

A travers de brefs chapitres faciles à lire, on se retrouve effectivement dans bien des passages, qu’il s’agisse de la mère au foyer, de la femme divorcée avec ou sans enfants, de la femme mariée superwoman qui se bat pour progresser dans sa carrière tout en étant épanouie dans sa vie de famille, là encore, etc. En filigrane bien sûr transparaît aussi un portrait succinct de l’homme moderne.

Si bien des analyses sont intéressantes, elles ne sont pas non plus révolutionnaires : le ton très « magazine féminin » donne une impression de déjà lu, comme s’il s’agissait d’une anthologie d’articles. On ne pourra s’empêcher aussi de trouver certains passages exagérés, du moins engagés du point de vue féminin (un livre sur les femmes écrit par des femmes !).

J’avoue avoir lu un peu en diagonale la dernière partie sur la tyrannie de la beauté et la femme utilisée à son insu dans un but d’expansion économique (tout ce qu’on nous vend pour les régimes), tout comme celle sur la ménopause vendue comme une maladie et la polémique sur le THS / cancer du sein qui suscitent à eux seuls des livres entiers et ne sont donc là qu’abordés superficiellement.

En résumé, une synthèse agréable à lire de la condition féminine aujourd’hui, qui se veut un document très grand public, et qui pêche peut-être parfois par une vulgarisation trop rapide des problèmes. A lire donc en connaissance de cause. 


Cet extrait page 33, que je dédie aux copines mères au foyer (elles comprendront, et l’ayant été moi-même pendant plus de 10 ans, je me comprends aussi, même si je crois qu’elles ont, tout comme moi, su dépasser ces clichés qui ont la vie dure et trouver leur équilibre en s’affirmant autrement, même si parfois, il y a des baffes qui se perdent, hein les filles…) : « La mère au foyer : cette soldate inconnue.
Aux yeux de la société, celle qui choisit la vie familiale est au mieux une planquée, au pire une incapable. C’est pourquoi la femme au foyer porte la culpabilité permanente de ne pas être créatrice de richesses. Ce n’est pas elle qui fait bouillir la marmite : c’est l’argent de son mari qu’elle dépense. A cause de cette culpabilité, elle en fait trois fois plus que nécessaire dans la maison et se jette dans une quête éperdue de perfection afin de se faire pardonner sa non-productivité apparente. Le regard que la société pose sur son existence fait peser sur elle un  degré d’exigence impitoyable. Rien ne lui sera pardonné. Son travail, qu’il concerne les enfants, le ménage, l’organisation de la maison, la planification des vacances, ne sera jamais ni reconnu ni valorisé. Elle est chauffeur, cuisinière, femme de ménage, secrétaire, répétitrice pour ses enfants. Elle n’a pas d’excuse pour ne pas être belle et disponible le soir. Elle est en quelque sorte la femme idéale : « cordon-bleu dans la cuisine, sainte dans le salon et avec les enfants, pute dans la chambre ». Et pourtant, une femme qui ne travaille pas n’est pas respectée. On la sait incapable de partir, car elle est inféodée au mari financièrement. Si son mari se désintéresse d’elle à la cinquantaine, au moment où les enfants quittent eux aussi la maison, elle se demande ce qu’elle a fait de sa vie. »

 

Et on en remet une couche p. 114 : « Etre une mère qui ne travaille pas, c’est apparaître comme un parasite. La femme au foyer est l’objet de tous les fantasmes : voilà une personne qui ne produit rien, qui est entretenue, qui a le temps de faire ce qu’elle veut, qui a de la chance, qui est une privilégiée, à qui la difficulté de la vie et du monde du travail est épargnée, une femme qui a le temps de vivre.
Or être une mère est une profession à part entière, qui exige le sens des responsabilités, la prise d’initiatives, des capacités intellectuelles, physiques et émotionnelles, une grande réactivité, un sens du management, une capacité d’adapter ses horaires aux charges nouvelles qui peuvent surgir, de la bonne volonté face aux tâches supplémentaires, la capacité de supporter un environnement stressant et un chef parfois tyrannique – l’enfant – et un collègue de bureau qui pratique l’absentéisme – le mari. »

 

 

Albin Michel, mars 2007, 217 pages, prix : 16 €

Ou Livre de Poche, mars 2008, prix : 6 €

Ma note : 3/5

Crédit photo couverture : LGF / Le Livre de Poche.

 

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Dieu est une femme - Ariane Fornia

24 Mars 2008, 09:24am

Publié par Laure

dieu-est-une-femme.jpgAriane Fornia est la fille du député PS de la Drôme, Eric Besson (aujourd’hui secrétaire d’Etat dans le gouvernement Fillon) et de l’écrivain et enseignante Sophie Brunel. En 2003, entre fin de 3ème et début de classe de 2nde, elle se laisse aller à écrire ces quelques réflexions sur le monde qui l’entoure, soit, l’année de ses 14 ans, qui est aussi le sous-titre du livre. S’il a des airs d’autobiographie et qu’il est écrit souvent à la manière d’un journal intime, l’auteur s’en défend et le qualifie bien de roman. Ma BDP l’a classé en 305.23 [jeunes de 12 à 20 ans, étude relative à une personne], soit un document. Peu importe.

S’il est une chose certaine, c’est que la jeune auteure, si elle a un regard perçant sur sa qualité d’ado tapageuse au look pseudo gothique, a aussi un regard critique et lucide sur la société, la politique, l’économie, et même le couple. A 14 ans, oui. Ce n’est pas la modestie qui l’étreint car elle sait ce qu’elle veut, elle ne manque pas de confiance en soi, et adopte souvent un ton très provocant. On sourira aux scènes d’ennui quand elle accompagne son père aux diverses manifestations locales auxquelles il montre sa figure de député, on comprendra les réflexions d’une ado sur les cours au collège et le profil des enseignants, et on lui accordera d’être brillante sur certains points.

On pourra reprocher au livre un manque d’enchaînement logique, proposant davantage une suite de pensées juxtaposées, mais la forme proche du journal le pardonnera.

1er ouvrage paru en 2004, Ariane Fornia est aujourd’hui en khâgne, et a écrit deux autres livres, la Déliaison (avec sa mère) et Dernière morsure.

 

Denoël, mai 2004, 210 pages, prix : 15 €

Ma note : 3,5/5

Crédit photo couverture : éd Denoël

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Le baiser d'Isabelle : l'aventure de la première greffe du visage - Noëlle Châtelet

29 Février 2008, 13:00pm

Publié par Laure

baiser-d-isabelle.jpgVoici un livre que je naurais pas eu lidée de lire si je ne lavais reçu pour le Prix Elle. Jimaginais sans doute un récit racoleur, manquant de pudeur : il nen est rien.

Noëlle Châtelet a su retracer avec précision et humanité cette extraordinaire aventure médicale avec toujours un grand respect (et une écoute attentive) pour Isabelle, la receveuse défigurée.

1ère greffe mondiale de la face, cet événement a fait lactualité de tous les journaux, mais ce livre ma agréablement surprise par le travail d’équipe quil raconte. Ce nest pas seulement lexploit dun chirurgien, mais le travail de tout un réseau médical et paramédical dune bonne cinquantaine de personnes qui est décrit. Le challenge « scientifique » purement médical pouvant apparaître comme un défi technique à relever est contrebalancé par les passages en italique : la parole donnée à Isabelle par le biais de son journal rend le  récit plus humain.

Si ce document a évité l’écueil du sensationnalisme, je nen perçois pas encore bien la réelle motivation. Offrir au grand public le récit « vulgarisé » de cette première greffe qui est de toute évidence dans toutes les annales des publications médicales réservées aux professionnels ? Javoue être encore un peu gênée par cet intérêt que je cerne mal.

De même lusage des initiales ma souvent gênée dans ma lecture : tous les protagonistes sont nommés par leur prénom suivi de linitiale de leur nom de famille. A la longue cest fatiguant et lon ne sait plus très bien qui est qui. Tous ces personnages n’étaient pas anonymes lors des faits relayés par les médias, alors pourquoi ce choix de linitiale qui alourdit inutilement la lecture puisquils sont de toute façon identifiables ? 

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de Elle 2008, catégorie Documents.

Seuil, oct. 2007, 317 pages, prix : 18 €
Ma note : 14/20
Crédit photo couverture : Didier Gaillard et éd. Seuil.

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La maison du retour - Jean-Paul Kauffman

8 Novembre 2007, 06:11am

Publié par Laure

maison-du-retour.jpgCest un plaisir inattendu qui ma saisie à la lecture de ce récit, que pour ma part (si ce n’était autobiographique) je qualifierais volontiers de roman, tant la langue y est agréable, précise, élégante et ciselée. A sa libération, après 3 ans de détention au Liban, Jean-Paul Kauffmann sachète une maison de campagne dans les Landes. Un ancien bordel de la Wehrmacht sous lOccupation. Une maison qui nécessite des travaux, dont on suit l’évolution par le regard de Kauffmann sur ses deux ouvriers surnommés Castor et Pollux. Ce qui fait le bonheur de ce livre, cest son avant tout son écriture. Kauffmann sait écrire, et sil revient parfois pudiquement sur sa captivité, il est ici surtout question de retour à la vie, de redécouverte de la nature, du vent et de la liberté. Un bon vin, Haydn et un recueil de Virgile, lauteur dit souvent et avec bonheur son amour de la littérature et de la musique. On perçoit lhomme cultivé, qui pourtant ne cherche aucunement à « faire savant », tout au contraire, cest une reconstruction des sens qui passe par la simplicité, celle des odeurs, des couleurs, des bruits Une belle surprise que cette maison du retour  (écrite près de 20 ans « après »).

Lu fin octobre dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de Elle 2008, sélection "documents" du mois de novembre.

Les avis de : cathe, cathulu, Incoldblog, Philippe

Nil éditions, fév. 2007, 295 pages, prix : 19 €
Ma note : 15/20
Crédit photo couverture : éd. Nil et Amazon.fr

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