Les jardins d'Hélène

premier roman

Les parapluies d’Erik Satie – Stéphanie Kalfon

9 Août 2018, 09:58am

Publié par Laure

Un premier roman qui se révèle être une biographie originale dans sa forme de la vie singulière d’Erik Satie. Le style en apparence fragmenté, parfois fantasque, poétique ou mélancolique semble coller à la personnalité du musicien.

 

Aîné d’une fratrie de quatre, il a 4 ans quand il voit sa mère dépérir après la mort subite de sa petite sœur Diane à l’âge de huit mois. Il mourra le 1er septembre 1925 dans une chambre sordide à Arcueil. On y trouvera quatorze parapluies noirs identiques. Satie fut un homme libre rejetant les conventions, un hurluberlu dont l’audace plaît parfois. Mais il n’en fut pas moins un artiste maudit et miséreux.

 

Alcoolisme et solitude, mystère et mélancolie sont des mots qui reviennent souvent dans l’histoire de sa vie.

 

Page 66 : « Je sais jouer du piano, je suis imaginatif, je peux m’adapter à tous les genres de musique, je ne sais pas dormir et j’ai déjà un métier en réalité, il me prend la moitié du temps. Comme je ne dors pas, la nuit, j’ai besoin de quelques heures rémunérées. Prenez cela comme ma modeste contribution à l’art que je vénère autant que les lampadaires. J’ajoute que je suis courageusement facile et complaisamment solitaire.

Rodolphe commence à trouver ce gosse intéressant et sacrément emmerdant aussi.

- Ici il faut venir en tant que quelque chose, si tu n’es rien, tu n’entres pas, dit-il en disparaissant définitivement dans son établissement.

Alors, Erik se faufile derrière lui et sans réfléchir bondit sur le bar, bien en vue, au-dessus des autres, tout Paris le regarde, il hurle :

- JE SUIS GYMNOPEDISTE ! »

 

 

Une biographie au style qui interpelle, séduit, et instruit.

 

 

 

Sortie en poche annoncée chez Folio pour le 04 octobre 2018 au prix de 7,25 €

 

 

 

 

Pourquoi je l’ai lu : parce que j’ai souvent entendu mes enfants jouer la première gnossienne ?

 

Où et comment je l’ai lu : je l’ai emprunté à la bibliothèque départementale, et je l‘ai lu en deux soirées dans mon lit en ce début du mois d'août 😊

 

 

 

Éditions Joëlle Losfeld, février 2017, 211 pages, prix : 18 €, ISBN : 978-2-07-270634-9

 

 

 

Crédit photo couverture : © Rachel Hill /Shutterstock (détail) / et éd. Joëlle Losfeld

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Cinq ami(e)s au soleil – Emma Sternberg

30 Juin 2018, 11:06am

Publié par Laure

En rentrant chez elle, Linn, la trentaine, retrouve son amoureux en fâcheuse posture avec une de ses amies. Son petit monde s’écroule, d’autant qu’elle travaille dans l’entreprise de ses beaux-parents, et ne se voit pas continuer comme si de rien n’était. Elle décide de partir sur le champ, mais c’est à ce moment-là que sonne un exécuteur testamentaire qui lui annonce qu’elle vient d’hériter d’une maison d’une valeur de 11 millions de dollars dans les Hamptons, sur l’île de Long Island, dans l’état de New-York, d’une vieille tante qu’elle n’a même pas connue.

 

Elle quitte l’Allemagne avec un maigre bagage, va aller de surprise en surprise en découvrant la beauté du lieu mais aussi que cette gigantesque bâtisse est toujours habitée par cinq retraités qu’elle ne veut pas mettre à la porte.

 

On pourrait penser, après ce postulat peu crédible, (et je l’ai pensé très fort) que tout est cousu de fil blanc, qu’elle va trouver un moyen de sauver la maison, que tout ce petit monde va vivre ensemble, et qu’elle va bien sûr tomber amoureuse du fils d’une pensionnaire qui vient faire quelques menus travaux.

 

Eh bien oui et non, car le déroulement de l’intrigue fut plutôt une bonne surprise, et se veut un brin plus complexe qu’attendu. On y côtoie le monde de l’art, des personnalités sans scrupules, des hésitations sincères de la part de l’héroïne, un cheminement plus retors qu’imaginé ; je me suis plutôt laissé prendre au jeu.

 

Un roman feel-good certes, mais qui emprunte des voies moins convenues que prévues : un bon premier roman allemand à conseiller pour une lecture détente.

 

 

 

 

L’archipel, juin 2018, 393 pages, prix : 22 €, ISBN : 978-2-8098-2441-4

 

 

 

Crédit photo couverture : © ph. iStock et éd. de l’Archipel

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Les déraisons - Odile d'Oultremont

12 Juin 2018, 14:18pm

Publié par Laure

Le 03 octobre 2016, Adrien Bergen, 44 ans, est au tribunal, dans le box des accusés, contre sa société AquaPlus, qui le met en demeure pour avoir touché un an de salaire indu. Mais il faut remonter dix ans en arrière, quand Adrien est tombé amoureux de Louise Olinger, en allant lui annoncer une coupure d’eau de trois jours… D’emblée sa fantaisie l’avait surpris.

 

Séduit par son côté fantasque, ils ne tardent pas à vivre ensemble. Louise est peintre, artiste, libre dans sa création et ses mots. Ce qui n’est pas toujours simple dans la vie sociale, ah les échanges avec la mère d’Adrien !

 

Mais Louise développe un cancer du poumon qui lui sera fatal, on le sait d’emblée. Alors quand la maladie de sa femme coïncide avec sa mise au placard au fin fond d’un couloir, Adrien décide de ne plus aller au bureau. Il faudra un an à son entreprise pour se rendre compte de son absence, en voulant l’inviter à une cérémonie pour ses 10 ans dans l’entreprise.

 

 

Le roman alterne les temps entre jours du procès et retours en arrière qui narrent l’histoire d’amour d’Adrien et Louise, ainsi que la maladie. L’histoire tient finalement à peu de choses, si ce n’est au caractère fantasque de Louise et à l’amour fou d’Adrien. L’absurdité de la vie, du monde du travail (comment ne pas se rendre compte de l’absence d’un employé pendant un an ?!), la folie choisie de Louise, la sympathie peu académique du juge sont des éléments qui donnent à réfléchir à ce qui est important, et à quel moment.

 

 

Le roman est agréable et surprend par le grain de folie de Louise, sans apporter de surprise sur son déroulement, il est plaisant et original.

 

 

 

p. 36 : « Adrien essaya de lui expliquer que Louise était ainsi, insaisissable, que c’était à la fois son charme, sa force et son courage, mais elle ne voulut rien savoir. »

p. 42 : « Derrière ses pérégrinations fantasques, c’était merveilleusement limpide : Louise était une femme de pouvoir. »

 

 

 

 

Les éditions de l’Observatoire, janvier 2018, 219 pages, prix : 18 €, ISBN : 979-10-329-0039-0

 

 

 

Crédit photo couverture : © Paul Wackers / les éditions de l’Observatoire

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Apprendre à lire - Sébastien Ministru

11 Mai 2018, 08:59am

Publié par Laure

Au crépuscule de sa vie, un vieil homme, immigré sarde analphabète, demande à son fils âgé d’une soixantaine d’années, dirigeant d’un groupe de presse, de lui apprendre à lire. Celui-ci s’exécute bon gré mal gré, mais leurs relations n’ont jamais été simples, qui plus est après le décès de sa mère.

Antoine vit en couple avec un homme mais a fait le choix de ne plus avoir de relations sexuelles avec son conjoint, il préfère quelques relations tarifées épisodiques.

C’est à l’une de ces rencontres, futur enseignant, qu’il confie cette lourde mission d’apprendre à lire à son père. Un lien très fort va se nouer entre le vieil homme et Ron, le jeune enseignant, relation qui va déstabiliser le fils…

 

C’est un très beau roman que ce court texte, très sensible, pudique, très bien écrit, qui se lit aussi dans les non-dits trop longtemps occultés. Il aborde des thèmes rares, l’analphabétisme, et précieux, la relation père-fils, chahutée, difficile. C’est une histoire d’amour, paternel, filial, qui aborde aussi l’homosexualité, la prostitution masculine, (dans le rapport qu’elle peut induire entre ce père et ce fils), et la honte liée à l’analphabétisme.

 

Un roman qui se lit d’une traite, touchant, caressant par sa plume, une vraie belle découverte (il s’agit en plus d’un premier roman), que je dois à Autist reading dont le billet m’avait convaincue.

 

 

 

Extraits :

« - Mais à quoi ça va te servir de savoir lire ?

- A quoi ça va me servir ? Mais à lire. Peut-être que lire, ça fait mourir moins vite. »

 

« Mon père veut apprendre à lire et à écrire et ce n’est pas une plaisanterie. J’ai accepté de lui apprendre à lire et à écrire et c’est une catastrophe. Lire et écrire, comme inspirer et expirer, sont des gestes naturels que personne ne se souvient d’avoir appris. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Grasset, coll. Le Courage, janvier 2018, 160 pages, prix : 17 €, ISBN : 978-2-246-81399-6

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Grasset.

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Ta vie ou la mienne – Guillaume Para

2 Avril 2018, 15:13pm

Publié par Laure

Hamed Boutaleb a perdu sa mère à la naissance. Il a grandi à Sevran, en Seine Saint-Denis, avec son frère Faouzi, de sept ans son aîné, et leur père.

Son frère meurt à l’âge de quinze ans, victime de la guerre du shit, leur père meurt d’un cancer du foie lorsqu’Hamed a treize ans. Il est donc recueilli par son oncle Tarek, qui vit avec sa femme et ses trois filles à Saint-Cloud, ville bourgeoise de l’Ouest parisien. C’est là qu’il sera repéré car il est doué au football, et là aussi qu’il tombera amoureux de Léa, une jeune fille de bonne famille, riche et catholique, mais qui n’est pas moins dépressive sévère.

 

Un incident dramatique viendra compromettre un avenir qu’on aurait aimé voir fleurir.

 

 

Peut-on sortir de son milieu d’origine ? Si les débuts du roman sont un peu binaires, avec un concentré de clichés sur la violence du 9-3 et la banlieue huppée côté St-Cloud qui peuvent agacer (facilité ?), les personnages sont néanmoins extrêmement attachants. Le père de son ami François, Pierre Villeneuve, est drôle, bienveillant, tendre, mais jure comme un charretier alors qu’il interdit aux enfants de le faire. Il est le premier avec l’oncle Tarek à mettre de la douceur dans la triste vie d’Hamed.

 

 

Souvent trop manichéen dans son développement, l’équilibre global se fait néanmoins entre violences (en prison notamment) et sentiments. Les émotions sont bien réelles et on ne peut s’empêcher d’être touché par les personnages.

 

 

Une lecture au final très agréable et qui fait du bien, malgré une certaine noirceur, grâce notamment à une palette riche de personnages secondaires. On fermera les yeux sur quelques facilités qui servent l’intrigue, la scène du procès notamment est d’une simplicité trop vite expédiée pour être crédible, mais on veut bien avaler des couleuvres pour sauver Hamed et Léa !

 

 

On ne peut que souhaiter à l’auteur par ailleurs journaliste (c’est son premier roman) de poursuivre dans la voie de la fiction, nul doute qu’il écartera vite les quelques maladresses de cet opus.

 

 

 

 

(Le livre m’a été envoyé gracieusement par l’auteur, comme à tous les blogueurs qui l’ont chroniqué semble-t-il. Cela n’enlève rien à l’honnêteté de mon propos.)

 

 

 

Éditions Anne Carrière, février 2018, 194 pages, prix : 17 €, ISBN : 978-2-8433-7889-7

 

 

 

Crédit photo couverture : © Anne Carrière

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Les rêveurs - Isabelle Carré

26 Janvier 2018, 10:47am

Publié par Laure

J’avoue l’avoir pensé : « encore une actrice qui sort un bouquin plus ou moins autobiographique et l’appelle roman, tout est dit en interview et tournée promo : la mère dépressive, le père homo, le couple qui explose, la tentative de suicide à l’adolescence, etc. Mais au fond, quel intérêt ? »

 

Face à la demande pressante de nos lecteurs à la bibliothèque curieux de le lire (Je reconnais à Isabelle Carré un bon capital sympathie), j’ai voulu me faire mon propre avis : c’est un beau premier roman ! Isabelle Carré a une très belle écriture, facile à lire mais travaillée, élégante.

 

Isabelle Carré a 46 ans, j’en ai 45 : je l’ai donc perçu comme un roman générationnel, j’ai les mêmes références culturelles et musicales, jusque dans les publicités et slogans qu’elle rappelle ici ou là. Les lecteurs nés dans les années 70 et avant y retrouveront une douceur légèrement nostalgique, et une réalité sociale dure, dès les premières pages et la grossesse de sa mère, « fille-mère » à 19 ans.

 

Mais c’est aussi un roman intemporel, car l’amour, la famille, le mal-être à l’adolescence, la dépression, sont des sujets éternels et toujours vrais. 

 

Ce premier roman est donc une belle surprise : une vie singulière parfois fantasque, la convocation des souvenirs, la construction d’une enfant puis d’une femme au sein de cette famille aimante en dépit de ses frasques.

 

Rien d’inoubliable ou d’exceptionnel, mais un bon moment de lecture, plaisant et empathique.

 

 

 

Extraits :

« Notre vie ressemblait à un rêve étrange et flou, parfois joyeux, ludique, toujours bordélique, qui ne tarderait pas à s’assombrir, mais bien un rêve, tant la vérité et réalité en étaient absentes. Là encore, et malgré la sensation apparente de liberté, il fallait jouer au mieux l’histoire, accepter les rôles qu’on nous attribuait, fermer les yeux et croire aux contes.

« Au pied de l’arc-en-ciel se dissimule toujours un trésor » nous répétait mon père. Notre univers avait la texture d’un rêve, oui, une enfance rêvée, plutôt qu’une enfance de rêve ».

 

« Pourquoi n’ai-je jamais su quitter les lieux que j’aimais ? Pourquoi est-ce si difficile de les laisser, d’accepter qu’on ne pourra pas les revoir car ils ne nous appartiennent plus, la porte s’est claquée pour toujours, le temps ne fera que nous éloigner, à moins d’être un bon rêveur, celui qui se souvient toujours de ses rêves, de rêves si clairs et précis qu’ils permettent de s’y attarder encore, d’entrer à nouveau dans ces pièces de l’enfance, sans autre clé que le désir constant d’y revenir. »

 

 

 

  Badge Lecteur professionnel

 

 

 

 

Grasset, janvier 2018, 304 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-246-81384-2

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Grasset

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Le coeur battant de nos mères - Brit Bennett

1 Octobre 2017, 15:07pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch

 

Nadia Turner a 17 ans lorsqu’elle avorte du fils du pasteur, Luke Sheppard. Un petit ami qui rime avec l’insouciance de l’adolescence, elle vivait seule avec son père depuis le suicide de sa mère six mois plus tôt, dans le poids et les convenances de la communauté noire religieuse du Cénacle. A la sortie de l’intervention, Luke ne vient pas la chercher. Elle cachera la vérité à son père, rompt avec Luke, et se rapproche d’Aubrey qui deviendra sa meilleure amie. Elle réalise son rêve en entrant à l’université et en s’éloignant de fait de sa vie d’avant … qui finira par la rattraper.

 

Un trio amoureux et amical, des amours contrariées, la construction de soi quand les piliers parentaux ont été absents ou défaillants, la marque psychologique indélébile de l’avortement, le rêve de ce qui aurait pu être et n’a pas été, la place de la famille, du regard des autres dans une communauté religieuse : les thèmes sont nombreux, intéressants même s’ils ne sont pas nouveaux, les personnages attachants ; hélas, il faut attendre longtemps, bien trop longtemps (un peu plus de la moitié du roman) pour que l’alchimie prenne vraiment et que l’intrigue démarre enfin.

 

C’est un peu tard et déséquilibre la qualité globale du roman.

 

A lire si vous aimez les histoires d’amours contrariées, les drames psychologiques larmoyants, même si la détermination et la force intérieure de Nadia permettent d’éviter le roman (trop) guimauve.

 

 

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2018

 

 

 

 

Autrement Littérature, août 217, 339 pages, prix : 20,90 €, ISBN : 978-2-7467-4572-8

 

 

 

Crédit photo couverture : © Raphaëlle Faguer et éd. Autrement.

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Une histoire des loups - Emily Fridlund

29 Septembre 2017, 15:49pm

Publié par Laure

 

Traduit de l’américain par Juliane Nivelt

 

Madeline, 14 ans, est en classe de 3ème quand son professeur d’histoire meurt sous yeux. Il est remplacé par un californien, M. Grierson, qui jouera vite un rôle trouble dans le roman.

 

Lorsqu’il lui demande de représenter le collège lors du Tournoi de l’Odyssée de l’Histoire, elle choisit de faire un panneau pour parler des loups : une histoire des loups.

 

En face de chez elle, de l’autre côté du lac, une famille s’installe avec un petit garçon de 4 ans. Le père est souvent absent pour son travail, et Patra, la mère, semble un peu dépassée, Madeline va beaucoup s’occuper du petit Paul, entrer de plus en plus dans la vie de cette famille sans bien comprendre ce qu’elle cache.

 

D’emblée l’on sait que Paul meurt à l’âge de quatre ans. Tout l’enjeu semble être de savoir de quoi, comment et pourquoi, quelqu’un est-il responsable de quelque chose ? Mais des personnages secondaires continuent de hanter Madeline comme une obsession, sans que le lecteur perçoive réellement l’importance ou la logique de ces présences dans le récit.

 

 

L’auteur joue avec une déconstruction du récit qui mêle les différents temps. Madeline, surnommée Linda, a 37 ans quand elle raconte cette histoire. Elle avait 15 ans à l’époque des faits, mais les dates se mêlent de façon non chronologique. Peu à peu le lecteur pénètre dans cette atmosphère étrange et familière à la fois, tant dans la vie familiale que dans la nature alentour.

J’ai aimé cheminer lentement vers la vérité, sans effets grandioses, cette façon subtile de dévoiler un mode de vie fortement ancré dans certaines croyances religieuses. Tout est « bizarre », le malaise est persistant, mais la beauté de l’écriture apaise paradoxalement l’ensemble.

 

Un premier roman qui révèle une plume intéressante.

 

 

Lu dans le cadre du Grand Prix des lectrices de ELLE 2018.

 

 

 

Gallmeister, août 2017, 296 pages, prix : 22,40 €, ISBN : 978-2-35178-128-9

 

 

Crédit photo couverture : © Ekaterina Borner / Arcangel Images et éd. Gallmeister

 

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Vera - Karl Geary

17 Septembre 2017, 13:03pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Irlande) par Céline Leroy

 

 

Sonny, seize ans, est le cadet d’une famille modeste, où la mère passe son temps à se plaindre du père qui passe son temps à parier au jeu sa maigre paye. Mais il est aussi le seul à fréquenter le lycée, en dehors duquel il fait quelques petits boulots, chez le boucher du coin ou quelques travaux d’entretien avec son père. C’est avec lui qu’il rencontre Vera, une femme seule plus âgée, qui le trouble dès la première rencontre.  

 

Sonny n’aura dès lors de cesse de se rapprocher d’elle, bien qu’elle ne soit ni de son âge ni de son milieu social. Elle semble pourtant tout aussi paumée que lui, et entre eux nait une curieuse relation, pudique et attentionnée.

 

 

Sonny tente de s’élever, il a une certaine curiosité intellectuelle mais Sharon, une ado de son âge qui n’a pas sa langue dans sa poche, et sa famille font tout pour l’en empêcher, parce que c’est ainsi, on est comme on nait.

 

 

Le roman est écrit à la deuxième personne du singulier, un « tu » au départ déstabilisant, il incarne un narrateur omniscient qui n’hésite pas dès le milieu de l’histoire à anticiper au détour d’une phrase le dénouement tragique (parce que l’essentiel n’est pas là), on ne l’identifie pas, mais c’est un peu comme s’il s’exprimait à la place de Sonny qui ne s’autorise pas à prendre lui-même la parole.

 

 

Vera, c’est la rencontre de deux solitudes, deux souffrances, deux désirs, différents mais qui se rejoignent, deux êtres perdus qui prennent en l’autre ce qui peut les aider à continuer.

 

 

La fin, en quelques paragraphes, éclaire l’ensemble d’un nouveau regard, triste mais apaisant. Un beau roman, sensible, touchant, dont l’âme perdue des personnages reste longtemps à l’esprit du lecteur.

 

 

 

 

Lu dans le cadre du Grand Prix des lectrices de ELLE 2018

 

 

 

 

 

Ed. Rivages, août 2017, 253 pages, prix : 21,50 €, ISBN : 978-2-7436-4055-2

 

 

 

Crédit photo couverture : © Marc Owen / Arcangel et éd. Rivages

 

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