Les jardins d'Hélène

premier roman

L’âme du violon – Marie Charvet

5 Juillet 2019, 15:00pm

Publié par Laure

Quatre personnages, quatre destins, trois époques, mais un objet commun : le violon.

 

Il y a Giuseppe le luthier italien au XVIIe siècle, Lazlo le tsigane dans les années 1930 en France, une jeune peintre sans le sou, parisienne de nos jours, et Charles, un riche entrepreneur amoureux d’une violoniste et de son art… La musique et l’instrument sont au cœur de ce premier roman, mais il faudra attendre le milieu du livre à peu près pour comprendre les liens qui se tissent entre les quatre parties qui alternent. Dès lors le lecteur devinera aisément le dénouement des fils de l’intrigue.

 

C’est un bel exercice, bien écrit, mais qui souffre un peu de son artifice, de quelques longueurs un peu ennuyeuses, d’une alchimie qui peine à prendre. J’ai aimé le personnage de Giuseppe, c’est la partie que je trouve la plus intéressante, les autres n’ont pas réussi à me toucher.

 

Du potentiel, comme on dit, pour ce premier roman qui pour moi souffre un peu de cette construction qui se voulait pourtant être sa force. Pourquoi pas, pour les amoureux de la musique en général et du violon en particulier, a minima.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Grasset, avril 2019, 267 pages, prix : 19 €, ISBN : 978-2-246-81606-5

 

 

 

Crédit photo couverture : © Arcangel et éd. Grasset

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Vivre, tout simplement – Julie Léal

8 Mai 2019, 14:31pm

Publié par Laure

Un roman « drôle et touchant » comme l’annonce son communiqué de presse, ça ne se refuse pas. On ne se méfie jamais assez des CP toujours enthousiastes et alléchants.

 

Antonin, 34 ans, est croque-mort, enfin maintenant on dit : employé des pompes funèbres. Il accompagne les familles dans l’organisation des funérailles. Il maîtrise parfaitement son travail (d’autant qu’il a hérité de l’entreprise familiale) mais sa vie personnelle est terne et ennuyeuse. Camille va bouleverser sa vie quand elle va entrer dans sa boutique pour préparer ses propres obsèques. Camille est belle, jeune, joyeuse. Le contraire de ses clients habituels.

 

Le ton est donné dès le début, le lecteur s’aventure dans un roman feel-good, et je n’ai rien contre, ça peut faire du bien de lire de bons romans détente. Celui-ci est court, léger… mais voilà : bien trop léger.

Pas de surprise et un morne ennui, c’est ce que j’ai ressenti au fil de ma lecture. Je crois que l’histoire m’a achevée quand elle a pris le 2ème tournant à la mode après le feel-good : le développement personnel. Alors là, si vous lecteur viviez la même chose, que feriez-vous ? Prenez le temps d’y réfléchir. Mais l’auteure n’accompagne pas la pensée, elle l’évite, comme pour aller plus vite. « Je ne vous dirai pas si j’ai ouvert ce rideau. Mais vous, posez-vous la question : qu’auriez-vous fait ? Qu’auriez-vous décidé ? Ouvrir, pas ouvrir ? Terrible choix. […] Et vous, avez-vous déjà eu votre propre rideau à ouvrir ? » (p. 159).

De même dans une scène d’amour qu’elle élude : « J’ouvre ici une petite parenthèse pour vous dire que, ne vous en déplaise, je ne révélerai rien de ma nuit avec Camille. Désolé de vous laisser sur votre faim, je comprends votre frustration, mais c’est ainsi. Cette nuit magique et irréelle n’appartient qu’à nous. Mon petit feu de joie. » (p. 144.) Ah mais je ne suis pas frustrée, je trouve juste cela un peu trop facile. A force d’esquiver tout ce qui est un peu casse-gueule à écrire, il ne reste plus grande consistance.

 

Vivre, tout simplement, est un premier roman qui semble avoir été auto-édité en mai 2018 (sous le titre, Vivre ! et puis c’est tout) avant d’être repris par les éditions Anne Carrière. A conseiller aux lecteurs de « facile à lire, court, feel-good et tendance développement personnel ».

 

 

 

Anne Carrière, mai 2019, 172 pages, prix : 17 €, ISBN : 978-2-8433-7952-9

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Anne Carrière

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Le matin est un tigre – Constance Joly

22 Avril 2019, 14:24pm

Publié par Laure

Alma est bouquiniste sur les quais de Seine. Mariée, elle a une fille adolescente, Billie, quatorze ans. Celle-ci est malade et s’enfonce de plus en plus, sans que les médecins ne trouvent ce qu’elle a, malgré des hospitalisations de plus en plus spécialisées. C’est en s’absentant à l’appel d’un client en Bretagne qu’Alma va trouver la force en elle de guérir sa fille. Quitte à passer pour folle, elle sait bien que c’est un chardon grandissant qui envahit les poumons de sa fille, et non une tumeur, elle a trouvé cette maladie rarissime dans un ouvrage de botanique du vieil homme qui l’accueille.

 

Ce premier roman de Constance Joly est magnifiquement écrit, dans un style très imagé et poétique. Trop peut-être, ce qui pourrait déstabiliser le lecteur amateur de réalisme. Ici, il faut accepter la descente au fond de soi-même, par le biais d’une histoire initiatique de libération de soi.

 

J’ai beaucoup aimé ce texte sans qu’il soit un coup de cœur : trop éthéré par moments, onirique. J’en admire les qualités sans adhérer totalement : j’aime trop le réalisme dans les romans intimistes….

 

A découvrir néanmoins, pour l’écriture, et l’acharnement de cette mère pour sauver sa fille.

 

 

p. 19 : « Un chardon. Une valise. Une fille malade. Alma est incapable de déchiffrer le rébus qu’est devenue sa vie. Alors, elle rêve de plus belle. Rêver rend les choses moins lourdes. Sans en avoir totalement conscience, elle s’est fabriqué un espace un peu moelleux entre elle et le monde. »

 

p. 48 : « Le matin est un tigre qui rampe doucement, en attendant de vous sauter à la gorge. »

 

 

 

Flammarion, janvier 2019, 153 pages, prix : 16 €, ISBN : 978-2-0814-4489-8

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Flammarion

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Grégoire et le vieux libraire – Marc Roger

10 Avril 2019, 09:15am

Publié par Laure

Je me suis fait avoir par le titre, le thème : l’amour du livre et de la lecture, le joli chat en couverture (aucun chat dans l’histoire, pure publicité mensongère attrape gogo de la lectrice cliché avec thé et chat laugh) et si j’ai beaucoup aimé le début, j’ai assez vite été déçue.

 

Monsieur Picquier (impossible de ne pas songer à l’éditeur) est un vieux libraire qui finit ses jours dans un EHPAD, entouré de trois mille de ses livres. Mais il n’est plus en capacité de lire. Il va donc convertir à la lecture à voix haute un jeune embauché dans les cuisines de la maison de retraite : Grégoire Gélin, dix-huit ans tout juste. Grégoire n’a pas eu son bac et n’a pas beaucoup fréquenté les livres.

 

La transmission du plaisir des mots, des textes et des auteurs va vite se faire. A un tel point qu’il n’en reste pas grand-chose de crédible d’ailleurs.

 

Si l’on s’amuse au début, de ce coup de frais et de cette passion que le libraire meurt de transmettre, on tique tout de même très vite sur un style curieux, problème de ponctuation ou choix de vocabulaire, les phrases m’ont paru souvent bancales. On n’échappe pas non plus à tous les poncifs sur les vieux et les maisons de retraite, oui les vieux ça a des problèmes de tuyauterie, ça pisse, ça chie et ça vomit sans plus rien contrôler (c’est vraiment dit comme cela, c’est une réalité certes) mais ajouté à cela les tirades sur la sexualité des pensionnaires entre eux et la libido de Grégoire avec la belle infirmière sénégalaise de dix ans son aînée, n’en jetez plus. Quant à la fin elle m’a carrément paru « too much » et si ce n’avait été dans le cadre d’un projet professionnel, j’aurais abandonné ma lecture en cours de route.

Grosse déception donc.

 

 

Albin Michel, janvier 2019, 233 pages, prix : 18€, ISBN : 978-2-226-43781-5

 

 

 

Crédit photo couverture : © Mehmet Kalkan / iStock / Getty images plus / et. Ed. Albin Michel

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A la ligne : feuillets d’usine – Joseph Ponthus

30 Mars 2019, 14:49pm

Publié par Laure

Qu’ajouter à ce tout ce qui a déjà été dit sur ce premier roman exceptionnel, dans le choix de son écriture, entre prose poétique et vers irréguliers, ce long souffle qui en dehors des citations ne contient pas de point, qui décrit la dureté du monde ouvrier, la précarité des postes d’intérimaires, le mépris de classe, au sein d’une conserverie de poissons ou d’un abattoir. Au rythme de la chaine, la beauté des mots surgit de la violence de l’usine.

 

Éducateur spécialisé en région parisienne, c’est par amour que le narrateur a rejoint la Bretagne et son amoureuse. Il n’a pas trouvé de poste correspondant à ses compétences, il fait de l’intérim en usine. La ligne de production, la ligne d’écriture : la littérature jadis engrangée lui permet de tenir le coup, et d’écrire ces feuillets si justes sur ce monde du travail éprouvant entre crevettes et carcasses, froid et poids, ce monde si peu considéré et si usant physiquement, et dont personne ne parle, ou si peu.

 

Citations musicales, littéraires, réflexions politiques, récit d’un quotidien où l’entraide a sa place : un très beau roman social.

 

 

P .12 : « Au fil des heures et des jours le besoin d’écrire

s’incruste tenace comme une arête dans la gorge

Non le glauque de l’usine

Mais sa paradoxale beauté. »

 

 

Ed. la Table ronde, janvier 2019, 266 pages, prix : 18 €, ISBN : 978-2-7103-8966-8

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. La table ronde

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ça raconte Sarah - Pauline Delabroy-Allard

28 Mars 2019, 10:37am

Publié par Laure

L’ouverture est saisissante : une femme est couchée contre le corps d’une autre. On pense dès lors à une scène d’amour, de tendresse ou d’apaisement de crises d’angoisse quand arrive cette phrase :

p. 11 : « Je ne parviens pas, dans cette nuit moite, à détacher mes yeux de son corps nu et de son crâne cireux. De son profil de morte. »

 

Puis vient le retour en arrière sur cette passion amoureuse aussi foudroyante que dévastatrice : la première partie décrit longuement Sarah, en filigrane l’admiration et le mal-être grandissant de la narratrice qui est beaucoup plus effacée, anonyme, invisible.

 

Le récit devient répétitif comme un ressassement mais n’est-ce pas là aussi le propre de la passion, qui élude le monde extérieur ? Mère élevant seule sa fille, l’enfant est quasi inexistante, tout comme son travail de professeur documentaliste dans un lycée : Sarah prend toute la place.

 

La seconde partie se déroule en Italie, je l’ai trouvée plus ennuyeuse. La narratrice perd pied, bascule dans la folie, d’avoir été quittée et d’avoir perdu Sarah. La fin m’a laissée perplexe, l’ai-je vraiment comprise ?

 

C’est une histoire d’amour, de souffrance et de passion somme toute ordinaire qui tient surtout pour son style, phrases courtes, descriptives : Sarah-ci, Sarah-ça, et au milieu un je plus fade. L’ensemble est rythmé, mais mon plaisir est retombé assez vite malgré un très bon début.

 

 

 

 

Lauréat du Prix des étudiants France Culture – Télérama 2018, et du Prix du style 2018.

 

 

 

Lire le début : ici

 

 

 

 

Les éditions de Minuit, octobre 2018, 188 pages, prix : 15 €, ISBN : 978-2-7073-4475-5

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. de Minuit.

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La fin d’où nous partons – Megan Hunter

2 Février 2019, 11:40am

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Aurélie Tronchet

 

Un premier roman étonnant par sa forme, des phrases courtes, rarement plus de trois lignes toujours entrecoupées de blanc, bref mais profond néanmoins, évocateur, poétique parfois.

 

Une femme accouche alors que Londres est sous l’eau, submergée par une crue apocalyptique. Il faut fuir. L’exil s’organise. Elle est séparée de son mari. Le lecteur accompagne cette femme et son enfant durant une année, leur relation forte dans un contexte de migration forcée, la survie dans les camps de réfugiés, l’espoir de retrouver le père de son enfant.

 

C’est un beau roman sur le lien maternel, la vie dans un environnement hostile, agréable à lire, qui peut laisser un peu sur sa faim mais qui se découvre comme une respiration, tant il tire sa force de sa forme épurée. Il mêle également de nombreux passages en italique inspirés de textes mythologiques ou religieux qui accentuent son côté poétique.

 

 

 

Quelques extraits :

 

p. 81 : « On nous dit de ne pas paniquer, la consigne la plus susceptible de provoquer la panique que l’homme connaisse ».

 

p. 84 : « Moi, Z, O, C. Nous dormons d’un œil, alignés, les bébés ventousés à nos mamelons. Ils ont six mois."

 

Ils ont appris à se tenir assis ici, dans cet endroit du pas-assez. Ils ont redressé leur dos. Ils ont commencé à essayer d’attraper notre pain. »

 

p. 96 : « Quand tu as un enfant, la peur est transférée, aurait pu me dire ma mère.

D’une certaine manière, elle est multipliée, aurait-elle pu dire. »

 

p. 123 : « Je bois l’air frais comme de l’alcool, chaque gorgée est une froideur qui m’attire et m’enserre la taille. »

 

 

 

 

 

Gallimard, coll. Du monde entier, février 2018, 169 pages, prix : 16,50 €, ISBN : 978-2-07-270152-8

 

 

 

Crédit photo couverture : © plainpicture / Glasshouse / chiei kurimoto / et éd. Gallimard

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La guérilla des animaux – Camille Brunel

25 Janvier 2019, 09:48am

Publié par Laure

Isaac est un ardent défenseur de la cause animale, et il n’hésite pas, à travers tous les pays du monde qu’il traverse, à employer des moyens radicaux. Œil pour œil, dent pour dent.

 

J’ai détesté ce roman. Pourtant je suis allée jusqu’au bout. En hésitant maintes fois à l’abandonner. En lisant d’autres livres entre temps.

 

Ce premier roman dérange, et c’est sans aucun doute volontaire. C’est peut-être même là son seul objectif. Avec celui de faire réfléchir. Aux extinctions des espèces par le comportement de l’homme, à la catastrophe climatique.

 

Ce qui me gêne, c’est la violence choisie, extrémiste. L’intégrisme ne pourra jamais me convaincre.

 

J’entends la thèse et le document à charge, lourd, qui ne s’encombre pas de précautions, mais j’aurais préféré la lire et y réfléchir dans un essai. Dans un roman ouvertement dystopique à la fin, ça ne fonctionne pas, du moins pour moi.  Au lieu de me rallier à certaines idées (le véganisme, la protection animale et des forêts), il me fait au contraire fuir : une fois encore parce que l’extrémisme choisi ne peut pas me séduire, je ne peux que le rejeter. Il est sans doute fait pour cela, provoquer, déranger, conduire à réfléchir. Je ne pourrai guère aller au-delà du simple rejet.

 

Il est rare qu’un roman me déplaise autant sur son fond, bien que l’écriture et les chapitres courts induisent une lecture aisée. Je n’ai pas relevé le passage hélas, mais l’allusion comparative à la Shoah m’a sans doute définitivement perdue à ce moment-là. Même s’il est justement question de la pertinence de la question de la supériorité de l’homme sur l’animal. Je ne suis sans doute pas encore prête à aller aussi loin, autant j’aimerais en discuter et comprendre, autant je refuse une pensée radicale qui m’est imposée sans pouvoir y répondre.

 

 

p. 43 : « la vie humaine impressionne moins. Nous serons bientôt dix milliards d’humains tandis que les tigres ne seront bientôt plus que deux mille. Quelle vie aura le plus de valeur selon vous ? Croyez-moi, des milliards de gens seront bientôt prêts à vous pardonner quelques exécutions collatérales, si c’est au nom des animaux. »

 

 

 

Lu dans le cadre des 68 premières fois.

 

 

 

Alma éditeur, août 2018, 276 pages, prix : 18 €, ISBN : 978-2-36279-285-4

 

 

 

Crédit photo couverture : © Alma éditeur.

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La dédicace – Leila Bouherrafa

7 Janvier 2019, 12:18pm

Publié par Laure

Une parisienne hypocondriaque (la nuit seulement) et dont on ne connaîtra jamais le prénom s’apprête à publier son premier roman. Son éditrice lui demande de choisir la dédicace : elle est prise de cours. Elle se donne trois jours pour trouver qui elle aime suffisamment pour lui dédier son roman, trois jours pendant lesquels elle observe ce qui se passe autour d’elle. Il en ressort un certain désespoir : la solitude des grandes villes est omniprésente, envahissante et déprimante.

 

Du roman écrit et de son contenu il ne sera jamais question, le sujet n’est pas là, mais bien dans l’observation de ce quotidien banal d’une jeune femme seule, qui a peu de liens avec sa mère et pas vraiment d’amis. Même ses voisins, elle ne les connaît pas vraiment. De cette banalité naît une réflexion (que le lecteur se fera, elle n’est pas exprimée plus que cela) sur la solitude, le temps que l’on ne prend pas à regarder vraiment les gens et ce peu de temps qu’on pourrait leur offrir pour que la vie change.

 

Un premier roman assez désenchanté, avec quelques pointes d’humour et d’ironie, parfois de sarcasme, qui interroge sur la réalité de nos vies prétendument trop remplies. Une façon originale de traiter ce thème. L’épilogue livrera le choix de la fameuse dédicace.

 

 

 

Pour lire le premier chapitre : sur le site de l'éditeur

 

 

 

Extraits (pagination numérique) :

 

P. 25/185 « Mon studio se trouve juste au-dessus du square Léon-Serpollet ce qui veut dire que la journée il grouille d’enfants et le soir de clochards. Dans les deux cas, j’ai une vue imprenable sur des êtres qui titubent et n’ont pas choisi leur vie. »

 

P. 34/185 « Le genre d’hommes à te dire « ma belle » quand tu passes et « salope » quand tu penses. »

 

P. 75/185 : « La différence fondamentale entre Alice et moi, c’est que j’ai toujours trouvé plus de plaisir à me faire pénétrer par un regard que par un sexe. Et elle, c’est l’inverse. Chaque fois que nous sortions ensemble, Alice finissait par connaître des hommes la taille de leur membre et moi le prénom de leur sœur. Je n‘ai pas le plus mauvais rôle. Loin s’en faut. Je sors toujours de la nuit ragaillardie alors qu’Alice en sort la plupart du temps déconfite, comme un fruit qu’on aurait fait tomber par terre et sur lequel on aurait marché par inadvertance ».

 

p. 87/185 : « Je n’ai jamais compris cette différence entre les mères et les putes. A mes yeux, les mères ne sont que des putes qui ont eu une césarienne. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Allary éditions, janvier 2019, 290 pages, prix : 18,90 €, ISBN : 978-2-37073-263-7

 

 

 

Crédit photo couverture : © Allary éditions

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Fais de moi la colère – Vincent Villeminot

18 Novembre 2018, 14:07pm

Publié par Laure

Ismaëlle a seize ans lorsqu’elle perd son père qui ne revient pas de sa journée de travail. Il était pêcheur. Orpheline - sa mère étant morte à sa naissance - elle se voit contrainte de travailler pour survivre. Elle reprend ce dur métier plutôt masculin avec la barque de son père, sous les regards critiques des gens du coin, elle est jeune, belle, désirable.

 

Mais très vite des corps morts vont remonter à la surface du lac Léman, événements mystérieux qui vont perturber la population. C’est à ce moment-là qu’elle va rencontrer Ézéchiel, fils d’un ancien dictateur africain. Elle n’échappe pas au désir de son beau corps d’ébène.

 

 

Le récit avance avec leurs deux voix, dialogues et monologues, l’écriture est belle, parfois poétique, mais l’intrigue déroute. De quelle allégorie Mammon, la Bête mystérieuse qu’il faut tuer, est-elle la représentation ? On peut y voir les violences et les atrocités des guerres et des dictatures, le pouvoir de l’argent et la cupidité des hommes, faut-il absolument vouloir comprendre ? Le roman se lit aisément, grâce à la brièveté des chapitres, à l’aération constante des paragraphes et de la mise en page. On respire dans ce livre. Malgré l’étrangeté de son sujet.

 

 

Très éloigné du type de roman plutôt réaliste et intimiste que je lis habituellement, je ne sais pas si j’ai vraiment aimé ce livre, il m’a toutefois interpellée par sa différence.

 

 

 

Fais de moi la colère est le premier roman de littérature générale de Vincent Villeminot, déjà reconnu depuis une dizaine d’années dans la littérature de jeunesse, pour les ados notamment. Difficile donc de le qualifier de premier roman même si c’est ainsi qu’il fut présenté cet automne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lu dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois, lectures partagées des premiers romans de la rentrée littéraire.

 

 

 

 

 

Éditions Les Escales, août 2018, 273 pages, prix : 17,90 €, ISBN : 978-2-36569-340-0

 

 

 

Crédit photo couverture : © Getty images / Erik Witsoe / EyeEm / et éd. Les Escales

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