Les jardins d'Hélène

polars - thrillers

Le point d'équilibre - Frank Turner Hollon

24 Mars 2007, 09:25am

Publié par Laure

Le point d’équilibre est le premier roman traduit en français de F. Turner Hollon, mais l’auteur n’en est pas à son coup d’essai aux Etats-Unis, où il exerce la profession d’avocat, tout en écrivant depuis longtemps romans, nouvelles et livres pour enfants.

Ce livre m’a déçue. Si la première partie est très prenante et anxiogène, la deuxième n’est pas à la hauteur. Mais revenons au début : Michael Brace est marié depuis 15 ans à Suzanne, leur couple s’effrite sans qu’ils sachent vraiment pourquoi. Ils font chambre à part et n’ont plus qu’un seul accord : préparer une fête pour leur quinzième anniversaire de mariage. Mais Suzanne manigance quelque chose et voilà qui met à rude épreuve les nerfs du lecteur : on sent bien qu’il y aura meurtre, mais on est encore loin d’imaginer la manipulation perverse de Madame. Puis une fois le crime commis, s’ouvre alors le procès au tribunal. Et c’est là où je n’adhère plus : les suppositions (justes) des uns arrivent comme par miracle sans être jamais expliquées ou démontrées logiquement – elles ne seront d’ailleurs pas exploitées – et la fin est réellement insatisfaisante : une pirouette qui ne règle pas l’affaire, frustrant ! Par ailleurs l’auteur a ouvert des pistes intéressantes sur l’enfance de Suzanne et son rapport à ses parents, à son père en particulier, qui pourraient expliquer ce qui advient dans le roman, mais il les abandonne aussi vite sans même s’en dédouaner. Là encore, frustrant ! Bref, pour moi, un roman policier inabouti, plus proche du coup d’essai que du chef d’œuvre.

 

Les avis de Clarabel (plus enthousiaste : 4/5) et de Cuné (qui l’a jugé « sympatoche » : 3/5)

Traduit de l’américain par Aline Azoulay

Buchet Chastel, oct. 2006, 342 pages, prix : 20 €

Ma note : 2,5/5

 

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Mort in vitro - Martin Winckler

9 Octobre 2006, 10:09am

Publié par Laure

Bien connu pour sa Maladie de Sachs qui a eu le Prix Inter en 1998 et son étude des séries américaines (les Miroirs de la vie, en 2002), Martin Winckler est l’écrivain médecin dont on rêve tous, tel que nous apparaît son personnage romanesque de médecin généraliste attentif, à l’écoute et d’une humanité généreuse. En 2003, en coédition Fleuve Noir et la Mutualité Française, il se lance dans le Polar Santé. Ainsi naît Mort in vitro, enquête-réalité sur les industries pharmaceutiques. Roman inspiré de la réalité, on retrouve le couple d’enquêteurs que forment le juge d’instruction Jean Watteau et le médecin généraliste Charly Lhombre, déjà apparus dans la série du Poulpe : Touche pas à mes deux seins. Ici l’enquête est double : un professeur de pharmacologie meurt dans un accident de voiture alors que l’enquête révèle qu’il a reçu une balle dans la tête avant de prendre le volant ( !), tandis qu’une jeune femme enceinte décède d’une complication rare : un placenta accreta. Et si le professeur avait découvert le trafic d’un gynécologue véreux corrompu par les labos ? Et si les femmes enceintes curieusement décédées avaient toutes pris ce même médicament ? Enquête au pays de la procréation médicalement assistée, et des enjeux économiques des laboratoires pharmaceutiques.

J’ai eu un peu de mal avec ce bouquin. D’abord, on devine assez facilement tous les ressorts de l’intrigue, mais la dénonciation de ces procédés étant peut-être l’objectif premier de l’auteur, on ne pourra lui en vouloir pour cela. Je n’ai pas aimé la narration éclatée qui fait qu’alternent des épisodes différents  à des dates différentes, des extraits d’articles de presse ou des émissions de radios, des scènes personnelles de patientes ou des phases de l’enquête juge/médecin. Pour ne pas s’y perdre, il faudrait lire le roman d’une seule traite. Pas toujours possible ! Au lecteur donc de reconstituer la chronologie narrative et au départ j’ai eu du mal à mémoriser tous les personnages ! (Même à la fin je ne suis pas certaine d’avoir vraiment compris qui était à la tête de quel labo et les fusions et autres rachats : tous dans le même panier de crabes !)

J’ai aimé par contre ces allusions récurrentes chez Winckler : tout se passe toujours à Tourmens, cette ville imaginaire contraction de la ville de Tours et de la ville du Mans (maintenant que j’habite la région, on me l’a expliqué !), les références à Sachs et toujours cette préoccupation du généraliste en campagne, qui est humain avant d’être tiroir-caisse.

A lire de préférence si vous avez une journée entière devant vous. Toujours dans la veine polar médical, son dernier roman publié s’appelle Camisoles et reprend les mêmes personnages que Mort in vitro.

 

Libra Diffusio, janv. 2004, 212 p. ISBN 2-84492-145-0 (éditeur au Mans, livre en gros caractère). Parution initiale chez Fleuve noir puis en Pocket.

Ma note : 3/5

 

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La femme en vert - Arnaldur Indridason

13 Juillet 2006, 14:56pm

Publié par Laure

Mon premier polar islandais !

Dans la banlieue de Reykjavik, lors d’une fête d’anniversaire, un bébé mâchouille… un os humain ! Tout près, un squelette enseveli qu’on déterre. Qui peut bien être enterré là, et depuis quand ? Le commissaire Erlendur va mener l’enquête, avec ses fidèles acolytes, Elinborg et Sigurdur Oli. Ici, pas de tralala ni de police scientifique, mais au contraire tout va lentement, l’analyse du squelette est confiée à un archéologue. Ce n’est pas le plus important de l’enquête.

Comme surgi de nulle part, l’histoire d’une famille ayant vécu là nous est racontée, dans ses détails sordides, le père de famille étant un homme violent, battant et harcelant femme et enfants. Bien sûr il y a un lien entre cette famille et l’affaire de squelette déterré, qui va se dénouer peu à peu. Souvenirs du passé, reconstitution d’une vie de famille se mêlent à des éléments de l’enfance et du présent d’Erlendur (sa fille est dans le coma ; junkie, elle l’a appelé à l’aide au début de son enquête, mais il n’a pu la retrouver à temps), c’est un désenchevêtrement de la mémoire qui nous est offert avec un grand talent. Et je peux dire que l’auteur a joué avec mes nerfs sur toute la deuxième moitié du roman : à chaque fois que je pensais détenir une piste pour résoudre l’énigme, à chaque fois un nouvel indice venait contredire mon soupçon. Donc, un bien bon roman, sur le drame de l’enfance et de la violence conjugale.

Métailié, fév.2006, 296 p. , ISBN 2-86424-566-3, prix : 18 €

Ma note : 4/5

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Commis d'office - Hannelore Cayre

5 Mars 2006, 22:15pm

Publié par Laure

Christophe Leibowitz est avocat pénaliste : il défend bien souvent des proxénètes et accepte, pour boucler ses fins de mois, des commissions d’office mal payées sur des délits mineurs. Mais alors que fait-il en prison, partageant la cellule d’un Albanais à qui il lit l’éducation sentimentale de Flaubert ? Comment est-il arrivé là ? Avocat véreux ? Par une construction habile mêlant situation en prison et retours en arrière, l’auteur reconstruit le parcours de cet avocat au bon cœur légèrement corrompu par l’argent. Pourquoi un tel suicide professionnel ? L’affaire est maligne et les gros bonnets paieront. Je suis un peu surprise de trouver ce roman classé dans les polars, disons que le suspense est juridico-financier ! L’intrigue est osée tout de même, et ma foi, le style vif et alerte.

J’ai eu du mal à croire que ce roman était écrit par une femme tant le vocabulaire et les scénarios sexe trahissent une pensée masculine : bravo pour ce coup de bluff ! De plus Hannelore Cayre est elle-même avocat pénaliste et traite le même genre d’affaires, elle sait de quoi elle parle ! Si la justice n’en ressort pas grandie, apparaissant comme plutôt glauque, (à chacun ses moutons noirs), l’auteur réussit bien à transcrire la violence de l’univers carcéral et ses fonctionnements.

Une réussite donc (même elle n’est pas dans le genre habituel de mes lectures), et ça n’a rien à voir mais c’est un bon point : un vrai livre au papier de qualité à un prix de poche : 6,50 €, c’est tout bon pour les éditions Métailié !

Et Christophe Leibowitz revient dans une autre affaire : Toiles de maître, paru en sept.2005.

Métailié, sept.2004, 124 pages, ISBN 2-86424-508-6, prix : 6,50 €

 

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