Les jardins d'Hélène

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Norlande - Jérôme Leroy

20 Mars 2013, 10:14am

Publié par Laure

norlande.jpgDans un pays scandinave imaginaire nommé Norlande (mais qui ressemble fortement à la Norvège), la jeune Clara Pitiksen est prostrée dans sa chambre d’hôpital depuis huit mois. Quel est donc cet « événement » qui l’a traumatisée à  ce point ? Qui est « l’Autre » qui semble être le personnage impliqué dans le drame ?

Clara tente d’écrire ce qui s’est passé dans un cahier, qu’elle adresse à sa meilleure amie Émilie, correspondante française du même âge, qu’elle a rencontrée de nombreuses fois.

À travers son récit empreint d’une forte tension, c’est la tuerie du 22 juillet 2011 sur l’île d’Utoya, en Norvège, que l’auteur décrit. Mais pourquoi Clara se sent-elle à ce point coupable ? L’avancement de Clara dans sa « guérison », dans sa capacité à s’exprimer enfin nous donnera toutes les clés.

Une mise en fiction intéressante et intelligente d’un événement qui avait ému la communauté européenne et au-delà, et qui démont(r)e de manière très réussie la manipulation, la violence, la montée en puissance du racisme dans des pays qui s’en croyaient encore à l’abri, la folie sans limite de certains partisans de l’extrême droite, et qui donne à voir aussi l’engagement des jeunes, adolescents et jeunes adultes, engagement citoyen, politique, dans la lutte contre la haine et les persécutions.

Le récit au féminin est tout simplement attachant, et si des références sont faites à un roman précédent dans lequel apparaissait déjà la française Emilie (la grande môme, 2007, que l’éditeur réédite pour l’occasion), Norlande peut tout à fait être lu indépendamment.

 

Voilà une littérature jeunesse comme je l’aime, intelligente et engagée, ouvrant à la réflexion tout en restant romanesque. (Et la mère de Clara, ministre des affaires étrangères, on se croirait dans la série Borgen, et l’auberge Sjöwall au pied du mont Wahlöö, amusant clin d’œil aux auteurs suédois Sjöwall et Wahlöo, …)

 

 

Syros, coll. Rat noir, mars 2013, 146 pages, prix : 14 €

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Crédit photo couverture : © Getty / Don Farrall et éd. Syros

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Le bonheur en 5 lettres - Pascale Perrier

12 Mars 2013, 15:04pm

Publié par Laure

bonheur-en-5-lettres.jpgChloé Avanel a 15 ans quand sa mère meurt d’une tumeur au cerveau. Se sachant condamnée, la maman a tout prévu : assurance décès pour financer le quotidien et les études de ses petits, et 5 lettres pour les accompagner dans leur passage à l’âge adulte, 5 lettres qui leur seront lues par le notaire à raison d’une chaque 24 décembre.

C’est donc la sœur aînée, Joséphine, étudiante en médecine, 19 ans, qui devient tutrice légale de ses frères et sœurs : Gaspard, 17 ans, fou de jeux vidéos et qui chante en italien des airs d’opéra pour calmer sa douleur, et Chloé, 15 ans, la petite dernière qui livre son récit au lecteur.

Une fratrie orpheline, une grande sœur qui mène la troupe, un père encore vivant mais remarié à l’autre bout du monde, il faut s’assumer seul désormais, et ce n’est pas si facile. On peut voir quelques points communs avec Quatre sœurs de Malika Ferdjoukh…

Le récit se dévore avidement, entre douceur et coups au cœur. Plus le temps passe et plus il faut faire des choix, difficile quand vos parents ne sont pas là pour vous guider, quand votre fratrie n’est pas d’un grand soutien, quand votre amoureux se moque un peu trop de vous, et que votre meilleure amie fait de son mieux mais ne peut comprendre votre sentiment intérieur…

Chloé suit son chemin, et on l’accompagne avec bonheur (j’aurais adoré lire ça quand j’avais 14 ans). Je pensais au départ que le titre, le bonheur en cinq lettres, faisait référence à un mot à trouver (je pensais amour, je n’en étais pas très loin, chut…), ce sera le cas vers la fin du roman mais les 5 lettres font aussi bien sûr référence aux 5 lettres laissées par la maman et qui rythment le roman.

J’ai passé un bon moment avec cette lecture, je regrette toutefois une fin un peu abrupte, trop rapide, qui laisse au lecteur toute liberté d’imaginer ce qu’il veut, c’est dommage (j’aime les fins fermées) mais surtout, j’aurais aimé rester encore longtemps avec ces personnages !

 

À proposer dès 13 ans.

 

Galapagos (éd. Archipel), mars 2013, 205 pages, prix : 15,95 €

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Crédit photo couverture : © Getty Images et éd. Archipel / Galapagos

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Les vingt-cinq vies de Sandra Bullot – Colas Gutman

5 Mars 2013, 11:27am

Publié par Laure

25-vies-de-Sandra-Bullot.jpgPour être décapant, ce roman ado l’est à la puissance dix ! Complètement barré, inattendu, non politiquement correct, drôle, et finalement touchant car derrière ce clown de Sandra qui se cache derrière l’humour, il y a une ado de seize ans qui se cherche et ne s’aime pas beaucoup…

Elle est drôlement entourée Sandra, une mère actrice surnommée Catherine Deneuve et qui n’est pas fichue de retenir la seule phrase qu’elle doit prononcer dans un téléfilm débile, un père dépressif qui passe ses journées au lit à manger des chips et à échanger des mails avec une Natacha833, un petit frère prénommé Ao (non ce n’est pas une marque de déodorant), une copine un peu trop douée au nom imprononçable (Désirée Rathanavana), un amoureux transi et anonyme qui se cache derrière le pseudo d’Endive au Jambon, ce plat que tout le monde déteste, etc… Ah non, elle n’a pas la vie facile Sandra. Alors elle s’en invente plein, du lombric à Sandra Bullock (puis Bullot) en passant par une vie de caniche royal, de fourmi neurasthénique, de gazelle rusée comme un renard, (etc. encore).

Ça déborde de jeux de mots, de langue qui fourche, d’(auto)critique et de réparties bien balancées, ça  ressemble à du grand n’importe quoi, mais ça a le mérite d’être frais, novateur, à contre courant, et pour cela séduisant. Une lecture d’une traite au cours de laquelle je me suis souvent demandé si j’adhérais ou pas, mais j’ai aimé être bousculée justement par ce récit hors norme, alors oui ! D’autant que tenir la longueur sur un tel rythme, c’était pas gagné non plus, et Colas Gutman y parvient haut la main.

 

Les avis de Sophie (et Fantasia) (avec de savoureux extraits) et Clarabel  

 

Du même auteur sur ce blog : Je ne sais pas dessiner, Journal d'un garçon, Les chaussettes de l'archiduchesse, L'enfant

 

L’école des loisirs, coll. Medium, septembre 2012, 160 pages, prix : 8,50 €

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Crédit photo couverture : © Marc Boutavant et l’école des loisirs.

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Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre – Ruta Sepetys

4 Novembre 2012, 18:22pm

Publié par Laure

 

traduit de l'anglais (américain) par Bee Formentelli

 

ce-qu-ils-n-ont-pas-pu-nous-prendre.jpgLina, 15 ans, a un avenir prometteur dans le dessin, art pour lequel elle excelle, quand elle est arrêtée avec sa mère et son jeune frère un jour de juin 1941, dans leur ville de Lituanie. Son père, doyen d'université, a disparu depuis la veille. Comme beaucoup d'autres habitants des pays baltes, ils sont déportés par le NKVD, la police secrète soviétique.

Le roman est l'histoire aussi forte que dramatique de leur déportation en Sibérie, de leur lutte pour survivre dans le kolkhoze où ils sont exploités, puis de leur déplacement dans un autre camp de travaux forcés au Pôle Nord. Les parallèles avec les camps nazis sont évidents, les déportations inhumaines en wagon à bestiaux surchargés, sans nourriture et sans hygiène aussi. On ne peut parfois s'empêcher de penser (et c'est terrible) que l'on sait déjà tout cela, la littérature ne manque pas sur ce sujet. L'angle est différent, peut-être a-t-on un peu moins de témoignages sur les purges staliniennes effectuées sur les Lituaniens, et il en ressort néanmoins que le roman est très bien construit, laissant apparaître même au plus sombre de l'horreur, une lueur d'humanité.

Publié dans une collection destinée à des adolescents, on ne peut qu'approuver l'intelligence historique d'un tel roman, fictif mais largement documenté, et il va sans dire qu'il peut être lu bien au-delà de l'adolescence. Toutefois, je ne partage pas le « coup de coeur » souvent rencontré sur les blogs et le net pour ce roman, peut-être pour son côté « déjà vu », ce qui pose aussi la question délicate de la part romanesque que l'on peut créer sur un tel sujet. Document ou fiction, histoire ou Histoire ?

 

 

Gallimard, coll. Scripto, octobre 2011, 423 pages, prix : 14,20 €

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Crédit photo couverture : © « photo de la pousse » iStockphoto.com /Smit / et éd. Gallimard.

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Moi, Ambrose, roi du Scrabble – Susin Nielsen

25 Juillet 2012, 08:57am

Publié par Laure

Complément de titre : (roman garanti 100% sans cacahuètes) !

Traduit de l’anglais (Canada) par Valérie Le Plouhinec

 

moi-ambrose.jpgAmbrose, douze ans, est un gamin solitaire à qui rien ne réussit, et surtout pas l’arachide à laquelle il est allergique. Surprotégé par sa mère (son père est mort subitement peu avant sa naissance), Ambrose n’a aucune confiance en lui et se retrouve souvent victime des mauvaises plaisanteries de ses camarades. Il ne parvient pas à s’intégrer, il faut dire que ce n’est pas facile, sa mère déménage régulièrement !

Quand ses copains manquent de le tuer en glissant une cacahuète dans son sandwich, (choc anaphylactique !), sa mère le déscolarise et lui fait suivre des cours par correspondance.

Très vite Ambrose s’ennuie et cherche un peu de compagnie auprès du fils des propriétaires qui logent juste au-dessus, mais un ex-taulard un peu suspect, autant dire que ça ne convient pas à sa mère.

 

Je ne vais pas tout raconter, mais j’ai pris vraiment beaucoup de plaisir à lire ce roman, à l’intrigue parfaitement construite, aux personnalités intéressantes et bien analysées, aux rebondissements certes attendus mais bien amenés, un vrai bon roman d’initiation où l’on accompagne Ambrose dans l’éclosion de son cocon et l’affirmation de ses envies, enfin. L’analyse psychologique finale est fine, peut-être un peu trop mature pour un gamin qui souffle ses 13 bougies, mais bien contrebalancée par ses expériences naïves dans la rue.

 

Le Scrabble est un élément moteur amusant, qui paraît à mille lieues de la littérature jeunesse d’aujourd’hui, et qui apporte un cachet supplémentaire au récit. Les titres de chapitre sont composés d’un tirage de lettres au Scrabble, des anagrammes trouvées, et du mot de Scrabble réalisé, en lien avec le contenu du récit évidemment. De même dès qu’Ambrose aborde un sujet qui l’embarrasse, il décline le mot tabou en anagrammes de Scrabble pour traduire sa gêne. Et je ne vous dis pas qu’à l’issue de ma lecture j’ai perdu quelques heures à jouer au Scrabble en ligne, sacré bouquin !

 

Susin Nielsen est aussi l’auteur du remarqué Dear George Clooney, tu veux pas épouser ma mère ?, son premier roman traduit en français publié chez hélium en 2011 mais postérieur à  Word Nerd (titre original de Moi Ambrose…) écrit en 2008 et traduit en 2012.

 

(Et dire que j’ai lu ce livre pour une raison pragmatique : il fallait que je détermine sa place entre secteur jeunesse et secteur ados à la bibli. Acheté au rayon ados en librairie, les catalogues des BM (la faute à Electre ?) le notifient « à partir de 9 ans ». On est bien dans l’entre-deux, entre enfance et adolescence, je dirais à partir de 11-12 ans et plus. S’il n’est jamais simple de trancher, (je l’ai mis en ados, secteur accessible dès 12 ans - ou avant avec accord des parents - d’autant que j’y ai un lectorat important) j’ai au moins gagné la lecture d’un roman sympa)

 

Le blog des éditions Hélium : clic !

  

Ed. Hélium, mars 2012, 197 pages, prix : 13,90 €

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Crédit photo couverture : © Amélie Fontaine / Les associés réunis / éd. Helium

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Elle est si gentille - Isabelle Rossignol

18 Juillet 2012, 07:07am

Publié par Laure

 

elle-est-si-gentille.jpgClarisse, 17 ans, vit seule avec son père médecin, depuis que sa mère est partie vivre avec un autre homme. Elle se souvient des paroles de son père à ce moment-là, et cette mère, cette épouse qui l'a trompé est devenue la traitresse dont il ne faut plus parler.

C'est la rentrée en classe de 1ère et Clarisse retrouve sa meilleure amie, Elsa. Les deux inséparables. Mais Julien, un nouvel élève de Terminale L va venir perturber leur belle amitié, car toutes deux tombent amoureuses de lui, mais c'est Elsa qui l'avait repéré la première. Or Julien ne s'intéresse qu'à Clarisse ...

Jusqu'où peut-on aller par amitié, par fidélité à cette amitié, où commence la trahison, quand faut-il renoncer ? C'est l'objet de ce court roman pour les adolescent(e)s qui y trouveront peut-être un écho. Clarisse va-t-elle se sacrifier par respect pour son amie ? Va-t-elle céder à l'amour réciproque parce que celui-ci ne se commande pas ? Grandeur d'âme et cheveux coupés en plus que quatre, le lecteur suit le cheminement torturé de Clarisse et les réactions plus simples et matures de Julien. Mais toute cette histoire va aussi résonner en Clarisse qui souhaite enfin en savoir plus sur sa mère, est-elle pardonnable, tout comme elle dans la douleur de son choix ?


Une histoire d'amour et d'amitié qui révèle des personnalités profondes, avec une fin ouverte mais claire, une belle relation également entre un père et sa fille, un chemin semé de doutes à emprunter pour qui veut grandir. On ferme aisément les yeux sur les facilités et les situations trop belles (quel père idéal, quel adolescent intelligemment déterminé!), car le chemin intérieur de Clarisse est suffisamment tourmenté pour le lecteur, mais sensible et touchant.

 

L'école des loisirs, coll. Médium, mars 2012, 151 pages, prix : 9,70 €

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Crédit photo couverture : © Hélène Millot et l'école des loisirs.

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Moi et la mer de Weddell - Arnaud Tiercelin

17 Mai 2012, 18:04pm

Publié par Laure

 

moi-et-la-mer-de-weddell.jpgMarius, 15 ans, a un rêve : partir découvrir la mer de Weddell, loin là-bas en Antarctique, voir les glaces, les baleines et les manchots. Il a construit un igloo en morceaux de draps dans le garage familial et il a beau s'y réfugier, il étouffe dans le cocon familial, enserré dans la petite vie bien rangée de ses parents, du grand-père à l'aube de la mort, et du chien Vanille proche aussi du cimetière.

Pourtant, il devrait être heureux, avec la belle Daphné, mais il se sent vide de l'intérieur, il ne l'aime pas, ou peut-être que si, il n'en sait rien... Et l'ambiance est encore plus morose à la maison depuis que son grand frère Vincent est parti étudier à Bordeaux et ne donne plus guère de nouvelles.

 

Roman de l'errance adolescente, de l'entre deux, Marius erre dans sa propre vie comme une âme en peine. Il cherche mais ne sait pas vraiment quoi, il ne réussit pas à apprécier ce qu'il a... C'est à vous filer le bourdon toute cette déprime latente ! Pourtant il y a de très beaux passages, j'ai aimé la relation fraternelle, ces deux frangins qui cultivent une façade pour les parents alors qu'ils vivent tout autre chose, ce lien qui les réunit malgré les fuites et les esquives réciproques.

Un roman un peu long à démarrer, qui finalement est à l'image de Marius qui se cherche, un roman souvent trop mélancolique (la présence des deux fidèles copains ne réussit pas à enjouer le tout), qui malgré des lueurs (l'album photo offert par le prof de dessin) vous file un sacré coup de blues.

Les rêves de l'adolescence n'ont pas tous la gaîté des chiens fous. Même si ça finit bien.

 

 

D'autres titres d'Arnaud Tiercelin :

- En secret

- S'échapper d'ici

 

Rouergue, janvier 2012, 183 pages, prix : 12,40 €

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Crédit photo couverture : © Dorothy-Shoes et Le Rouergue.

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Liber et Maud - Nadia Marfaing

3 Mai 2012, 06:32am

Publié par Laure

 

liber-et-maud.jpgMaud a perdu la vue dans un accident. Depuis, elle se morfond dans son lit, entre déprime et colère, et refuse la visite de quiconque. Mais Liber, un garçon de sa classe de seconde, force la barrière et tente peu à peu de la ramener à la vie.

p. 17 : « Ce n'est plus elle, ce n'est plus elle, c'est comme si elle était morte dans ce putain d'accident ! La Maud d'avant était provocante, hardie, elle jouait sans cesse avec ses cheveux, elle aimait allumer les garçons, excepté lui, car elle se moquait toujours de lui (gentiment, certes) en le traitant de p'tit môme. Elle était la seule à ne pas l'appeler Béber dans la classe. Elle disait P'tit Môme. »

Car Liber est fanfaron, excentrique, foufou, ne réfléchit jamais trois secondes avant de parler et serait bien un petit peu amoureux de Maud. Mais « suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis », ces deux-là vont s'aimer et se haïr tambour battant, à un rythme imposé tantôt par Liber tantôt par Maud. L'adolescent l'emmène à la piscine, au cinéma, joue au ping-pong avec elle, car il refuse que sa vie change à cause de la cécité. Cela entraîne bien sûr des scènes cocasses mais l'élan de Liber est bénéfique sur Maud. Va-t-il enfin réussir à coucher avec elle ? Est-ce vraiment ce qu'il souhaite d'ailleurs à force de le claironner? Dans une seconde partie plus sombre où Liber apprend de ses erreurs et mûrit à la vitesse grand V, le lecteur est suspendu à la décision de Maud et à l'avenir de ces deux-là.

Sous couvert de fanfaronnade, de blagues et de bons mots, mais aussi d'engueulades et d'injustice (Maud est très versatile!), les propos du roman sont bien plus profonds qu'il n'y paraît, et c'est tout l'art aussi de l'auteur, de réussir cela en gardant aux personnages une certaine légèreté et spontanéité. Inutile de dire qu'on le finit en apnée, entre espoir, larmes et sourire.

Un très bon premier roman.

 

(dès 13 ans)

 

L'école des loisirs, coll. Médium, janvier 2012, 194 pages, prix : 10 €

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Crédit photo couverture : © Rascal et l'école des loisirs

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La randonnée - Christophe Léon

31 Mars 2012, 15:00pm

Publié par Laure

la-randonnee.jpgCinq adolescents, trois filles et deux garçons, que l’on sent un peu en rupture avec la vie, la famille ou la société (on n’en saura guère plus) partent en randonnée dans les Pyrénées avec leur éducateur, Jeff. Renouer avec la nature, marcher, se laver dans les torrents, camper, devrait permettre de resserrer les liens. A la descente du mini-bus, Jeff scotche les clés sur une roue arrière. On sent les précautions prises « au cas où » il y aurait un problème. Et dès lors en effet, rien ne se passera comme prévu.

Le lecteur va sentir monter l’angoisse lentement, non pas au sein du groupe, mais dans cette nature en apparence déserte : des bruits, des coups de feu, une présence invisible mais peu rassurante. Jeff va chercher à en savoir plus, mais son absence dure bien trop longtemps. Les jeunes vont devoir agir seuls…

Tout va crescendo jusqu’à un final aussi brutal qu’horrifique, qui pourtant suggère bien plus qu’il ne dit (et c’est là tout son talent !) mais qui laisse le lecteur dans une telle solitude face au texte qu’il est difficile de passer à autre chose sans avoir envie d’en discuter. Même si c’est un choc que l’on peut pressentir, il arrive quand même comme un coup de poing.

Une littérature efficace et qui frappe, ce n’est peut-être pas mon titre préféré de Christophe Léon (dont je n’ai pas encore tout lu non plus !) mais j’aime les univers (obsédants ?) qu’il crée.

 

Sur ce blog, du même auteur voir aussi :

Délit de fuite

 

 Et plus ancien ici :

Tu t’appelles Amandine Keddha

 

Ed. Thierry Magnier, « achevé d’imprimer face au grizzli » en janvier 2012, (oui il faut toujours lire les achevés d’imprimer de chez Thierry Magnier, ils le méritent), 115 pages, prix : 8,20 €

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Crédit photo couverture : © Séverin Millet et éd. Th. Magnier

 

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Je préfère qu’ils me croient mort – Ahmed Kalouaz

25 Février 2012, 07:10am

Publié par Laure

je-prefere-qu-ils-me-croient-mort.jpgInspiré de faits réels, cette histoire narre le parcours d’un jeune africain « repéré » avec quelques autres dans son pays natal (le Mali) par des recruteurs véreux qui leur promettent monts et merveilles dans de grands clubs de foot en France ou en Europe. La réalité est bien évidemment tout autre. Les mômes sont quasi nés avec un ballon au bout du pied, ils y jouent tout le temps, pieds nus, s’amusent, et rêvent aux grands qui sont partis et ont réussi. Alors quand on vient leur faire croire qu’ils ont des pieds en or et qu’ils vont devenir célèbres (et ainsi améliorer la vie de leur famille au pays), les parents n’hésitent pas à se cotiser pour réaliser ce grand rêve. Un visa provisoire et c’est le départ vers la France. Point d’Eldorado mais des hôtels bas de gamme, et des jeunes vite abandonnés à eux-mêmes, qui n’ont parfois qu’une visite et un repas par jour puis plus rien, dans un pays inconnu d’eux et sans ressources. Il faut alors survivre, et par fierté, ne pas craquer, ne pas avouer la misère et le désenchantement à sa famille, c’est pourquoi beaucoup préfèrent dire : « Je préfère qu’ils me croient mort ».

 

Le foot et moi, ça fait vraiment deux, mais j’aime bien les romans d’Ahmed Kalouaz habituellement, aussi j’ai tenté celui-ci destiné aux adolescents, et je me suis surprise à m’attacher vraiment au héros, et à trouver intéressante l’intrigue, sans doute parce que je ne connaissais rien de ce phénomène. (Naïve je suis). Kounandi relate son chemin, les comportements honteux des recruteurs,  et l’on perçoit bien son désabusement, partagé qu’il est entre l’envie d’y croire encore et la compréhension de la triste réalité à laquelle il se trouve confronté. Intéressant, vraiment !

 

p. 22 : « Je ne le savais pas encore, mais je venais de devenir une marchandise, un objet de troc. Mon père a signé des papiers que je n’ai jamais vus. De toute façon, il ne sait pas lire, qu’est-ce qu’il aurait pu comprendre à ce qu’avait écrit l’homme au costume ?  (…)

Dans l’esprit de mon père, je ne pouvais pas être un exilé comme les autres, c’est ce qui le rendait peut-être fier. Moi je ne partais pas pour balayer les rues ou m’user à la tâche, mais pour taper dans un ballon. J’allais être choyé, pensait-il, considéré presque comme un dieu, et il suffirait d’empiler les billets sur le coin d’une table, en faisant un tas pour chacun de mes frères, chacune de mes sœurs, chacun de mes oncles prêteurs. Et puis il s’imaginait venant me chercher deux fois par an à l’aéroport de Bamako-Sénou ».

 

Rouergue, coll. DoAdo monde, février 2011, 99 pages, prix : 9,50 €

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Crédit photo couverture : © Dorothy-Shoes et éd. du Rouergue

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