Les jardins d'Hélène

Articles avec #livr'ados

Prends garde à toi - Fanny Chiarello

25 Novembre 2013, 19:05pm

Publié par Laure

La classe de 5ème B va monter Carmen, le célèbre opéra de Bizet. Les parents réécriront le livret, et les élèves travailleront leur voix en cours de chant. Pour Louise, élève brillante, fille unique choyée par ses parents, c'est tout vu, elle tiendra le rôle titre, celui de Carmen. Mais une nouvelle élève arrivée en début d'année pourrait bien involontairement lui voler la vedette. Louise en est malade et cherche à embobiner son monde.

Louise est un personnage qui se montre détestable au lecteur : hautaine, prétentieuse, capricieuse, certes cultivée (d'une culture surtout lettrée), son mépris permanent de l'autre ne la rend guère aimable. Manon est tout son contraire : issue d'un milieu défavorisé, en grande précarité, elle est la douceur et la gentillesse même, mais tout aussi aimée par sa famille, elle est curieuse de tout en gardant sa simplicité naturelle. Les professeurs ne seront pas dupes et ne répondront pas aux caprices de Louise, qui va en souffrir et manipuler ses parents, mais chacun trouvera sa place.

Ce roman pose la question de la place de la culture : est-elle est réservée à une élite ? A-t-on les mêmes chances d'y accéder quand on est pauvre, mais pas idiot pour autant ? La culture a-t-elle les capacités de rassembler et de gommer les différences ? N'est-ce pas ici l'école qui y réussit (idéalement) ?

 

Une très bonne description du personnage, avec une expression stylistique qui lui correspond parfaitement et si je m'attendais à un enjeu plus poussé autour des deux jeunes filles, le roman reste malgré tout très centré sur Louise et l'expression de sa jalousie.

 

 

À écouter : Carmen revisité par Stromae (2013)

 

"L'amour est comme l'oiseau de twitter
On est bleu de lui seulement pour 48 heures
D'abord on s'affilie, ensuite on se follow
On en devient fêlé, et on finit solo

Prends garde à toi et à tous ceux qui vous like
Les sourires en plastique sont souvent des coups d'htag
Prends garde à toi! Ah les amis, les potes ou les followers?
Vous faites erreur vous avez juste la cote

[Refrain]
Prends garde à toi si tu t'aimes
Garde à moi si je m'aime
Garde à nous garde à eux
Garde à vous et puis chacun pour soi

Et c'est comme ça qu'on s'aime s'aime...
Comme ça consomme somme..."   (© Stromae)

 

 

L'école des loisirs, coll. Medium, mars 2013, 186 pages, prix : 9,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Gabriel Gay et l'école des loisirs

 

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Plus tard je serai moi - Martin Page

30 Septembre 2013, 17:27pm

Publié par Laure

Séléna est en pleine adolescence : elle se cherche un look, pour commencer, et n'a pour le moment aucune idée de ce qu'elle veut faire plus tard dans la vie. Elle est amie avec Vérane, qui est handicapée en fauteuil et dont les parents sont assez exigeants sur les résultats scolaires. Les parents de Séléna lui suggèrent un jour que si elle veut être artiste, aucun problème, ils ne l'en dissuaderont pas, ils l'encourageront même, et ils vont commencer dès à présent, en lui offrant de quoi écrire, dessiner, peindre, modeler, photographier, et même, un piano avec des cours chez un professeur. Mais rien de tout cela ne l'intéresse particulièrement. Ses parents vont pousser très loin leur logique : il est bien connu que les artistes ont rarement eu une enfance heureuse, alors il faut conditionner Séléna à la rudesse de la vie : ils coupent le chauffage, ne mangent plus que du riz et des pommes de terre, … jusqu'à l'extrême. Jusqu'à ce que Séléna finisse par réagir et se prononcer …

 

C'est un petit roman très court (72 pages à peine) qui m'a laissée sur ma faim, car j'attendais je crois d'en savoir plus sur les motivations des parents et leur comédie déjantée. Mais non, c'est juste une histoire pour grandir, sur l'affirmation de soi, sa capacité à décider soi-même de sa vie, à affirmer ses choix, une réflexion sur l'éducation donnée par les parents, leur capacité à écouter ou leur ténacité à imposer leur propre volonté.

Sympathique, étonnant (car à contre-courant), mais j'en aurais aimé davantage pour apprécier ce roman à sa juste valeur.

 

Rouergue, coll. DoAdo, mars 2013, 72 pages, prix : 8,70 €

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Crédit photo couverture : © Théo Gosselin et éd. du Rouergue.

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Rêves en noir - Jo Witek

11 Septembre 2013, 09:05am

Publié par Laure

Jill, 16 ans, est une adolescente comme les autres à la différence près qu’elle est aveugle depuis l’enfance, suite à une grave maladie. Mais elle entend bien vivre comme les autres et va jusqu’à tenter des expériences dangereuses pour se convaincre qu’elle peut y arriver, comme la scène d’ouverture où elle se rend au lycée en prenant le métro sans sa canne blanche. Un brin obstinée, elle n’en fait qu’à sa tête pour défendre sa liberté et son autonomie, et se retrouve témoin auditif d’une agression sauvage nocturne dans un parc de Paris. Mais la police appelée sur les lieux ne trouvera aucune trace de victime blessée ni d’agression.

Sûre d’elle, Jill est hantée par cette scène et elle commence à rêver la nuit de « visions » plus que réelles. Commence alors le thriller proprement dit, qui joue légèrement du paranormal, et le lecteur happé suit l’enquête menée dangereusement par Jill et ses amis.

 

Ce que j’ai aimé particulièrement dans ce roman, c’est l’immersion dans le monde des aveugles et des malvoyants, dans leur quotidien en institut spécialisé, leurs cours, leurs difficultés, leurs forces et leurs faiblesses, et la réflexion bien amenée par l’auteur sur les  réactions et erreurs des voyants à l’égard des aveugles. C’est de ce point de vue passionnant et très bien décrit, tout comme ses rapports à sa famille, parents et petite sœur. La joie de vivre de l’adolescente (mais aussi ses coups de déprime) sont communicatifs et le lecteur est d’emblée en empathie avec le personnage.

L’aspect thriller est assez classique, mais efficace : une enquête effrénée, dangereuse, mais dont on se doute qu’elle finira bien. Sans oublier les sentiments et le premier émoi amoureux propre à l’adolescence (c’est le seul point que je trouve peut-être un peu forcé), c’est du tout bon pour ce roman.  

 

 

Actes Sud Junior, coll. Romans Ado Thriller, janvier 2013, 268 pages, prix : 14.50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : ©David Muir / Masterfile / et éd. Actes Sud Junior

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Double jeu - Jean-Philippe Blondel

28 Août 2013, 13:18pm

Publié par Laure

Quentin Silber s’est fait virer du lycée St Ex, trop d’absentéisme et d’insolence. Ce n’est pas une sanction votée par le conseil de discipline, mais une solution fièrement trouvée par le proviseur : changer Quentin d’établissement à la rentrée. Lui proposer le lycée Clemenceau, établissement bourgeois bien fréquenté, qui peut l’amener à changer de comportement, à saisir les chances qui lui sont données, à lui de voir : la balle est dans son camp.

A la rentrée, Quentin cherche sa voie, entre deux univers, peut-on changer de classe sociale, accepter et s’intégrer dans celle qui n’est pas la sienne sans renier ses origines ? Et si le théâtre aidait à s’y retrouver, c’est un jeu que l’on joue, celui de l’acteur, le théâtre n’est pas la vie, et pourtant, on y donne tant de soi…

C’est un professeur de français, « la » Fernandez, qui va le guider en lui proposant le rôle de Tom dans la pièce de Tennessee Williams, La ménagerie de verre. Une enseignante attentive qui perçoit le mal-être de Quentin et va savoir le guider, en dépit de débuts fracassants entre eux en cours. Bien sûr, cette pièce va entrer en résonance avec ce qui vit Quentin, et balayer ses réticences.

Un beau roman tout simple sur le déterminisme social (on y retrouve cette discussion qu’un enseignant d’ici partageait avec moi : qu’on le veuille ou non, statistiquement, on sait déjà que les Kevin et Jennifer n’auront pas les mêmes chances, pas les mêmes résultats que les Jules et Anne-Sophie, pas les mêmes choix d’orientation non plus -  ici ils sont Dylan, Shirley et Anastasia, mais c’est du pareil au même), sur l’expression artistique comme moyen de découverte de soi (il y avait déjà eu le slam dans Brise-Glace), sur le tiraillement entre deux mondes.

Pas de grands renversements ni surprises, Jean-Philippe Blondel confirme son domaine d’excellence : la description du sentiment intérieur, des émotions,  l’observation fine de l’adolescence, dans un langage simple et vivant. Ici les parties et chapitres deviennent actes et scènes, le récit est celui de Quentin, à la première personne, journal intime d’une année scolaire qui prend une forme romanesque. On retrouve les thèmes chers à Blondel, la quête de soi à l’adolescence, le désir trouble face à l’homosexualité (Heathcliff est un personnage intéressant du roman également), et ici en plus une belle relation de protection, d’attention et d’amour entre Quentin et sa petite sœur Anna. Il me suffit d’observer les miens pour sourire ;-)

Un bon moment, simple et juste, on s’y sent bien, la fin arrive trop vite, trop brève peut-être, pourtant tout est dit, et le passage d’une rive à l’autre (que veut-il faire de sa vie) est franchi.

Lever de rideau.

 

p. 53 : « Un livre, ça devrait donner des solutions – pas ajouter des problèmes. »

 

Message personnel à l’auteur : JB t’idolâtrerait rien que parce que tu sais écrire lycée Clemenceau sans faute, moi je me fais traiter d’inculte à chaque fois que je remplis un chèque à l’ordre de l’agent comptable dudit lycée, parce que je mets un accent sur le e et que non, il n’y a pas d’accent à Clemenceau. Je crois maintenant que grâce à toi, je ne ferai plus la faute, j’ai une mémoire plus visuelle qu’auditive :-)

 

 

Actes Sud junior, Août 2013, 135 pages, prix : 11 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © plainpicture / bobsairport et éd. Actes Sud junior.

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La fille aux doigts d'or - Benjamin & Julien Guérif

19 Août 2013, 09:54am

Publié par Laure

 

Leo(nard) vit seul avec son père, avec qui il partage la passion des films anciens et en VO. Quand son père commence à s'absenter en lui mentant, Leo ne voit pas d'un bon œil la liaison naissante que celui-ci entretient avec Marianne, une belle blonde bien plus jeune que lui. Elle est plus proche de l'âge de Leo que de celui de son père...

p.33 : « Cette fille, je ne l'aime pas.
Déjà, elle est trop jeune pour mon père. Il a trente-huit ans et elle, à peine vingt-deux... Elle est plus près de moi que de lui. Et elle est trop jolie. Mon père est bien, c'est sûr, mais elle, c'est une star hollywoodienne. Elle devrait déjà être sur un plateau de télé. »

 

Mais quand en plus certains de ses amis connaissent le passé douteux de Marianne, Leo se fait des films façon meurtre parfait. Comment confondre la belle blonde et protéger son père ?

Jalousie d'un fils qui n'accepte pas que son père refasse sa vie ou menace réelle ?

Le roman prend des accents de polar et tient en haleine le lecteur jusqu'à la fin, c'est frais, enjoué, prenant. Un sympathique moment.

 

Syros, coll . Rat noir, mai 2013, 136 pages, prix : 13,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Shutterstock / Alersandr Hunta et éd. Syros.

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Les yeux de Lisa - Karine Reysset

18 Août 2013, 13:04pm

Publié par Laure

Manon fête ses 17 ans, entourée de sa famille et de ses amies. Elle reçoit également une lettre contenant des photos, postée du Portugal, de la part d'une certaine Lisa.... Émue et troublée, retour en arrière sur un été qui a tourné au drame.

La première fois que Manon a vu Lisa, elle a été troublée et sous le charme, elle l'avait prise pour un garçon et ne s'est rendue compte que bien plus tard que c'était une fille. Lisa a l'air rebelle, mystérieuse, toujours de noir vêtue, un profil androgyne, elle vit dans un foyer, mais personne ne sait rien de son histoire... Manon souhaite l'inviter à passer des vacances en camping en Normandie car Lisa n'a jamais vu la mer, avec sa meilleure amie Clémentine et Ambre, sa cousine, la seule majeure du groupe, caution nécessaire pour les parents.

Mais rien ne va tourner comme prévu, et entre insouciances d'adolescentes et plaisirs d'été, les vacances vont finir en cauchemar, jusqu'à l'intervention de Lisa, et rien ne sera plus jamais comme avant.

Court roman qui sent bon l'amitié, les vacances, et la souffrance passée en filigrane, dont Lisa se remet peu à peu au contact de Manon. Amitié très forte, qui aide à avancer, à surpasser ses peurs et redoubler de force quand l'une est en danger, c'est un très beau récit sur la fin de l'insouciance, le passage à l'âge adulte, une tranche de vie émouvante et finement perçue qui séduira particulièrement les adolescentes. J'ai beaucoup aimé !

 

L'école des loisirs, collection Médium, avril 2013, 101 pages, prix : 8,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Hélène Millot et éd. L'école des Loisirs

 

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Sweet sixteen - Annelise Heurtier

17 Août 2013, 18:06pm

Publié par Laure

« Sweet sixteen », c'est un rite de passage inoubliable aux Etats-Unis : celui du 16ème anniversaire fêté en grande pompe, où l'adolescent est alors considéré comme adulte. Mais dans ce roman d'Annelise Heurtier, la réalité a un goût bien plus amer, ancré dans les années 1957-1958, où le ségrégationnisme est roi. L'auteur relate, de manière romancée mais sur la base de documents historiques réels, la tentative d'intégration de neuf étudiants noirs parmi 2500 blancs au lycée central de Little Rock, dans l'Arkansas. La décision remonte à trois en arrière, prise par la Cour suprême des Etats-Unis, qui décrète que désormais les Noirs pourront bénéficier de la même éducation que les Blancs, et ce dans les mêmes lieux. Mais le pas est grand entre la théorie et la réalité.

Ce roman met très justement en avant les faits, le courage qu'il a fallu aux étudiants noirs, mettant particulièrement en lumière le personnage de Molly Costello (Melba Pattillo dans la réalité) et les violences, humiliations et agressions exercées par les Blancs. À peine 60 ans plus tard, tout cela paraît si inconcevable, démesuré et stupide et pourtant, les faits sont là, et font froid dans le dos. Le personnage de la jeune étudiante blanche, Grace, est intéressant car le lecteur la sent basculer, du moins troublée et dans le doute, et se détacher peu à peu des manifestations de ses amis et de leurs parents. Mais à quel prix ! Car les Blancs qui montraient un tant soit peu d'empathie pour les Noirs étaient tout autant agressés.

Un roman éclairé par quelques précisions historiques réelles en préface et postface, qui montre combien la lutte a été dure mais pas vaine, même s'il a fallu du temps, beaucoup de temps.

Intelligent, pas moraliste, facile à lire et forcément frappant : pour ne pas fermer les yeux sur cette période de l'Histoire.

 

Sélectionné pour le prix des lecteurs 13-16 ans de la Ville du Mans / dépt de la Sarthe 2014.

 

Casterman, avril 2013, 217 pages, prix : 12 €

Etoiles :  

Crédit photo couverture : © éd. Casterman

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La drôle de vie de Bibow Bradley – Axl Cendres

12 Juillet 2013, 09:06am

Publié par Laure

La drôle de vie de Bibow BradleyAttention pépite ! Une vraie, puisque ce roman a obtenu la pépite du roman adolescent européen au salon de Montreuil en novembre 2012. Destiné aux grands ados (à partir de 15 ans ?), il sera lu bien entendu par tout adulte un peu curieux de ce qui se fait de bon en littérature jeunesse.

Roman singulier, tant dans son style, très familier que dans le sujet traité, qui l’air de ne pas y toucher, aborde des questions sérieuses telles que ce que l’on demande réellement aux soldats américains et comment on les utilise.

Robert Bradley est le troisième du nom : après son père surnommé Rob ou Robby, revenu de la guerre de Corée avec une jambe de moins, et son grand-père surnommé Bob ou Bobby, rentrée borgne de Normandie en 44, c’est à son tour de prendre un surnom : ce sera Bibow. Pour la guerre, ce sera le Vietnam. Mais Bibow a une particularité : il ne connaît pas la peur, au sens propre du terme, particularité génétique, il sera donc récupéré par la CIA pour des missions hautement meurtrières.

 

J’aime beaucoup la conclusion de Michel Abescat dans Télérama : « On s’amuse beaucoup. Et on réfléchit après ! »  C’est bien là le tour de force de ce roman : dire des choses graves d’un ton léger et sans en avoir l’air. C’est pêchu, ça fait sourire, juste avant de glacer. Tout est maîtrisé, du début à la fin, et c’est parfait !

 

Pour vous donner une idée du ton (qui peut en faire fuir certains, pourtant, ce n’est pas gratuit et cela participe et du personnage et de la logique de l’histoire) :

p. 30 : « 1960 : Je me fais virer de l’école, où j’allais quand même de temps en temps, pour avoir traité Mademoiselle Kingsley de « suceuse de grosses queues poilues » - c’est Lou qui m’avait appris cette expression. Cette connasse de Kingsley m’avait ridiculisé parce que j’avais du mal à lire un texte, et c’est tout ce que j’ai trouvé à lui dire.

Le soir même, je passe pour un héros au bar ; et je me dis en me couchant, que ma vie ne peut prendre qu’un seul chemin : celui qui mène à devenir un tocard… comme le veut la tradition familiale. »

 

p. 51 « Le site de Fort Sill se trouve en pleine nature, près des montagnes de Wichita. Il a été choisi vers 1870 par un Major de mes couilles qui menait une « campagne en territoire indien pour mettre fin aux raids des tribus hostiles sur les colonies de pionniers installés aux frontières du Texas et du Kansas ». En d’autres termes : il butait des Indiens histoire qu’ils aillent pas faire chier les Blancs qui leur avaient piqué leurs terres. »

 

Vous l’aurez compris, le vocabulaire n’est pas académique mais c’est ce qui est dit derrière (et sur toute la longueur de l’ouvrage concernant les guerres et l’armée) qui mérite la discussion. Je ne connaissais pas Axl Cendres, jeune auteur(e) française, mais je vais m’intéresser de plus près à ses anciens titres !

 

Sarbacane, coll. Exprim’, septembre 2012, 205 pages, prix : 15,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : ©Gettyimages et éd. Sarbacane

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La décision - Isabelle Pandazopoulos

23 Mars 2013, 15:29pm

Publié par Laure

la-decision.jpg20 octobre 2011 : Louise, élève de Terminale S a un malaise pendant un cours de maths. Un élève l’accompagne aux toilettes, et s’inquiète lorsqu’il voit du sang couler sous la porte. Tentative de suicide, hémorragie subite … ? Non, Louise vient d’accoucher d’un garçon de 3,3 kg. Elle ne savait pas qu’elle était enceinte. Déni de grossesse.

Tout le monde est sous le choc, la vérité n’est pas dite tout de suite aux élèves, Louise est hospitalisée. Rien ne sera plus jamais comme avant, ni pour elle, ni pour ses parents, ni pour ses camarades.

Plusieurs voix s’expriment dans ce roman, camarades de lycée, personnels hospitaliers et intervenants sociaux, Louise, ses parents, tous donnent leur vision des choses et le retour en arrière suffisant pour comprendre comment cela a pu se produire.

Car Louise choque et déçoit ses parents lorsqu’elle affirme qu’elle n’a pourtant jamais eu de relations sexuelles. S’agit-il d’un viol dont la jeune fille serait incapable de parler ?

Ce qui est brillamment analysé et raconté, c’est le parcours de Louise de l’accouchement jusqu’à la décision, la première, puis la seconde à la fin du livre, décisions impossibles, difficiles, responsables, qui décrivent combien le lien mère-enfant n’est pas toujours naturel et comme il peut être douloureux.

La multiplicité des voix, l’évolution du récit (qui semble bien documenté, dans l’observation de la vie au foyer et avec les professionnels), les choix, les responsabilités des uns et des autres font de plusieurs faits de société (la grossesse chez les adolescentes, le déni, et ceux que je ne dévoile pas…) un roman très fort, très juste, loin de tout sentimentalisme larmoyant.   

 

Voici une littérature de jeunesse qui ose parler de sujets graves avec intelligence et talent.

(À proposer à partir de 14 ans. )

 

(à noter : la très belle couverture, encore plus riche de sens quand on la réinterprète à la fin de la lecture) 

 

Gallimard Jeunesse, coll. Scripto, janvier 2013, 245 pages, prix : 9,50 €

Etoiles : stars-4-0. V192553758

Crédit photo couverture : © Marguerite Courtieu et éd. Gallimard Jeunesse.

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Norlande - Jérôme Leroy

20 Mars 2013, 10:14am

Publié par Laure

norlande.jpgDans un pays scandinave imaginaire nommé Norlande (mais qui ressemble fortement à la Norvège), la jeune Clara Pitiksen est prostrée dans sa chambre d’hôpital depuis huit mois. Quel est donc cet « événement » qui l’a traumatisée à  ce point ? Qui est « l’Autre » qui semble être le personnage impliqué dans le drame ?

Clara tente d’écrire ce qui s’est passé dans un cahier, qu’elle adresse à sa meilleure amie Émilie, correspondante française du même âge, qu’elle a rencontrée de nombreuses fois.

À travers son récit empreint d’une forte tension, c’est la tuerie du 22 juillet 2011 sur l’île d’Utoya, en Norvège, que l’auteur décrit. Mais pourquoi Clara se sent-elle à ce point coupable ? L’avancement de Clara dans sa « guérison », dans sa capacité à s’exprimer enfin nous donnera toutes les clés.

Une mise en fiction intéressante et intelligente d’un événement qui avait ému la communauté européenne et au-delà, et qui démont(r)e de manière très réussie la manipulation, la violence, la montée en puissance du racisme dans des pays qui s’en croyaient encore à l’abri, la folie sans limite de certains partisans de l’extrême droite, et qui donne à voir aussi l’engagement des jeunes, adolescents et jeunes adultes, engagement citoyen, politique, dans la lutte contre la haine et les persécutions.

Le récit au féminin est tout simplement attachant, et si des références sont faites à un roman précédent dans lequel apparaissait déjà la française Emilie (la grande môme, 2007, que l’éditeur réédite pour l’occasion), Norlande peut tout à fait être lu indépendamment.

 

Voilà une littérature jeunesse comme je l’aime, intelligente et engagée, ouvrant à la réflexion tout en restant romanesque. (Et la mère de Clara, ministre des affaires étrangères, on se croirait dans la série Borgen, et l’auberge Sjöwall au pied du mont Wahlöö, amusant clin d’œil aux auteurs suédois Sjöwall et Wahlöo, …)

 

 

Syros, coll. Rat noir, mars 2013, 146 pages, prix : 14 €

Etoiles : stars-4-0. V192553758

Crédit photo couverture : © Getty / Don Farrall et éd. Syros

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