Tess et son meilleur ami Valentin attendent impatiemment la soirée chez Roxane, qui vit dans un château, non pas pour la fête, mais pour y tourner des séquences de leur web série parodique « Agent Samantha », qui met en scène une tortue en pâte à modeler qui rencontre un beau succès.
Autant dire qu’elle n’est pas ravie quand sa mère lui annonce qu’elle va devoir garder ses frère et sœur, Oscar, 9 ans, et Esmée, 12 ans. Tess tente de négocier mais sans succès, sa mère est sage-femme et un accouchement n’attend pas. Mais elle l’autorise à emmener sa fratrie avec elle. Venir à une soirée lycéenne avec son petit frère et sa petite sœur, la honte !
Vous avez dès lors le pitch que résume la couverture : Sœur aînée, n.f. : personne à qui on gâche la soirée de ses rêves.
Joli titre de la collection, qui aborde un sujet un peu moins lourd que d’autres, mais tout aussi réaliste et touchant. Esmée est particulièrement vraie dans son attitude tout comme Oscar, qu’on a envie de serrer dans ses bras. Leurs mots ne sont pas tendres, mais les événements de la soirée vont leur faire nuancer leurs propos et réaliser qu’au fond, ils s’aiment et forment une famille unie. Mais à chaque âge ses préoccupations, et il n’est pas toujours facile de communiquer, en particulier à l’adolescence !
Et la partie création artistique en vidéo sur les réseaux sociaux à partir d'objets montre un aspect positif de leur utilisation.
Idéal pour les collégiens, version audio disponible gratuitement avec un QR code en 2ème de couverture.
Nathan, coll. Court toujours, janvier 2024, 54 pages, prix : 8€, ISBN : 978-2-09-249668-8
Douglas Swieteck vit à New-York dans une famille pauvre, aussi lorsqu’il assiste à un match de base-ball et que la star Joe Pepitone lui offre sa casquette dédicacée, c’est le plus beau jour de sa vie. C’est la seule case en couleur du chapitre, toutes les autres étant en noir et blanc.
L’auteur illustrateur jouera donc sur l’utilisation ou non de la couleur pour souligner les émotions positives de l’adolescent de 15 ans. Mais la joie ne dure pas, car son frère lui vole sa casquette pour l’échanger contre des cigarettes, et la famille déménage « chez les bouseux », dans la petite ville de Marysville.
Il y rencontrera Lil(ly), son père et quelques personnes bienveillantes qui lui ouvriront la voie de la liberté, de la pensée, de l’art, et lui donneront la force et le courage de devenir soi. Les retrouvailles avec le frère aîné de retour du Vietnam lourdement handicapé (on est en 1969) marqueront aussi la famille.
Cette BD adaptée du roman éponyme pour adolescents de Gary D. Schmidt (élu meilleur livre jeunesse de l’année 2017 par le magazine Lire) est un petit bijou de sensibilité, dans un environnement où tout est rude pour le héros. Peut-on s’élever de son milieu social, s’opposer à sa famille quand celle-ci est défaillante ? Un roman d’apprentissage très bien mis en illustrations, tant dans la construction du scénario que le choix graphique et l’insertion de planches naturalistes inspirées de l’ornithologue Jean-Jacques Audubon.
L’art et les bonnes personnes sur votre route vous tirent vers le haut, c’est le message positif de cette histoire.
Les arènes BD, février 2024, 226 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-81020-310-9
Vania Strudel, 15 ans, n’est pas une ado comme les autres. Enfin en vrai, si, mais elle est quand même sacrément déjantée et capable des pires horreurs sur ses camarades pas tendres avec elle non plus. Il faut dire qu’elle n’est pas partie gagnante dans la vie, avec un ptosis congénital à l'œil gauche (sa paupière s’affaisse sur son iris, comme Columbo), et “un blase de protège-slip accolé à une pâtisserie autrichienne bourrative” (p. 13).
Le ton est donné ! Vania vit seule avec son père, sa mère est morte quand elle avait 8 ans. Taxidermiste un peu foufou, il l’entoure d’animaux morts empaillés, et a customisé sa voiture en “ouaflure”, la honte pour Vania ! Celle-ci dresse un portrait drôlatique des personnages qu’elle fréquente (voisins, camarades de classe, amoureux) et comme toute ado, subit nombre de moqueries et rend des coups bas, mais la narration de ces événements complètement déjantés ne peut que faire sourire.
Pourtant le harcèlement souvent humiliant aurait pu la laisser à terre car sa souffrance est réelle., mais c’est aussi sa force de caractère qui lui permet de ne pas se laisser abattre.
La veille de son entrée en classe de seconde, un email anonyme et mystérieux l’incitant à être “la fourmi rouge parmi les noires” lui donne l’énergie de s’interroger, de revenir sur les faits marquants de sa vie, et de se confier aux bonnes personnes pour les surmonter.
C’est donc un vrai roman d’apprentissage dopé à l’humour, qui réserve pas mal de surprises au lecteur.
Un personnage d’adolescente hors du commun, et un langage qui “déménage” pour mettre en avant la différence et l’assumer.
(3 étoiles seulement car mon regard d'adulte a parfois trouvé les accumulations un peu lourdingues et la banalisation de la violence scolaire m'a gênée)
(à partir de 13 ans)
éd. Sarbacane, août 2017, 254 pages, prix : 15,50 €, ISBN : 978-2-84865-998-5
(existe en poche chez Gallimard Jeunesse,coll. Pôle fiction, 7,80 €)
Ulis, 14 ans, purge sa peine en devant randonner pendant 2 mois à travers la France avec un éducateur, afin d’éviter le centre de détention pour mineurs. « Marche ta peine » est à prendre au sens littéral. Chaque jour il doit également écrire un journal destiné à la juge : une chose vue, un souvenir, et une pensée.
Le lecteur découvrira au fil du texte la raison de la condamnation d’Ulis, tout comme son évolution intérieure.
C’est un roman dense, touffu, facile à lire mais qui aborde une multitude de thèmes, trop peut-être. Le harcèlement scolaire, la responsabilité, la culpabilité, la justice, le pardon, l’amitié, le premier amour, l’homosexualité, le handicap, l’écriture, la culture, dans le dernier tiers en particulier, c’est un peu chargé.
Dès le départ rien ne se passe comme prévu car Ulis ne partira pas avec l’éducateur envisagé, mais un vieil homme bougon et taiseux qui a lui-même vécu une histoire dramatique, avec laquelle il faut vivre. C’est bien l’histoire de ce personnage qui va nourrir le roman et le lien entre les deux hommes.
Les personnages secondaires sont importants également, jusqu’au chien Capi, Capi et Vitalis, il n’aura pas échappé au lecteur aguerri que ces noms sont empruntés au roman d’Hector Malot, Sans famille.
Une lecture intéressante, qui aborde la gravité du harcèlement et ses conséquences « à vie », mais qui aurait mérité à mon sens de réduire un peu le nombre de sujets abordés.
Extrait p. 244 : « - ça nous sert à quoi tout ça ? Lire des livres, apprendre des trucs de l’ancien temps, une langue que plus personne ne parle ? […]
- Pourquoi tout devrait-il être utile à quelque chose ? La beauté est-elle utile ? La lecture donne du plaisir, c’est son premier moteur et sa raison d’être. Mais lire demande un effort. Lire laisse entrevoir des modes de pensée, des coutumes, des façons d’agir différentes de celles que l’on croirait a priori les seules valables parce que les nôtres… Lire c’est donc entrer dans la pensée ou l’imaginaire d’un inconnu grâce à des mots qui ne sont pas les nôtres. C’est aussi enrichir son vocabulaire et pouvoir s’exprimer de façon plus subtile…. En lisant, on élargit le champ de sa vision, on amasse une culture générale. Tu vas me répondre : « à quoi ça sert, la culture ? » Eh bien, peut-être à profiter de ce que l’humain a créé en bien ou en mal depuis qu’il est apparu sur terre, tout ce qu’il a nommé et recensé. Tu es jeune, Ulis, tu as de la chance ! […] »
Milan, août 2022, 318 pages, prix : 15,90 €, ISBN : 978-2-408-03577-8
Le jour de ses 16 ans, Zoé avale des médicaments, achète des billets pour la grande roue à la fête foraine, et dès lors monte l’angoisse de savoir si elle réussira son funeste dessein et l’envie de connaître les motivations de son choix.
Par un va et vient narratif entre passé et présent, le lecteur aura toutes les clés de l’histoire.
J’aime beaucoup les thrillers de Sylvie Allouche (destinés aux adolescents également), tout comme la collection de textes courts « Court toujours » de chez Nathan, je n’ai pas hésité à dévorer ce nouvel opus.
Si j’ai beaucoup aimé toute la partie faisant référence au divorce de ses parents et à sa nouvelle vie en garde alternée, j’ai été un peu frustrée sur la partie finale, tant dans l’explication sentimentale que dans la grande roue, que j’ai trouvée beaucoup trop rapide. Comme s’il fallait finir vite (pour coller dans le format imposé par la collection), mais j’aurais tellement aimé en avoir plus ! Je trouve un certain déséquilibre dans les sujets évoqués.
Le texte reste néanmoins très bon pour les petits lecteurs que la longueur effraie, et comme toujours dans la collection, la version audio est disponible gratuitement (via un QR code à flasher dans le livre)
Éditions Nathan, coll. Court toujours, avril 2024, 48 pages, prix : 8 €, ISBN : 978-2-09-502672-1
Maureen souffre de TAG (trouble anxieux généralisé) et d’agoraphobie. Toute sortie est une épreuve insurmontable et à 19 ans, se rendre à la fac est compliqué. Un échec même. Impossible de mener une vie normale, de sortir avec ses amis, d’avoir un petit ami. Malgré sa patience, même sa mère finit par s’énerver. Seul le temps passé chez le psy semble être un moment privilégié, encore faut-il pourvoir parvenir jusqu’à sa porte.
Comme j’aurais aimé lire ce livre il y a 30 ans ! Bien qu’il soit publié dans une collection pour adolescents, ce roman traite d’un sujet rarement abordé en fiction : le trouble anxieux généralisé doublé d’agoraphobie, et l’enfer qu’il fait vivre au quotidien (et pas qu’au malade !) : cette histoire est une bouée salvatrice pour qui aimerait comprendre ce qui lui arrive ou arrive à son ami.e., pour ne plus entendre ou dire : « c’est de l’anxiété, c’est psychologique, arrête ton cinéma et bouge-toi », etc.
On se demanderait même s’il n’y a pas un fond autobiographique dans ce roman tant il sonne juste. Bien sûr il y a les parents désemparés, le frère cash mais protecteur, les potes qui ne comprennent pas, les amis qui finissent aux abonnés absents, le psy(chanalyste) qu’on a envie de baffer (désolée je n’ai foi que dans les psychiatres qui pratiquent les TCC), et ce Jérôme un peu trop mature pour son âge mais il faut bien qu’il y ait du positif dans l’histoire !
Une issue surprenante mais intéressante pour ce court roman qui met en lumière une maladie invisible mais handicapante, avec précision et humour !
Merci à Claire Castillon d’avoir mis sur le papier cette géographie de la peur qui définit si bien tous les espaces que l’angoisse envahit. Un roman précieux.
Extraits : p. 14 : « Si je souffrais des séquelles d’un AVC, les gens formeraient un groupe de soutien WhatsApp. Je serais la fille dans la cour qui a des béquilles et que tout le monde entoure, afin de lui emprunter ses cannes mais aussi pour faire partie des gentils. Au contraire, les visages se ferment. Mon problème n’est pas attrayant comme des béquilles et il m’isole. Peut-être parce qu’il n’y a pas de mots pour expliquer mes crises, à part « agoraphobie » qui entraîne généralement un « C’est quoi ? » ou un « Je vois ». Le « Je vois » sort d’une personne qui connaît le mot « phobie » et le méprise, parce que c’est psychologique. D’ailleurs, la personne le dit : « Je vois, c’est psychologique ». Je peux aller me rhabiller avec mon truc qui n’existe pas. Quelquefois je m’humilie devant ces personnes en expliquant que j’ai aussi un TAG, Trouble Anxieux Généralisé, bien pire qu’une maladie, et que je rêverais de souffrir d’un mal plus concret. Afin de montrer combien c’est invivable, je réunis dans une même phrase les mots « angoisse », « vertige », « dédoublement », « film d’horreur », « image saccadée », « son d’aquarium », et quand j’arrive à « déréalisation », je les perds. Ainsi, ils n’ont pas le temps d’entendre « dépersonnalisation », et c’est peut-être mieux, parce que Nissa, la dernière personne qui m’a écoutée jusqu’au bout, m’a répondu quelque chose qui ne m’a pas tellement aidée : « De toute façon, depuis le primaire, on te trouve bizarre, ça doit venir de là. »
Gallimard jeunesse, coll. Scripto, février 2024, 164 pages, prix : 10,50 €, ISBN : 978-2-07-519639-0
Samuel a dix-huit ans et quelques, le bac depuis dix jours (en vrai depuis la réforme il savait qu’il l’avait depuis bien longtemps), et il s’apprête à partir sillonner l’Europe en train avec son pote, non, son meilleur ami : Adrien. C’est même pour cela qu’il est serveur dans un bar tout le mois de juillet, pour financer ce voyage tant attendu. Alors quand Adrien lui annonce dans un vocal qu’il ne part pas, c’est un coup dur pour Samuel. Peu importe, il partira seul. Il embobine un peu les parents, et zou, direction Amsterdam, Hambourg, Copenhague, Lund, Cologne …
Vous connaissez Blondel (ou pas), le voyage est autant réel qu’intérieur. Samuel écrit, filme des jeunes qu’il interviewe au fil des rencontres. Passager de l’été est un roman initiatique, de ceux qui vous font basculer de l’adolescence à l’âge adulte. On y sourit, on y aime les personnages rencontrés, ancrés dans la réalité (le Covid-19, la guerre en Ukraine) et l’on y retrouve les petits cailloux semés dans d’autres romans, qui s’entremêlent à ceux de la vie personnelle que l’auteur dévoile parfois sur les réseaux sociaux : les parents décédés dans un accident de voiture, la maladie, et ce thème fort : l’amitié. Ou le deuil d’une amitié.
Une rupture amicale, on en souffre autant qu’une rupture amoureuse, si ce n’est plus. Il faudra bien l’été pour traverser cette épreuve. Et en ressortir grandi.
Un beau roman simple et vrai qui vous fait chaud au cœur (tout en vous le serrant parfois), Blondel continue de faire ce qu’il sait faire le mieux : nous parler de l’intime et donc de nous.
Extraits :
p. 41-42 (Stendhal et la cristallisation) : « J’avais pris des notes, cette fois-là. J’avais trouvé ça intéressant, même si j’étais persuadé que ce type de fantasme, ça marchait au XIXe siècle, quand les gens s’ennuyaient et n’avaient rien d’autre à foutre qu’à rêvasser sur leur partenaire, alors qu’au XXIe, avec des blasés saturés d’écrans, de réseaux sociaux et de sites de rencontres comme nous, ça ne pouvait plus fonctionner. La triche, l’hypocrisie, les trahisons, on a été biberonnés à ça, entre les émissions de téléréalité où tout le monde prétend s’aimer mais va dégueuler sur ses camarades dès qu’ils ont le dos tourné, les jeux vidéo où le premier but est de survivre en éliminant tous les autres, et les réseaux sociaux, inutile de s’éterniser. On ne nous fera pas gober n’importe quoi. Un truc que je dois apprendre de toute urgence, c’est l’humilité. Parce que vu comme je me suis comporté avec Adrien, je ne vaux pas mieux que n’importe quel héros de livre sentimental du XIXe siècle. Une midinette. »
p. 47 : « Juste après, j’ai éliminé Adrien. Je l’ai viré de tous mes contacts. Je lui ai interdit l’accès à toutes mes sources. Je l’ai empêché de partager des photos, des vidéos, des messages. Je l’ai rayé. Pour être tout à fait honnête, cela n’a pas été aussi satisfaisant que je le croyais. On reste attachés à ceux qu’on a aimés, qu’on le veuille ou non. »
p. 113 : « On croit toujours que les autres s’intéressent à nos vies parce qu’ils regardent dix secondes ce que nous postons, mais ils scrollent, ils s’en foutent, ils nous ont oubliés au bout de dix minutes, ils continuent leur existence dans laquelle on n’est rien ».
p. 135 : « Je ne sais plus exactement qui sont mes amis. Mais, au fond, ça n’a aucune importance. Resteront dans ma vie ceux qui en ont vraiment envie, en sortiront ceux qui ne sont pas réellement attachés. C’est beaucoup plus simple qu’on ne croit ».
C'est tellement cela.
Actes Sud jeunesse, août 2023, 173 pages, prix : 15,60 €, ISBN : 978-2-330-18094-2
Alice a 7 ans et Georges 42 quand il entre dans sa vie, meilleur ami de sa mère, il se tient à l’écart tout le temps de son mariage, sans jamais quitter sa place de professeur d’escalade de la petite. Mais au départ du père, il revient insidieusement “Mondjo”, et Alice en a 15 quand il prévoit de s’installer avec sa mère.
Alice, dite Lili, raconte, les gestes déplacés et le grand amour, avec ses mots d’enfant de 9 ans, puis son mal-être. A qui le dire, à qui l’écrire ? “Mondjo me gouzgouze depuis que j’ai huit ans, mais là il sort avec maman donc il va venir s’installer chez nous”
Ce roman décrit avec beaucoup de justesse l’atrocité des actes (jamais énoncés crument mais toujours sans équivoque) d’un pédophile proche du cercle familial et le silence de sa victime. Le lecteur est dans la tête d’Alice et c’est insupportable. De plus en plus oppressant et pourtant si nécessaire.
Le talent de Claire Castillon dans cet exercice périlleux a été salué par le Prix Vendredi 2022, équivalent du Goncourt en littérature jeunesse.
A lire dès 13 ans. On n’en sort pas indemne, mais s’il peut sauver la vie ne serait-ce que d’un seul enfant, il a toute sa place. Dur et indispensable.
Gallimard jeunesse, coll. Scripto, janvier 2022, 185 pages, prix : 10,50 €, ISBN : 978-2-07-515286-0
Crédit photo couverture : Marion Fayolle et éd. Gallimard jeunesse
Ce titre, je l'ai emprunté par hasard sur les étagères d'une bibliothèque parce que j'avais été marquée par le roman du même auteur, intitulé L'enfer au collège. L'enfer au collège portait sur le harcèlement scolaire et je l'ai beaucoup conseillé à mes jeunes lecteurs collégiens depuis 2012. J'ai imaginé alors que ce titre-là : un prof en enfer, devait être du même tonneau côté enseignant, et c'est le cas. Un jeune prof prépare sa première rentrée et écrit chaque soir dans son journal l'enfer que lui font vivre les élèves d'une classe de 4eme. Pas n'importe quelle classe de 4eme, THE classe de 4eme, comme le disent eux-mêmes ses collègues et la direction.
On a beau être dans une fiction, on se croirait dans un reportage documentaire télévisuel tant les faits racontés sont réalistes (et le roman date de 2014 !). Mais Arthur Ténor a plus d'une corde à son arc et va amener un peu de positif dans le récit par une astuce romanesque.
La couverture indique "il s'attendait au pire..." (c'est aussi la première phrase en exergue "je m'attendais au pire..." ), on est tenté de s'imaginer la suite ... il a eu le meilleur ? A vous de le découvrir ! en passant par toute la palette émotionnelle de la maison Éducation Nationale en souffrance. J'aimerais beaucoup savoir si des profs doc ou des profs de français ont donné ce texte à lire à leurs élèves. Car il y a matière à débattre et à construire....
"De 12 à 112 ans" indique l'éditeur. ça va, je suis dans l'intervalle.😅
Oskar éditeur, janvier 2014, 115 pages, prix : 11,55 €, ISBN : 979-1-0214-0169-3
crédit photo couverture : Jérôme Meyer-Bisch et éd. Oskar
Tessa, seize ans, n'accepte plus les vêtements "fifille" que lui impose sa mère : finies les ballerines, les petites robes, les épilations à la cire qui font mal, désormais elle ne portera que des joggings XXL. En quelques pages à peine (45 !), l'autrice offre un récit percutant sur les clichés de genre et violences sexistes subies par les femmes au quotidien. Pourtant, Tessa sent bien que sa mère, apeurée par la sexualité future de sa fille unique, cache une fragilité, , un secret de famille qui lui sera révélé de manière abrupte.
La force de cette collection (un court texte fait pour être lu à voix haute) montre peut-être ici un peu sa faiblesse aussi : le sujet aurait mérité bien plus de déploiement, et je reste perplexe sur le comportement de la mère au regard de ce qu'elle a vécu. d'où le risque d'avoir voulu mettre deux sujets si importants en si peu de pages.
Néanmoins la qualité du texte est là, comme toujours dans cette collection. Ce titre-ci est recommandé par l'éditeur à partir de 14 ans. Et le titre trouve bien sûr son explication à la lecture du roman, un titre anodin en apparence qui vous marquera.
Actes sud junior, coll. d'une seule voix, mai 2022, 45 pages, prix : 10,50 €, ISBN : 978-2-330-16586-4
Crédit photo couverture : girl with red hat / unsplash / éd. Actes Sud junior